‹ Abrégé de l'histoire du Canada, depuis sa découverte jusqu'à 1840, a l'usage es maisons d'educationChapitre 73 sur 141 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Massacre des Outagamis. — Traité d'Utrecht — 1712-1?1.>.

27. Tandis que l'Angleterre dirigeait son épée droit au cœur de la puissance française sur ce continent, sa politique avait armé contre elle, par l'intermédiaire des Iroquois, les Outagamis, vulgairement nommés les Renards, nation brave-, indomptable et féroce, qui errait dans les savanes à l'ouest du lac Michigan. Ils vinrent se fixer à une portée de pistolet du fort du Détroit pour pouvoir mieux exécuter leur dessein.

28. « Ce peuple aussi brave que l'Iroquois, dit Raynal, moins politique, beaucoup plus féroce, quïl n'avait jamais été possible ni de dompter, ni d'apprivoiser, et qui semblable à ces insectes, qui paraissent avoir autant d'àmes que de parties de leurs corps, renaissent pour ainsi dire après leur défaite,» ce peuple se trouvait partout, el était devenu l'objet de la hauie de toutes les nations de ce continent. 11 avait promis de brûler le Détroit et de massacrer tous les Français qui se trouveraient dans ces contrées. Les Kikapous et les Mascoutins étaient entrés dans le complot.

29. M. Dubuisson, qui commandait dans cette partie, fut informé par un Outagamis chrétien de ce que, d'ailleurs, la conduite dA ces Barbares ne lui laissait que ti'op entrevoir. Ils se permettaient depuis quelque temps toutes sortes dinsolences; ils volaient et pillaient les Français, qui n'étaient qu'une trentaine dans le fort, et qui dissimulèrent jusqu'à l'arrivée <le leurs alliés qu'ils avaient appelés en toute hâte auprès d'eux, surtout les Hurons et les Outaouais. Dubuisson, en cas d'attaque subite, préparait ses moyens de défense sans faire de bruit ; il montait des canons, perçait des meurtrières là où il y en avait besoin. Mais les secours demandés arrivèrent avant l'attaque.

27. Qii3 se passait-il alors dans les pays de l'Ouest 1 23 Quels étaieat les Outagamis et leurs projets 7 29. Coinm'înt les Français furent-ils informés do leur dessein, et quelles mesures prirent-ils pour repousser les attaques de cas Barbares 1

C'étaient 600 hommes, Harons, Oulaoïiais, Illinois, Missouris, Osages, Sauteurs, Poutouatamis, Sakis, Maihomines, etc., marchant en ordre, chaque nation avec ses enseignes déployées, et tous portant la même haine à l'ennenn qu'ils allaient avoir a combattre.

30. Dubuisson se serait contenté d'éloigner les Outagamis, en les forçant de retourner dans leurs anciens villages ; mais les Hurons ne voulurent pas soutfrir qu'on les laissât échapper. On les attaqua dans le fort qu'ils s'étaient élevé à côté de celui des Français, et qu'ils défendirent avec la plus grande intrépidité. Comme ils ne pouvaient sortir, il se trouvèrent au bout de quelque temps sans eau et sans vivres. Ceux qui essayaient de s'en procurer étaient aussitôt pris par les Sauvages, qui les fusillaient, les îuaienc à coups de flèches ou les gardaient pour les jjrûler à loisir et par forme de passe-temps. Les Outagamis arborèrent alors des étendards et des couvertures rouges en signe de guerre à mort, et crièrent à Dubuisson qu'ils voulaient que la terre fut teinte de sang. Ils cherchèrent en vain à lui détacher ses alliés.

Peu de temps après, ils envoyèrent trois ambassadeurs demander une suspension d'armes de deux jours. Dubuisson leur répondit qu'il ne pouvait les écouter tant qu'ils n'auraient pas remis trois femmes réclamées par ses alliés, les Outaouais. Trois autres ambassadeurs les ramenèrent au bout de deux heures, et prièrent Dubuisson de faire retirer ses alliés afin que leurs gens pussent sortir pour aller chercher de la nourriture, parce qu'un grand nombre de leurs femmes et de leurs enfants mourraient de faim.

Les alliés ne voulurent pas entendre parler d'armistice. Le désespoir s'empara alors des Outagamis. Ils devinrent ingénieux à force de fureur. Ils lancèrent des flèches allumées sur les habitations françaises qui étaient couvertes en chaume et répandirent l'incendie dans le fort de Dubuisson. Us firent une résistance si opiniâtre que les alliés parlaient de se retirer. Mais Dubuisson parvint à ranimer leur courage.

30. Quô fit alors Dubuiaaon et les alliés, et dan? quelle situation les Outagamis se trouvèrent-ils 1

Les ennemis étaient alors réduits à la dernière extrémité ; on n'entendait plus que des hurlements épou- >antables à chaque coup de canon que Ton tirait contre eux. Déjà^ soixante à quatre-vingts personnes^ femmes et enfants, étaient mortes de fa m et de soif. Uodeup des cadavres, que les ennemis ne pouvaient enterrer à cause du feu continuel des Français et de leurs alliés, empoisonnait l'air. Les assiégés se résolurenl à envoyer une troisième ambassade, Pemoussa, l'un des chefs, portait la parole. îl dit à Dubuisson : « Mon père, c'est à toi que je parle, c'est à loutes les nations qui sont devant toi; je vous demande la vie pour mes frères. Elle n'est plus à nous ; vous êtes les maîtres ; les Esprits nous ont abandonnés. Je vous apporte ma chair dans les sept esclaves que je mets à vos pieds ; mais ne croyez pas que je craigne de mourir. C'est laf vie des femmes et des enfants que je demande. Faites luire le soleil, je vous prie ; que le ciel soit beau et qu'à l'avenir vous i)rospériez. Voici les colliers, détachezles et donnez-nous la vie. Vous êtes nos petits neveux, ajouta-t-il en s'adressant aux Sauvages, dites quelque chose qui console le village à notre retour.»

31. Les alliés ne voulurent rien accorder. Us tirèrent même Dubuisson à part pour lui ])roposer de faire casser la tête à quatre des envoyés, qui étaient de grands chefs. « Ce sont eux, dirent-ils, qui sont la cause de la résistance.» Mais Dubuisson sy opposa. Alors los assiégés ne songèrent plus qu'à tromper la surveillance de leurs ennemis pour échaj)per, ce qui était u]ie chance très-précaire. Ils voulurent profiter d'une nuit orageuse pour sortir du fort ; mais atteints à quatie lieues de là, ils se rendirent au bout de quatre jours aux alliés, qui accordèrent la vie aux femmes et aux enfants et firent un massacre général des hommes, en les égorgeant ])arn)anièredc})asse-temps pendant de longues journées. On n'avait pas encore vu une pareille scène de carnage chez los Indiens.

32. Ce dénouement conserva la possession des pays de l'Ouest aux Français. L'on touchait alors à la fin

31. Quels furent la décision des alliés et le sort des Outagamis ?

32. Quel fut le résultat de ce dénouement, et à quelles conditions fut si;;né le traité d'Utrecht'?

des hostilités. Une suspension d'armes fut signée entre la France et l'Angleterre, en 1712, et l'année suivante le fameux traité d'TJtrechtmulila la Nouvelle- France. Louis XIV, courbé par les malheurs et la vieillesse, renonça à ses droits sur 'e pays des îroquois et céda la baie d'Hudson, Terreneuve et l'Acadie à l'Angleterre, aux attaques de laquelle le Canada resta seul ouvert de tous côtés.

CBAPITRE IV.

Colonisation du Cap-Breton.— 1713-1744.

33. Pour remplacer l'Acadie, le gouvernement français résolut de fortifier le Cap-Breton, situé dans le golfe Saint-Laurent entre l'Acadie et Terreneuve. Il y commença de vastes fortification^, afin de protéger efficacement l'entrée du fleuve Saint-Laurent ; mais il négligea d'envoyer des colons en Canada. C'était renouveler l'erreur du siècle précédent, et inviter l'Angleterre à réunir de nouveau ses forces pour enlever, à la première occasion, le reste des possessions françaises de l'Amérique du Nord.

3i. -L'île du Cap-Breton, de figure h peu près triangulaire, n'a pas tout à fat 50 lieues dans sa plus grande longueur. Elle est entrecoupée de lacs et de rivières, et son climat ressemble à celui de Québec pour la longueur des saisons, mais le froid y est moins vif en hiver à cause du voisinage de l'Océan. Les brumes et les brouillards voilent souvent le ciel de l'île sans en altérer la salubrité. La côle abonde en poisson et l'intérieur du pays en mines de charbon de terre et de plâtre.

Le nom de Cap-Breton fut changé pour celui d'Ile- Royale, et le nom de Louisbourg fut donné aux fortifications qu'on venait d'y élever.

33. Qu'est-ce que fit le gouvernement pour remplacer l'Acadie que l'on venait de perdre par le traité d'Utreoht? 34 Faites-nous la description du Cap-Creton 7

35. Il restait à peupler l'île. La France comptait sur ses anciens sujets de l'Acadie et de Terreneuve ; mais ils ne purent se résoudre à abandonner leurs foyers pour aller commencer une nouvelle fortune ailleurs. Il n'en passa que quelques-uns à l'Iif- Royale, dont la po})ulation, presque toute réunie à Louisbourg, s'éleva graduellement à 4000 âmes. C'était une population de pêcheurs, qui recevait sa subsistance de la France et des Antilles. Malgré son apparente prospérité^ la plus grande partie languissait dans la misère.

36. Le gouvernement de l'Ile-Royale fut modelé sur celui du Canada; et le comaiandant, comme celui de la Louisiane, fut subordonné au gouverneur général

de la Nouvelle-France.

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