ORNE, APT
DES VOYAGES. 59 on découvrit à l’ouest une terre que Gama n'avait point observée. Une tempête violente obligea les Portugais d'y relâcher. On célébra la messe sur le rivage, au grand étonnement des naturels du pays, qui accoururent en foule à ce spectacle, portant sur le poing de petits perroquets. Cabral appela ce pays terre de Sainte-Croix, à l'honneur dela croix que l’on avait élevée sur le rivage ; mais ce nom fut changé depuis en celui de Brésil, à cause d’un bois ainsi nommé qui y croît en abondance. On se remit en mer le 2 mai, pour faire voile au cap de Bonne- Espérance. Le 12, on apercut à l’est une comète, qui parut grossir continuellement pendantdix jours, et qui fut visible jour et nuit. Si jamais l'imagination humaine put, avec quelque apparence de vérité, chercher des rapports entre les destinecs passagtres de l'homme et les mouvemens éternels des corps célestes, ce fut surtout dans cette occasion. On pouvait croire que l’horrible tempête qui s'éleva Lout à coup, et qui tourmenta les Portugais pendant vingt-deux jours, était occasionnée par la pression de la comète, qui er. refoulant l’atmosphère dans cette parue de notre globe, avait pu y exciter ces vents cflroyables, mêlées d’éclairs et de pluies, qui, se choquant avec impétuosité, soulevaient les vagues comme des montagnes, et menacaient d’accabler les vaisseaux portugais de tout le poids de l'Océan. Pendant plusieurs jours les ténébres, qui ajoutent au danger et surtout à la crainte, farent si épaisses, que les vaisseaux ne pouvaient
se distinguer les uns les autres; et, lorsqu'on eut un peu de relâche et qu’on revit un peu de lumière, la mer, toujours agitée et furieuse, paraissait noire comme «le la poix pendant le jour, et enflammée pendant la nuit. Cependant ce terrible orage, malgré sa durée et son horreur, ne fit périr aucun des navires de la flotte, tant l'audace et l’industrie humaines ont de ressources pour combattre la nature et les élémens ; mais malheureusement on n'avait point encore trouvé de moyens de défense contre un épouvantable phénomène, inconnu à des peuples qui affrontaient, pour la première fois, les mers de l'Afrique et de l'Inde. C'était une de ces colonnes d'eau que l’on appelle trombes (1), qui s'élèvent de la surface des flots jusqu'aux nues, en pyramide renversée, phénomène assez commun dans ces mers. Les Portugais, dans leur ignorance, le prirent pour un signe de beau temps. Ils ne savaient pas que cette colonne est toujours accompagnée d'un tourbillon ou courant d'air, auquel rien ne résiste : ils en firent la triste expérience. La colonne vint fondre sur la flotte, Quatre vaisseaux furent submergés sur-le-champ, avec l'équipage et les capitaines, entre lesquels on comptait ce Barthélemi Diaz, qui avait découvert le cap de Bonne-Espérance. Tous les autres navires furent remplis d'eau, et eurent leurs voiles déchirées.
(1) On a appris depuis à en prévenir l'effet, en abaissant tontes les voiles,
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Enfin la tranquillité commençant à revenir sur les flots, l'amiral reconnut que pendant l'orage il avait passé le cap de Bonne - Espérance; mais que quatre vaisseaux s'étaient séparés de sa flotte. Il prit deux bâtimens maures qui revenaient de Sofala, chargés d'or pour Mélinde. Ils en avaient jeté, en fuyant, une partie dans la mer. Comme leur commandant était parent du roi de Mélinde, l'amiral ne toucha point à leur charge. 11 témoigna même du regret de la perte volontaire qu'ils avaient faite ; mais il fut bien étonné lorsqu'ils lui dirent, qu'étant sans doute plus grand magicien qu'eux, il devait savoir faire des conjurations qui feraient revenir leur or du fond de la mer.
Le 20 juillet, Cabral mouilla au port de Mozambique, où il prit un pilote pour le conduire à Quiloa , île à cent lieues de Mozambique, vers le 9° degré de latitude méridionale. Il y trouva deux des vaisseaux que la tempête avait écartés de sa flotte, Toute la région qui s'étend du cap Corientés jusqu'auprés de Monbassa, est peuplée et fertile, et l'eau y est excellente; Quiloa est célébre par son commerce d'or avec Sofala : ce qui attire dans cette ville quantité de marchands de l’Arabie Heureuse et d’autres pays. Les vaisseaux y étaient construits sans clous, comme dans les autres parties de l’Afrique, et enduits d’encens au lieu de goudron. L'amiral voulut faire, avec le roi de Quiloa, un traité de commerce qui n’eut pas lieu, parce que la dif- {rence desreligions inspira de la défiance au prince