CLASSIFICATION ETHNOGRAPHIQUE
l'état différent de civilisation où ils se trouvent. C'est ainsi qu'on nomme £Espagnols, Portugais, français et Anglais tous les descendans des colons que depuis trois siècles l'Europe a envoyés dans les différentes parties du globe. C'est ainsi qu'on appelle Chinois ces milliers d'indvidus, sortis primitivement de la Chine, que ‘e commerce et l'industrie ont fait établir à Java , à Bornéo, dans les Philippines et en d'autres iles de la Malaisie (archipel Indien), ainsi que dans la presqu'ile de Malacca et sur plusieurs pointsde l'indo- Chine, C'est ainsi qu'on appelle Grecs et Armeéniens tous les enfans de ces deux souches qui demeurent dans difftrentes parties des empires Russe, Autrichien et Ottoman.
Le nom de nation, dans le sens politique ou historique , est aussi variable que le sont les évènemens qui changent si souvent la face de la terre. Sans parler des révolutions consignées dans l'histoire ancienne et moderne, n'avonsnous pas vu de nos jours de grandes contrées changer quatre ou cinq fois de domination, etpar conséquent figurer sous autant de noms différens dans la liste des nations? La division des peuples, fondée sur cette base, est donc la moins convenable de toutes, car elle est la plus inconstante et la moins durable. Celle qui classerait toutes les nations de la terre, en prenant cette appellation dans le sens géographique, quoique moins variable que la précédente, n’en serait pas moins impropre, puisqu'en offrant des divisions qui ne correspondent pas à celles de l'ethnographie, elles sont en outre presque toujours en opposi- Lion avec les divisions politiques, sans avoir pour cela l'avantage d'être invariables. La division ethnographique est la seule qui possède cette dernière qualité.
La langue est le véritable trait caractéristique qui distinguc une nation d'une autre ; quelquefois
même elle en est le seul, puisque toutesles autres
différences provenant de la iversété de race, de gouvernement, des uälges, des mœurs, de la religion et de la civilisation, ou n'existent pas, ou bien offrent des muaaces presque imperceptibles. Quelle différence essentielle présentent maintenant entre elles les principales nations de l'Europe, si ce west celle de la langue? Les progrèsde la ciwilisation , la succession des changemens politiques, si fréquens de nos jours, et la multiplicité des rapports produits par le commerce st l'industrie, ont pour ainsi dire entièrement effacé ce qui constituait les nuances principales du caractère individuel de chaque nation européenne. Quelle différence essentielle offrent entre elles les nations policées de l'Inde, de l’Indo- Chine , de la Malaisie (archipel Indien), et la plupart des innombrables peuplades de l'Amérique , si ce n’est aussi la différence du langage que chacune d'elles parle : c’est par là qu'on distingue un Malabar d'un Telinga , d'un Bengali, etd’un Maharatle ; un Siamois d'un Péguan, d'un Birman, et d'un Tonquinois ; un Malais d'un Javanais, d'un Bugis et d'un Tagale; un Mexicain d'un Tarasque , d'un Huastèque , etd'un Totonaque ; un Huron d'un Sawonou , etun Guarani d’un Péruvien !
Mais, outre que la langue est ordinairement le seul ou le principal trait caractéristique d'une nation, ce trait a l'avantage d'être presque toujours ivaltérable, de se conserver à travers la série des siècles; car ni te laps de temps, ni les variations des gouvernemens, niles changemens de religion et des institutions sociales et politi-
ues, ne sauraient, généralement parlant, le étruire, Ne voyons-nous pasles Croales de Feldsberg, dans la Basse-Autriche, et ceux des villages de Froelersdorf, de Grittenfeld et de Prezau, dans la Moravie, couserver leur langue au milieu des peuplades allemandes qui les environnent ?
Ne voyons-nous pas quatre autres peuplades slaves, les Seelenh, les Xures, les Wenden et les Semgallen, conserver aussi, depuis tant de siècles, chacun leur dialecte letton différent, malgré leurs longues et intimes relations avec les Allemands, qui les pressent de tous côtés, malgré le voisinage des nations finnoises qui les environnent, et malgré l'influence toujours croissante de la domination russe? C’est ainsi que les 7ndiens , les Chinois, les Juifs , les Arméniens, les Basques , les Caldonach , et une foule d’autres nations, se sont conservées à travers la série des siècles, malgré les révolutions qu’elles ont subies, et malgré la domination et le contact de tant de peuples étrangers avec lesquels elles se sont trouvées unies.
Comme dans la description générale de chaque partie du monde nous offrirons dans un tableau toutes les familles ethnographiques qui lui appartiennent, avec leurs langues principales, nous pous bornerons ici à définir ce que l’on doit entendre par famille, par langue-sœur' et par dialecte, nous donnerons ensuite un résumé de la mappemonde ethnographique de notre Atlas.
Ce sera le cadre général auquel se rapporteront les cinq tableaux correspondant aux cinq parties du monde.
Souche ou famille ethnographique est un groupe de langues qui offrent entre elles une grande analogie. Elles présentent pour ainsi dire tant de traits de famille qu'on leur reconnait une origine commune, d'autant plus que l’histoire vient d'ordinaire à notre secours, en nous indiquant les traces des migrations des peuples qui les parlent, Ces {angues-sœurs constituent les familles ou les souches elthnographiques.
Les dialectes, généralement parlant, sont des manières différentes de prononcer une langue. Nous ne croyons pas qu'on puisse donner une définition plus exacte, quoiqu’elle laisse encore beaucoup à desirer; car à côté d'une prononciation plus où moins sonore ou sourde, accentuée ou effacée, se glissent aussi des constructions tout-à-fait différentes et souvent des mots étrangovrs à la langue-mère.
Les recherches que nous avons faites pour la rédaction de l'Atlas ethnographique , nous ont démontré qu’on peut porter au moins à 2000 le nombre des langues connues. Quelque grand que puisse paraitre ce nombre, il est bien loin d’être exagéré. Il nous étonne, parce que nous avons des idées très inexactes des langues, parce que leur histoire est encore dans l'enfance, et que la
ligne de démarcation entre une langue et ses dialectes est encore bien loin d’être déterminée avec précision. La plupart de nos idées à cet égard se fondent sur les opinions de ces auteurs qui prétendaient fixer le nombre des langues d’après quelques textes de la Bible, et sur l'observation del’étatoù setrouventactuellement celles des pays les plus connus. Mais les opinions de ces auteurs sont arbitraires, et le petit nombre d’idiomes usités en Europe ne peut pas servir de mesure pour connaitre celui des autres parties du monde. La région du Caucase, les plaines de l'Orénoque et de l’Amazone , la côte de la Nouvelle-Californie et plusieurs îles de l'Océanie , prouvent sans ré-
plique combien seraient erronées les conséquences de semblables comparaisons.
L'état imparfait de l’ethnographie ne nous a permis de classer que 860 langues, et environ 6000 dialectes. Dans ce nombre prodigieux d'idiomes, 153 appartiennent à l'Asie, 53 à l'Europe, 115 à l'Afrique, 117 à l'Océanie, et 422 à l'Amérique.
En appliquant à l’ethnographie les cinq grandes divisions du globe adoptées pour la géographie physique, quoique leurs limites respectives y subissent de grandes modifications, provenant du domaine très étendu de certaines langues, nous avons partagé toutes les langues connues dans les cinq classes suivantes.