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APERÇU GÉOLOGIQUE SUR LA RÉGION FRANÇAISE

DÊVELOPPEKSNT PROaRESSIF DU SOL FRANÇAIS

Le trait fondamental de la géologie française est l'existence, au centre de la région, d'un massif de terrain archéen, dont Témersion remonte aux premiers temps paléozoïques. Sans doute ce massif a subi, depuis sa première formation, de nombreuses modifications; des accidents divers en ont affecté l'équilibre, et Térosion, poursuivie durant toutes les périodes géologiques, lui a enlevé peu à peu les éléments détritiques à l'aide desquels s'est constituée une grande partie du sous-sol de notre pays. Néanmoins, à travers toutes ces vicissitudes, son individualité est demeurée distincte et, par une sorte de prédestination, cet îlot archéen, qui devait être un jour le dernier boulevard de l'indépendance gauloise, n'a jamais cessé de former Je noyau du sol français.

Aujourd'hui, si l'on fait abstraction des formations éruptives qui en recouvrent une partie, le massif archéen constitue un plateau ondulé, de 600 mètres d'altitude moyenne, qu'on appelle avec juste raison le Plateau central de la France, et qui comprend le Limousin, une partie du Bourbonnais, le Forez, le Velay et l'Auvergne. A ce plateau se rattachent, à titre d'annexés, au nord-est le Morvan, dont le sépare une

dépression qui permet une communication facile entre le bassin de la Loire et celui du Rhône ; au sud, les Gévennes, d'une part, et la Montagne Noire, de l'autre , séparées par le golfe jurassique de TAveyron.

Deux autres îlots archéens doivent encore attirer l'attention : d'abord celui qui forme la Vendée et la lisière sudouest de la Bretagne ; d'autre part, le massif de gneiss et de granité de la partie centrale des Vosges, ayant son symétrique de l'autre côté du Rhin, dans la Forêt Noire, et se reliant souterrainement au Morvan, comme en témoigne la protubérance gneissique de la Serre, qui surgit en Franche-Comté au milieu des terrains jurassiques. Enfin sur le littoral de là Provence, un autre îlot, celui des Maures et de VEsterel, se révèle aussi comme un massif très anciennement émergé.

Battus par les tlots des océans précambriens, ces premiers îlots ont vu se former autour d'eux une ceinture de phyllades et de grauwackes. Les dépôts ainsi produits n'ont pas sensiblement accru l'étendue originelle du Plateau Central ni celle des Vosges. En revanche, ceux qui étaient venus s'adosser au versant nord de la bande archéenne de la Vendée et du Morbihan, ayant été émergés peu de temps après leur formation, ont fait naître dans la mer silurienne une grande île, qui ne devait plus subir ultérieurement que des submersions partielles ; c'est VArmorique ou Bretagne, avec son prolongement naturel, la presqu'île du Cotentin, reliée sous la Manche à la péninsule de Cornouailles. En même temps que se produisait cette émersion, une autre avait lieu au nordouest des Vosges, et les mêmes sédiments cambriens, venus au jour dans VArdenne et le Brabant, y formaient une île limitant au nord la région française.

A ce moment, s'est trouvé défini ce qu'on appelle le Bassin de Paris. Désormais le Cotentin, la Bretagne, la Vendée, le Plateau Central, le Morvan, les Vosges et l'Ardenne enfermeront, dans un cercle presque complet, une région de sédimentation dont le centre coïncide avec l'emplacement actuel de la capitale de la France. Là viendront converger les éléments détritiques enlevés par l'érosion à la partie des massifs anciens qui se déverse de ce côté, jusqu'à ce que cet

apport, maintes fois renouvelé, ait rempli la cuvette parisienne et chassé la mer de son territoire. Ainsi la France se trouvera partagée en deux régions distinctes, l'une, septentrionale, nettement délimitée en forme de bassin, Tautre méridionale, baignée par une mer bien ouverte et où les formations garderont le caractère pélagique, au moins à Test du large détroit qui sépare le Plateau Central de la France d'un autre massif semblable, la Meuta de la péninsule ibérique. Un jour, dans ce détroit, la chaîne des Pyrénées fera son apparition, ramenant à la surface une bande de terrains primaires, et alors on pourra distinguer dans la région française trois parties : le Bassin de Paris, de beaucoup le mieux développé et le plus homogène; le Bassin de la Garonne ou Golfe de l Aquitaine; enfin le Bassin da Rhône j que le soulèvement des Alpes n'isolera qu'à la dernière heure des régions méditerranéennes orientales.

Si le bassin de Paris est déjà esquissé dès la un de la période précambrienne, du moins il ne recevra sa forme définitive que quand les sillons et les échancrures de la Bre« tagne, de TArdenne et du Plateau Central auront été comblés par les dépôts siluriens, dévoniens, carbonifériens et permiens. Même, à ce moment, tout ne sera pas dit encore et il faudra que la période triasique s'achève. Par là seulement cessera rindécision par suite de laquelle, dans Test de la France, la mer est si souvent en lutte avec la terre ferme jusqu'à la fin du dépôt des marnes irisées ; si bien qu'à cette époque il est difficile de dire ce que pouvait être la condition des pays situés à Touest du méridien de Dijon.

Mais il n'en est plus ainsi à l'ouverture de la période liasique. A peu près tout le bassin de Paris est inondé. Le rivage, partant du Cotentin, va rejoindre l'Ardenne, envoie dans le Luxembourg une pointe avancée, puis se coude vers le sud jusqu'à un large détroit, reliant la mer parisienne à la Méditerranée par l'intermédiaire d'une région mixte, celle du Jura. Du Morvan, en grande paiHie, sinon en totalité, immergé, le rivage se dirige à l'ouest-sud-ouest le long du Plateau Central et aboutit, entre ce dernier et la Vendée, à un autre détroit moins large, celui du Poitou, qui établit la liaison

entre la cuvette parisienne et TAtlantique. Puis la côte se coude au nord, longe la Bretagne et le Gotentin et, à travers la Manche, alors fermée, rejoint le pays de Gornouailles pour continuer sa route vers le nord de l'Angleterre.

Pendant ce temps, au delà de Poitiers, la mer liasique suit le bord sud*ouest du Plateau Central et couvre la région pyrénéenne, s'étendant jusqu'au Plateau espagnol ; puis à partir des Gévennes, son rivage, longeant le Vivarais et le Lyonnais, va rejoindre le Morvan.

A dater de la période liasique, la sédimentation devient de plus en plus calme et finit par permettre le développement des polypiers constructeurs, surtout au voisinage du détroit de la Gôte-d*Or comme de cçlui du Poitou. Puis, après la période mésojurassique il se produit une retraite progressive de la mer; les sédiments couvrent de moins en moins d'espace et leurs affleurements forment, à l'intérieur de celui du lias, une série de bandes concentriques, surtout entre les Ardennes et le Berry. Plus tard, rérosion, profitant de la différence de résistance des roches, accentuera ces zones en façonnant le bord de quelques-unes d'entre elles sous forme de falaises destinées à jouer un rôle spécial, aussi bien dans l'orographie que dans la défense du pays.

Ce mode de dépôt des sédiments, en plaques concentriques de moins en moins étendues, se poursuit, dans la partie orientale du bassin de Paris, jusqu'à la fin des temps crétacés. Mais il n'en est pas de même dans l'ouest, où la mer de la craie, débordant les dépôts éocrétaciques et même, en quel^ ques points, les sédiments jurassiques, a laissé des témoins jusque sur le sol de Bretagne et de la Vendée. Le détroit du Poitou s'est fermé avant la fin de la période jurassique. Quant au détroit de la Côte d'Or, il semble aussi avoir été transformé en isthme à la fin de la même époque, par le fait d'une émersion qui s'étendait jusqu'au bord des Alpes, mais qui n'a pas persisté longtemps; car, vers les débuts de la période néocomienne, la mer, arrivant du sud-est, atteignait la Champagne et le Berry, alors que» dans le nord-ouest, les formations continentales, ou tout au moins les dépôts d'estuaire, avaient momentanément le dessus.

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Lorsque la période crétacique prend fin, la mer a si liia rétréci son domaine, qu'elle ne forme pins gaère que des flaques entre Montereau et la Belgique.

Alors s'ouvrent les temps tertiaires. Pendant réocène, tont le Midi est soumis à un régime de sédimentation uniforme, caractérisé par les calcaires à nummulites. Les détroits du Poitou et du Morvan sont fermés, et le bassin de Paris n'a plus de communications avec le sud qu*en contournant le Gotentin et la Bretagne.

Dans ce bassin, une série d'invasions et de retraites de la mer amène la formation d'une suite de sédiments. L'érosion, en enlevant les bords de ces dépôts, laissera un jour le massif éocène central se détacher en saillie, du côté de Test, sur sa base crayeuse, mise à jour dans les plaines de la Champagne. De cette manière, le terrain tertiaire sera limité de ce côté par une falaise où l'Yonne, la Seine, la Vesie, l'Aisne et l'Oise ne pénètrent qu'en paraissant forcer de véritables déQlés.

Pendant que s'effectue le remplissage de la cuvette parisienne, le pourtour voit se former, par destruction mécanique ou chimique des couches superficielles, des conglomérats de silex qui couvrent le Sancerrois, le Thimerais et une grande partie de la Normandie, de la Picardie et de la Flandre.

L'oligocène ramène la mer, venant du nord, jusqu'aux confins de l'Orléanais, pendant que l'activité thermale ou simplement météorique se traduit en Lorraine, en Franche-Comté, en Bourgogne, dans le Nivernais, le Berry, le Poitou, le Quercy, etc., par la formation des dépôts sidérolithiques. Une autre mer s'est établie dans le golfe de l'Aquitaine, que le soulèvement pyrénéen vient d'isoler de la Méditerranée, et un bras de cette mer remonte par Nantes jusqu'à Rennes.

Puis les eaux marines abandonnent le bassin de Paris, dont le grand lac de la Beauce (déjà préparé à l'époque précédente par celui de la Brie) prend possession. A la même heure, d'autres lacs souvent saumâtres occupent la Limagne, le Cantal, le Velay, le Languedoc, une pfirtie de la Provence et de la Gascogne.

Le golfe de l'Aquitaine s'agrandit un peu à l'époque de la

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mollasse, lors de cfette invasion helvétienne qui fait arriver la mer à Blois et aux portes de Rennes, tandis que, par la vallée du Rhône, elle remonte en Suisse et jusqu'au cœur de la Franche-Comté. Mais les Alpes se dressent à leur tour, pendant que FAuvergne commence la série de ses éruptions. En même temps que les sommités du Gantai, du Mont-Dore, du Yelay et du Yivarais s'édifient sur leur hase de gneiss, de granité et de micaschiste, la mer essaye, dans le sud, un retour sur la vallée du Rhône, le golfe de Perpignan et la région de Montpellier. Puis elle rentre dans ses limites actuelles, et Tépoque quaternaire ne la voit plus revenir sur aucune partie de notre territoire.

§2 RÉGIONS NATURELLES DE LiL FRANGE

Par suite des nombreuses vicissitudes que la géographie française a traversées, le sol de notre pays offre, dans son relief comme dans sa composition,. une grande variété. Entreprendre une description de ce sol serait sortir des limites qui conviennent à un abrégé *. Nous nous bornerons à de courtes indications sur les principales régions naturelles, en insistant particulièrement, à cause de son unité, sur le Bassin de Paris.

Au centre de ce bassin, les dépôts tertiaires forment un tout assez homogène qui se termine, comme nous Tavons déjà dit, par une falaise du côté de Test et du nord-est. De la sorle, en étendant un peu Tancienne acception du mot Ilede-France, on peut désigner par là toute cette grande île tertiaire, dont le couronnement est constitué par le fond plat des anciens lacs de la Beauce et de la Brie, et au pied de laquelle les plaines de la craie, avec leurs douces ondulations, donnent en quelque sorte Tillusion d'une mer. Entre la Seine et rOise, la falaise tertiaire envoie par endroits de véritables promontoires, et il s'en détache des îlots pareils. à des cita^

!. Voir pour plus de détails notre Géologie en chemin de fer.

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délies ETancéeSy comme ceux de Laon et du mont de Bem, près de Reims. La même constitution se remarque an nord, dans le Noyonnais, et Ton en retrouve des traces à l'ouest, dans le Vezin.

A rintérieur, TIle-de-France présente une composition très variable. Il suffit de citer le contraste du Gàtinâis français, c'est-à-dire des environs de Fontainebleau, où nne masse sableuse est encadrée entre les nappes lacustres horizontales de la Beauce et de la Brie, avec le Valois, où les sables oligocènes ne forment plus que des éminences allongées, à la surface d*un plateau éocène, entamé par des vallées rares et profondes. Tout à côté, le SoiMonnais introduit, grâce à la nature meuble et fertile des dépôts de Téocène inférieur, un nouveau type de passage, qui comporte, avec une surface infiniment plus découpée, des niveaux d'eau plus nombreux. Enfin, le travail d'érosion quaternaire a atteint son maximum d'intensité à Paris, où la rencontre de l'Oise, de la Marne et de la Seine n'a plus laissé subsister, de Féocène supérieur et de l'oligocène, que des témoins, tels que la butte de Montmartre et le mont Valérien.

Suivons maintenant, autour de FIle-de-France, les zones concentriques que forment les affleurements de plus en plus anciens. Ce n'est pas par le sud que pourra commencer cette recherche ; car, à la place où devrait apparaître la craie blanche, le lac de la Beauce a étendu un manteau uniforme de marnes et de calcaires, recouvert ultérieurement par une nappe de limon qui en fait un pays essentiellement agricole. Ce plateau, en raison de son âge géologique, devrait dominer tous les autres, mais il s'abaisse en pente douce vers la Loire, par l'effet du mouvement qui, à la fin de l'époque aquitanienne, a déterminé l'assèchement du lac et la disparition de la partie méridionale de son fond sous les sables et argiles de l'Orléanais. De cette manière, non seulement l'Ile-de-France ne se dessine pas en falaise au sud, mais il n'y a, à vrai dire, de ce côté, aucune séparation naturelle entre le bassin de la Loire et celui de la Seine.

A Test de la Beauce, le Gâtinais, sous une couverture de dépôts tertiaires divers, d'origine continentale, laisse aperce-

voir dans les vallées la masse crayeuse. Enfin, celle-ci affleure définitivement en Champagne, et, depuis la vallée de la Seine jusqu'à celle de T Aisne, demeure presque partout à découvert, formant une zone infertile, la Champagne pouilleuse, dont la monotonie n'est rompue que par quelque? plantations de pins.

Bien que la craie se poursuive au delà de la Champagne, le caractère de ses affleurements se modifie progressivement, à mesure qu'on approche de l'ancien détroit tertiaire francohelge. En effet, la destruction des sédiments meubles, étalés sur ce détroit aux époques éocène et oligocène, a laissé sur la craie un manteau d'argile à silei et de limon, qui change complètement l'aspect et la valeur du sol. Il en est de même, et pour la même cause, en Picardie et surtout en Normandie, notamment dans le fertile Pays de Caux, où le bief à silex atteint parfois, sous le limon,' 30 mètres d'épaisseur. Seulement, dans l'intervalle, un soulèvement spécial, celui du Pays de Bray , a fait naître, eii déchirant la couverture crayeuse, une véritable oasis mamelonnée, de sédiments éocrétaciques et jurassiques, dont la nature se prête à merveille à la création des herbages. Du reste, grâce à la proximité de la mer et de la vallée de la Seine, le plateau normand se trouve entaillé par dés vallées profondes, qui en rompent partout la monotonie.

Au sud de la Normandie, la craie est encore masquée par des argiles à silex telles que celles du Thimerais, desquelles on passe insensiblement à la Beauce occidentale du pays chartrain.

La Sologne cache, au sud, le turonien et le cénomanien, comme la Beauce avait dissimulé la craie blanche. Les deux étages se confondent plus ou moins dans l'Yonne avec là craie et ne commencent à se distinguer qu'au nord de la Marne, où la roche devient plus marneuse. Aussi, de ce côté, depuis Valmy jusqu'au delà de Rethel, la craie proprement dite se dessine-t-elle en saillie, par suite de l'érosion qui a fait disparaître la ceinture marneuse turonienne, en formant, au-devant des Ardennes, la blanche falaise de Champagne. Les marnes dominent encore plus au nord de l'Aisne,

OK LAPPARENT, — ADllÉCÉ, 6« liOIT. 28

OÙ les dièves constituent le sol plat et fertile du pays de Thiérache, ainsi que la haute Tallée de la Sambre, dont la verdure contraste si bien arec Taspect des plateaux picards.

Tandis que les affleurements crayeux formaient la Cham- ^ pagne sèche, ceux des sédiments éocrétaciques, où domine l'élément argileux, engendrent la Champagne humide, région doucement ondulée, abondamment arrosée, qui commence à la Puisaye, pour se terminer aux Ardennes, après avoir embrassé la majeure partie de TArgoone.

Au-delà de cette bande de bois et de prés, les affleurements jurassiques ramènent une zone calcaire et relativement aride ; c'est celle qui comprend à la fois la Champagne berrichonne, avec ses cailloux de calcaire lithographique partout épars, une portion du Nivernais, une notable partie de la Haute-Marne et de la Meuse, c'est-à-dire le Bassigny et le Barrois, enfin les abords de la vallée de la Meuse en Lorraine, du moins au sud de Toul ; car au delà le faciès argileux reparaît dans la grande plaine de la "Woëvre.

La dernière bande jurassique, celle du lias, se distingue, depuis le Berry jusqu'en Lorraine, en passant par rAuzois pour s'interrompre un moment dans la Gôte-d'Or, par la fertilité des terres et par les formes découpées du terrain, surtout quand les plates-formes de calcaire à en troques viennent couronner les bandes de marnes liasiques.

A l'ouest une succession analogue s'observe, mais sur de moindres proportions, entre l'emboucbure de la Seine et le Cotentin. Ares les herbages du Pays d'Auge, à sous-sol argileux formé par le jurassique supérieur, la Campagne de Caen et celle de la Sarthe ramènent les plaines calcaires mésqjurassiques, en attendant que, de Bayeux à Valognes, le lias affleure avec son aspect habituel dans le Bessin.

Mais, dès le département de l'Orne, la transgression crétacée fait disparaître tout affleurement jurassique et l'on voit, faisant suite au Thimerais, deux régions de bois et de prés, le Perche et le Maine, assises sur les couches sableuses et argileuses du cénomanien. Toutes deux aboutissent, avant la vallée de la Loire, d'une part à la Sologne occidentate, d'autre part à 1a dépression de la Touraine, confluent de

vallées au delà duquel on rejoint le Berry par la Brenne, région d'argiles et de sables tertiaires, supportés par un grand massif mésojurassique.

Portons maintenant notre attention sur la ceinture extérieure du bassin. Après la petite oasis primaire du Bas- Boulonnais, les sondages de TArtois et de la Flandre nous apprennent à suivre, sous les morts- terrains crayeux, le terrain houiller qui prolonge le massif ancien du Brabant et de l'Ardenne : cette dernière région, haut plateau de schiste et de quartzite, couvert de bois et de landes, se soude à FEifel et au Hunsriick. A son pied nous trouvons le trias, si développé en Lorraine, où les marnes irisées constituent de vastes plaines au sol rouge, tandis que, sur les Vosges, les grès triasiques, relevés à de grandes hauteurs, forment des rochers pittoresques, ou des terrasses dont les contours géométriques tranchent sur les lignes adoucies des Ballons.

La Côte-d'Or, par l'aspect du sol dijonnais, atteste les efTorts qui ont fini par isoler le Jura du bassin de Paris. Franchissons-la pour arriver au Morvan, cet écart du Plateau Central, lardé de granités, de porphyres, de porphyrites, région de bois et de prairies, difficile d'accès et de culture.

De là nous passons au Plateau Central qui, malgré son apparente homogénéité, comprend trois parties distinctes : à l'ouest le Limousin; au centre, l'Auvergne; à l'est, le Forez, le Beaujolais et les Cévennes.

Le Limousin est un plateau de gneiss et de micaschistes, accidenté par des bosses de granité granulitique formant des massifs remarquablement arrondis. L'un des plus nets est le noyau de pegmatite de Millevaches, où tant de rivières prennent leur source. Tout le Limousin forme une région de petits bois et de maigres prairies, parfois de landes sévères et incultes, où le sol est propice au châtaignier.

L'Auvergne diffère beaucoup du Limousin, d'abord par l'altitude du massif archéen qui, dans l'est, finit par dépasser 900 mètres, ce qui a déterminé l'ouverture de vallées profondes et abruptes; ensuite par les changements considérables que la surface a subis par le fait des phénomènes volcaniques. Ceux-ci ont étendu sur le Cézallier, le Cantal, la

Planèze, etc., un déluge de basalte, qui a puissamment modifié, en Tenrichissant, la nature du sol du plateau. En outre, les éruptions ont édifié sur cette base des cimes dont les restes, après une longue érosion, demeurent capables de dépasser, non seulement 1 400 mètres comme le Puy de Dôme, mais 1800 mètres comme le Mont-Dore, le Cantal, le Mézenc. De là une extrême variété d'aspects et de productions, encore accrue par le phénomène qui a ouvert, entre l'Auvergne et le Forez, la profonde échancrure de la Limagne. Les sédiments meubles de ce lac tertiaire, dispersés par l'érosion, ont laissé se former à leur place une riche et fertile vallée.

Élie de Beaumont a fait remarquer que le Cantal, avec ses profondes vallées divergentes, représentait un centre culminant de dispersion, duquel tout s'écarte, tandis qu'au contraire tout converge vers Paris. D'ailleurs la nature, qui s'est montrée si peu prodigue de ses richesses envers le Gantai, a accumulé comme à plaisir, dans la région parisienne, tous les éléments propres au développement de la civilisation, c'est-àdire les vallées bien ouvertes, les plaines fertiles et des matériaux de construction de toutes sortes. Ainsi l'importance prise par la capitale française n'est pas un effet du hasard, et l'on peut dire que l'ensemble des conditions géographiques et géologiques la prédestinait au rôle qu'elle a joué dans l'histoire.

Du Limousin, par les plaines jurassiques du Poitou, on parvient en Vendée, où la nature du sol, jointe à l'humidité du climat marin, donne au paysage un caractère bien exprimé par le mot de Bocage. Cette appellation convient aussi, pour la même cause, à une grande partie du sol schisteux de la Bretagne, tandis que, dans la bande archéenne du Morbihan, dominent les landes sauvages. Le Cotentin est aussi un bocage, c'est-à-dire un pays d'élevage, morcelé en prairies qu'entourent des haies vives avec de beaux arbres, de telle sorte que, vue de loin, la région offre l'aspect d'une succession de petits bois, parfois dominés par des chaînes granitiques régulières ou par des crêtes de grès armoricain.

Ce que nous avons appelé le golfe de l'Aquitaine offre une structure beaucoup plus simple que celle du bassin de Paris.

Les zones concentriques du Plateau Central ne se dessinent que dans les Charentes et le Périgord. Encore, si la série jurassique est complète, tout Téocrétacique manque, et le néocrétacique lui-même, presque toujours recouvert de lam- J3eaux tertiaires, dépasse à peine, dans son affleurement, le cours de la Dordogne.

Tandis que par la Pointe de Grave jusqu'à l'embouchure de l'Adour, la côte est couverte par une large bande de sable des Landes, presque tout le bassin de la Garonne, c'est-à-dire l'Agenais, l'Armagnac, le Castrais, le Pays de Toulouse, disparaît sous un manteau de sédiments tertiaires d'eau douce, ne laissant apercevoir qu'à l'ouest les traces de l'ancien golfe mollassique. Au sud seulement, à partir de la Chalosse, les dépôts éocènes nummulitiques, puis les couches crétaciques, se montrent en bandes relevées le long de la grande muraille pyrénéenne, dont l'axe est formé par les sédiments primaires entrecoupés de granité. Cette muraille présente, dans sa structure, deux régions de maximum de complication, l'une à l'ouest dans la Navarre, l'autre dans l'Ariège, à quoi il faut ajouter le massif granitique des Pyrénées-Orientales, qui sert d'appui au district disloqué des Corbières. Ce dernier est séparé par une dépression de la Montagne Noire, promontoire méridional du Plateau Central, limitant avec les Cévennes le golfe jurassique de TAveyron et de la Lozère. Là, les sédiments jurassiques calcaires affleurent en masses puissantes et horizontales, entaillés par de rares et profondes vallées, véritables canyons, et leur surface forme les plaines pierreuses et monotones connues sous le nom de Causses.

Quatre régions se partagent le bassin du Rhône : le Jura, la Bresse, les Alpes et la Provence. Le Jura franc-comtois est formé par les couches jurassiques, en plis successifs, souvent remarquables par leur régularité, enfermanC des lambeaux crétaciques et, près de- la Suisse des sédiments tertiaires d'âge helvétien.

De même qu'à l'est le massif jurassien se termine brusquement, par une ligne de lacs, contre la plaine tertiaire de la Suisse, de même, à l'ouest, il surgit tout d'un coup au-dessus

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de la plaine de la Saône, vaste dépression qui prolonge la Bresse au nord en suivant le pied du Plateau Central. On y devine les traces d'un ancien lac pliocène qui s'étendait au sud jusqu'à Lyon, et dont la partie orientale a reçu, dans les Dombes, les déjections des torrents issus des grands glaciers alpins.

Tandis que le Jura est surtout une région de plis réguliers, les failles, les renversements, les recouvrements et les dislocations compliquées abondent dans les Alpes. L'effort orogénique y a fait apparaître, en larges traînées, les schistes cristallins, mais plus exempts des injections granitiques si fréquentes dans le Plateau Central. Relevés contre ces schistes, les dépôts jurassiques et crétaciques se montrent dans le Dauphiné, notamment dans le massif de la Grande-Chartreuse.

Mais leur étendue diminue bien vite en Provence, où le morcellement et la variabilité des dépôts trahissent l'inlluence de l'ancien massif des Maures et de l'Esterel, recouvert dans sa partie orientale par des épanchements porphyriques d'âge permien. On sent que ce massif a dû former une île, au milieu de la mer où se déposaient les sédiments pélagiques secondaires, à l'époque où les Alpes devaient être à peine indiquées par quelques îlots. Cette île se prolongeait vers le sud et n'était sans doute qu'une pointe d'un territoire, aujourd'hui effondré, qui rejoignait les Maures aux Baléares et peut-être à la Corse.

Un mouvement orogénique post-oligocène a fortement disloqué les dépôts secondaires de la Provence. Puis l'érosion, d'une part, la superposition des plis alpins aux plis provençaux, d'autre part, sont venus imprimer à la géologie de la région une complication qui contraste avec l'allure adoucie de sa topographie.

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