‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 63 sur 146 · TRAITÉ DE COMMERCE DU 81 AOUT · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE COMMERCE DU 81 AOUT

Conformément à l'article H du traité du 15 mars, un traité de commerce fut conclu à Saigon le 31 août 1874 entre la France, représentée par le contre-amiral Krantz, et l'Annam, représenté par LL. EE. Nguyen-Vàn-Tu-ômg et Nguyèn-Tàng-Doân. . Ce traité stipulait, dans son article 2, l'acquittement d'une taxe de 5% ad valorem à l'entrée ou à la sortie des marchandises de . par tout l'Annam. Pour le sel la taxe était de 10<)/o, tandis que les grains devaient payer 5 à l'entrée et 1 0 à la sortie, encore l'exportation des céréales ne pouvait-elle avoir lieu sans une autorisation — qui n'était que temporaire — du gouvernement annamite. Les marchandises en transit par le Yun-Nan n'acquittaient que les droits à l'entrée. Le personnel des douanes devait être composé de fonctionnaires français et annamites. La solde du personnel, la construction et l'entretien des bâtiments de la douane, des ports, des phares, etc., étaient prélevés sur le produit des droits de douane.

Par un article additionnel, il fut admis un consul français avec esiîorle à Hà-NOi aussi bien qu'à Hâi-Phông et Qui-Nhan.

Les traités du 15 mars et du 31 août n'ont rien que de naturel conclus avec une puissance européenne et amie, c'esl-à-dire avec un gouvernement qui a le respect de la parole donnée^ qui se serait trouvé avant la signature en relations cordiales avec la France et

n'aurait donc eu ni territoire à revendiquer, ni défaite à venger. Ils deviennent une œuvre inepte alors qu'ils sont conclus avec i'Annam, c'est-à-dire avec un gouvernement qui ne sait pas ce qu'est la bonne foi en matière politique, qui^ ne cessant de voir en nous des ennemis, ne faisait bonne mine que parce que la résistance ouverte était impossible, qui demandait sans discontinuer la rétrocession de la Basse-Cochincbine, et dont la mentalité sinique était absolument incapable de se concilier, à plus forte raison de se réconcilier avec la mentalité européenne.

On a manqué de suivre, dans la conclusion des traités, les plus élémentaires règles à observer avec un pays dont on a pris une portion de territoire, qui ressent vivement les humiliations de la défaite et doit couver pour cela de profondes rancœurs. Tout d'abord, à la suite d'une guerre, on ne négocie pas avec un Etat asiatique, nous l'avons dit déjà ; on impose péremptoirement sa volonté ou l'on se soumet sans phrase a celle de l'adversaire. Ensuite, on ne conclut rien sans un gage effectif, une garantie certaine de TexécuUon selon la lettre et l'esprit des clauses ou conventions. En dernier lieu, on n'opère jamais comme associé avec l'adversaire battu de la veille. Ce sont là des principes immuables qui s'appliquent même aux Etats européens, que l'Allemagne n'hésita pas à suivre en 1871 à notre égard, et dont le Japon d'aujourd'hui se sert avec une maestria parfaite en Corée. Si, dans les années qui ont suivi immédiatement la guerre de 1 870-71 , nous n'avons pas violé le traité de Francfort, c'est tout simplement parce que TAIlemagne avait pris des mesures telles qu'il nous était impossible de bouger sans être presque certains de nous faire écraser, et cela dura plus de 15 ans !

Ecrivains et fonctionnaires ont accusé à l'envi les mandarins an^ namites de mauvaise foi ; ils ont eu raison sans doute, et ces mandarins ont, depuis, chèrement payé leur duplicité. Mais pourquoi ne pas accuser aussi les négociateurs français (ou leurs inspirateurs) d'impardonnable ignorance politique ?

La première des choses, la clause capitale à exiger, était la substitution formelle, entière, de la France à l'Annam quant aux relations extérieures. Mieux valait ne pas faire de traité que de reconnaître à la cour (le Hué le droit à une action quelconque avec les puissances étrangères. Au lieu de consuls dont les Annamites se moquaient — et les Européens aussi — on aurai! eu des résidents que Tétranger eût bien été obligé de reconnaître. Du reste, qu est-il arrivé, c'est que le gouvernement annamite, s'appuyant sur son indépendante souveraineté, n'a cessé d'intriguer au dehors, peut-ôtre môme avec l'Allemagne ; il a proposé des relations directes au Siam qui, renseignements pris, s'y est refusé. Les deux consuls annamites (jue nous avions di\ laisser s'installer à Saigon ne faisaient qu'entretenir les esprits dans le doute sur la stabilité de notre domination. Los puissances étrangères, la Grande-Bretagne toute première, TAIle-

- 3:Vi -

magne et jusque TKspagne réclamèrent contre le droit de juridiction que nous prétendions nous arroger. D'autre part, la clause concernant les chrétiens n'était observée qu'à l'égard de ceux relevant des dominicains espagnols ; on n'avait aucuns ménagements pour les catholiques des missions françaises. Mais sans nul traité, rien que par la présence menaçante de nos navires de guerre, nous eussions été en meilleure posture vis-à-vis de TAnnam et des puissances.

Pour ce qui est du gage indispensable à prendre, au lieu d'aller guerroyer au Tonkin.ou ailleurs, au lieu de réclamer des escortes de consuls, il fallait tout simplement — et selon la coutume — s'installer militairement dans les trois ou quatre meilleurs ports de la côte, puis établir une croisière afm d'empêcher les navires marchands de venir sur d'autres points, au besoin de détlarer une sorte de blocus et de faire savoir au gouvernement annamite que cet état de choses allait durer un certain nombre d'années, en tout cas jusqu'au fonctionnement régulier et garanti d'institutions nouvelles.

Quant aux aflaires en association, elles visent la perception des droits de douane. Les Annamites ont détourné le plus qu'ils pouvaient des recettes à leur profit ; ils ont usé de tous les procédés de haute contrebande, telle qu'un corps de fonctionnaires peut l'organiser. Comme nous en eussions peut-être fait autant à leur place, il ne faut pas trop les incriminer et reconnaître franchement notre sottise. Le seul moyen à employer était de prendre en mains tout le service des douanes et des ports avec un personnel annamite et une direction, un contrôle français. Cela n'eût pas empêché de verser au trésor d'Annam les sommes qui lui revenaient ; cela eût même permis d'éviter grandement les a fuites » j^uxquelles une administration fiscale indigène est toujours exposée.

En résumé, nous avions toutes les charges, tous les inconvénients d'un régime de protectorat sans. en avoir le moindre avantage, et ceci non point parce que les Annamites nous trompaient, mais parce que nous n'avons pas pris les précautions indispensables. Cette situation devait nécessairement s'aggraver de jour en jour. Dès 1876, elle était devenue si difficile dans les porls ouverts que l'amiral baron Duperré, alors gouverneur de la Gochinchine, dut reconnaître qu'elle n'avait d'autre issue que « la conquête ou la retrai te. »

Page 1