CHAPITRE PREMIER
Pour rendre à l'histoire de M. Rollin sa vérité et sa chronologie, il est d'une nécessité absolue de tenir une route différente de celle qu'il a suivie. Voici donc quel est mon plan. Je distingue deux empires de Babylone , et deux empires de Ninive ou d'Assyrie. Le premier empire de Babylone aura pour fondateur Nemrodj en l'année du monde 1 800 , et
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durera jusqu'à l'an 2757. Ainsi , la durée de ce premier empire de Babylone , sera de 937 ans. Après un espace de 520 ans , le royaume de Babylone, qui avait été englouti par celui de Ninive, se relèvera sur les débris de celui-ci , et figurera de nouveau dans le monde avec assez d'éclat. Son premier roi sera Bélésis. Sa durée sera seulement de 66 ans , après lequel espace de temps , il tombera de nouveau sous la puissance des rois d'Assyrie.
Je distingue de même deux empires de Ninive. Le premier devra sa naissance à Ninus, fils de Bélus, roi de Babylone. Ce prince jetera les fondemens de ce grand empire , en *'année du monde 2737 ; et nous en verrons ta fin en l'année 3257; c'est-à-dire, 5ao ans après sa première fondation. Téglathphalasar. connu sous le nom de Ninus le jeune , sera premier roi du second empire d'Assyrie ; la date de ce nouvel empire est en l'année du monde 3a57, et celle de sa ruine en l'an 3378, cent vingt-un ans après son rétablissement.
Enfin , des débris de ces deux empires de Babylone et de Ninive , il s'en élèvera un troisième, qui absorbera les deux précédens. L'époque du commencement de cet empire nouveau est en l'an du monde 3378. Rien n'égalera sa puissance et son étendue. Tout semblera lui annoncer une éternité de durée, ses forces et ses richesses , le nombre et la grandeur de ses villes bien fortifiées , la magnificence et la solidité de ses bâtimens, ses forteresses et ses citadelles; cependant il ne fera, pour ainsi dire, que paraître : semblable à un flambeau qui s'éteint, et qui jette alors
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un éclat plus vif et plus brillant, sa durée ne sera que de 88 ans.
Premier empire de Babylone* L'empire de Babylone a été , sans contredit, un des plus anciens empires du monde, dont on ait connaissance. Les historiens et les chronologistes s'accordent sur l'établisse- Au. m. 1800. ment de cette première domination. L'Ecriture sainte ne laisse aucun doute sur sa fondation. Elle en donne l'honneur à Nemrod , qui , peu de temps après le déluge , jeta les fondemens de la ville de Babylone.
Ce Nemrod était fils de Chus, petit-fils de Gen. 10. Cham, et arrière-petit-fils de Noé. L'Ecriture dit de lui , qu'il était un violent chasseur devant le Seigneur , et qu'il commença à être puissant sur la terre ; c'est-à-dire , qu'il est le premier des hommes, qui ait ambitionné le titre de conquérant et de roi. Il bâtit plusieurs villes dans le pays de Sennaar, qu'il poliça et soumit à des lois communes. Cet empire naissant avait pour bornes, d'un côté , les rives de l'Euphrate , et de l'autre , celles du Tigre. Cette étendue ne laisse pas d'être fort considérable pour ces premiers temps.
Nous ne trouvons, ni dans l'histoire sainte, ni dans l'histoire profane, aucune généalogie suivie et certaine des rois de Babylone. Nous
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Av.1c.1912. voyons seulement dans la première, que ce royaume subsistait encore du temps d'Abraham, puisqu'Amraphel, roi de Sennaar , était un des rois ligués, qui fut défait par ce
Gen. 14.
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patriarche avec les rois ses confédérés. Le royaume de Babylone ou de Sennaar, se soutint, avec plus ou moins d'éclat , l'espace de neuf cent trente-sept ans, jusqu'à l'an du monde 27.37 , temps auquel Ninus détruisit l'empire de Babylone , pour élever sur ses débris celui d'Assyrie. C'est ce qui fera la matière du paragraphe suivant.
Premier empire des Assyriens de Ninive.
La ville de Ninive doit son origine à Assur, second fils de Sem. A la tête d'une colonie, et non pas d'une troupe de mécontens , ce patriarche alla s'établir sur les rives du Tigre, jeta les fondemens de Ninive, et donna son nom à toute la contrée , qu'on a appelée depuis Assyrie. Il ne paraît pas qu' Assur ait établi dans ce pays- là un empire monarchique. Au moins ne voyons-nous point de traces dans l'histoire, ni de sa royauté, ni de rois qui lui aient succédé. Il y a grande apparence qu'Assur , fondateur de Ninive , avait établi dans sa ville le gouvernement démocratique, comme plus conforme au génie des peuples qu'il avait conduits dans ces régions. Les Assyriens se maintinrent plusieurs siècles dans leur liberté, sans se laisser assujettir par aucun roi voisin.
Ninus, roi de Babylone, qui avait succédé An. m. 2737. à Bélus son père, jaloux et envieux du bon- ' T' '*2 ^ heur dont jouissaient les Assyriens dans leur république , conçut et exécuta l'ambilieux lessein de les soumettre à sa domination. Ce conquérant , se voyant maître des trois em-
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pires de Babylone, de Ninive et de la Médie , dont il fit en même temps la conquête, réunit tous ces peuples sous une même domination , et n'en fit qu'un seul royaume, sous le nom d'empire d'Assyrie. Par cette réunion, Ninus releva beaucoup la ville de Ninive , et lui donna un nouvel éclat , en la faisant la ville capitale du nouvel empire qu'il venait de fonder , et la choisissant pour être le siège ordinaire des rois d'Assyrie. Cet événement arriva en l'année du monde 2737 , et avant J. C. 1267.
Ce prince , plein de l'esprit de conquête , résolut d'étendre sa domination , et de s'assujettir les nations les plus éloignées. Dans l'espace de dix-sept ans, il conquit une infinité de pays, depuis l'Egypte jusqu'à l'Inde et la Bactriane, qu'il n'osa encore attaquer.
A son retour, avant que d'entreprendre de nouvelles conquêtes , il voulut immortaliser son nom par l'établissement d'une ville , qui répondît à la grandeur de sa puissance; c'està-dire , qu'il acheva et perfectionna l'ouvrage qu'Assur avait commencé plusieurs siècles auparavant. Son dessein, dit Diodore, fut de rendre Ninive la plus grande et la plus célèbre ville du monde, et d'ôter à ceux qui viendraient après lui 9 l'espérance et le moyen d'en bâtir jamais une pareille. Elle avait sept lieues et demie de longueur , sur quatre et demie de largeur, et vingt-quatre de circuit. De là vient que, dans Jonas , il est dit que Ninive était une grande ville 9 qui avait trois jours de chemin (1). Les murs avaient (i) Ninive erat civitas magna itinere trium dierum. C. 3.
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cent pieds de hauteur , et une épaisseur si considérable, qu'on pouvait y conduire à l'aise trois chars de front. Ils étaient revêtus et fortifiés de quinze cents tours , hautes de deux cents pieds.
Après avoir achevé ce grand ouvrage, il reprit son expédition contre les Bactriens. Ce prince se rendit maître d'un grand nombre de de^"^ftes villes, soumit tout le pays, et vint mettre le siège devant Bactre, capitale delà province. Il y aurait peut-être vu échouer tous ses efforts , sans le secours et l'industrie de Sémiramis, femme d'un de ses premiers officiers, qui était d'un courage extraordinaire, et n'avait rien de la faiblesse de son sexe. Elle était née à Ascalon , ville de Syrie. Elle fournit à Ninus le moyen d'attaquer et de prendre la citadelle , et par là de se rendre maître de la ville , où il trouva des trésors immenses. Le mari de Sémiramis s'étant donné la mort pour prévenir les menaces du roi , qui avait conçu une violente passion pour sa femme, Ninus l'épousa. Il en eut un fils qu'il nomma Ninias. Bientôt après Ninus mourut, et laissa à la reine le gouvernement du royaume.
Cette princesse se conduisit avec beau- semiram» coup de sagesse , et soutint sa gloire avec le même courage et la même grandeur d'ame. Elle bâtit Babylone , ou plutôt la fit embellir, se proposant de surpasser en magnificence ses prédécesseurs. J'aurai occasion de parler ailleurs des grands et magnifiques ouvrages qu'on lui attribue. L'amour qu'elle avait pour ses peuples , l'engagea à parcourir toutes les parties de son empire. Elle lais-
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sa partout des marques de sa magnificence , par de superbes bâtimens qu'elle construisit, soit pour la commodité , soit pour l'ornement des villes; s'appliquant surtout à faire conduire de l'eau par des aqueducs dans les lieux qui en manquaient, et à rendre aisées les grandes routes. De semblables visites par les princes et les grands seigneurs dans leurs terres, faites avec les mêmes intentions , seraient d'une grande utilité* à leurs sujets et à leurs vassaux.
Vai Max. Il paraît qu'elle avait une grande autorité
u 9. c. 3. gur jes peUp}es ^ puisque sa présence seule était capable d'arrêter une sédition. Un jour, pendant qu'elle était à sa toilette, on vint lui annoncer qu'il y avait quelque mouvement dans la ville. Elle partit sur-le-champ , la tête à demi-coiffée, et ne revint point que le trouble ne fût entièrement apaisé. On lui érigea une statue . où elle paraissait dans cette même attitude , et dans cet état négliconquctes gé. Cette princesse, non contente de la vaste
decettePrin* étendue de l'empire que son mari lui avait
cesse. * *
laissé, fit là conquête d'une grande partie de l'Ethiopie.
son expé Sa grande et dernière expédition fut con-
rinde. danS tre ^es In<^es- ^e r0* des Indes ayant appris qu'elle approchait, lui envoya des ambassadeurs pour lui demander qui elle était, et de quel droit, sans avoir reçu de lui aucune injure, elle venait de gaîté de cœur attaquer ses Etats , et il ajoutait que son audace serait bientôt punie comme elle le méritait. Dites à votre maître , répondit- elle , que dans peu je lui ferai savoir moi - m&mù
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qui je suis. Elle s'avança aussitôt vers le fleuve de l'Inde, qui donne son nom au pays. Le passage lui en fut long-temps disputé ; mais enfin , après un sanglant combat , elle mit les ennemis en fuite, et fit sur eux plus de cent mille prisonniers.
Cette princesse , animée par ces premiers succès, s'avança aussitôt dans le pays. C'est ce que demandait l'Indien , qui exprès avait pris la fuite, afin de lui donner lieu de s'engager dans l'intérieur du pays. Quand il l'y crut assez avancée, il tourna face. Alors se donna un second combat, plus sanglant encore que le premier. L'armée de Sémiramis fut mise en déroute et taillée en pièces. Le roi la voyant dans la mêlée, s'avança contre elle , et la blessa en deux endroits. La vitesse de son cheval la déroba à la poursuite des ennemis. Elle gagna le pont de bateaux qu'elle avait fait garder. Quand elle eut mis en sûreté les troupes qui avaientpuse sauver, elle rompit le pont , et par là arrêta les ennemis. Cette princesse ayant fait à Bactre rechange des prisonniers , retourna dans ses Etats , y ramenant à peine le tiers de son armée. Elle est la seule , et Alexandre après elle , qui ait osé porter la guerre au delà du fleuve Indus. Sémiramis , quelque temps après son retour, découvrit que son fils lui dressait des embûches, et qu'un de ses principaux officiers s'était offert à lui prêter son ministère. Elle abdi- Mort da qua volontairement l'empire , remit le gou- Sémiramis. vernement entre les mains de son fils , et se déroba à la vue des hommes, dans l'espérance de jouir bientôt des honneurs divins, comme
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l'oracle le lui avait promis. En effet , on dit
qu'elle fut honorée par les Assyriens comme
une Divinité , sous la forme d'une colombe.
Ninias. Ce prince ne ressembla en rien à ceux
Diod l. a. , mf
p. 108. dont il avait reçu la vie, et sur le trône desquels il était assis. Uniquement occupé de ses plaisirs , il se tenait toujours enfermé dans le palais. Ses successeurs, pendant trente générations, suivirent son exemple, et enchérirent encore sur sa mollesse. Leur histoire est absolument inconnue , et il n'en reste point de trace.
ihui. L'Ecriture nous apprend que Phul , roi
av.j.c. î7i. des Assyriens, étant venu dans la terre d'Israël, Manahen, roi des dix tribus, lui donna mille talens d'argent , afin qu'il le secou- 4 Re*.i5. rm% et qu>il affermît son règne. On croit que l9 ce Phul est le roi de Ninive , qui fit péniten-
ce à la prédication de Jonas. On veut aussi qu'il soit père de Sardanapale , dont nous allons parler.
sardanapale. C'est, sans contredit, le prince le plus inw. foqf'iis? digne et le plus infâme dont il soit parié dans l'antiquité. Il ne sortait jamais de son palais, et passait sa vie au milieu d'une troupe de femmes, habillé et fardé comme elles, et s'oc- Athen. 1 .2. cupant comme elles à filer. Il faisait consister "juOtfn. l3°i. son bonheur et sa gloire à posséder des trésors c *- immenses, à boire et à manger, et à se livrer,
sans aucune retenue , aux plaisirs les plus honteux et les plus criminels. Une vie aussi indigne d'un roi ne manqua pas de donner occasion à une conspiration contre lui.
Conspira Arbace, gouverneur des Mèdes, et Béiésis, ^"danapa^6 gouverneur de Babylone, avec plusieurs au-
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très grands seigneurs de l'empire , ne pouvant souffrir que tant de braves gens fussent soumis à un prince plus mou et plus efféminé que les femmes mêmes, formèrent contre lui une conjuration. Au premier bruit de cette révolte , le roi se cacha dans le fond de son palais. Obligé ensuite de se mettre en campagne avec quelques troupes qu'il avait ramassées, il fut vaincu et poursuivi jusqu'aux portes de Ninive, où il s'enferma, dans l'espérance que les révoltés ne pourraient jamais venir à bout de prendre une ville si bien fortifiée, et si bien pourvue de vivres pour un temps considérable. En effet , le siège traîna fort en longueur. Mais le Tigre , dans une inondation , ayant abattu vingt stades du mur, ouvrit un passage aux assiégeans, et la ville fut prise.
Sardanapale , voulant en quelque façon sa mort. couvrir la honte de sa vie molle et effémi- iv.j.c^ née , se brûla dans un bûcher qu'il avait fait préparer , lui, ses eunuques , ses femmes et ses trésors. On lui érigea, après sa mort, une statue , où il était représenté dans l'attitude d'un homme qui danse ; et on y mit une inscription, dans laquelle il apostrophe ainsi le passant : Mange , h ois , divertis-toi bien; tout te veste n'est rien ; inscription bien conforme à l'épitaphe qu'il avait ordonné qu'on mît sur son tombeau (1) >, qui signifie qu'il emportait avec lui tout ce qu'il avait mangé , et tout ce qu'il s'était procuré
(1) Hsec liabeo qu;e edi ; quaeque exsaturata libido Hausit : at illa jacent milita ac praeelara relicta. Arist. Cicer. Tusc. Quœst.lib. 5, /i. 101.
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de plaisirs ; mais qu'il laissait tout le reste : épitaphe, comme le remarque Aristote , plus digne d'un pourceau que d'un homme. Ain si finit le premier empire des Assyriens, après avoir duré l'espace de 520 ans, depuis sa première fondation par Ninus.
Des débris de ce vaste empire, se formèrent trois grands royaumes : celui des Mèdes, qu'Arbace 9 chef de la conjuration , rétablit dans leur liberté ; celui des Assyriens de Ba~ bylone , qui fut donné à Bélésis , qui en était gouverneur; enfin, celui des Assyriens de Ninive, dont le premier roi se fit appeler Ninus le jeune*
Rois de