XV) PRÉFACE
On s’est efforcé d’ailleurs de mettre dans cette méthode toute la variété dont elle était susceptible, en plaçant, toutes les fois qu’on l’a pu sans blesser l’ordre,un voyage d'aventures après des descriptions de mœurs et de lieux. Cette partie romanesque des voyages, quelquefois supérieure à tous les romans pour l'intérêt et le merveilleux, est faite pour reposer l’attention du lecteur en flattant son imagination.
Quand un voyageur, qui s'est vu dans des situations extraordinaires, raconte lui-même, on s’est bien gardé de prendre sa place : on l'a laissé parler sans rien changer, rien ajouter à son récit. On ne remplace pas ce ton de vérité, cette expression naïve que donne le souvenir d'un grand péril à l'homme qui s'y est trouvé, à celui dont l’âme, après avoir été fortement ébranlée , retentit, pour ainsi dire, encore longtemps de l'impression qu'elle a reçue.
On n'a fait non plus que très-peu de changemens dans les descriptions de lieux etde mœurs, dans les détails physiques; d'abord pour n'en pas altérer la vérité, ensuite parce que la diction de l'abbé Prévost, toutes les fois que le sujet ne demande pas d'élévation, a de la pureté et de la clarté. Mais on y a Joint autant qu'on l'a pu cette philosophie qui lui manque absolument, et qui doit ètre l'âme d’un ouvrage de cette espèce; car que sert-il de promener le lecteur d'un bout du globe à l’autre, si
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PRÉFACE. xvi] ce nest pour le faire penser et pour penser avec lui?
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ad point par philosophie ces spéculations audacieuses et destructives qui attaquent tout pouvoir et tout principe , et qui ne sont que l'abus de la philosophie, comme le fanatisme É 19] est l'abus de la religion; mais cette morale pure et universelle, qui n'est dictée et sentie que par le cœur, qui ne cherche dans toutes les connaissances que l'homme peut acee que de nouveaux rapports faits pour attac è 1 lui her à ses scmlaBles, et qui lui apprend sans cesse ce qu'il est pour les autres, et ce que les autres sont pour lui.
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A l'égard des observations physiques sur les climats et les productions, on les à restreintes n + A 4 £ | à ce qu'il y a de plus avéré et de plus remarquable. On a voulu que chaque lecteur trouvât dans ce livre ce que lui-même observerait avec plaisir en voyageant.
Dans la partie purement historique, dans le récit de ces 16 $ l premières découvertes qui ont été de g diti grandes expéditions , telles aue celles des
PA Dove Portugais dans l’Asie, celles des Cortès et des Pisarre en Amérique, il a fallu souvent prendre la plume, avec le regret de ne pouvoir la donner à un Tite-Live ou à un Tacite. Il n’y a point de palette trop riche, point de touches trop brillantes pour de pareils tableaux, et l’on avoue même que ce n'est point assez de les
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xvii) PRÉFACE.
retoucher, et qu’il faudrait les refaire en entier. Ces époques fameuses dans l’histoire du monde dont elles ont changé la face, ces merveilles de l'homme qui ont été ses crimes, ces titres de sa grandeur et de sa honte, auront toujours un grand pouvoir sur l’imagination, et.seront l'entretien de la dernière postérité. Sans se flatter d’être au niveau d’un tel sujet, il a fallu du moins suppléer, dans cette partie, le premier rédacteur qui en était resté trop loin.
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