IBRAHIM-KHAN
de la principauté de Galitch. A la fin de la même année , le Grand Duc Jean III envoya une autre armée à Kazan; mais celle-ci subit le sort de la première, ayant été forcée de revenir sans aucun résultat et non sans avoir essuyé des pertes considérables. L'année suivante il y eut plusieurs batailles entre les Russes et les Kazaniens, à Kostroma, à Mourome et à Nijny-Novgorod. Nullement découragé par cette défaite, Je prince Jean envoya encore une armée contre Kazan en 1468. Elle battit les Kazaniens à plusieurs reprises, sans pourtant avoir atteint son but. Sur ces entrefaites, les Kazaniens s'emparèrent du territoire de Viatka, ce qui exaspéra le Prince Jean et le poussa à diriger une armée plus nombreuse contre Ibrahim. Cette armée, conduite par le Prince Bezzoùbtzew s'avança vers Kazan par le Volga. La majeure partie de l'armée s'arrêta à Nijny-Novgorod attendant la conclusion des préliminaires de paix qui venaient de s'engager, tandisqu'un nombre considérable de volontaires russes se mettait en route pour Kazan, où ils arrivèrent le 24 mai 1469, à l'aube. Proj&tant du sommeil dans lequel tous ses habitants étaient plongés, ils se ruèrent sur le faubourg de Kazan et pénétrèrent dans toutes les rues. Après s'être livrés à des faits de carnage et de pillage, dignes de brigands de grande route, ils revinrent en Russie en rapportant un riche butin, La cinquième campagne fut la plus avantageuse pour les Russes qui battirent les Kazaniens et parvinrent à capter les conduites d'eau potable de la ville, ce qui força Ibrahim à demander la paix, en consentant à toutes les conditions que les Russes lui imposaient. L'inimitié des Moscovites et des Kazaniens ne cessa point jusqu'à la mort d'Ibrahim.
3 — tAhrégé de l'Histoire de Ka\an.
Ait-Khan (1479-1487)
Ali-Khan était le fils aîné d'Ibrahim-Khan. Après la mort de ce dernier il s'éleva des discussions entre les seigneurs tartares: les uns voulaient élever au trône son fils aine, Ali — les autres préféraient le second, Mehmet-Emîne. Grâce au soutien du parti Nogaï, ce fut à Ali qu'on donna la préférence, au grand mécontentement de Jean III, qui était partisan de Mehmet-Emîne. Aussi, ce dernier fut-il invité à Moscou, où il reçut en don la ville de Cachire de la part du Prince Jean. L'armée russe qui se tenait sur les frontières, attendait de jour en jour Tordre de marcher sur Kazan, mais Ali- Khan avait recours à différentes ruses pour tromper le Grand-Duc, tout en traitant ses sujets avec la plus grande cruauté. La guerre n'éclata qu'en 1487, lorsque Jean envoya son armée sous les ordres du Prince Kholmsky et du Prince Mehmet-Emine. Kazan, assiégé le 18 mai, fut pris d'assaut le 9 juillet, Ali-Khan fut fait prisonnier- Moscou triomphait de ce succès. Le royal prisonnier fut exilé à Vologda, tandis que son frère Mehmet-Emîne inaugura son élévation au trône de Kazan par l'exécution de tous les seigneurs, qui avaient soutenu Ali-Khan.
MEHMET-EMINE-KHAN — MAMOUK-KHAN 3 5
Mehtnet-Emîne-Khan (i487»i496).
Ce Prince, troisième fils dlbrahim-Khan resta, pendant tout son régne, sous l'influence moscovite, et fut considéré comme le vassal de la Moscovie. A cette époque le Grand Duc Jean III s'arrogea le titre de «souverain du royaume de Boulgar», et affermit définitivement sa domination sur le territoire de Viatka. Tout en remplissant fidèlement son devoir de tributaire envers la Moscovie, Mehmet-Emîne n'en opprimait pas moins 5es sujets. Ceci lui attira la haine de l'aristocratie kazanienne, qui se distinguait par ses goûts d'indépendance, et qui proposa au chef de la Horde de Nogaï, nommé Mamouk de délivrer Kazan de ce tyran. Mamouk s'avançait déjà vers Kazan lorsqu'il apprit qu'une armée moscovite était en train de courir à l'aide de Mehmet- Emîne; il ne lui restait donc qu'à s'en retourner chez lui. Un mois s'était à peine écoulé que Mehmet-Emîne fit son apparition à Moscou en déclarant à Jean III que son ennemi Mamouk s'était introduit subitement à Kazan et l'en avait chassé.
Mamouk-Khan (1496-1497.)
Ce souverain ne sut pas conserver long temps le trône de Kazan, il révolta les Kazaniens contre lui par son despotisme et son avidité insatiable. Il saisissait les marchandises des commerçants, confisquait les propriétés des seigneurs et se montra même ingrat envers
j6 DEUXIÈME PARTIE
le parti qui l'avait élevé au trône. Un jour en rentrant d^une invasion qu'il avait faite sur le territoire d'Arsk, il vit sur les murailles de Kazan une foule de gens armés. Cette foule ne le laissa pas rentrer en ville, lui déclara qu'on n'avait pas besoin d'un «Khan brigand))* Mamouk s'en alla au pays des Nogaï, mais il mourut en chemin. Sur ces entrefaites, les Kazaniens envoyèrent une députation à Moscou pour demander pardon a Jean III et lui exprimer le désir de recevoir un Khan «de ses mains». Ils désiraient avoir pour Khan AbdouU Latif, le troisième fils du Khan Ibrahim.
Abdoul-Latif^Khan (1497-1502).
Pour contenter les Kazaniens, le Grand Duc Jean III leur envoya Abdoul-Latif, frère de Mehmet-Emîne, qui, en compensation de la perte de son trône, avait reçu de riches propriétés dans l'empire moscovite. Les voïvodes moscovites — le Prince Kholmsky et Palet zky — établissant Abdoul-Latif sur le trône de Kazan, eurent ridée bizarre de faire prêter serment non seulement à ce Prince, mais aussi au Grand Duc Jean III. Mais ce Khan ne régna pas longtemps. Etant soutenu par Moscou, contre les prétentions des despotes de Nogaï, qui voulaient venger la déposition de Mamouk, Abdoul- Latif commença bientôt à jouer un double jeu dans ses relations avec le Grand-Duc, et on dit même qu'il contribua à la démoraUsation du peuple de Kazan; ne prêtant aucune attention aux abus, il ne se donnait pas la
MEHMET-EMINE-KH AN 3 7
peine de juger les affaires avec équité. Le Grand Duc vint rapidement à bout du Khan de Kazan; il envoya à Kazan le Prince Nozdrévaty avec Tordre de le détrôner et de l'amener à Moscou tandis qu'il restituait le trône de Kazan à son ancien Khan Mehmet-Emîne, en lui donnant pour épouse la veuve de son frère aîné, Ali- Khan.
Mehmet-Emîne-Khan (pour la seconde fois) (1502-1518).
Le nouveau Khan, élevé au trône par le Grand Duc Jean III, ne sut pas lui en être reconnaissant, et commença d'emblée à se montrer hostile à la politique moscovite. Ceci venait, sans doute, de l'influence des seigneurs de Kazan, qui désiraient secouer cette attitude presque vassale envers Moscou, que Kazan avait prise lors du premier règne de ce Khan. On raconte que la femme de Mehmet-Emîne, qui avait passé avec lui tant d'années d'exil à Vologda et qui ne pouvait avoir de bons sentiments pour le Grand Duc, avait beaucoup contribué à lui inspirer de l'animosité envers les Moscovites. Mehmet-Emîne aimait sa femme passionnément et se soumettait entièrement à son in-, fluence. Les chroniqueurs disent que « la femme perfide de Mehmet-Emîne était suspendue à son cou jour et nuit, essayant de le persuader de se soustraire à la dépendance de la Moscovie; elle intriguait avec les seigneurs de Kazan, et ne faisait que dire à son mari: «Tu es l'esclave du tyran de Moscou aujourd'hui tu
es sur le trône et demain tu seras jeté en prison, et,, comme Ali, tu mourras dans l'exil. Les souverains et les peuples te méprisent. Relève-toi donc de ton avilissement, secoue le joug de Moscou — ou meurs glo-rieusement!»
Mehmet-Emîne prit donc la décision de découvrir ses intentions au Gran Duc. L'occasion s'en présenta bientôt.
Le jour de la fête chrétienne de la S* Jean (24 juin)^ qui ouvrait la fameuse foire de Kazan, beaucoup de marchands russes s'y trouvaient réunis. C'était en 1505. Ils furent victimes d'une orrible trahison: subitement attaqués par les Tartares, en même temps que l'ambassadeur du Grand-Duc, ils furent maltraités et tués, tandis que leurs marchandises étaient mises au pillage; ceux qui purent échapper à la mort furent emmenés prisonniers dans les villages des Nogaï. Après avoir accompli cet acte de cruauté contre les visiteurs de sa foire, Mehmet-Emîne entra sur le territoire de Moscou avec une armée de 80,000 hommes, composée de Kazaniens et de Nogaïs. C'est en pillant et saccageant tout ce qui se trouvait sur sa route qu'il arriva à Nijny-Novgorod, devant la quelle il mit le siège. En ce moment le Prince Nogaï, qui commandait son armée, fut tué, ce qui occasionna une telle panique dans les rangs des Tartares, que Mehmet- Emîne se vit obligé de lever le siège et de fuir dans son pays. En automne de cette même année, le Grand- Duc Jean III mourut, et son j&ls Vassily monta sur le trône. Le nouveau Grand-Duc ne voulut point laisser impunie l'insolence du Khan de Kazan, et ordonna à ses troupes de se préparer pour une expédition contre Kazan. Une grande armée, conduite par le frère du
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Grand-Duc, Dmitry, et les meilleurs voïvodes de Moscou, se mit en route, par terre et par eau, en automne de 1506, et le 22 mai la flottille russe se trouvait sous les murs de Kazan. La journée était exceptionnellement chaude. Les soldats russes, quoique fatigués par la marche et la chaleur combattirent bravement; ils étaient sur le point d'entrer dans la ville même, lorsque la cavalerie de Kazan, qui s'était approchée d'eux par derrière, entra dans leurs rangs avec fureur et les sépara du Volga. Une quantité de Russes tombèrent sous les coups de l'ennemi, d'autres furent noyés dans le «Lac pourri», (i) ou se rendirent à leurs ennemis; un petit nombre d'entre eux réussirent à se réfugier sur leurs bateaux, où ils attendirent l'arrivée de la cavalerie russe. Dès l'arrivée de celle-ci, le prince Dmitry se décida à prendre la ville d'assaut. C'était le 24 juin, l'anniversaire du carnage, commis par les Kazaniens lors de la foire de l'année précédente. Mehmet-Emîne persuadé que les Russes, déconcertés par leur défaite, étaient déjà loin, s'amusait avec ses princes au champ d'Arsk, où la foire était étabUe. On y avait dressé plus de mille tentes et la prairie était remplie d'une foule bigarrée et insouciante, qui achetait les marchandises et s'amusait. Tout à coup on vit paraître les soldats russes, qui eurent l'air de «tomber du ciel», à ce que dit le chroniqueur. Ils se vengèrent impitoyablement du carnage de l'année précédente: la cavalerie russe piétinait la toule, en la criblant de coups de sabre, et les fuyards, qui, fous de terreur, tâchaient de gagner la ville s'entr-écrasaient dans ses rues étroites. Mais les Russes ne surent pas
(i) Cet ancien lac, qui exhalait des miasmes est desséché depuis longtemps.
profiter de leur succès: ils laissèrent là l'ennemi qui se réfugia dans l'enceinte de la ville, et s'en retournèrent vers la foire, dont ils se mirent à piller les boutiques, s adonnant à l'ivresse, tandis que leurs voïvodes se reposaient sous les tentes royales. Sur ces entrefaites, Mehmet-Emîne, qui suivaient tous les mouvements des Russes au champ d'Arsk du haut de la tour élevée de la ville, fit préparer ses soldats, et à l'aube, l'armée tartare fondit sur les Russes, fatigués par le pillage et encore endormis grâce aux amples libations de la veille, ce Ils s'enfuirent», dit le chroniqueur, «comme un troupeau de moutons vers leurs bateaux, mais poursuivis par les Tartares furieux, ils furent massacrés et le champ d'Arsk, abreuvé de sang russe, fut recouvert de leurs
cadavres
Le Grand-Duc se disposait à venger ses voïvodes par une nouvelle expédition contre Kazan, lorsque Mehmet-Emîne, lui envoya une lettre, en laquelle il lui exprimait son repentir d'avoir violé son serment, et sa promesse de se reconnaître dorénavant le vassal et Tami du Grand-Duc de Moscou. Il s'en suivit une série d années tranquilles et pacifiques. Mehmet-Emîne eut enfin une maladie terrible; tout son corps se couvrit de plaies remplies de vers. Effrayés par cette maladie de leur souverain, les Kazaniens prièrent le Grand-Duc de choisir d'avance pour son successeur Abdoul-Latîf, en promettant d'être toujours les fidèles vassaux de Moscou, et de ne jamais accepter de Khan, que de «la main du Grand-Duc de Moscou»; le Grand-Duc y consentit, mais Abdoul-Latîf, nommé héritier du trône de Kazan, eut la malechance de mourir à Moscou en 1518. Mehmet-Emîne ne lui survécut pas long temps; sa vie agitée
SCHAHALI-KIIAN 4I
se termina par d'horribles soufirances en automne de la même année. Ce prince fut le dernier représentant de la dynastie de Serày d'Oulou-Mohammed.
> Schah-Ali-Khan (1519-1521).
Après la mort de Mehmet-Emîne, les seigneurs de Kazan, fidèles à leur serment, demandèrent au Grand- Duc Vassily Joannowitch un nouveau Khan « de sa main ». Ce dernier leur déclara qu'il leur donnerait Schah-Ali, le petit fils du Khan de la Horde, Ahmet; le Grand Duc fit ce choix, dans l' intention de repousser les prétentions du Khan de Crimée Mehmet-Guiray, qui avait en vue le trône de Kazan pour son frère, Sahib-Guirày. Schah-Ali était un prétendant bien en cour à Moscou; il avait en effet été élevé en Russie; il était tout dévoué à la cause russe et promettait de être un ami fidèle du Grand-Duc de Moscou. Néanmoins, le nouveau Khan ne jouissait d'aucune popularité à Kazan. Les seigneurs ne l'aimaient point à cause de son dévouement à la Russie, et de son indifférence envers ses propres sujets. Ils essayèrent en vain de persuader leur Khan de briser ses relations amicales avec la Moscovie: celui-ci ne faisait que punir ses mauvais conseillers et continuait de suivre le chemin qu'il s'était tracé. Cependant, Mehmet-Guiray était entré en pourparlers secrets avec l'aristocratie de Kazan, et lui promettait l'indépendance politique dans le cas où elle persisterait à vouloir élever son frère au trône.
Il se forma donc à Kazan, un fort parti « criméen », qui finit par vaincre le parti moins nombreux de la Horde. Sahib-Guiray parut sous les murs de Kazan avec une armée levée en Crimée, au printemps de 1521; il entra dans la ville sans coup férir, détrôna Schah- Ali, et fut déclaré Khan de Kazan, tantis que son prédécesseur partait pour Moscou sans être inquiété; les Tartares profitèrent seulement de cette occasion pour piller les magasins russes.
Sahib-Quiray (1521-1524).
Dès le commencement de son règne, ce Khan se montra hostile à la cour de Moscou, et entreprit tout de suite une expédition sur les frontières de la Moscovie, qui rappela par les cruautés qui s'y commirent les temps cruels de l'invasion tartare. Au printemps de 1523, le nouveau Khan se distingua par un nouvel accès de cruauté: il j&t exterminer tous les marchands russes, qui se trouvaient à Kazan, ainsi que l'ambassadeur du Grand-Duc, Podjoguine. Le nouveau Khan de Crimée, Saâdet-Guiray, s'efforçait en vain de réconcilier le Gran-Duc avec le Khan de Kazan. « Les souverains se font la guerre, mais on ne tue pas les ambassadeurs et les marchands, répondit le Grand- Duc, aussi je ne me reconcilierai jamais avec ce malfaiteur. »
Pendant ce temps, l'armée russe, entre les voïvodes de laquelle se trouvait aussi Schah-Ali, était déjà en
SAHIB-GUIRAY 43
marche vers Kazan. Bien que cette armée se soit contentée de se battte dans le rayon du territoire de Kazan rapproché du Volga, sans entrer dans la ville même, cette expédition eut néanmoins un résultat fort important; afin d'avoir une base d'opérations ou plutôt une station militaire dans les guerres avec Kazan, les Russes fondèrent une ville à l'embouchure de la rivière Sourà, nommée ainsi en l'honneur du Grand-Duc « Vassilsoursk ».
Sahib-Guiray, ayant compris le danger d'avoir un ennemi aussi puissant que le Grand-Duc, entra en relation avec le Sultan de Turquie, Soliman le Grand et lui proposa ses services, s'il voulait bien le soutenir contre Moscu. Cette proposition tenta le sultan et bientôt Kazan fut déclaré domaine de la Turquie. Lorsque les Tartares envoyèrent cette déclaration politique à Moscou, les Russes répondirent que « Kazan, ayant été toujours la vassale du souverain de Moscou, elle le demeurarait, et que Sahib-Guiray n'était qu'un rebelle, qui n'avait pas le droit d'offrir Kazan en cadeau au Sultan »,
Au printemps de 1524, le Grand-Duc Vassily expédia contre Kazan une armée de cent cinquante mille hommes, dans le but de soumettre cette ville complètement; l'ex-Khan Schah-Ali se trouvait de nouveau au nombre des voïvodes. La nouvelle de cette expédition grandiose désespéra à tel point Sahib-Guiray, que il s'enfuit en Crimée, laissant dans son ex-capitale un neveu de treize ans, Séfa-Guiray (petit-fils du Khan de Crimée et fils de Fethy-Guiray) pour faire croire aux Kazaniens qu'il allait demander au Sultan un renfort de troupes contre les Russes.
Mais le fuyard ne réussit pas à tromper les Kazaniens, qui proclamèrent Khan le jeune Séfa-Guiray; après quoi ils reçurent un renfort de troupes composé de Tchouvaches et de Tchérémisses et se préparèrent à défendre Kazan contre les voïvodes moscovites qui allaient bientôt arriver.
Séfa-Quîray-Khan (1524-1531).
Scfa-Guiray monta sur le trône de Kazan au moment où lt;s hostilités éclataient avec le plus de violence. Le 7 juillet 1524 la flottille russe s'arrêta en vue de Kazan, mais elle resta inactive pendant vingt jours, jusqu'à l'arrivée de la cavalerie. Les Russes ne surent même pas profiter d' un incendie qui éclata dans la forteresse en bois de la ville, et se contentèrent de regarder les Kazaniens éteindre le feu et faire les réparations nécessaires. Ce ne fut que le 15 août qu'ils investirent la ville, mais ils ne se décidèrent point à la prendre d'assaut, malgré l'insistance des soldats étrangers (i). Les Kazaniens profitèrent de cette indécision pc)ur demander la paix aux voïvodes russes, en leur envoyant de riches cadeaux, que ces derniers acceptèrent volontiers. Le siège fut levé grâce à lavidite des voïvodes et l'armée russe retourna dans son pays sans avoir atteint son but. Le Grad-Duc, révolté de la lâcheté de son voïvode principal, le prince Jean
(i) L^ Gmiid-Duc avait des troupes mercenaires.
SEFA-GUIRAY-KHAN 45
Belskvj voulut le châtier comme il convenait et le traître ne dut la vie qu' aux istances du Métropolitain,
Si l'expédition de 1524 resta sans résultat pour les Russes, le Grand-Duc eut recours à un autre moyen pour punir les Kazaniens, en les frappant dans leur commerce: il défendit aux marchands russes d'aller à la foire de juin, époque à laquelle la ville était le centre de tout le commerce de l'Europe avec l'Asie, et leur indiqua une autre place pour y organiser une foire, sur la rive gauche du Volga, non loin de Nijny-Novgorod; c'est là qu'on fonda plus tard le ville de Macariew; cet événement créa la célèbre foire de Maca* riew, qui succéda à celle de Kazan et précéda celle de Nijny-Novgorod qui existe depuis l'an 181 7.
Après 1524 une sorte de trêve entre Kazan et Moscou dura pendant cinq ans; les Kazaniens ne cessaient pas dans cet intervalle de prier le Grand-Duc de légitimer le règne de Séfa-Guiray. En 1529 l'embassadeur Piliémoff fut envoyé à Kazan pour faire prêter un serment de fidélité (signé par le Khan, les seigneurs et le peuple) envers le Grand-Duc Vassily. Mais les choses prirent bientôt une autre tournure. On apprit à Moscou que Séfa-Guiray avait trahi la confiance du Grand-Duc en poussant le peuple à la révolte contre la suveraineté de celui-ci, s'étant même permis d'insulter à r honneur de l'ambassadeur. La reprise des hostilités était donc inévitable.
Encore une fois une puissante armée russe et une flottille assez nombreuse se rendirent sous les murs de Kazan, sous le commandement du même prince Jean Belsky qui avait si mal agi en 1524. C'était de la part du Grand-Duc le comble de l'inhabileté que
de confier un commandement aussi important à un homme qui, une première fois et dans les mêmes conditions, avait compromis le succès d'une expédition par son avidité ; ainsi la faiblesse de caractère et r inadvertance engendrent parfois des actions plus coupables que le vice et la passion ne sauraient le faire*
Séi^i-Guiray avait pris des mesures énergiques pour la détense de sa capitale: il rassembla une armée de Tchcrcmisses, de Nogaïs et de soldats d'Astrakhan; il entoura la ville d'un rempart pointu en bois et d'un fossé profond et attendit les Russes. Avant le commencement de la grande bataille, il y eut quelques escarmouches entre les Russes et les Kazaniens. Dans la nuit du i6 juillet quelques jeunes chasseurs du régiment du prince Obolensky, remarquèrent de loin, grâce au clair de lune, que les gardes de la citadelle de Ka^an étaient endormis. Ils rampèrent doucement jusqu'au mur, l'enduirent de résine et l'allumèrent; après quoi ils revinrent avertir les voïvodes moscovites de ce qu'ils venaient de faire. La muraille s'enflamma. En ce moment les guerriers russes se mirent à assaillir la ville au son des fanfares et en poussant de grand cris. Ils se jetèrent dans la mêlée dans l'état, où ils se trouvaient: les uns à pied, les autres à cheval, habillés ou presque nus et le combat s'engagea sans
aucun ordre; ils égorgeaient les Tartares et détruisaient tout par le glaive et par le feu. Les croniqueurs assurent que 60000 Tartares périrent dans le carnage; leur athlète célèbre, nomme Atalyk, subit le même sort. Pendant ce temps, le Khan Séfa-Guiray se cachait dans le bourg d'Arsk.
SÉFA-GUIRA Y-KHAN 47
On pourrait croire que les voïvodes russes auraient su recueillir cette fois, les fruits de leur victoire. Il n'en fut rien. Ils ne surent pas faire bonne garde comme il le fallait autour de leur ce convois » qui furent enlevés par les Tchérémisses; les Russes y perdirent 70 fusils et beaucoup de guerriers. Le pusillanime Prince Belsky eut de nouveau la faiblesse d'accepter les propositions pacifiques et les cadeaux du Khan, au moment même où Kazan était sur le point de se rendre. On dit que le Grand- Duc Vassily en fut tellement courroucé, qu'il avait déjà décrété la sentence de mort du Prince (son neveu par sa mère) lorsque le métropolitain vint, une secondé fois, implorer son pardon qu'il réussit encore à obtenir.
Quelques temps après, les ambassadeurs de Kazan arrivèrent à Moscou en suppliant le Grand-Duc Vassily de pardonner à leur Khan et à leur peuple, ce Le bandeau est tombé de nos yeux », disaient-ils, ce et nous avons compris qu'il nous est indispensable d'obéir à Moscou ». Mais Séfa-Guiray essayait encore de se soustraire aux exigences de la cour de Moscou. Lorsque les boyards reprochèrent leur perfidie aux ambassadeurs de Kazan, le Prince Tagaï répondit: ce Nous vous entendons, mais nous ne sommes point des traîtres et nous voulons être fidèles au Grand-Duc. Notre pays est dans la détresse et l'épouvante. Séfa-Guiray fait ce qu'il veut avec ses hommes de la Crimée et ses Nogaï; il déconcerte les esprits des Kazaniens, ne tient pas sa parole et nous couvre de opprobre. Nous chasserons Séfa-Guiray, et nous prierons le Grand-Duc de nous choisir un souverain ».
Ne pouvant vaincre l'entêtement de Séfa-Guiray, le prince Tagaï assembla un conseil de seigneurs Kazaniens pour les persuader de détrôner ce Khan.
Celui-ci, ayant eu vent de l'intention de ses seigneurs, tut en proie à une telle fureur, qu'il voulut d'abord faire massacrer tous les Russes qui se trouvaient à Kazan; mais les seigneurs s'y opposèrent et lui proposèrent au contraire de quitter Kazan immédiatement. Les courtisans de Crimée et les Nogaïs du Khan déposé furent mis à mort, et sa femme, la fille du Khan nogaï, Mamaï, fut envoyée dans les terres de son pcrc,
La princesse Gorchadna (ou Congorchad), soeur du Khan Mehmet-Emîne, jouait un grand rôle dans les intrigues moscovites; c'était une femme très spirituelle et très instruite qui jouissait d'une grande influence pohtique.
Cette révolution eut lieu dans l'été de 153 1. Le seid (chef religieux) de Kazan, les princes, les lanciers et les mourzàs firent part de la déposition de Séfa-Guiray au Grand-Duc en réitérant leurs promesses d'obéissance et de soumission. Ils priaient le Grand-Duc de leur donner pour Khan, non pas Schah-Ali, dont ils craignaient la vengeance, mais son frère, Djân-Ali jeune homme de quinze ans, qui possédait en Russie la ville de Mestchersk. Leur désir fut exaucé. Le Grand-Duc leur envoya Djân-Ali avec l'ambassadeur Morozof, qui Téleva au trône de Kazan. Tous les Kazaniens prêtèrent serment de fidélité à leur nouveau Khan, ainsi qu au Grand-Duc de Moscou.
DJÂN ALI-KHAN 49
Djân-Ali-Khan (iS3i-iS3S)«
Djân Ali monta sur le trône de Kazan le 29 juin 1 5 3 1 au moment où la ville entretenait avec Moscou les relations les plus amicales. La Russie avait alors une influence prépondérante sur la capitale tartare: c'est Moscou qui dirigeait toutes les affaires de Kazan, tant intérieures qu'extérieures. En 1533 le Grand-Duc de Moscou autorisa Djânali à conclure un mariage avec Suymnbéka, la fille d'un noble mirzà de Nogaï, nommé Youssouf; il espérait bien ainsi pacifier la Horde de Nogaï, toujours hostile à Moscou. Cette môme année l'ex-Khan Schah-Ali, qui avait commencé à mtriguer avec un parti kazanien et Nogaï contre son frère, fut incarcéré à Béloôzéro. Les relations pacifiques avec Moscou durèrent aussi longtemps que le règne de Djânali, mais en revanche elles étaient loin d'être amicales avec la Crimée. L'ex-Khan Séfa-Guiray voulant se venger d'avoir été déposé, ne cessait point de pousser contre Moscou son oncle, le Khan Sahib-Guiray (qui avait été aussi déposé du trône de Kazan en 1524).
Le Grand-Duc Vassily II mourut en décembre 1533 et eut pour successeur son fils adolescent, Jean IV, le futur Jean le Terrible, le conquérant de Kazan. Les Kaz^nmis réitérèrent leurs serments de fidélité envers le Grand-Duc en lui envoyant des chartes, ce qui ne les empêcha pas du reste de se préparer à une nouvelle trahison. On voit donc que les traits distinctifs du
4 — nAhrégè de l'Histoire de Ka:^an,
caractère tartare étaient la perfidie et le goût de l'intrigue. Le parti de la Crimée prit encore une fois le dessus dans la ville ; Séfa-Guiray espérait recouvrer son trône, et, chose étonnante, ce fut la princesse Gorchadna qui se mit à la tête du mouvement en faveur de ce même Khan, qu'elle avait contribué à déposer quelques années auparavant. Le Prince Djânali Khan fut tué traîtrement le 25 septembre 1535 pendant une promenade qu'il faisait au bord de la rivière Kazanka. Il avait été décidé à l'avance de rappeler au trône Séfa-Guiray qui accourut à Kazan.
xm.
Séfa-Quîray (pour la seconde fois) 0535-1546).
Le but du parti de la Crimée à Kazan, en rappelant au trône Séfa-Guiray, était de secouer le joug de Moscou, qui devenait de plus en plus lourd. Les nobles de Kazan lui donnèrent, avec le trône, la main de la veuve du Khan assassiné, la Reine Suymnbéka. Il y avait, pourtant à Kazan, un parti dévoué à Moscou, qui désirait rester fidèle au Grand-Duc à condition que le Khan Schah-Ali fût de nouveau placé sur le trône de Kazan. Mais celui-ci fût transféré de sa prison de Béloôzéro à Moscou alors qu'il comptait être envoyé à Kazan. Il faut pourtant admettre que le parti russophile était le plus taiblc, car il fût bientôt étouffé par le parti de la Crimée. Kazan ne trouva plus nécessaire de cacher les vrais sentiments qu'elle avait pour Moscou. Les boyards qui dirigeaient les affaires moscovites pendant l'adolescence de
SÉFA-GUIRAY ' JI
Jean IV témoignaient trop de faiblesse envers le royaume de Kazan. Le Khan de Crimée en profita pour déclarer ouvertement ses droits sur ce royaume et les Kazaniens recommencèrent à troubler, à incendier et à piller les villages des frontières de la Russie.
Cependant le parti des Kazaniens hostiles à la Crimée, encouragé par une défaite essuyée par Séfa-Guiray en 1541, releva la tête. Les seigneurs de Kazan avec le Prince Boulate à leur tête, entrèrent en correspondance avec Moscou, pour lui demander de lui envoyer une armée qui détrônât Séfa-Guiray. Ce Khan, disaient-ils, « pille son peuple et envoie en Crimée tout l'argent qu'il en extorque avec iniquité. Mais ces bonnes dispositions des Kazaniens envers Moscou ne furent pas de longue durée. Le parti de la Crimée continuait ses menées, et en 1542 la Princesse Gorchadna écrivit au Grand-Duc de Moscou, que les Kazaniens étaient passés dans le parti de Séfa-Guiray. Kazan, en efiet, vivait dans les troubles; ses habitants avaient perdu la tête et ne savaient plus à qui ils devaient obéir pour prolonger leur indépendance. On vit différents présages de la chute prochaine de Kazan et la princesse Gorchadna, qui possédait le don de prédiction prophétisa ouvertement que Kazan perdrait sa liberté dans dix ans... La perfidie et le manque de caractère des Kazaniens obligèrent le gouvernement moscovite à prendre des mesures décisives. En avril 1545 deux armées russes se réunirent aux environs de Kazan, y brûlèrent et saccagèrent tout, sans toute fois attaquer la ville même — puis battirent en retraite. La brusquerie de cette invasion russe fit soupçonner au Khan, que ses seigneurs y étaient pour quelque chose; il eut recours à des mesures répressives en
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faisant tuer les uns et exiler les autres. Cette manière d'agir de Séfa-Guiray révolta les Kazaniens et mit fin a leur patience: le 29 juillet une ambassade, comprenant les Princes Kadyche et Tchourà, arriva à Moscou pour prier le Grand-Duc d'envoyer son armée détrôner Séfa- Guiray et anéantir là-bas le parti de Crimée. La révolte éclata à Kazan. Séfa-Guiray trouva moyen de fuir, tandis qu'une quantité de ses partisans étaient mass^icrés par le peuple révolté. Les derniers mois de l'année 1 545 furent signalés par une anarchie complète. En janvier 1546 une nouvelle ambassade de Kazan fut envoyée à Moscou pour supplier le Grand-Duc d'envoyer encore une fois l'ex-Khan Schah-Ali. Le Grand-Duc envoya son ambassadeur à Kazan pour recevoir le serment de fidélité du Seïd de Kazan, des lanciers, des princes et du peuple, ce qui fut fait de bon gré, le 7 avril 1546; après quoi on leur présenta Schah-Ali, qui fût rétabli sur îe trône le 30 juin par les ambassadeurs du Grand-Duc.
Schah»Ali-Khan (pour la seconde fois) (1546).
On ne peut comprendre les motifs qui poussèrent les intrigants politiques de Kazan à demander le rétablissement au trône d'un Khan qu'ils avaient déposé euxmêmes. Aussi cette fois, ne régna-t-il que pendant un mois. Les festivals donnés à l'occasion de l'avènement de Schah-Ah n'étaient pas encore terminés, qu'on découvrait un nouveau complot contre lui. On se saisit des serviteurs fidèles du nouveau Khan qui furent tués
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OU empoisonnés; lui môme fut tenu enfermé dans son palais, dont il lui était défendu de sortir. On ne lui témoignait aucun respect: les seigneurs et les courtisans venaient célébrer leurs orgies au palais, où ils entraient armés et commandaient en maîtres. Le prince Tchoura seul était dévoué au Khan, mais son influence était trop faible pour soutenir le prestige de Schah-Ali.
Sur ces entrefaites les Kazaniens avaient rappelé encore une fois Séfa-Guiray, qui s'était mis en route avec ses soldats de Crimée et de Nogaï et se trouvait déjà sur les rives du Kama. Schah-Ali, voyant qu'il n'avait plus rien à faire qu'à essayer de sauver sa vie, profita d'un des festins de son palais pour s'en échapper secrètement à l'aide du prince Tchoura et s'en fuir en Russie.
Séfa-Quîray-Khan (pour la troisième fois) (1546-1549).
C'est ainsi que Séfa-Guiray devint pour la troisième fois, Khan de Kazan et inaugura son régne par des mesures de terreur. Le prince Tchoura et d'autres seigneurs qui avaient été dévoués à Schah-Ah, furent mis à mort; plus de 70 princes et mirzàs se virent obligés de chercher un refuge à Moscou. Le Khan accabla les Kazaniens de son mépris et s'entoura exclusivement de gens de Crimée et de Nogaï qui faisaient régner la terreur dans la ville. Pendant ce règne de Séfa-Guiray il n'y eut pas de conflit sérieux entre Kazan et Moscou, si ce n'est une expédition russo-tchérémisse en hiver de
1546-47 dirigé vers l'embouchure de la rivière Sviàgua; les affaires intérieures de la Moscovie expliquent assez clairement son indifférence momentanée envers Kazan. Le règne de Séfa-Guiray se termina d'une manière tmgi-comique: il était ivre et faisait sa toilette, lorsqu'il tomba et se fracassa la tête (mars 1549). Son fils Outamyche-Guiray, âgé de deux ans, fut proclamé Khan de Kazan.
Outamyche-Quîray-Khan (1549-1551) (Premier siège de Kazan; fondation de Svyajsk).
Outamyche était le fils de Séfa-Guiray et d'une de ses femmes — Suynmbeka. La Reine perdait ainsi un second mari qui avait régné sur Kazan. Elle était fille du Prince Nogaï Youssouf et arrière-petite fille d'IdeguVï le héros qui s'était emparé de la Crimée et du Decht-Kyptchak, lors de la guerre de Timour-leuk (Tamerkn) avec Toktamyche en 1398. Bien que cette princesse ait été la plus jeune des épouses de Séfa-Guiray, elle en était la plus aimée, ce qui s'explique par sa beauté extraordinaire. Cette préférence lui valut d'être nommée par Séfa-Guiray lui-même régente auprès de son fils encore enfant.
On dit que la grande tour qui se trouve au centre du Kremlin de Kazan et qui porte le nom de cette princesse, n'est autre chose qu'un mausolée, érigé par elle, sur la tombe du Khan Séfa-Guiray.
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L'enfance du Khan et l'état incertain des affaires de Kazan motivèrent l'expédition entreprise contre ce pays par le Tzar Jean IV.
Les régiments se réunirent à Nijny-Novgorod pendant l'hiver de 1550. Le jeune Tzar lui-même était à la tête des meilleurs voïvodes, au nombre des quels se trouvait aussi l'ex-Khan de Kazan Schah-Ali; les émigrés de Kazan qui avaient fui la cruauté de Séfa-Guiray s'étaient mis dans les rangs de l'armée russe.
L'armée russe quitta Nijny-Novgorod le 23 janvier et après avoir eu à supporter toutes le peines et les privations d'une expédition hivernale, elle arriva sous les murs de Kazan. On commença le siège le 14 février. Le Tzar Jean Vassiliévitch disposa ses troupes particulières au bord du lac Cabane; les forces principales, ayant à leur tête le Prince Dmitry Belsky et le Kan Cheïkh-Ali, se mirent en position au champ d'Arsk; un autre détachement se plaça dans les prairies au-delà de la rivière Kazanka; l'artillerie se disposa à l'embouchure du Boulak et du lac Pourri, auprès de la colline du Kremlin, d'où elle devait bombarder la forteresse de deux côtés opposés. C'est alors que les murs de Kazan virent devant eux pour la première fois combattre un Tzar russe. L'assaut fut furieux et dura toute la journée; mais la dernière heure de Kazan n'avait pas encore sonné : un dégel prématuré accompagné de fortes pluies vint gâter les munitions et les armes; les routes devinrent impraticables et la glace des rivières commença à se rompre. Comme les routes vers la Russie pouvaient être coupées par cet état de la nature, le Tzar ordonna de battre en retraite. Le chroniqueur raconte que ce mauvais temps était l'oeuvre des sortilèges des sorciers de Kazan.
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Si l'expédition de 1550 ne fut point couronnée de ^ succès, elle fut signalée, en revanche^ par un événement fort important au point de vue stratégique — ; ce fut la fondation de la ville de Svyajsk.
A son retour de Kazan, l'armée s'arrêta à l'embouchure de la rivière Svyâga, à trente verstes de la capitale tartare. L'attention du Tzar fut attirée par une montagne en forme de tasse renversée, qui s'élevait au milieu de la prairie de la Svyâga et qu'on appelait « la montagne Ronde »• Le Tzar y alla à cheval avec quelques voïvodes, et après délibération, il fut décidé qu'on y construirait une ville pouvant servir de base d'opérations et de point d'appui pendant les expéditions contre Kazan et qui gagnerait à l'influence russe les tribus finnoises environnantes. Le Tzar revint à Moscou le 2 5 mars 1550. Au printemps, à peine les routes étaientelles devenues praticables, que le Tzar envoya le Khan Schah-Ali avec 500 émigrés kazaniens et une forte armée pour bâtir la nouvelle ville. Les murs et l'église, faits en bois dans le district d'Ouglitch y furent envoyés sur des bateaux.
On commença par s'emparer de tous les bacs de l'ennemi sur le fleuve et le 16 mai 155 1, au coucher du soleil, le vaillant Prince Sérébrény fit arborer le drapeau russe sur le sommet de la montagne où l'on chanta la prière du soir. Le matin du 18 mai, à l'aube, le Prince traversa le Volga, attaqua le faubourg de Kazan et détruisit un millier de Kazaniens endormis, entre autres une centaine de princes et de mirzas; il délivra une quantité de prisonniers russes et, s'en tenant là, retourna vers l'embouchure de la Svyâga, où il devait attendre l'arrivée des forces russes principales qui vinrent en effet