COURANTS. VARIÉTÉ DBS FORMES VITALES
De là vient qu'il y a des îles, comme Madère, où règne une température à peu près exempte de tous autres changements que les variations diurnes, alors que certains pays continentaux, tels que Tintérieur de la Russie, voient, dans le cours d'une année, la température moyenne mensuelle s'élever ou s'abaisser de vingt-einq à trente degrés»
Rôle des courants. — Ce n'est pas tout. Lorsque, dans une masse fluide, que ce soit l'air ou l'eau, des différences de température se produisent, il s'établit aussitôt des courants, courctnts atmosphériques et courants marins, qui tendent à rétablir l'équilibre. Si quelques-uns de ces courants, ceux qui régnent dans la zone équatoriale, sont à peu près indépendants de la répartition des terres et des mers, il en est autrement dans les latitudes tempérées, où l'influence exercée par les conti* nents sur le transport des masses fluides (influence qui par* fois change avec les saisons) est souvent assez forte pour modifier profondément les conditions normales du climat. Par exemple, le Gulf-Siream, ce fleuve d'eau chaude issu du Golfe du Mexique, où les eaux de TAtlan tique, poussées par les vents alizés, se concentrent et s'échauffent comme dans une vaste chaudière, pour s'échapper ensuite avec une grande vitesse par le détroit de Baharaa, le Gulf-Stream, disons-nous, contribue à adoucir considérablement le climat de l'Europe septentrionale. Au contraire, certains courants froids, qui longent les côtes américaines, y contre-balancent en quelques points l'effet d'une température tropicale. De même il y a des courants d'air sec assez puissants pour assujettir au régime des déserts jusqu'à certaines îles situées en plein océan.
Répartition de la vie. Variété des formes vitales. — Par suite des différences qui viennent d'être signalées, le globe, tel qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire pourvu d'un relief très inégal et d'une grande complication dans les contours océaniques, offre une extrême variété de conditions physiques. Et comme ces conditions, degré de chaleur, variations plus ou moins brusques et plus ou moins étendues de la température, abondance plus ou moins grande de l'humidité, etc., sont ce qui influe par-dessus tout sur le monde organique, animal ou végétal, la vie revêt à la surface des continents, comme
dans les mers, une infinie variété de formes. Le monde se partage donc en provinces, botaniques ou zoologiques, les unes terrestres, les autres marines, dont chacune est caractérisée par un ensemble de formes qui lui sont propres.
Faunes marines littorales; faune abyssale. — Toutefois, en ce qui concerne les animaux marins, cette diversité organique ne se manifeste que sur les espèces de surface, celles qui vivent près du rivage, composant ce qu'on appelle les faunes littorales. Tout autre est la population des grandes profondeurs, au-dessous d'une couche superficielle peu épaisse, qui seule ressent les variations de la chaleur extérieure. Là règne une température uniforme qui, dans les océans largement ouverts, est voisine de zéro, parce que l'eau froide des pôles, plus lourde, descend et afflue librement sur le fond. Dans ce milieu exempt de toute agitation, où la lumière du soleil ne pénètre pas, une faune spéciale se développe, indépendante des latitudes; c'est la faune des abîmes ou abyssale, aussi monotone que les faunes littorales sont riches et variées.
Un tel contraste est frappant et sa signification s'accentue encore, quand le zoologiste nous apprend à reconnaître, parmi les formes abyssales, bon nombre de types étroitement alliés à des espèces disparues, qu'on ne retrouve plus qu'à l'état fossile. C'est une raison pour penser que Ja diversité actuelle des conditions extérieures n'a pas toujours existé, et qu'elle n'a cessé de se prononcer durant le cours des âges, pour atteindre, avec l'époque où nous sommes, son plus haut degré de complication.
Espèces isolées, espèces disjointes. Conclusion. — En tout cas, les faunes et les flores de surface du temps présent abondent en espèces isolées, c'est-à-dire dépourvues de tout lien avec les types organiques contemporains, au milieu desquels elles semblent dépaysées, tandis qu'elles forment la suite naturelle et comme le dernier anneau d'une chaîne d'antécédents fossiles. Quand de ce fait on rapproche celui des espèces disjointes, c'est-à-dire cantonnées aujourd'hui dans des districts déterminés, sans qu'on en observe aucune trace dans les régions intermédiaires, il devient difficile d'échapper à cette conclusion : que le monde actuel n'est pas une unité homo-