‹ Abrégé de géologieChapitre 73 sur 110 · SI · texte numérisé non relu

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Ces diverses circonstances ont porté Léopold de Buch à voir dans ces cirques le résultat d’un soulèvement occasionné par des matières qui, poussées de bas en haut, comme celles des éruptions, n’auront pu, ainsi que ces dernières, se faire jour, et auront, en conséquence, soulevé et étoilé la masse sous laquelle ces matières faisaient leur effort; d’où l’illustre géologue a donné à ces cirques le nom de cratères de soulèvement.

L. de Buch ne voyait, en conséquence, dans ces cirques, que le résultat du premier effort de la nature pour établir un volcan , résultat qui est demeuré imparfait dans les lieux où il n'y a pas de cratères d’éruption. Pour qu’un volcan ait eu son entier développement, il faut , ajoutait-il, qu’il soit constitué comme celui du pic de Teyde à Ténériffe , où l'on voit, au milieu d’un vaste cratère de soulèvement , un énorme cône d’éruption par le cratère duquel il ne se fait plus d’éruption, les dernières qui ont eu lieu s’étant faites par des bouches latérales qui ont successivement cessé d’agir , en commençant par les plus rapprochées du sommet.

Si les phénomènes volcaniques donnent ainsi lieu à des soulèvements, ils produisent d’autres fois des aflaUseuienWet font quelquefois disparaître des montagnes entières, du moins des cônes volcaniques, que l’on voit s'écrouler avec un fracas épouvantable. C’est ainsi que le volcan de Papandnyang, dans l’île de Java, s’est enfoncé, en 1772, avec quarante villages bâtis sur ses flancs , et a été remplacé par un lac de plusieurs kilomètres de diamètre.

Peut-être que l’on pourrait citer, parmi les affaissements résultant des phénomènes volcaniques , la disparition de petites îles qui n’ont eu qu’une existence éphémère. Telles ont été l’ile Sahrina, dans les Açores, qui a paru en 1811 ; l’île Julia, Nérita ou Ferdinnndéa, au sud de la Sicile, qui a paru en 1831, etc.; mais ces disparitions sont aussi attribuées à l’action érosive des eaux.

dassiflcnlion des volcans. — L. de Buch divisait les volcans en volcans centraux et en chaînes volcaniques : les premiers se composent d’un point central entouré d’une grande quantité de bouches d’éruption, réparties presque également à l’entour ; les seconds sont rangés en ligne droite, l’un à la suite de l’autre, et souvent à de petits intervalles. Tantôt, disait encore L. de Buch, ils s’élèvent du fond de la mer comme des îles coniques isolées , et alors une chaîne de montagnes primordiales court près d’eux dans une direction parallèle : ils semblent eu marquer le pied; tantôt les volcans sont placés sur la crête de la chaîne des montagnes et en forment les sommités.

ABRfcCK DK Q&OLOGIE. 27

Uf.OGÊNIK.

Les volcans ne sont pas toujours en activité; ils ont, au contraire, des interruptions plus ou moins longues, et l’on désigne par le nom de volcans éteints , ceux que les hommes ne se souviennent pas d’avoir vus en état d’éruption , et qui cependant ressemblent, par leurs caractères géographiques et géognostiques , aux volcans en activité. Ces derniers sont beaucoup moins abondants que les volcans éteints, et le plus souvent ils se trouvent au milieu d’un groupe de ceux-ci, dont ils semblent être les restes; ce qui annonce que les phénomènes volcaniques ont eu beaucoup plus d’intensité qu’ils n’en ont à présent . Cependant les intermittences, plus ou moins longues, qui existent entre les éruptions de volcans en activité, sont cause que l’on ne peut point assurer qu’un volcan que l’on considère comme éteint ne se remettra plus en activité. Il paraît mèmeque plus les interruptions sont longues, plus les éruptions sont violentes; c’est ainsi que, de toutes les éruptions connues du Vésuve, la plus violente est celle de l’an 79, qui a détruit les villes de Pompéia, d’Herculanum et de Stabia, et qui a eu lieu à une époque où l’on n’avait aucun souvenir d’éruptions antérieures, quoique l’existence antérieure de la Somma et la nature des matériaux qui ont servi à bâtir ces villes prouvent que d’abondantes éjaculations de roches pyroïdes avaient déjà en lieu dans cette contrée.

Lorsque les éruptions durent très longtemps sans interruption , elles n’ont plus tous ces caractères dévastateurs, et elles se resserrent dans de certaines limites; c’est ainsi que le petit volcan de Stromboli , dans les îles Éoliennes , qui n'a point encore été vu en repos depuis le temps de Strabon, ne présente qu’une espece de fournaise ardente, ou un bain de laves fondues, dans un état d’agitation et de bouillonnement continuel, d’où s’élèvent des jets de matières incandescentes qui retombent sur elles-mêmes.

Principaux volcans en activité. — Les volcans les plus remarquables par l’intensité de leurs éruptions et par l’altitude qu’ils atteignent, sont ceux d’Amérique. Les uns s’étendent, au sommet des Andes, sur une ligne de près de 1500 myriamètres dirigée dans le sens du continent; les antres forment, dans le Mexique, des lignes qui, au contmire, traversent le continent de l’est à l’ouest.

En Europe, on remarque principalement l’Etna, le Vésuveetle Stroraboli; en Afrique, les volcans des îles Canaries et ltle de la Réunion; et, en Asie, ceux de Kamtschatka et des îles de la Sonde. Les volcans en activité sont très abondants dans l’Océanie. En résumé, A. de Humboldt comptait 407 volcans qui ont été en activité depuis les temps historiques, et dans ce nombre il y en a 225 qui donnent encore des signes

PHÉNOMÈNES ACTl'F.LS.

d’activité. Ces volcans sont en général à de petites distances de la mer ; cependant, d’après des documents chinois, il existerait un volcan en activité dans la Mandchourie, à plus de cent myriamètres de la mer. Du reste, les volcans paraissent se trouver indistinctement sous toutes les latitudes et, s’ils sont assez abondants dans la zone torride, il en existe également dans les régions polaires; tel est le mont Érèbe, situé sous le 76'' degré de latitude australe. On a remarqué toutefois qu’il y a plus de traces de l’activité volcanique vers le pôle antarctique que vers le pôle arctique.

Causes des volcans. — Les phénomènes volcaniques sont trop importants pour que l’on n’ait pas cherché à se rendre raison des causes qui les produisent; mais ce que nous voyons de ces phénomènes ne nous permet de faire, sur leur origine, que des hypothèses plus ou moins hasardées.

La ressemblance de certains phénomènes volcaniques avec ce qui se passe dans nos fourneaux de fusion, et la matière dont nos mines de houille s’enflamment spontanément, ainsi qu’on le verra ci-après, avaient donné l’idée que les phénomènes volcaniques devaient aussi être attribués à l'incendie de matières combustibles occasionnées par des décompositions analogues à celles des pyrites. Mais on a généralement senti l'insuflisauce de cette hypothèse , lorsque la nature des matières rejetées par les volcans a été mieux étudiée, et que, la combustion étant mieux connue, on a fait attention que la décomposition des pyrites et l’inflammation des matières combustibles ne pouvaient avoir lieu sans le contact de l’air.

On a aussi attribué les phénomènes volcaniques à la décomposition de Veau, et on a supposé qu’en dessous de l’écorce oxydée du globe se trouvent des métaux dans un état tel, que le contact de l’eau doit donner lieu à des actions chimiques suffisantes pour produire de grands développements de chaleur et des formations de gaz. Nous sommes loin de contester la possibilité de cette hypothèse qui est à la hauteur des connaissances actuelles, et au moyen de laquelle on peut rendre raison des divers phénomènes des volcans et des tremblements de terre; mais, elle nous paraît sujette à beaucoup d’objections. D’abord, en supposant que l’eau puisse venir en contact avec les métaux non oxydés, l’oxydation de ceux-ci devrait bientôt mettre un obstacle à ce que ce contact se renouvelle. D’un autre côté, cette décomposition de l’eau donnerait lieu au dégagement d’une immense quantité de gaz hydrogène, et si ce gaz existe dans les émanations volcaniques, il y est en petite quantité.

Il y a bien plutôt lieu d’adopter l’opinion qui attribue l’origine des

GÉOGÉNIE

volcans au simple refroidissement de l' intérieur de la terre. Nous avons dit que l’étude (le la température du globe prouve que son écorce solide est douée d’une chaleur indépendante de celle que l’action du soleil développe à sa surface ; nous avons vu également que cette chaleur intérieure augmente avec la profondeur, de manière qu’il doit y avoir, à une profondeur moindre de 5 ravriamètres, une chaleur suffisante pour fondre les roches qui forment l’écorce du globe. On sent, en outre, d’après les règles de la transmission de la chaleur, qu’une partie de cette chaleur intérieure doit tendre à se perdre dans les espaces planétaires. Or, on peut tirer de ces données deux conséquences importantes : la première, c’est qu’il se trouve en dessous de l’écorce du globe une musse à l'état de fluidité ignée et d’un volume immense par rapport à celui de l’écorce, puisque 5 myriamètres ne sont que la cent vingt-septième partie du rayon terrestre ; la seconde, c’est que la partie supérieure de la masse fluide doit tendre continuellement à passer à l’état solide, jusqu’à ce que le globe ait perdu assez de chaleur pour être entièrement passé à l’état solide.

Ces deux conséquences une fois établies (et quoique l’observation directe en soit impossible, elles paraissent peu susceptibles d’être contestées), tout semble annoncer que l’on doit placer le point de départ des phénomènes volcaniques dont la partie supérieure de la masse fluide qui tend à passer à l’état solide, ce qui rend raison de la plupart des particularités qui caractérisent ces phénomènes.

C’est ainsi, par exemple, que le dégagement de chaleur n'est qu’une conséquence de la haute température qui règne dans les parties du globe d’où proviennent la plupart des matières rejetées par les volcans. La grande ressemblance de ces matières entre elles, quelles que soient les portions du globe où elles se trouvent, ou quelle que soit la nature du sol dont elles paraissent sorties, et leur différence des roches qui ont un autre mode de formation, ne sont, dans cette manière de voir, que des conséquences de l’identité du point de départ et de l’éloignement où ce point de départ se trouve de la surface de la terre.

Quant à la cause qui porte les matières liquides intérieures à s’élever à l’extérieur, c’est à dire, à faire éruption, on peut l’attribuer, avec M. Élic de Beaumont, à l’action mécanique des substances gazeuses qui sont si abondantes dans les matières éjaculées par les éruptions volcaniques. On sait, en effet, que quand un liquide passe à l’état solide, la solidification n’est jamais complète, et qu’une partie de ce liquide passe à l’état gazeux, soit parce qu’il contenait en solution des corps qui ont plus de tendnuce à prendre l’état gazeux que l’état solide, soit parce qu’il se passe dans le liquide des changements qui déterminent la forma-

PHÉNOMÈNES ACTUELS

tion d’un corps ayant également de la tendance à prendre l’état gazeux. C’est ainsi, par exemple, que, quand l’eau se congèle, nous voyons l’air qu’elle tenait en dissolution se séparer et former des bulles au milieu de la glace. Les personnes qui moulent des métaux fondus savent également que, quand ces derniers se solidifient, il s’en sépare des gaz qui forment des bulles qui viennent crever à la surface ou qui déterminent, dans l’intérieur de la masse solide , des cavités que les ouvriers nomment des chambres. On a aussi observé que les laves amenées à la surface de la terre par les éruptions volcaniques dégagent des gaz et des vapeurs pendant tout le temps de leur consolidation ou refroidissement. On sait encore que, dans certaines liqueurs, telles que le vin mousseux, l'eau gazeuse, qui ne présentent qu’un liquide homogène lorsqu’elles sont comprimées dans une bouteille, il se forme, à l’instant où l’enlèvement du bouchon ou la rupture du vase diminue la pression, une multitude de bulles gazeuses qui, par le développement de volume et par la diminution de pesanteur spécifique qu’elles occasionnent dans le liquide, déterminent la sortie de celui-ci hors du vase et son expansion à des distances plus ou moins étendues. On conçoit donc que, si le refroidissement du fluide intérieur et la diminution de pression qui doit avoir lieu au dessous des ouvertures ou cheminées des volcans déterminent la formation de gaz, et la présence des gaz et des vapeurs dans les éruptions volcaniques ainsi que dans le refroidissement des laves ne permettent pas d’en douter, on conçoit, disons-nous, que ces gaz, disséminés dans la matière liquide, peuvent suffire pour entraîner ou plutôt pour lancer ces matières à la surface de la terre.

Les tremblement* de terre ne donnent pas matière à des descriptions aussi poétiques ni aussi effrayantes que les volcans, mais ils sont plus désastreux pour les habitants de la terre.

Ces phénomènes consistent dans une agitation plus ou moins violente du sol, ordinairement accompagnée de bruits que l’on compare à celui du canon, au fracas de voitures roulant sur le pavé ou à d’immenses éboulemcnts.

Quelquefois cette agitation ne dure qu'un instant, et elle est si faible qu’elle ne laisse aucune trace de son passage, et qu’une partie des personnes qui se trouvent sur les lieux ne la ressentent pas; d’autres fois, les secousses sont de plus longue durée, se renouvellent à la suite les unes des autres, et sont si violentes que les édifices sont renversés, que le sol se fend en divers sens, que des lacs sont desséches, que des rivières sont arrêtées dans leurs cours, que des montagnes entières s'écroulent et qu'il s’en élève de nouvelles.

CÊOGÉNIE.

Quelquefois le même tremblement de terre se prolonge à des distances immenses et agite une surface considérable ; c’est ainsi que celui du 17 juin 1826 se fit sentir, dit M. Boussingault, dans toute la Nouvelle Grenade, c’est à dire sur une surface de plus de 6 000 myriamètres carrés. D’autres fois, les secousses sont concentrées dans un espace très resserré; c’est ainsi que le tremblement de terre qui u eu lieu dans l’île d’ischia, près de Naples, le 2 février 1828, n’a point été senti, rapporte M. Covelli, dans la petite île joignante de l’rocidn, ni sur les parties voisines du continent, et a cependant été si violent que l’île paraissait prête à s’ensevelir dans la mer, et qu’un village entier, benucoup de maisons, et tous les mura qui soutenaient des terres ont été renversés.

Les tremblements de terre accompagnent souvent les éruptions volcaniques ; aussi la plupart des géologues ont-ils cru qu’il existait benucoup de rapports entre ces deux phénomènes. Voici notamment ce que disait, à ce sujet , de Humboldt (1) : » La haute colonne de fumée que le volcan de Pasto, à l’est du cours de la Guaytara, vomit pendant trois mois, en 1797, disparut à l’instant même où, à une distance de 60 lieues, le grand tremblement de terre de Rio Barnba, et l’éruption boueuse de la Mova, firent perdre la vie à quarante mille individus. L’apparition soudaine de l’île de Subrinn, dans l’est des Açores, le 30 janvier 1811, fut l’annonce de l’épouvantable tremblement de terre qui, bien plus loin, à l’ouest, depuis le mois de mai 1811, ébranla, presque sans interruption, d’abord les Antilles, ensuite les plaines de l’Ohio et du Mississipi, enfin les côtes de Venezuela, situées du côté opposé. Trente jours après la destruction totale de la ville de Caracas arriva l’explosion du volcan de Saint-Vincent., île des petites Antilles, éloignée de 130 lieues de la contrée où s’élevait cette cité. Au moment même où celte éruption avait lieu, le 30 avril 1812, un bruit souterrain se fit entendre et répandit l’effroi dans toute l’étendue d’un pays de 2 200 lieues carrées. Les habitants des rives de l’ Apuré, nu confluent du Rio Nula, de même que ceux de la côte maritime, comparèrent ce bruit à celui que produit la décharge de grosses pièces d’artillerie; or, depuis le confluent du Rio Nula et de l’Apuré jusqu’au volcan de Saint- Vincent, on compte 157 lieues en ligne droite. L’intensité de ce bruit était à peine plus considérable sur les côtes de la mer des Antilles, près du volcan en éruption, que dans l’intérieur. ■

M. Boussingault pense, au contraire (2), » que les tremblements de

(1) Tableaux de la nature, éJilion <1<* 1828, t. Il, p. 176.

(2) Bulletin de la Société géologique de France, l. VI, p. 53.

PHÉNOMÈNES ACTUELS

terres les plus mémorables de l'Amérique, ceux qui ont ruiné les villes Latncunga , Rio Bamba , Honda , Caracas , La Guayra , Barquisimeto, etc., dans lesquelles plus de cent mille personnes ont perdu la vie, u’ont coïncidé avec aucune éruption volcanique bien constatée. Dans les Andes, ajoute ce naturaliste, l’oscillation du sol, due à une éruption volcanique, est pour ainsi dire locale; tandis qu'un tremblement de terre, qui, en apparence du moins, n’est lié à aucune action volcanique, se propage à des distances incroyables, et, dans ce cas, on a remarqué que les secousses suivaient de préférence la direction des chaînes de montagnes. Le tremblement qui détruisit Caracas, en 1812, exerça son action suivant la direction de la Cordillère orientale des Andes, en renversant comme des châteaux de cartes toutes les villes situées dans cette direction. « M. Junghuhn dit que snr 143 tremblements de terre dont on a tenu note à Java, 3 seulement ont annoncé, 2 ont suivi, 19 ont accompagné les éruptions et 109 se sont produit tout à fait isolément.

On a remarqué, cependant, que les tremblemnts de terre sont plus fréquents dans les contrées où il y a des volcans que dans celles où il n’y en a pas; ils sont plus communs aussi dans les pays de montagnes que dans ceux de plaines, et ils ont une certaine tendance à agir de préférence dans les lieux qu’ils ont déjà secoués : c’est ainsi qu’on ne cite point de tremblements de terre réellement désastreux dans le nord de l’Europe, tandis que plusieurs villes du midi ont été détruites par ces terribles phénomènes ; mais c'est surtout dans la chaîne des Andes que les tremblements de terre exercent leurs ravages, le plus fréquemment ; ils s’y répètent si souvent, que M. Boussingnult dit : * qu’il y a tout lieu de présumer que si l’on enregistrait, dans les endroits peuplés de l’Amérique, tous les tremblements de terre qui s’y font sentir, on trouverait probablement que la terre tremble presque sans interruption. • M. Vermoulin, qui a tenu note de près de quatorze cents tremblements de terre éprouvés au Chili de 1833 à 1838, pense également que ces phénomènes ont indistinctement lieu dans toutes les saisons de l’année, et ne sont pas plus fréquents dans l’une que dans l’autre. Mais il paraît, au contraire, par les relevés faits par MM. de Hof, Meriau, Perrey et Milne, qu’en Europe les tremblements de terre sont plus fréquents en automne et en hiver qu’au printemps et en été.

Ces phénomènes se prolongent sous les eaux de la mer comme dans les autres parties du globle, et l’on sent que, quand la croûte solide sur laquelle reposent les eaux est agitée, ce Iles-ci participent au mouvement; aussi les navigateurs ont déjà ressenti en pleine mer des secousses qui

GÉOUÊME.

leur faisaient croire que leurs vaisseaux avaient touché. Mais c’est surtout sur les côtes que ces mouvements sont sensibles ; on voit la mer s’agiter, s’éloigner de la terre, y revenir avec violence et submerger des populations entières.

La cause des tremblements de terre n’est pas pins susceptible d’être reconnue d’une manière positive que celle des volcans. Nous dirons seulement que les relations qui existent fréquemment entre ces phénomènes, ainsi que la facilité que nous trouvons à expliquer les mouvements du sol par l’hypothèse indiquée ci-dessus pour l’explication des phénomènes volcaniques, nous portent à voir dans les premiers un résultat de la même cause qui produit les seconds. En effet, dès que Tonadmet, ainsi que nous l’avons exposé ci-dessus, que la partie solide du globe que nous voyons à sa surface n’est qu’une croûte peu épaisse, par rapport à l’étendue du rayon terrestre, au-dessous de laquelle se trouve une masse liquide qui tend à se solidifier, et que ce passage de l'état liquide à l’état solide donne lieu à la formation de gaz, on concevra aisément que, ces gaz étant sollicités, par leur nature expansive, à faire des efforts pour gagner la surface extérieure de la terre, il doit résulter, de leurs mouvements et des obstables qui s’y opposent, des secousses et des agitations suffisantes pour produire les effets que nous remarquons dans les tremblements de terre. Dans le nombre de ces obstacles, on peut citer en premier lieu les inégalités qui existent probablement à la surface interne de la croûte solide du globe ; car on sent que, si les montagnes sont, comme nous l’indiquerons dans le chapitre suivant, le résultat du soulèvement d’une partie de cette croûte, le fond de nos mers doit correspondre à des inégalités en relief sur la surface interne. On conçoit également que, abstraction faite de cette circonstance, la différence de conductibilité pour la chaleur des matières qui composent la croûte solide doit suffire pour rendre fort inégale la surface interne de cette écorce. Cordier croyait même que ces inégalités sont beaucoup plus fortes que celles de la surface extérieure, lesquelles, d’après ce que l’on a vu dans la Géographie, ne paraissent pas surpasser 2 myriamètres.

D’un autre côté, M. Boussingault, frappé de la manière dont les grands tremblements de terre des Andes sont indépendants des éruptions volcaniques, a proposé (1) une hypothèse qui consiste à attribuer ces tremblements n un tassement qui s’opère dans les montagnes. Partant de l’idée que celles-ci ont été formées par un soulèvement, ainsi

(t) Dull. rie la Soc. géol. rie France, t, VI, p. 5t.

PHÉNOMÈNES ACTUELS

que nous l’exposerons ei-après, M. Boussingault suppose que, quand les Andes ont été soulevées, le terrain traehytique, qui en forme la masse principale, était à l’état de solidité rigide, et susceptible de se fracturer plutôt que de se prêter à un changement de forme. Il apporte à l’appui de cette opinion la circonstance que les énormes blocs de trnchytes que l’on voit sur ces montagnes ont des angles aigus, souvent même tranchants, et qu’ensuite, là où le trachyte a percé et soulevé des couches de schiste, comme au Tunguragua, ou de micaschistes, comme à l’Antisana, on ne voit nullement un déversement de la roche soulevante sur la roche soulevée. Or, on conçoit que, dans ce cas, l’immense quantité de fragments anguleux qui se sont formés et qui se sont entassés confusément les uns sur lesnutres ont laissé une infinité de vides entre eux; que ces vides tendent successivement à se combler par un tassement analogue à celui qu’éprouvent les tas de décombres formés par les travaux de l’homme, que les gaz renfermés dans les cavités qui se remplissent par les matières solides qui s’éboulent doivent tendre à s’échapper et agiter le sol dans leur mouvement.

Nous sommes loin de contester une hypothèse aussi ingénieuse, et qui se recommande, d’ailleurs, par les profondes connaissances de son auteur; nous sommes même porté à croire que ce mode de production des tremblements de terre doit avoir lieu dans certaines circonstances; mais l’hypothèse qui donne à ces phénomènes une cause analogue à celle qui produit les volcans nous semble avoir le mérite d’être plus générale et de mieux rattacher l’ensemble des grands phénomènes géogéniques.

Cependant M. Boussingault cite des faits qui, s’ils étaient bien démontrés, ne laisseraient, pour ainsi dire, plus de doute en faveur de son hypothèse, et qui, tels qu’ils se présentent en ce moment, ont l’avantage d’appeler l'attention des naturalistes sur des phénomènes nouveaux dans l’histoire de la science : ces faits sont l'abaissement successif des montagnes.

Lorsque Bouguer, Godin et la Condamine se rendirent, il y a plus d’un siècle, à Quito, pour des travaux relatifs à la détermination de la figure de la terre, leurs opérations, à la station de Guaguapichischa , étaient très gênées par la neige ; cependant, depuis assez longtemps, on n’aperçoit plus de neige sur ce pic, C’est aussi une opinion généralement reçue à Popavan, dit M. Boussingault, que la limite inférieure des neiges qui recouvrent le volcan de Purace s’élève graduellement; or, cette élévation n’a pu être occasionnée que par deux raisons, ou parce que la température moyenne de la contrée s’est augmentée, ou bien

GfcOCÊNIE.

parce que la montagne s’est abaissée. Or, on n’a aucune raison pour admettre une augmentation dans la température de cette contrée, les observations faites par M. Boussingault, et par Caldas trente ans auparavant, donnant les mêmes résultats. D’un autre côté, toutes les mesures que M. Boussingault a prises dans les Andes annoncent des hauteurs moindres que celles qui avaient été données trente ans auparavant par Caldas et par Humboldt. Si ces dilférences de résultats étaient dues uniquement à des erreurs d’observations , il serait difficile de concevoir comment ces erreurs auraient agi constamment dans le même sens.

Le phénomène que nous avons indiqué ci-dessus sous le nom de soulèvement lent a été longtemps désigné comme un aiaisaemenl de la mer; mais, exprimé de celte manière, il doit être tout à fait rejeté; car, à côté de quelques cas d’abaissement, on peut citer une foule de faits prouvant que, dans beaucoup de localités, la surface de la mer a conservé la même élévation depuis plus de deux mille ans. Or, la tendance des eaux à prendre un môme niveau ne permet pas de supposer que la surface de la mer ait pu baisser dans certains lieux et conserver son élévation dans d’autres localités peu éloignées, tandis que les mouvements du sol que nous présentent les tremblements de terre et les phénomènes volcaniques nous familiarisent avec l'idée d’attribuer au soulèvement du sol les changements de niveau relatif que l’on observe le long de la mer. D’un autre côté, dès que l’on admet que l’écorce du globe est peu épaisse, et qu’elle se compose, ainsi qu’on le verra dans le chapitre suivant, de pièces séparées qui reposent sur un immense noyau liquide, on concevra aisémeut qu’il se fasse dans ces pièces des mouvements analogues à ce qui se passe dans les voussoirs d’une voûte qui s’affaisse.

C’est notamment sur les côtes du golfe de Botnie, en Suède, que l’on a fait les observations qui ont conduit à admettre l’existence des soulèvements lents, plusieurs observateurs assurant y avoir reconnu que des marques, fuites sur la côte à la hauteur du niveau de la mer, se trouvent successivement à des élévations plus considérables, et ayant calculé que, dons la plupart de ces lieux, le changement de niveau correspond à un exhaussement de plus d'un mètre par siècle. Il paraît même que ce soulèvement s’opère par un mouvement de bascule, car non seulement, à mesure que l’on s’avance vers le midi, les effets du soulèvement diminuent, mais différentes observations annoncent qu’il y a affaissement du sol en Scanie, et que la mer y avance sur les terres.

Le soulèvement de certains sols est encore indiqué par les alluvions

PHÉNOMÈNES ACTUELS

émergées que nous avons vues atteindre jusqu'à l’altitude de 124 mètres; car, outre que ce qui vient d’être dit de la mobilité du sol rend bion plus simple de supposer que les parties de ce sol où ont été déposées les alluvions sc sont élevées que d’admettre que la mer ait été à 424 mètres de son niveau actuel, il est à remarquer que, s’il en était ainsi, on verrait des traces de cette présence de la mer sur toute la contrée à ce même niveau, ce qui n’a pas lieu; on remarque, au contraire, que la série de ces dépôts forme une ligne d’altiiude qui tend toujours à se rapprocher ou à s’éloigner du niveau de la mer. C’est ainsi, par exemple, qu’en Norvège les traces de la présence de la mer ne se montrent pas dans le nord à plus de 68 mètres et qu’on les voit successivement s’élever à mesure que l’on s’avance vers le sud où elles atteignent l’altitude de près de 200 mètres.

Les phénomènes nommés salsea, volcans de boue, volcans d'eau ou volcans d'air, ne sont, pour ainsi dire, que des fontaines où la sortie de l’eau est accompagnée de matières gazeuses et solides, qui, le plus ordinairement, sont lancées par intervalles avec des circonstances qui rappellent les éruptions volcaniques, mais sur une très petite échelle.

Une des localités où ces phénomènes sont le mieux prononcés, est Turbaco, près de Carthagèno, dans la Nouvelle-Grenade, où Humboldt a observé une vingtaine de petits cônes de 7 à 8 mètres de haut, formés d’une marne argileuse d’un gris noirâtre, et portant à leur sommet une ouverture remplie d'eau. Il se fait par ces sommets, à de certains intervalles, un dégagement de gaz, précédé d’un bruit assez fort, mais sourd. Humboldt considère ce gaz comme étant du nitrogènç. Ces explosions sont quelquefois accompagnées d’une éjaculation de boue qui s'épanche sur les parois des cônes. •

Le versant septentrional des Apennins présente plusieurs phénomènes de ce genre, qui ont été étudiés avec soin. L’un des plus remarquables est la salse de Sassuolo, dans le Modénais. On n'y voit , dans les temps ordinaires , qu’une source sortant d’une marne argileuse imprégnée d’un peu de selmarin (1) et de pétrole. Quelquefois cette argile forme un petit cône par le cratère duquel l’eau s’écoule; d’autres fois, celle-ci sort parun simplctrou commedans les fontaines ordinaires; mais cette source a de véritables moments d’éruption, et alors elle Innce des jets d’eau, de la boue, du grisou et même des pierres considérables.

Les fontaines jaillissantes des Geysers, en Islande, méritent aussi une

(1) C’est Je la présence du s»l marin dans los sources où l’on voit ces phénomènes dans les Apennins que le nom de salse tire son origine. •

CIÎOGÉSIE.

mention toute particulière. On y voit une multitude de petits monticules de terre diversement colorée, d’où il sort de fortes sources d’eaux chaudes chargées de beaucoup de silice. La principale de ces fontaines, qui porte particulièrement le nom de Geyser, se trouve sur un monticule de 2 à 3 mètres de haut, composé de matières siliceuses, et qui présente, à sa partie supérieure, un bassin circulaire , rempli ordinairement d’eau très limpide, d’une température presque égale à celle de l’eau bouillante, et d’où il s’élève, de temps en temps, des jets d’eau qui s’élancent quelquefois avec une telle rapidité, qu’ils atteignent une élévation de 30 mètres, et peut-être de 100, d’après d’anciens rapports.

L’origine de ces phénomènes peut se rattacher à la même cause qui produit les éruptions des volcans ; car, dès que l'on Bdmet que ces éruptions sont occasionnées par des fluides élastiques qui se forment en dessous de la croûte extérieure du globe , on concevra aisément que, si de petits tuyaux traversés par ces substances gazeuses sont susceptibles de s’obstruer, les gaz s’accumuleront et sc comprimeront jusqu’à ce que leur force expansive puisse expulser les objets qui s’opposaient à leur passage; et on sent qu’alors il y aura une éruption dont la force sera en rapport avec la puissance de l’obstacle. Il n’est pas même nécessaire de recourir à l’intervention d’émanations de gaz intérieurs pour expliquer les éruptions intermittentes d’eau qui ne contiennent pas de matières étrangères au sol d’où elles jaillissent. Il suffit, ninsi que l’ont prouvé les expériences de M. Triger (1), de supposer qu’une cavité échauffée par la chaleur centrale soit accessible à une source. L’eau s’y transformera en vapeur, ^et, lorsque celle-ci sera suflisnmment comprimée, elle fera une explosion, et, en s’échappant , elle donnera naissance à un nouveau vide , dans lequel il sc reformera de la nouvelle vapeur, et ainsi de suite.

On a aussi attribué aux salses une origine moins liée avec les grands phénomènes géologiques, et on a supposé que le gaz qui fait ninsi jaillir l’eau, la boue et les pierres , se forme à de petites profondeurs par la décomposition de mntières végétales. Nous convenons qu’il n’est point impossible que des décompositions de ce genre donnent quelquefois naissance à des phénomènes qui ont plus ou moins de rapport avec ceux des salses; mais nous avons peine à concevoir une cause assez constante de décomposition pour pouvoir entretenir pendant des siècles ces phénomènes sur un même point et avec une intensité à peu près uniforme.

(I) Mémoire sur un appareil à air comprime pour percer les puits sous l’eau. Comptes rendus de l'Académie des sciences, XIII, 18.

PHÉNOMÈNES ACTUELS

On doit toutefois éviter de confondre les phénomènes des salses avec les éjaculations boueuses que nous avons dit p. 417 avoir quelquefois lieu lors de l’affaissement des montagnes volcaniques.

Les émanations gazeuses sont , comme ou l’a vu ci-dessus, un des accessoires des phénomènes que présentent les volcans et les salses ; mais, comme il y a des localités dont il ne se dégage que des gaz , ces émanations doivent aussi figurer d’une manière particulière dans l’énumération des phénomènes naturels.

Il est bien probable que les différents gaz, notamment la vapeur d’eau, que nous avons dit se trouver dans les éruptions volcaniques, forment aussi des émanations particulières ; mais on n’a, en général , remarqué que celles qui sont caractérisées par la présence du grisou, du soufre, de l’acide carbonique et de l’acide borique.

Les premières, qui sont les plus communes et les plus remarquables, sont ordinairement désignées par les noms de fontaine* ardente* ou de terrains ardents, parce que le grisou qui sort de terre, s’enflammant par des causes accidentelles, continue a brûler, comme celui qui s’échappe de nos appareils pour l'éclairage. Ces émanations sc remarquent le plus communément dans le voisinage des salses : telles sont celles de Pietra- Mala, dans les Apennins de la Toscane, et celles du temple des Guèbres, près de Backu, sur les bords de la mer Caspienne, où les restes des disciples de Zoroastre viennent eucore adorer l’objet de leur culte, et où l'on tire parti de ces feux naturels pour préparer les aliments et faire de la chaux.

Il se dégage aussi du grisou dans des lieux où rien n’annonce, comme dans les volcans, les salses et les fontaines ardentes, une communication avec le siège des grands phénomènes géologiques ; tel est celui qui se rencontre souvent dans les mines de houille, et dont l’inflammation accidentelle cause quelquefois de si grands désastres. L’origine de ce gaz n’est pas connue ; les uns croient qu’il se trouve enfermé dans la houille, d’autres, qu’il est le résultat de décompositions qui se passent dans cette dernière lorsqu’elle est mise en contact avec l’air extérieur.

Une troisième sorte d’émanation de grisou a lieu pendant les saisons chaudes, dans les marais et dans les mares ; mais elles sont peu importantes , et leur origine s’explique aisément par la décomposition des matières organiques qui sc trouvent enfouies dans la vase.

Les émanations gazeuses qui déposent du soufre sont ordinairemeut désignées par le nom de solfatares; elles ont le plus souvent lieu dans des volcans éteints, ou plutôt à peu près éteints , puisque le dégagement des gaz est encore un reste d’activité. Telle est la solfatare de Pouzzoles,

UËOGËNIF..

près de Naples. Ces émanations contiennent toujours une grande quantité de vapeur d’eau, et on ne sait pas très bien dans quel état s'y trouve le soufre ; il parait néanmoins qu’il y est , soit à l’état simple , soit à celui d’acide sulfhydrique, et que l’acide sulfureux que l’on y remarque provient de la combustion au jour, tant de la vapeur du soufre que de l’acide sulfhydrique.

Les émanatious d’acide carbonique que l'on désigne souvent par le nom de mofette* se remarquent principalement dans les terrains volcaniques ; telle est celle de la grotte du Chien sur les bords du lac d’Agnano près de Naples. On trouve aussi dans les mines, dans les puits et dans d’autres cavités souterraines, de l’acide carbonique, dont l’origine paraît devoir être attribuée à la décomposition des matières organiques ou d’autres substances contenant du carbone , et que, par cette raison, ou ne doit pas confondre avec celui qui, formant des courants à peu près constants , paraît être le résultat des mêmes causes que celles qui produisent les éruptions volcaniques.

Les émanations d’acide borique sont connues en Toscane sous le nom de Soflloni, le plus souvent elles ont lieu dans de petits lacs nommés lagoni où Ton receuille l’acide dissout dans l’eau pour faire du borax. Lorqu' elles ont lieu par des crevasses sèches, elles altèrent les roches et déposent de petits cristaux de Sassoline.

Les source» de pétrole sont aussi des phénomènes très rapprochés des salses et des fontaines ardentes, car on sait que cette matière ne diffère, pour ainsi dire, du grisou que parce quelle est à l’état liquide au lieu d’être à l’état gazeux, et on sent que les gaz qui traversent l’écorce du globe peuvent être quelquefois dans le cas de se liquéfier, plutôt que de conserver leur état gazeux. On a aussi attribué l’origine du pétrole à des décompositions ou à des distillations de dépôts superficiels ; mais on conçoit difficilement comment des phénomènes de cette nature peuvent donner naissance à des produits constants et sans que Ton voie des traces d’incendie. Il paraît, au contraire, beaucoup plus simple de voir dans l’origine du pétrole un effet de la même cause qui produit les phénomènes ignés, et cette manière de voir, si conforme à la simplicité des opérations de la nature, a encore, dans le cas actuel, l’avantage de nous expliquer pourquoi les sources de pétrole et les bitumes en général se trouvent presque toujours dans le voisinage des salses, des fontaines ardentes et des dépôts volcaniques.

L’une des plus abondantes de ces sources se trouve près de Backu, que nous venons de citer pour ses fontaines ardentes.

Les incendie» de* roche» combustible» , telles que la houille,

PHÉNOMÈNES ACTUELS

l’anthracite, le lignite, ont été rapprochés des grands phénomènes ignés dont nous venons de parler, et sont ordinairement désignés par l’épithète de spontanés, parce que, effectivement, ils doivent nssez communément leur origine à la décomposition des pyrites; mais, comme celles-ci, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, ne se décomposent qu’autant qu’elles sont exposées au contact de l’air, et que les roches combustibles ne peuvent brûler qu’autant qu’elles aient aussi ce contact, ces incendies ne prennent ordinairement naissance que dans les lieux où les travaux des mineurs ont préparé ces deux circonstances ; aussi parvient-on quelquefois à les éteindre en bouchant toutes les communications entre l’air extérieur et les couches combustibles ; mais souvent on croit avoir atteint ce but, lorsque l’on a seulement arrêté la marche de l'incendie, et, si l'on rouvre des communications avec l’air extérieur, le feu reprend toute sa force. Ces incendies peuvent durer un temps extrêmement long : c’est ainsi qu’il existe près de Planitz en Saxe, une mine de houille qui brûlait déjà de temps immémorial, il y a trois siècles, et qui n’était point encore éteinte en 1801, malgré les mesures quel’on avait prises à cet effet.

Les divers phénomènes ignés dont nous venons de parler déterminent des altération»! ou changements plus ou moins prononcés dan* les roches au voisinage desquelles ils se passent. C’est ainsi que les incendies souterrains ne se bornent pas à brûler les roches combustibles, mais ils modifient aussi la nature et les autres caractères des roches environnantes. Souvent ces modifications se bornent à faire passer les argiles et les schistes à un état analogue à celui des briques, mais d’autres fois la chaleur est assez forte pour que ces roches prennent des textures compactes ou scoriacées, et qu’elles se transforment en porcellanite. Quelquefois aussi, il se dégage des vapeurs sulfureuses et ammoniacales qui imprègnent les roches environnantes et donnent naissance à des substances salines, notamment à de l’alun et à de la couperose, qui font l’objet d’exploitations plus ou moins avantageuses.

Les laves produisent quelquefois sur les matières qu’elles traversent, qu’elles enveloppent ou qu’elles recouvrent des effets analogues à ceux des incendies souterrains, c’est ainsi que l’on voit dans leur voisinage des argiles et des schistes transformés en porcellanite. On voit aussi du granit qui a pris une texture celluleuse ou un aspect vitreux, du calcaire compacte qui a pris une texture cristalline, du bois transformé en charbon, etc. Mais l’action des laves est très variable, et on les voit quelquefois reposer sur des roches qui n’ont point éprouvé d’altération sensible.

Ce sont surtout les émanations gazeuses qui produisent les altérations

les plus importantes : quelquefois elles changent tout à fait les caractères des roches, c’est ainsi que les émanations sulfureuses désagrègent les roches feldspathiques et leur font perdre leurs éléments alcalins ; d’autres fois, notamment en Toscane, ces émanations sulfureuses transforment du calcaire eu gypse. Les émanations qui s’échappent des volcans, aidées par la dilatation résultant de la chaleur, déterminent dans l’intérieur des roches, la formation de cristaux ou de concrétions de diverses substances, telles que de l’oligiste spéculaire, du soufre, du réalgar, du sel marin, du salmiac, de l’attacamite, etc. Il paraît même que ces émanations donnent naissance à la production de silicates et d’hydrosilicates.

Les eaux minérales font aussi éprouver des altérations aux matières qu’elleâ traversent, et M. Daubrée a reconnu dernièrement qu’elles avaient déterminé la formation de zéolites dans les mortiers que les Romains avaient employés dans leurs travaux aux eaux de Plombières.

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