‹ Abrégé de l'histoire de KazanChapitre 17 sur 17 · SP · texte numérisé non relu

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rapprocher, de leur témoigner de l'afFection. Aussi voiton des villages entiers où les Tartares ne comprennent pas un mot de russe et considèrent les Russes avec le mépris qu'a toujours le ^Musulman pratiquant pour rinlidèle. Ils ont formé un gouvernement dans un gouvernement et vivent complètement séparés des Russes. Il ne suffit pas de conquérir un peuple; il faut organiser la conquête, instruire le peuple et tacher de se l'assimiler en le traitant avec bonté et équité. Où est le mérite pour celui qui adoptant un orphelin se contente de l'envoyer à la cuisine pour qu'il ne meure pas de faim? N'est-il pas moralement obligatoire de cultiver son coeur et son intelligence et de ne point le priver de la possibilité de devenir un membre utile à la société? Qui sait s'il ne se trouverait pas parmi les Tartares des gens de talent qui serviraient la patrie commune aussi bien que leurs frères russes? Si on ne les à pas forcés à embrasser le christianisme, en revanche on n'a rien tait non plus pour les civiliser et augmenter leur bienêtre moral. Depuis quelques années on a défendu de faire venir des professeurs musulmans des pays étrangers- Grâce à là malveillance personnelle d'un censeur intransigeant ignorant l'arabe, et n'ayant qu'une connaissance superficielle du turc, on a accusé les Tartares de recevoir des livres turcs hostiles â la politique russe, ce qui est d'autant plus faux, que de pareils livres nY^xistent pas. Il est allé jusqu'à exiger que l'on efface les versets du Koran concernant le a Djihad » ou guerres religieuses, de tous les livres religieux imprimés en Russie ces dernières années, tels que; le Fikh, le Téfsir etc. : autant vaudrait tronquer l' Evangile !

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Ceci revient donc à priver les Musulmans de la liberté de conscience qu'on leur avait toujours accordée jusqu'à présent. Ce fait a causé un mécontentement tel que des milliers de familles tartares de la Crimée se sont exilées en Turquie, craignant de voir là les préliminaires d une période d'intolérance.

On s'est montré tout aussi intolérant en abolissant leur droit jusque là incontesté, à l'élection de leurs muftis. Désormais c'est le gouvernement russe qui se charge de la nomination des muftis, élevés dans les gymnases russes qui ne connaissent qu'imparfaitement leur religion, ignorant complètement l'arabe. C'est par des exemples d'une intransigeance aussi mesquine qu'on irrite les peuples et que le gouvernement perd le prestige acquis par plusieurs siècles de tolérance*

Le mariage tartare dans les familles de la petite bourgeoisie.

Il existe des femmes qui s'occupent spécialement d'arranger des mariages; ce sont des marieuses de profession qui s'appellent en tartare ce Djaoudjy > (du mot arabe Djevlan qui veut dire couler, aller de part ed d'autre).

Quand une marieuse sait qu'il y a un jeune homme marîable, elle cherche une fiancée pour lui, et quand elle s'est arrêtée sur une famille quelconque, elle en parle aux parents du jeune homme qui la chargent de faire leur proposition aux parents de la jeune fille, si elle leur convient. L'affaire est donc conclue entre les

f . parents par la marieuse, qu'elle même ne voit pas la

\ jeune fille, .mais doit s'en rapporter à ce qu'elle en a

entendu dire par les proches parents qui l'ont vue. Si les conditions conviennent de part et d'autre, les parents du fiancé fixent le jour du mariage et envoient des invitations imprimées à leurs connaissances. Il y a des hommes dont la spéciahté est de porter les invitations. Les mariages se font ordinairement le jeudi ou le dimanche.

Dans la matinée du jour du mariage, le fiancé envoie des cadeau K à sa fiancée par l'entremise de la marieuse. C'est ordinairement un cofîre contenant: de la toile, une belle étoffe (ou plusieurs) pour robes, une calotte de velours brodée de perles fines, de l'argent, une glace pour sa table de toilette, des parfiims, quelque bijou et des fruits. Ceci est le strict nécessaire, mais les familles riches donnent d'avantage. A part cela les parents du fiancé envoient à la fiancée des étoffes, des bijoux, etc., chacun selon ses moyens. Le fiancé envoie dans la maison de la fiancée (où a heu la cérémonie) différentes provisions pour les invités telles que: du pâté et d'autres plats, un baril de beurre, un baril de miel, du pain, du fromage, des oies, des dindes rôties, des douceurs. La marieuse porte tout cela dans plusieurs voitures.

Tous les invités arrivent d'abord dans la maison du fiancé et se rendent de là avec la famille dans celle de la fiancée. Tout le monde s'assied par terre; les procurateurs des deux partis sont assis sur des canapés, couverts de belles étoffes (Kabyne mîndére); on y met une chemise pour le procurateur ou ce vékil » du fiancé et une robe pour sa femme; après le mariage on lui envoie en cadeau le canapé entier. L' Imâm ou mollah

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prononce un discours « Nikiah khoutbassy », puis il demande aux vékils des deux partis, s'ils consentent à se marier. Comme les vékils sont quelquefois les pères, on les demande; « As-tu donné ta fille? » ou si c'est un oncle ou un étranger « cette jeune fille? » Il répond: k Je i'ai donnée. »

On lait la même question au vékil du fiancé. D'ordinaire le fiancé donne pour sa fiancée 500 roubles et davantage. L'Imâm demande au vékil: ce Consens-tu à donner pour la jeune fille 500 roubles? » 11 répond: te Oui. )) Si le marché est de 1000 roubles quelquefois le fiancé en donne la moitié et garde l'autre moitié pour la donner plus tard à sa femme en cas de divorce- Toutes ces conditions sont écrites et signées par rimâm et les deux vékils. Après la cérémonie on sert le diner, que l'on mange assis par terre, en mettant une nappe au milieu; chacun devant soi a une assiette, un verre et une cuillère et une serviette; on ne donne ni couteaux ni fourchettes. Les plats sont posés au milieu de la nappe ; la soupe est versée dans les assiettes; quant aux autres plats, chacun en retire un morceau et le pose sur son assiette avec les doigts. On sert quelquefois jusqu'à vingt plats, et cela dure environ une heure et demie. On boit des limonades, de la bière, on mange force douceurs, compotes et fruits confits et fraisj du lait caillé etc. Ce repas est servi aux hommes seuls; les dames n'y assistent pas.

Si le mariage a lieu en dimanche, la marieuse va chercher le fiancé dans la voiture de la fiancée, le jeudi soir a huit heures. D'abord elle revient seule avec quelques cadeaux du mari; tels que des parfums, des bijoux,

des fruits sur un plateau. Le jeune marié la suit dans une voiture séparée ; il est rencontré par deux petits garçons, qui se tiennent sur le seuil de la porte du salon et qu'on appelle « Ichik bassou » (ichik — seuiL et bassou — l'action de mettre le pied dessus). D'abord il fait une prière, puis il entre dans la chambre â coucher, où il voit sa femme pour la première fois de sa vie. Elle reste debout, appuyée contre le lit, en se couvrant le visage d'un châle. Son mari la prend par la main et la conduit au salon ; ils s'assoient sur le canapé et font une prière ensemble, après quoi la marieuse leur apporte le souper. Après le souper ils regagnent leur chambre. Ils passent ainsi quatre jours ensemble et tous les matins ils vont au bain ensemble (des bains sont installés presque dans chaque maison ; dans le cas contraire on va chez des amis). Le lendemain ou le troisième jour, les parents de la jeune femme viennent taire la connaissance de son mari, auquel ils apportent des cadeaux, quelquefois un cheval ou une vache, ou de Targent, ou même des titres de propriété. On sert du thé, des douceurs, puis ils s'en vont. Les parents déménagent chez quelque ami pour quelques jours, afin de laisser une liberté entière aux jeunes mariés. Au quatrième jour, le jeune époux retourne à sa maison tout seul. Avant de s'en aller, il met sur la table de l'argent que la jeune femme distribue aux domestiques, c'est à dire aux deux adolescents qui se tenaient à la porte, aux quatre servantes qui ont fait le lit et aux deux autres qui ont préparé le bain. Une heure après il revient dans la maison de sa femme. Le lendemain il passe la journée à la maison et revient le soir auprès de sa femme. La jeune femme reste quelque temps dans la demeure de

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ses parents, quelques semaines ou quelques mois, selon la convention, après quoi elle va s'établir dans la maison de son mari. Elle apporte des cadeaux aux parents de son mari; pour la plupart le cadeau consiste en une robe pour chaque membre de la famille, elle leur présente aussi trois plateaux avec des douceurs telles que: des pistaches au miel, des amandes au miel, des petites boules de pâte légère, grosses comme un pois chiche, dans du miel. Tout ce mélange s'appelle (cKaktouche )>, et cela forme le fond du plateau ; on met par-dessus ditférents bonbons européens et tartares. Le mari invite à la maison les parents de sa femme, et le festin dure jusqu'au soir. Le lendemain de son installation la mariée (i) reçoit la visite de toutes les amies et connais* sances des parents, qui ne l'avaient pas vue auparavant, après quoi les cérémonies nuptiales sont terminées et la vie conjugale commence.

(i^ Une dame tartare se lève ordinairement entre six et huit heures du matin et s'occupe de son ménage; puis elle donne des leçons à ses enfants* A une heure, le mari, la femme et les enfants dinent ensemble. Puis les dames se réunissent tantôt chez Tune, tantôt chez l'autre ; ces réunions ont Heti souvent. Si la femme reste à la maison, elle fait de joHes broderies et coud des robes et celles de ses enfant. Souvent le mari fait des lectures à haute voix à sa femme, et lui enseigne diverses choses; le mari estinie sa femme et ils vivent ordinairement en bonne inteUigence. Quand le nun entre ou le frère aîné, la dame se lève et attend qu'on l'invite à s^asseoir. Les enfants font de même. Dans le courant de la journée, on prend du thé, on mange des douceurs; on n'a pas l'habitude de prendre du café. On soupe à huit heures et on se couche à onze. Une jeune fille ne sort jamais dims les mes et ne se montre à personne, pas même aux amis de sa nuire -^ jusqu'à son mariage.

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