CHAPITRE l
Terreneuve.— 1696-1701.
31. L'Acadie était retombée, comme on ]'a vu, sous la domination de ses anciens maîtres, et les Anglais rebutés avaient abandonné l'idée de conquérir le Canada. Après une lutte de sept ans, ils n'avaient rien gagné, et ils allaient avoir à subir à leur tour les attaques des Français.
32. Les Anglais occupaient plusieurs postes fortifiés dans la baie d'Hudson, où ils faisaient la traite des pelleteries, qui sont plus belles là que dans les régions méridionales ; ils étaient maîtres aussi de la plus belle partie de l'île de Terreneuve, qu'ils avaient bordée de nombreuses pêcheries ; enfin en 1692, ils avaient relevé Pemnquid de ses ruines, à l'embouchure de la baie de Fondv, pour avoir une espèce de possession du pays des Abénaquis, et pour pouvoir étendre de là leur influence sur celte tribu guerrière.
33. Comme Touiville avait repris la prépondérance sur l'Océan, le gouvernement à Paris voulut en profiter pour détruire Pemnquid, qui menaçait l'Acadie, et pour chasser les Anglais de Terreneuve et de la baie d'Hudson. D'Iberville, dont la parole avait déjà un grand poids à la cour et qui avait recommandé d'arrêter les progrès de rivaux plus souvent ennemis qu'amis, fut chargé d'expulser entièrement les Anglais de Terreneuve, avec l'aide de M. de Brouillan, gouverneur de la partie française de l'île.
34. Il fit voile de Rochefort avec deux vaisseaux. Rendu au Cap-Breton, il a})prit que trois vaisseaux anglais croisaient devant le port de Saint-Jean; il alla leur offrir le combat. Après une lutte très-vive, il en
31. Les Anglais avaient-ils fait quelques progrès dans leurs projets de conquête 1
32. Quelles étaient les possessions des Anglais à la baie d'IIud^on et dans l'île de Terreneuve 1
3^ Qu'est-ce que le gnavcrnement à Paris résolut de faire 1 S4. De quel port de France partit d'Iberville et quels furent ses exploits en Amérique 7
prit un, le New-Por(, rie vingt-quatre canons^ et il mit les deux autres en fuite. Henlorcé par sa prise et par plus de 250 soldats et Sauvages, que lui amenèrent iM. de Villebon et le baron de St. Castin, il parut devant Pemaquid. Le baron de St. Castin était un ancien officier du régiment de Carip^nan, qui s'étant plu parmi les Sauvages, avait épousé une indigène et était devenu le chef des Abénaquis. C'est lui qui les menait au combat. Il mourut au sein de cette brave et puissante tribu, recherché des gouverneurs français et redouté des colonies anglaises.
Pemaquid était la forteresse la plus considérable des Anglais sur le bord de la mer. Ses murailles qui avaient 22 pieds de hauteur, portaient 18 pièces de canon. Le colonel Chubb y commandait ; il se défendit bien pendant quelques jours, mais il finit par perdre espérance, et remit la place aux Français.
Alors d'Iberville cingla vers Terreneuve pour exécuter la seconde partie du plan d'attaque contre les Anglais.
35. L'île de Terreneuve située au nord-est du golfe Saint-Laurent, n'est séparée du Labrador que par le détroit de Belle-ïsle; elle forme une pointe qui projette dans rOcéan. Au sud-est de cette île se trouvent les bancs de Terreneuve, qui sont plus célèbres encore par leurs myriades de poissons que par leurs brumes et leurs tempêtes. La figure de Terreneuve, presque triangulaire, présente une superficie de 12000 lieues quarrées; sa longueur extrême est de UO lieues, et sa largeur de 100. Le cUmat y est froid et orageux, le ciel sombre. Le pays rempli de montagnes et arrosé par plusieurs belles rivières, était alors couvert de forets impénétrables et de landes tapissées jde mousse.
36. Les Français et les Anglais ne s'en servaient que pour leurs pêcheries. Les premiers y avaient un établissement vers le Cap de Raze pour y' faire sécher leur poisson. Les Anglais avaient d'abord voulu co-