‹ Abrégé de l'histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à 1840, à l'usage des maisons d'éducationChapitre 73 sur 104 · Faites-Bous le récit do la bataille de Carillon · texte numérisé non relu

Faites-Bous le récit do la bataille de Carillon

dont l'on voit encore les ruines, et 3,300 hommes de la défense des rolrancliements, que leur peu d'étendue permit de garnir sur trois hounncrf de hauteur. L'ordre fut donné à cliaque bataillon de tenir en réserve sa compagnie de grenadiers et un pifjuet de soldats ranges en arrière et prêts à se porter où le besoin le demanderait. Le chevalier de Lévis, arrivé du matin même, fut chargé du commandement de l'aile droite, ayant sous lui les Canadiens formant l'extrême droite sous les ordres de M. de Raymond; M. de Boui'lamarque reçut le commandement de l'aile gauche. iLe général Montcalm se réserva celui du centre.

•i A midi et demi, les gardes avancées rentrèrent dans les lignes en fusillant avec les troupes légères anglaises. Un coup de canon tiré du fort, donna le signal aux Groupes de border les ouvrages.

. Le général Abercromby forma son armée en quatre colonnes pour attaquer tous les points à la fois. Les grenadiers et l'élite des soldats,choîsis pour composer la tête des colonnes, reçurent l'ordre de s'élancer contre les retranchements la bayonnette au bout du fusil, et de ne tirer que quand ils auraient sauté dedans. En même temps un certain nombre de berges devaient descendre la rivière à la Chute pour menacer le flanc gauche des Français. A une heure les colonnes ennemies se mirent en mouvement, entremêlées de troupes légères parmi lesquelles il y avait des Sauvages. Ces Sauvages, couverts par les arbres, ouvrirent le feu le plus meurtrier. Les colonnes sortirent du bois, descendirent dans la gorge en avant des retranchements, et s'avancèrent avec une assurance et un ordre admirables, les deux premières contre la gauche des Français, la troisième contre leur droite en suivant le pied du coteau, dans le bas-fond où se trouvaient les Canadiens. Le feu commença par la colonne de droite, et s'étendit graduellement d'une colonne à l'autre jusqu'à celle de gauche, qui chercha à pénétrer dans les ouvrages par le flanc droit du chevalier de Lévis. Cet oflicier, voyant le dessein de cette colonne composée de montagnards écossais et de grenadiers, ordonna aux Canadiens de faire une

sortie, et de l'attaquer en flanc. Cette attaque réussit si bien, que le feu des Canadiens joint à celui des deux bataillons placés sur le coteau, obligea la colonne de se jeter sur celle qui était à sa droite afin d'éviter un double feu de flanc. Les quatre colonnes, forcées de converger un peu en avançant, soit pour protéger leurs flancs, soit pour atteindre le point d'attaque, se trouvèrent réunies en débouchant sur les hauteurs. Dans le même moment, une trentaine de berges se présentaient sur la rivière à la Chute pour menacer la gauche des Français. Quelques coups de canon tirés du fort, qui en coulèrent deux bas, et quelques hommes envoyés sur le rivage, suffirent pour les mettre en fuite.

Le général Montcalm avait donné ses ordres pour laisser avancer les ennemis jusqu'à vingt pas des retranchements. Cet ordre fut ponctuellement exécuté. Lorsque les Anglais arrivèrent à la distance indiquée, la mousqueterie assaillit leurs masses compactes avec un effet si prompt et si terrible qu'elles tressaillirent, chancellèrent et tombèrent en désordre. Forcées de reculer un instant, elles se remirent néanmoins aussitôt et revinrent à la charge ; mais oubliant leur consigne, elles commencèrent à tirer. Le feu devint alors d'une vivacité extrême sur toute la ligne et se prolongea fort longtemps, jusqu'à ce qu'enfin, après les plus grands efforts, les assaillants furent obligés de lâcher le pied une seconde fois en laissant le terrain jonché de cadavres. Ils s'arrêtèrent à quelque distance pour prendre haleine et se réorganiser ; ils réformèrent leurs colonnes et au bout de quelques instants se précipitèrent de nouveau sur les Français, malgré le feu le plus vif et le plus soutenu qu'on* eût jamais vu. Le général Montcalm s'exposait comme le dernier des soldats. Du centre où il s'était placé, il se portait sur les points qui périclitaient pour donner ses ordres ou pour conduire des secours. Après des efforts inouis, les Anglais furent encore repoussés.

Etonné de plus en plus d'une résistance si opiniâtre, le général Abercromby, qui avait cru que rien n'oserait tenir devant lui avec les grandes forces qu'il avait

A sa disposition, ne pouvait se persuadf^r qu'il échouerait devant un eiuieini si inférieur en nombre ; il pensait que ([uel (jue fi\l le couraiçe de ses adversaires, lis finiraient par se lasser d'une lutte dont la violence et la durée ne feraient qu'empirer leur perte. Il résolut donc de contiiuier ses attaques avec la plus grande énerij:ie jusqu'à ce qu'il eut triomphé ; et depuis une heure jus([u'à cinq ses troupes revinrent six lois à la charge et furent repoussées chaque fois avec des pertes considérables. Les fragiles remparts qui protégeaient les Français prirent en feu à diverses reprises dans le cours de l'action.

Les colonnes ennemies n'ayant [lu réussir dans les premières attaques faites simultanément sur le centre et sur les deux ailes de Montcalm, se joignirent pour faire des efforts communs ; elles assaillirent ainsi réunies tantôt la droite, tantôt le centre, tantôt la gauche ôes Français sans être plus heureuses. C'est contre la droite 'qu'elles s'acharnèrent le plus longtemps et où le combat fut le plus meurtrier. Les grenadiers et les montagnards écossais continuèrent à charger pendant trois heures consécutives sans se rebuter ni ge rompre. Les derniers surtout, commandés par lord John Murray, se couvrirent de gloire. Ils formaient la tête d'une colonne presqu'en face des Canadiens. Leur costume léger et pittoresque les faisait distinguer entre tous les autres au miheu du feu et de la fumée. Ils perdirent la moitié de leurs soldats et vingt-cinq officiers qui furent tués ou grièvement blessés. Mais enfin cette attaque fut repoussée comme les autres, et les efforts des Anglais échouèrent encore une fois devant l'intrépidité calme mais opiniâtre des troupes françaises- Pendant ces différentes charges, les Canadiens firent plusieurs sorties sur les flancs de l'ennemi et enlevèrent des prisonniers.

A cinq heures et demie, le général Abercromby, n'osant plus conserver d'espérance, fit retirer toutes ses colonnes dans le bois pour leur faire reprendre haleine avant de faire une dernière tentative et de se retirer tout-à-fait. Au bout d'une heure, elles reparurent et commencèrent une attaque générale sur tous

— isoles points à la fois de la liprne française. Toutes les troupes y prirent part^ mais elles rencontrèrent la môme opposition que dans les autres; et (tjirès des efïorîs inutiles, elles abandonnèrf?nt définitivement la Yictoire à leurs adversaires. Les Anj^lais se retirèrent en se couvrant d'une nuée de tirailleurs dont le feu avec eelui des Canadiens qui sortirent à leur poursuite, se prolongea jusqu'à ia nuiL

Les troupes françaises étaient épuisées de fatigues, mais ivres de joie. Le général Montcalm, accompagné du chevalier de Lévis et de son état-major, en parcourut les rangs et les remercia au nom du roi de la conduite qu'elles avaient tenue dans cette glorieuse journée, l'une des plus mémorables dans les tastes de ia valeur française. Ne pouvant croire^ cependant, à la retraite définitive des Anglais, et s'allendant à un nouveau combat }x>ur le lendemain, il donna ses ordres et fit ses préparatifs en conséquence. Les troupes passèrent la nuit dans leurs positions ; elles nettoyèrent leurs armes et se mirent dès le point du jour à perfectionner les retranehements qu'elles renforcèrent de deux batteries, l'une à droite de quatre pièces de canon et l'autre à gauche de six. Au bout de quelques heures d'attente^ ne voyant point paraître d'ennemis, Montcalm envoya à la découverte des détachements,qui s'avancèrent jusqu'à quelque distance de la Chute, et brûlèrent le retranchement que les Anglais avaient commencé à élever et qu'ils avaient abandonné. Le lendemain, 10, le chevaher de Lévis poussa jusqu'au pied du lac Saitit-Saciement avec les grenadiers, les volontaires et des Canadiens ; il ne trouva que des marques de ia fuite précii)itée d'Abercromby. Dans la nuit même qui avait suivi la bataille, le général anglais avait continué son mouvement rétrograde vers le lac, et ce mouvement était devenu une véritable fuite. H avait abandoimé s'.ir !cs lI.o.-î ins ics outils, une partie de ses bagages, l a i i and j.>rîif)ro de blessés, qui furent ramasses yar lo ciieviuier ('o Lévis, et s'était rembarqué à la haie le Jendema:.:, > la première lueur du jour, ajirès avoir jeie ^cb y vi^j à l'eau.

.Tello fut la bataille de Carillon, où 3,000 hommes avaient liilté vicioiieuscniejil. pendant plus de six lieuror contre 15,000 soUlaLs (relite.

Les perles des Anglnis furent considérables. Ils avouèrent eux-mùnies i>,000 bon unes tués et blessés dont 120 olliciers ; toutes les eorre.Tt^-ondanees françaises les portent de 4 à 5 mille.

Le gain de cette j<jurnée mémorable accrut singulièrement la léputalion de Montcalm, que la victoire s était plu à coui'onner depuis qu'il était eu Amérique^

CUAPITKE lY.

P©rt« du fort Frontenac. — Incendie du fort Duquesno. — Préparatifs pour la campagne de 1759.

^T^Cependant la grande supériorité numérique des ennemis faisait que leurs pertes étaient à peine sensibles, et qu'ils se relevaient plus forts et plus redoutables après chaque défaite, tandis que les succès des Français les atlaiblissaient réellement, et que chaque victoire diminuait leui^ moyens de résistance et les chances d'un succès définitif.

Ainsi le général Abercromby apprenant que son mouvement sur Carillon avait fait contremander l'ordre donné au chevalier de Lévis de se porter à Oswégo, et que le fort Frontenac, entrepôt de la marine française sur le lac Ontario, se trouvait presque abandonné, ordonna au colonel Bradstreet de prendre 3,000 hommes avec lui, et de tâcher de surprendre ce poste raportaT'it, qui i. 'était gardé que par 70 hommes. M. de Noyan, qui y commandait, attendit pour se rendre que les bombes fissent voler le fort en éclats. Les Anglais furent aussi heureux dans la valée de l'Ohio, où les succès des Français furent insuffisants pour suppléer à !ear f liblesse. Le général Forbes marcha sur le fort Duquesne avec 0000 hommes. Huit cents hommes qu'il avait envoyés en avant ayant été attaquées et dispersés par M. Aubry, il voulut remettre l'entre-

Page 1