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Nous connoissons de même six espèces : de Sagouins ; le premier et le plus grand de tous est le Saki , qui a la queue couverte d’un poil si long et si touffu qu’on Ta nommé Singe a queue de renard ; il semble qu’il y ait variété dans cette espèce pour la grandeur^ j’en ai vu deux qui paroi ssoîent adultes , dont l’un étoit presque une fois plus grand "que l’autre. Le second Sagouin est le Tamarin ; il est ordinairement noir avec les quatre pieds jaunes , mais il varie par la couleur , car il s’entrouve de bruns mouchetés de jaune. Le trot-
lié HISTOIRE
siéra e est TOuistiti , qui est remarquable par les larges toupets de poil qui accompagnent sa face , et par sa queue anneîée. Le quatrième est le Marikina , qui a une crinière autour du cou , et un flocon de poil au bout de la queue comme le lion , et qui lui a fait donner le nom de petit Lion . Le cinquième est le Pinche , qui a la face d'un beau noir , avec des poils blancs qui descendent du dessus et des côtés de la tête en forme de cheveux longs et lisses. Le sixième et le dernier est le Mico , qui est le plus joli de tous 5 dont le poil est d’un blond argentin, et qui a la face colorée d’un rouge aussi vif que du vermillon.
Nous allons donner l’histoire et la description de chacun de ces Sapajous et do ces Sagouins , dont la plupart n’étoient ni dénommés , ni décrits , ni connus.
L’OUARINE.
L'Ouarine et TAlouate sont les plus grand* i animaux quadrumanes du nouveau contj* s nent ^ ils surpassent de beaucoup les pîe^ j grpsses Guenons , et approchent de la gran- I deur des Babouins $ ils ont la queue pre. (liante, et sont par conséquent de la famille i des sapajous , dans laquelle ils tiennent im 1 rang bien distinct , non - seulement par leur » taille , mais aussi par leur voit , qui reten* i tit comme un tambour et se fait entendra î à une très grande distance. « Un voyageur i raconte , que tous les jours , matin et soir 9 Quarines s'assemblent dan* les bois
que l’un d’entre eux prend une place élevée et fait signe de la main aux autres de s’assoir autour de lui pour l’écouter 3 que 5 dès qu’il les voit placés 9 il commence un discours à voix si haute et si précipitée ? qulà l'entendre de loin 9 on croiroit qu’ils crient tous ensemble } que cependant il n’y en a qu’un seul , et que pendant tout le temps qu’il parle , tous les autres sont dans le plus grand silence ; qu’ensuite lorsqu’il cesse , il fait signe de la main aux autres de répondre , et qu’à l’instant tous se mettent à crier ensemble , jusqu’à ce que par un autre signe de la main ? il leur ordonne le silence ; que dans le moment ils obéissent et se taisent $ qu’enfin , alors le premier reprend son discours ou sa chanson 9 et que ce n’est qu’après l’avoir encore écouté bien attentivement qu’ils se séparent et rompent l’assemblée. » Ces faits , dont ce voyageur dit avoir été témoin , pourroient bien être exagérés et assaisonnés d’un peu de merveilleux ; le tout n’est peutêtre fondé que sur le bruit effroyable que font ces animaux } ils ont dans la gorge uu espèce de tambour osseux dans la concavité duquel le con de leur voix grossit ? se multiplie et forme des hurlemens par écho 5 aussi a-t on distingué ces Sapajous de tous les antres par le nom de Hurleurs j l’Oua-
DES S I N (* E H r3 9 t
rîne a .ia face large et carrée , les .yeux, noirs et brillans , les oreilles courtes et arrondies , la queue nue à son extrémité ,
avec laquelle il s’accroche et s’attache fer-
mement à tout ce qu’il peut embrasser : les poils de tout le corps sont noirs , longs , luisans et polis ; des poils plus longs sous le menton et sur lia gorge lui forment une espèce de barbe ronde } le poil des mains, des pieds et d’une partie de la quene est ! brun. Le male est de la même couleur de I la femelle 5 et il n’eu diffère , qu’en ce qu’il i est un peu plus grand. Les femelles portent | leurs petits sur le dos et sautent avec cette s charge , de branches en branches et d’arbres i en arbres ; les petits embrassent avec les ! bras et les mains le corps de leur mère dans la ] p irtielaplus étroite ,® et s’y tiennent fermement s attachés tant qu’elle est en mouvement. Au ■ reste , ces animaux sont sauvages et mé- : chants , on ne peut les apprivoiser ni même i les dompter ; ils mordent cruellement ? et ! quoiqu’ils ne soient pas du nombre des ani- : maux carnassiers et féroces, ils ne laissent : pas d’inspirer de la crainte , tant par leur j voix effroyable que par leur air d’impudence ; comme ils ne vivent que de fruits, de i légumes , ‘ de graines et de quelques inseci tes , leur chair n’est pas mauvaise à manger*
Des chasseurs apportèrent sur le soir de* singes qu’ils avoient tués dans les terres du cap Graciasà-Dio ; on fit rôtir une partie de ces singes et bouillir l’autre , ce qui nous sembla fort bon \ la chair en est comme celle du lièvre, mais elle n’a pas le même goût étant un peu douceâtre , c’est'pourquoi il y faut mettre beaucoup de sel en la faisant cuire; la graisse en ést jaune comme celle du chapon , et plus même , et a fort bon goût ; nous ne vécûmes que de ces animaux pendant tout le temps que nous fumes là , parce que nous ne trouvions pas autre chose ; si bien que tous les jours les chasseurs en apportoient autant que nous en pouvions manger. Je fus curieux d’aller à cette chasse , et surpris de l’instinct qu’ont ces bêtes de connoître plus pardeulièrement que les autres animaux ceux qui leur font 3a guerre 5 et de chercher les moyens , quand ils sont attaqués , de se secourir et de se défendre. Lorsque nous les approchions , ils se joignoient tous ensemble , se mettoient à crier et faire un bruit épouvantable , et à nous jeter des branches sèches qu’ils rompoient des arbres; il y en avait même qui faisaient leur saleté dans leurs pattes > qu’ils nous envoyoient à la tête ; nous avons remaqué aussi qu’ils ne s’abandonnent jamais ^ et qu ils
9autent d’arbres en arbres si subtilement que cela éblouit la vue } je vis encore qu’ils se jetoient à corps perdu de branches en branches sans jamais tomber à terre $ car avant qu’ils puissent être à bas , ils s’accrochent , ou avec leurs pattes ou avec la queue : ce qui fait que quand on les tire à coups de fusïl, à moins qu’on ne les tue tout à-fait , on ne les sauroit avoir car lorsqu’ils sont blessés , et même mortellement , ils demeurent toujours accrochés aux arbres où ils meurent souvent et ne tombent que par pièces. J’en ai vu de morts depuis plus de quatre jours 9 qui pendoient encore aux arbres , si bien que fort souvent on en tiroit quinze ou seize pour en avoir trois ou quatre tout-au-plus ; mais ce qui me parut plus singulier , c’est qu’au moment que Fun d’eux est blessé , on les voit s’assembler autour de lui , mettre leurs doigts dans la plaie , et faire de même que s’ils la vouloient sonder \ alors s’ils voient couler beaucoup de sang , ils la tiennent fermée pendant que d’autres apportent quelques feuilles , qu’ils mâchent et poussent adroitement dans 1 ouverture de la plaie ; je puis dire avoir vu cela plusieurs fçis , et l’avoir vu avec admiration. Les femelles n’ont jamais qu’un petit quelles portent de la même jnanière que les Négresses portent leur enfant;
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ce petit sur le dos de sa mère lui embrasse le cou par-dessus les épaules avec les deux pattes de devant \ et des deux de derrière, il la tient par le milieu du corps : quand elle veut lui donner à teter , elle le prend dans ses pattes , et lui présente la mamelle comme les femmes, • . . On n’a point d’autre moyen d’avoir le petit que de tuer la mère, car il ne l’abandonne jamais; étant morte ,il tombe avec elle , et alors on peut le prendre.
Lorsque, ces animaux sont embarrassés , ils s’entre - aident pour passer d’un arbre ou d’un ruisseau à un autre, ou dans quelqu’autre rencontre que ce puisse être. On a coutume de les entendre de plus d’une grande lieue, i : ;
Quelques voyageurs confirment la plupart de ces faits ; néanmoins ils assurent que ces animaux produisent ordinairement deux petits , et que la mère en porte un sous le bras et l’autre sur le dos. Eu général, les Sapajous, meme de la plus petite espèce , ne produisent |pas en igrand nombre , et il est très - vraisemblable que ceux- ci qui sont les plus grands de tous , ne produisent qu’un ouvdepx petits* ji, y 4 ,,
Caractères distinctifs de cette espèce .
L’Ouarine a les narines ouvertes à côté
et non pas au-dessous du nez , la cloison des narines très* épaisse ; il n’a point d’abajoues , point de callosités sur les fesses } ces parties sont couvertes de poil comme le reste du corps. Il a la queue prenante et longue , le poil noir et long , et dans la gorge un gros os concave $ il est de la grandeur d’un lévrier ; le poil long qu’il a sous le cou lui forme une espèce de barbe ronde j il marche ordinairement à quatre pieds.
J.’AIouate a les mêmes caractères que l’Oirajine , et ne paroît en différer , qu’en ce quM n’a point de barbe bien marquée , et qu’il a le poil d’un rouge brun , au lieu que TOuarine l’a noir. Pignore si les femelles dans ces espèces sont sujettes à l’écoulement périodique ; mais par analogie , je présume que non , ayant observé généralement qu’il n’y avoit que les Singes , Babouins et Guenons à fesses nues qui soient sujets à cet écoulement*
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