PREMIERE PARTIE
tient debout aux pieds du trône, à droite; et son second fils, Djani-Bek, se tient à gauche. La fille du Sultan Stkutchudjuk est assise devant lui. Lorsqu'une des Khatoùn entre, le Sultan se lève et la tient par la main pendant qu'elle gravit les marches du trône. C'est Taïtouglou Khatoûn qui est la souveraine et sa femme favorite. Il va à sa rencontre jusqu'à la porte de la tente, la conduit par la main jusqu'au trône, la fait asseoir et s'assied auprès d'elle. Tout ce cérémonial se déploie sous les yeux de tous. Viennent ensuite les principaux Emirs, pour lesquels des bancs sont réservés à droite et à gauche. Les princes, c'est à dire les fils de son oncle, ses frères et ses parents se tiennent devant le Sultan ; les enfants des Emirs se tiennent vis-à-vis de lui, à l'entré de la tente; les chefs d'armée se tiennent derrière eux, à droite et à gauche. Derrière, selon leur rang, sont installés des groupes de trois personnes; chaque groupe s'approche du Sultan, le salue et va s'asseoir un peu plus loin. Après la prière de midi, la souveraine s'en va avec les autres ccKhatoùn>>, qui l'accompagnent dans leurs voitures jusqu'à son camp, et, quand elle est rentrée, chacune d'elles regagne son camp. Elles ont chacune pour compagnes une cinquantaine de jeunes filles, qui les suivent à cheval Devant son «arabà» se trouvent à peu près 25 femmes âgées à cheval, qui passent entre la voiture et les adolescents; derrière tout ce monde vient un cortège d'une centaine de jeunes esclaves. Devant les jeunes gens chevauchent une centaine d'esclaves plus âgés, et autant à pied, tenant en main des cannes, et ceints d'une épèe; il passent entre les cavahers et les adolescents. Telle est la suite de chaque Khatoûn à son arrivée et à son départ.
Les Khatoûns et leurs costumes.
Les déplacements de chaque Khatoûn se font dans une voiture (arabà) surmontée d'un dais en argent doré ou en bois ornementé. Les chevaux sont couverts d'étoffes de soie dorées (drap d'or ou soie brodée d'or). Le cocher, monté sur Tun des chevaux, et un jeune homme, nommé «oulakchy». La Khatoûn est assise en voiture; à sa droite se trouve une vieille femme, qu'on appelle t<Oulou-Khatoûn)) (grande dame remplissant le rôle de vézir, dame d'honneur), et à sa gauche elle a une autre vieille femme «Kutcbuk-Khatoûn» qui est sa dame d'atours, appelée en tartare «khadjibà». Devant la Khatoûn sont assises six petites filles, nommées « banôt» (en arabe filles), d'une beauté et d'un charme remarquables; derrière elle sont assises les jeunes filles qui lui prêtent le soutien de leurs bras. La Khatoûn porte un «bougtak» sur la tête; c'est une espèce de petite couronne, ornée de pierres fines et de plumes de paon.
Elle porte un vêtement de soie, couvert de pierreries, qui ressemble au manteau royal byzantin. La dame d'honneur et la dame d'atours portent sur la tête des voiles en soie, brodés d'or et de pierres précieuses. Chacune des «banôts» porte une petite calotte surmontée d'un petit diadème, orné de pierres précieuses et de plumes de paon. Elles sont vêtues de robes de soie brodées d'or, qu'on appelle «nakh». En outre la ICliatoûn est accompagnée de lo ou 15 adolescents byzantins et indiens, habillés de vêtements de soie brodés
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d'or et ornés de pierres fines. Ils portent en miiin une baguette en or, en argent ou en bois, recouverte d'or ou d'argent. Une centaine de voitures suivent celle de la Khatoûn. Dans chacune d'elles se trouvent quatre servantes, grandes et petites, en robes de soie, coiffées de calottes j comme les précédentes. Ces voitures sont suivies de trois cents autres attelées à des chameaux et des bocufsp Elles portent le trésor de la Khatoûn, ses biens, ses robes, ses hardes et les provisions. Chaque voiture est accompagnée d'un domestique, marié avec une des servantes, puisque l'usage veut que seuls les domestiques qui possèdent une femme parmi les servantes aient les droit de les approcher. Toutes les Khatoûns vivent de cette manière.
Les femmes turkmènes jouaient un si grand rôle dans
" les afîiiires du gouvernement, que depuis les temps du
Sultan Berke, ou écrivait sur les actes: «l'opinion des
Khatoûns à ce sujet coïncide avec celle des Emirs».
Chaque Khatoûn avait sa part du revenu gouvernementah
Le Sultan Ouzbek fit construire un «médressé» pour les sciences dans sa capitale Séray, car il aimait beaucoup les sciences et les hommes de lettres. Les Kiptchaks étant klianéfites; ils se permettaient de prendre des boissons enivrantes, et en abusaient tant, que la plupart d'entreeux souffraient de la goutte dans leur vieillesse.
Pour en revenir à Oulou-Mohammed, il semble qu'il n a pas réussi à transporter à Kazan toute la civilisation de Séray; du moins, il n'en est resté aucune trace, ni dans les vieux livres, ni dans les monuments, qui ont été détruits par les Russes, ni dans la mémoire des Tartares de nos jours.
Il y a des auteurs qui disent que Kazan a été fondé (le vieux Kazan) par le fils aîné du dernier Khan de Boulgar, Altyn-Bek. Lorsque Timour-Leuk ou Tamerlan eut détruit cette ville et détrôné son souverain, ses deux fils, encore en bas âge, fiirent enlevés et cachés; puis lorsque le calme fiit rétabli de nouveau dans ces régions et que les enfants eurent grandi, l'aîné construisit une petite ville sur la rivière Kazanka. Le royaume de Boulgar a été détruit par Timour en 1397- 1398 (800 de THégire). Le savant mollah, Chihab-uddîne,fixe la venue d'Oulou-Mohammed à Kazan en 1437, et le professeur Zagosskine à l'an 1437. On hésite entre ces deux dates. Tout ce que l'on peut établir de certain, c'est que le royaume de Kazan n'est resté entre les mains des Khans tartares que pendant cent dixhuit ans.
Oulou-iMohammed fonda à Kazan «une ville forte sur un nouvel emplacement», «plus forte que l'ancienne >3, tout près de la précédente, qui avait été ruinée par l'armée moscovite en 1399. Ce khan fit construire la citadelle sur une colline à un kilomètre et demi plus