Chapitre III
ÉPOqUE ARCHÉENNE ^
La première écorce terrestre, qui se forma sur le globe liquide et incandescent, fut le résultat de la déperdition de chaleur causée par le froid des espaces. Cette croûte primitive a continué de s'augmenter lentement "par Vintérieur^ à proportion de ce que le refroidissement a pu pénétrer jusqu'à la couche centrale liquide et en faire solidifier progressivement la surface. L'observation directe faisant ici complètement défaut, il n'est pas possible de connaître la composition de cette croûte première. Toutefois, il n'est pas imprudent de croire qu'elle est constituée par des roches cristallines, étant donné qu'elle s'est formée sous des températures extrêmement élevées. On peut aussi admettre que les granits, les porphyres et autres roches ignées, que les volcans, les cassures ou les écroulements des terrains ont fait comme remonter à travers les couches supérieures, venaient bien de ces profondeurs énormes ; mais cela n'est que probable. Et, en définitive, il est impossible pour le géologue d'affirmer quoi que ce soit, et avec certitude, touchant la nature de la croûte qui recouvrit tout d'abord le globe terrestre.
En tout cas, il vint un moment où, grâce à l'abaissement de température, Ténorme masse des vapeurs atmosphériques passa à Tétat liquide et tomba, à l'état de pluies torrentielles, sur la surface déjà figée de la Terre. iVlors les
(1) Dite aussi : azoïque, éozoïque, prccambrienne.
EPOQUE ARCHEENNE
cours d'eau qui se produisent, les inondations irrésistibles qu'ils occasionnent, agissent avec violence sur cette surface, arrachent et broient les uns contre les autres les quartiers de roc. . . Ces débris de la croûte première se déposent au fond des mers nouvellement formées, et constituent ce qu'on nomme la roche archéenne, dont le temps de formation porte le nom d'époque archéenne.
Ou SE TROUVENT LES ROCHES ARCHEENNES. — Les premiers terrains, qui se formèrent sur l'écorce primitive, existent sans doute sur toute son étendue. Mais il s'est déposé par-dessus, au cours des âges postérieurs, tant de couches diverses, qu'ils ne sont pas actuellement visibles en beaucoup d'endroits.
Le Canada est à cet égard bien partagé.
En effet, une large bande archéenne en- Fig. 41. — L'Amérique du Nord archéenne.
cercle la baie d'Hud-
son, et va se joindre, par une langue étroite^ à travers les Mille-Iles, jusqu'aux monts Adirondacks (Etat de New- York). Notre chaîne des Laurentides, les montagnes des Cantons de l'Est, dans la province de Québec, sont encore des formations archéennes. Pour ce qui est de l'Europe, on les trouve en France, en Allemagne, en Ecosse, et surtout dans les montagnes de la Scandinavie.
Étages et Sous- Étages. — Les formations archéennes se divisent en deux étages : le laurentien (subdivisé luimême en deux sous-étages : laurentien inférieur, et laurentien supérieur ou lahradorien) et le huronien. Tous les lits de ces terrains sont fortement pUssés.
Le " Laurentien inférieur " comprend des schistes, des quartzites, des calcaires métamorphiques, et, comme minéraux utiles, du graphite, du mica, de l'apatite (région d'Ottawa) et du fer.
Le " Labradorien " (ou Laurentien supérieur), que Ton trouve au Château-Richer (près Québec), à Saint-Urbain de Charlevoix, au Saguenay, au nord de Montréal, contient de Tanorthosite et à peu près les mêmes minéraux que le Laurentien inférieur et, en plus, le fer titane (Saint-Urbain).
Le " Huronien " constitue les terrains miniers des Cantons de l'Est, et une bande qui, du lac Nipissing au lac Chibougamau, longe le nord des provinces de Québec et d'Ontario. Ce terrain est riche en minerais métalliques : il suffit, pour le prouver, de mentionner les mines d'argent de Cobalt, dont l'importance est bien connue. Le cuivre, le nickel, le fer oligiste, le cobalt, sont encore des minéraux que l'on trouve dans le Huronien.
La vie a l'époque archéenne. — Malgré le qualificatif d'azoïque (a privatif et zoon, animal) donné à cette époque géologique, on admet que la vie organique a existé dès ces premiers temps. Le graphite (variété opaque de carbone) du Laurentien inférieur indique assez l'existence du règne végétal dans le terrain le plus profond. Le Huronien nous présente des mollusques fossiles. Si, d'ailleurs, ces couches anciennes n'offrent pas plus de traces de la vie organique, il n'en faut pas être surpris ; il s'est produit dans ces terrains, en effet, des actions chimiques et mécaniques d'une telle énergie, que les empreintes plus ou moins délicates d'animaux et de plantes n'ont pu se maintenir que par exception et par suite de circonstances particulières. On a pu toutefois reconnaître avec certitude, dans ces terrains, des échinodermes et des arthropodes, outre des mollusques.
Il convient de signaler ici la carrière de Tun de ces fossiles qui a illustré, durant un certain temps, la géologie canadienne, au point de fournir à l'époque archéenne une dénomination nouvelle (éozoïque). Il s'agit de VEozoon Caiiadense, trouvé en 1863 dans nos terrains laurentiens, et plus tard
EPOQUE PRIMAIRE
en Europe. Les restes auxquels on a donné ce nom se composent de lames alternatives de calcaire et de serpentine, à travers lesquelles courent de nombreux canaux et canalicules, formant des loges où aurait habité un foraminifère de grande taille (rhizopode), et qui serait l'animal le plus ancien que Ton connaisse aujourd'hui. Les chambres de calcaire où se trouvait le corps de l'animal se seraient, après sa mort, remplies de serpentine dissoute dans
l'eau. Les savants discutent encore aujourd'hui sur la réalité de ce fameux organisme. Mais la tendance plus générale est actuellement de regarder les productions dont il s'agit comme le simple résultat de la pénétration, sous une pression considérable, de la serpentine liquéfiée à travers les fissures de masses calcaires.
Fig. 42. — h'Eozoon Canadense Dawson.