Quel était le projet de Talon sur les pays de l'Ouest
16. Quelles découvertes avaient été faites et par qui avaient-ellea été faites, jueque-là, daos l'intérieur du continent ?
Au sud du Saint-Laurent^ le P. Dniillettes remontait, en 16i6, la rivière Chaudière et descendait celle de Kénébec jusqu'à la mer. Dans une autre direction, vers la source du Saint-Laurent, les traitants et les missionnaires étaient parvenus à rextréraité du lac Huron. Les PP. Brébeuf, Daniel, Lalemant, Jogues, Raymbaut avaient fondé dans ces contrées reculées les villages chrétiens de Saint-Joseph, Saint-Michel, Saint-Ignace, Sainte-Marie, etc. Ce dernier placé sur la décharge du lac Huron dans le lac Erié, fut longtemps le point central des missions de l'Ouest. Plus tard, en 1671, les débris des Hurons, fatigués d'errer de forêts en forêts, se fixèrent à Machillimakinac, au pied du lac Supérieur, sous la conduite du P. Marquette, qui commença le premier étabhssement européen fondé dans TEtat du Michigan. Les Indiens qu'on trouva domiciliés dans le voisinage, et qui reçurent des Français le nom de a Sauteurs» à cause de leur proximité du Saut Sainte-Marie, étaient de la famille algonquine.
17. Dans l'espace de treize ans, c'est-à-dire de 1634 à 16i7, ces vastes contrées furent visitées par dixhuit Jésuites, outre plusieurs Français attachés à leur ministère. L'hostihté des Troquois rendait la navigation du lac Ontario dangereuse, et obligeait de passer par la rivière des Outaouais pour atteindre les pays de l'Ouest. La Nation-Neutre, visitée par Champlain, et le sud du lac Erié, au-delà de Buffalo, étaient en conséquence restés presque inconnus ; on résolut vers 1640 d'y envoyer les PP. Chaumonot etBrébeuf, dont le voyage compléta la reconnaissance de la grande vallée du Saint-Laurent, depuis l'Océan jusqu'au pied du lac Supérieur.
18. Les deux Jésuites, Charles Raymbaut et Isaac Jogues, envoyés vers ce lac, trouvèrent au Saut Sainte-Marie,*^ qu'ils atteignirent après une navigation de dix-sept jours, un rassemblement de deiLxmille Sau-
17. Combien de missionaaires visitèrent les vastes contrées de l'Oueat, de 1634 a 1G47 7
18. Qu'est-ce que les PP. Kayrabaut et Jogues trouvèremt au Saub Sainte-Marie, au pied du lac Supérieur 1
rages, qui les accueillit avec bienveillance. Ils avaient passé au milieu des îles nombreuses et pittoresques du lac Huron. A mesure que les Européens avançaient vers FOuest, les bornes du continent semblaient reculer ; ils apprirent au Saut Sainte-Marie les noms d'une foule de nations dont ils n'avaient jamais entendu parler ; de tribus guerrières qui viraient de la culture du sol et dont la race et la langue étaient inconnues. « Ainsi, observe un auteur américain, le zèle religieux des Français avait porté la croix sur les bords du Saut Sainte-Marie et sur les confins du lac Supérieur, d'où elle regardait déjà la terre des Sioux dans la vallée du Mississipi, cinq ans avant qu'Elliot, de la Nouvelle-Angleterre, eût seulement adressé une parole aux Indiens qui étaient à six milles du havre de Boston.»
19. En 1659, deux jeimes traitants, entraînés par la curiosité et leur esprit aventureux, se mêlèrent à quelques bandes algonquines pour côtoyer les bords du lac Supérieur, où ils passèrent l'hiver. Les yeux tournés vers les immenses solitudes de l'Ouest, ils apprirent pour la première fois l'existence des Sioux à peine connus des Indiens dont nous avons parlé jusqu'à ce jour, et ils résolurent de les visiter. Ils rencontrèrent sur leur route de nombreux débris des nations vaincues et disjiersées parla confédération iroquoise, lesquels traînaient danslesforéts une existence misérable. Les Sioux qu'ils atteignirent enfin leur parurent un peuple puissant, avec des mœurs plus douces que celles des Sauvages orientaux. Ils étaient
Êartagés en quarante bourgades très-populeuses, loués d'un bon sens naturel, ils n'exerçaient point envers leurs prisonniers ces cruautés qui déshonoraient la plupart des autres Sauvages, et ils avaient conservé une connaissance assez distincte d'un seul Dieu. Il paraît que leur croyance avait quelque ressemblance avec celle des Tartares. Les deux intrépides voyageurs revinrent sur leurs pas, et arrivèrent à Québec, en 1660, escortés de soixante canots al-
19. En qaelle année les Français parvinrent-ils au pays des Sioux ?
gonqiiins remplis de fourrures. Ils oon Armèrent le rapport de deux autres Français^ qui avaient visité le lac Michigan quatre ans auparavant, sur la multitude de tribus qui erraient dans toutes ces contrées, et sur l'existence des Kristinots, dont les cabanes s'élevaient jusqu'à la vue des mers du Nord.
20. C'est dans la même année que le P. Ménard partit avec quelques Algonquins pour aller prêcher l'Evangile aux Outaouais et aux autres peuplades répandues sur les bords du lac Supérieur. Il s'arrêta d'abord huit mois dans une baie qu'il nomma la baie de Sainte-Thérèse, peut-être celle de Kiwina, sur la rive méridionale de ce lac, où il ne trouva pour nourriture que du gland et de l'écorce d'arbre pilée. Invité par les Hurons, il quitta cet endroit et partit pour Ja baie de Chagouïamigong, ou du Saint-Esprit, à l'extrémité occidentale du grand lac qui porte maintenant le nom de ces Sauvages, où la rareté du gibier et Féloignement les mettaient à l'abri des attaques des Iroquois.
21. Tandis que son compagnon de voyage était occupé au canot, le P. Ménard entra dans le bois et ne reparut plus. Ce vénérable missionnaire jouissait d'une grande réputation de sainteté parmi les Indiens, dans 1 esprit desquels il avait su s'insinuer par son éloquence et par son onction. Plusieurs années après. Ton reconnut sa soutane et son bréviaire chez les Sioux, qui les conservaient comme des reliques, et auxquels ils rendaient une espèce de culte. Les Sauvages avaient un respect superstitieux pour les livres, qu'ils prenaient pour des esprits. Quatre ou cinq ans après la mort des PP. Brébeuf et Garnier, assassinés par les Iroquois, un missionnaire trouva entre les mains de ces barbares un Testament et un livre de prières qu'ils conservaient soigneusement comme des choses saintes.
20. Quelles nations le P Ménard vi?itant-il, et en quelle année 1