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CHAPITRE IV

Histoire des écoles empiriques.

§lcr.Des hippocratistes modernes cl des circonstances qui ont favorisé le retour des écoles empiriques.

Pendant le trop long période du moyen âge, les partisans des écoles empiriques exerçaient la plus utile des professions conformément aux préceptes tirés des traductions imparfaites des ouvrages de l'immortel vieillard de Cos. Vous vous rappelez aussi que les idées de Paracelse, les principes de l'alchimie et des écoles iatroma thématiques s'étaient propagés dans le nord de l'Europe surtout. La médecine em~

pirique était suivie par un très petit nombre de praticiens de différentes sectes parmi lesquels on comptait des éclectiques ou conciliateurs. L'un d'eux, Sanctorius , défend les principes d'Hippocrate et de Galien ainsi que la "théorie de l'altération des humeurs. Il introduit le premier l'usage du thermomètre, nouvellement découvert, pour déterminer les variations de température du corps humain. A. Ponce, Slupani , G. Hoffmann , K. Marinelli , Schelhammer , Zacutus Lusitanus et plusieurs autres médecins du dix-septième siècle soutiennent par leurs écrits les principes d'Hippocrate, de Galien et des péripatéticiens.

Le dix-huitième siècle vit naître des partisans plus nombreux et mieux éclairés de la théorie empirique. Parmi eux on remarque J. Freind , J-B. Verna; Ornobon Pison, J. Vynther, H. Cope; J. de Gorter, l'un des meilleurs commentateurs d'Hippocrate; Richter, Triller , Hébenstreit; J. Barker, auteur d'un parallèle de la médecine des anciens et des systèmes pratiques modernes; Gruner et beaucoup d'autres auteurs qui s'efforcèrent de propager les principes hippocratiques et l'empirisme.

Cette doctrine compte beaucoup de sectateurs français, nommément Lepecq de La Clôture, Ch. Le Roi et Aubry. Cependant les nouvelles découvertes, le progrès des sciences, l'institution des sociétés savantes, les nouveaux systèmes philosophiques, en ramenant à l'école empirique, rappellent les esprits dans les voies plus sûres et plus larges de l'observa-

tion et d'une meilleure méthode de raisonner. I/illustre Bacon fit naître cette heureuse révolution.

Ce grand philosophe signale le peu de fidélité et d'attention pour les méthodes d'Hippocrate et de Baillou comme très nuisible à l'avancement de la médecine, ainsi que la trop grande vénération pour les écrits des anciens. En louant les efforts des anatomistes modernes , il regrette que ceux-ci négligent l'étude de l'anatomie comparée et de l'anatomie pathologique et cherchent en vain la cause des maladies dans l'altération des humeurs plutôt que dans la structure des organes. Il se plaint de ce qu'on déclare trop légèrement plusieurs maladies incurables et de ce que l'on est si peu avancé dans l'art de remplir les indications avec des remèdes particuliers. Et relativement à la méthode d'induction, il insiste beaucoup sur l'attention que l'on doit à tous les objets de l'observation en notant les changemens gradués que chacun subit.

Les idées lumineuses de Bacon inspirent du dégoût pour les hypothèses et les systèmes, en Angleterre surtout. Le médecin Locke, D. Hume rejettent les idées innées. Des philosophes français et allemands, en adoptant ces principes, contribuent à la propagation de la méthode empirique favorisée en outre par la découverte de plusieurs médicamens nouveaux, le quinquina entre autres, dont les effets ne s'expliquent pas par les doctrines d'alors.

Introduit en Espagne vers l'an i632, le quinquina ne tarde point à exciter vivement l'attention des

praticiens de la péninsule et de l'Europe entière, P. Barba publie, en 1642, un écrit en faveur du quinquina et pour la défense des médecins espagnols qui l'emploient. A ce premier ouvrage, il en succède beaucoup d'autres pour et contre le précieux fébrifuge que l'on n'apprécie pas à sa juste valeur et auquel on attribue tous les maux, toutes les merveilles imaginables. Les jésuites s'en emparent, l'administrent aux malades et exaspèrent encore les passions. La fraude et la cupidité, par des sophistications grossières, en introduisant dans le commerce toutes sortes d'écorces pour celle de quinquina, accréditent les plaintes de ses détracteurs. Sydenham et d'autres x\nglais étudient le nouveau remède, recherchent à quelle époque il convient le mieux de l'employer contre les fièvres intermittentes.

Le quinquina excite aussi des disputes fort animées en Italie, principalement àMilan,àRome et àGënes. On ne savait point à quelles doses ni à quelle époque des fièvres intermittentes on devait l'administrer, lorsqu'en 1668 et 1671, R.Tabor, Talbor ou Talbot fait connaître comment et avec quelles précautions on doit l'employer. Les cures heureuses qu'il opère avec son remède secret dont le" quinquina fait la base, ayant excité la jalousie des praticiens de Londres où il exerçait alors, Talbor se rend à Paris, en 1679. Il y obtient de brillans succès, notamment la guérison du dauphin , et il reçoit du roi deux mille louis d'or et une pension viagère de deux mille francs pour l'achat de son secret.

Talbor employa le quinquina sous des formes plus variées qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui, et il fut mieux éclairé par l'expérience. Il est le premier qui ait combiné l'opium avec le quinquina et prescrit celui-ci à des doses pins élevées. 11 perfectionna le traitement des fièvres intermittentes. S'il n'avait pas fait un secret de son principal remède et imité des charlatans , ce serait un des praticiens auxquels l'art de guérir devrait beaucoup.

Les théories d'alors et le galénisme étant insuffi sans pour expliquer l'action du quinquina , on revient à la méthode d'observation. R. Restaurand, professeur à Montpellier, publie un mémoire où l'on trouve que le quinquina ne doit pas provoquer d'évacuations alvines. J-C. Peyer le donne en pilules et fait remarquer très judicieusement qu'il faut en continuer l'usage après la cessation de la fièvre afin d'en prévenir la récidive. Monginot de Paris recommande de n'ajouter à ce médicament aucune substance capable d'en diminuer la force et l'activité. J-A. Helvetius le donne le premier en lavement. B. Ramazzini fait remarquer combien le quinquina devint nuisible par l'abus qu'on en fit dans un typhus vermineux épidémique et dans une épidémie pétéchiale. B. Zendrini publie un ouvrage estimé sur le quinquina , dans lequel il combat énergiquement les préjugés contraires à ce remède. F. Torti, professeur à Modène, publie un ouvrage classique sur les fièvres intermittentes pernicieuses , qui jusqu'alors n'avaient point assez attiré l'at-

tention des praticiens et contre lesquelles on ne s'était point hasardé à employer le quinquina.Les excellons préceptes consignés dans ce traité décèlent l'esprit observateur et judicieux de l'auteur.

Le quinquina est aussi employé pour des maladies autres que les fièvres intermittentes. Sydenham le prescrit le premier contre la goutte; R. Morton, Pringle , J-C. Brunner et d'autres praticiens le conseillent contre la dysenterie, l'hémoptysie, la gangrène, l'asthme périodique, la coqueluche, le tétanos, la mélancolie et une infinité de maladies diverses; car c'est toujours le propre de l'esprit humain de rester en deçà ou d'aller au-delà de la vérité quand il s'agit d'apprécier une découverte utile. P-G. Werlhof, digne appréciateur de Torti et non moins habile praticien , démontre l'injuste prévention des Sthaliens pour le quinquina et pourquoi les récidives des fièvres intermittentes sont si communes. Des faits innombrables font mieux apprécier ce remède et l'on parvient à connaître plusieurs de ses principes constitutifs ainsi que différentes espèces de quinquina. On l'applique sur la peau, on le donne en bains et même on l'injecte dans les veines. Cependant R. de Hautesierk, dans son recueil d'observations de médecine des hôpitaux militaires, assure que dans une fièvre tierce épidémique on n'avait pas osé recourir au quinquina et que la tisane de chicorée avec le sel de Glauber avait été jugée suffisante.

! Après le quinquina, nueun autro remèés nVyi'a

( 354 ) aussi vivement l'attention que l'opium. L'école chimiatrique contribua singulièrement à sa propagation et il fut accueilli même des antagonistes de cette école. Th. Sydenham , qui l'employa surtout contre des dysenteries épidémiques, en fait un éloge outré et emphatique. J. Huxham le conseille dans les inflammations asthéniques et contre d'autres phlegmasies après avoir débuté dans le traitement par des saignées copieuses. P. Pott et d'autres praticiens anglais l'indiquent contre diverses espèces de gangrène dite par atonie , particulièrement contre la ^angrène sénile. Les Américains en font un heureux emploi contre les affections vénériennes.

On ne tarde point à reconnaître les effets stupéflans de l'opium, son action sur le système nerveux, et Haller paraît être convaincu de sa propriété excitante qui est démontrée ensuite par Brown et J. Leigh, malgré les assertions contraires d'un grand nombre de praticiens.

§ IL Objets des recherches empiriques.

La méthode expérimentale, perfectionnée par les excellens préceptes de Bacon, faisait secouer le joug des préjugés, et portait les esprits à la simple observation des faits. J-G. Zimmermann et J. Sennebier publient deux ouvrages extrêmement remarquables sur l'importance de la véritable expérience, sur l'art de bien observer et de raisonner par analogie et par

induction. J-J. Wepfer, digue modèle des bons observateurs, et plusieurs médecins d'Aliema°ne font sur la ciguë aquatique et autres plantes veineuses des recherches fort intéressantes. Mais la chimiatrie du dix-septième siècle fit trop souvent abandonner la route tracée par les vrais philosophes dans les recherches sur les médicamens.

Par l'analyse et toutes sortes de combinaisons chimiques plus ou moins imparfaites, on tâchait de découvrir les vertus et l'action des médicamens. Ou avait une prédilection outrée pour les remèdes exotiques et nouveaux. De ce nombre est i'ipécacuanha dont Pison parle le premier, en 1648 , et que J-A. Helvetius mit en très grande vogue, à Paris, par l'usage qu'il en faisait contre la dysenterie. De là ce remède fut répandu dans toute l'Europe. J-D. Gohl parait être le premier qui l'ait employé à petites doses, comme nauséabond et à titre de vomitif: Trew, Stoïl et bien d'autres praticiens le recommandent pareillement.

Dover combine le premier I'ipécacuanha avec l'opium et il en obtient de fort bons effets. Les médecins allemands font alors un très grand éloge de l'arnica dans les cas d'accidens survenus à la suite des chutes, contre les fièvres intermittentes opiniâtres, la pleurésie rhumatismale, contre la suppression des règles ou des lochies, les fièvres putrides, la diarrhée, etc. La valériane fut aussi très souvent employée, et Tissot lui prodigue des éloges contre l'épilepsie. J. Juncker la mit fort en vogue contre

le typhus. La ciguë fut aussi plus généralement employée et chacun sait les éloges outrés que lui prodigue À. de Stoerk, médecin de l'empereur d'Autriche. C'était, selon beaucoup de praticiens, le moyen par excellence pour guérir lesengorgemens abdominaux, les scrophules, le squirrhe et le cancer. Il paraît certain que les effets de cette plante varient selon le sol qui la produit et la manière dont on prépare son extrait.La belladone est employée plus fréquemment, mieux étudiée, quoiqu'on exagère son efficacité.

La pomme épineuse contre la mélancolie , la frénésie, l'épilepsie; l'aconit contre les rhumatismes, la goutte , et même la colchique sont fréquemment employés par A. Stoerk et autres praticiens qui en font l'éloge. L'eau distillée de laurier est aussi admi nistrée dans les maladies inflammatoires et les obstructions de l'abdomen. Les propriétés étonnantes de la digitale sont mieux connues ; et, depuis 1 775, les Anglais en font très grand cas dans le traitement des hydropisies. Cullen paraît être le premier qui ait signalé son influence sur la circulation. La gomme kino et d'autres remèdes sont encore soumis à de nombreuses expérimentations dans le cours du dixseptième siècle.

Dans le siècle suivant, on cherche à remplacer le quinquina par des substances indigènes ou exotiques dont plusieurs sont justement oubliées. L'écorce de saule , celle du marronnier d'Inde , le bois de quassia, la racine de Colombo , l'écorce dewinter, les

glands de chêne sont vantés comme des succédanés du quinquina. On avait recommandé précédemment diverses préparations du lichen d'Islande contre l'hémoptysie, la phthisie, la coqueluche , etc. Plusieurs plantes dites vermifuges, mais surtout la Spigelia anthelrnia , la mousse de Corse, furent classées dans îa matière médicale ainsi que le goudron et la térébenthine.

Les remèdes minéraux sont mieux connus. On rejette avec raison le corail, le diamant, les perles, du nombre des médicamens. On leur substitue la magnésie, l'eau de chaux, la lessive des savonniers, plusieurs espèces de savons et de dissolvans considérés comme lithontriptiques. Les effets stimulans de l'ammoniaque sont appréciés et on se rappelle les éloges qui furent donnés à l'eau de Luce contre les piqûres de îa vipère.

Le gaz acide carbonique, que Vanhelmont décrit le premier sous le nom de gaz sylvestre, est aussi considéré comme un remède précieux , préservatif du scorbut et curatif de plusieurs ulcères de mauvaise nature. C'est à l'acide développé par la fermentation des choux que l'on attribue à la Sauerkraut d'avoir préservé du scorbut tout l'équipage du capitaine Cook pendant un voyage de plus de trois ans autour du monde; et l'on sait que la potion de Rivière donnée par Hulme et Léake dans les cas de fièvre puerpérale avec diarrhée putride, fait souvent cesser de certains vomissemens. Le gaz acide carbonique, respiré par des phthisiques, n'eut

pas des résultats favorables, non plus que l'air des étables que l'on fit respirer à plusieurs d'entre eux.

Le phosphore , dont les médecins français se servirent les premiers, est aussi rangé dans la matière médicale comme stimulant et sudorifique efficace dans les fièvres dites asthéniques et contre le tétanos. Des préparations arsenicales , l'arsenic même employés depuis long- temps pour la guérison des ulcères, sont conseillés témérairement comme fébrifuges. L'oxide de bismuth est soumis à des recherches nouvelles ; i'émétique , le soufre doré d'antimoine, le kermès minéral sont très fréquemment prescrits. L'oxide de zinc, 1 etain, l'acétate de plomb , le muriate d'ammoniaque et de cuivre , des préparations nouvelles de mercure sont usités journellement. C'est du dix-huitième siècle que datent les pilules de Belloste, les dragées de J. Keyser, le mercure gommenx de Plenk.

L'aimant , si proné par Paracelse , est considéré comme très salutaire contre des céphalalgies et des odontalgies. A.Mesmer et ses partisanslui accordent mille propriétés merveilleuses ainsi qu'au magnétisme animal. L'électricité, découverte depuis peu et étudiée par rapport à la physique et à la physiologie, ne pouvait manquer d'être considérée comme un moyen merveilleux dont les effets seraient très puissans contre beaucoup de maladies, notamment contre les paralysies, les névralgies, le rhumatisme chronique, la goutte , l'aménorrhée, etc. Parmi les idées chimériques qui avaient cours à cette époque , vous remar-

querez celle de Privati , docteur en droit de Venise , qui prétendait guérir les maladies avec des tubes de verre électrisés renfermant des médicamens que l'on était dispensé de prendre, leurs émanations devant suffire pour guérir, B. Franklin et Haller démontrent l'inexactitude et l'exagération avec lesquelles on a parlé de l'électricité comme moyen curatif. De toutes ces disputes, il résulte que l'électricité est un moyen thérapeutique d'une valeur très restreinte.

La méthode expérimentale qui dirige les esprits dans la recherche sur les propriétés des médicamens, ramène aux principes d'Hippocrate et fait sentir le besoin de s'éclairer de l'anatomie pathologique. Mais la découverte récente du baromètre et du thermomètre, une trop grande influence accordée aux constitutions atmosphérique et médicale régnantes ainsi qu'une déférence outrée pour les opinions consignées dans les écrits de l'antiquité et une classification basée sur les symptômes dominans retiennent les médecins du dix-huitième siècle à l'entrée de la carrière qui leur avait été ouverte par Bacon, Zimmermann et Sennebier.

L'histoire des épidémies de 1^70 et 1^78, tracée par Baillou , prouve que l'auteur use trop fréquemment de la phlébotomie et se dirige d'après les principes de l'humorisme , théorie qui dépare également les observations de Ch. Lepois. Toutefois ces deux praticiens constatent des faits anatomiques importans et semblent entrevoir déjà le caractère inflammatoire de plusieurs maladies du bas-ventre. Au com-

mencementtlu dix-septième siècle , l'apparition d'une angine gangreneuse épidémique devient un sujet de discussion parmi les médecins. F. Nola la décrit avec exactitude , et des médecins espagnols la désignent sous le nom de garrotillo. Dans le siècle suivant, la même maladie ravage la France , l'Italie et l'Angleterre. J. Fothergill la décrit exactement et recommande la méthode stimulante et fortifiante comme la seule convenable. D'autres praticiens anglais recommandent pareillement le quinquina, l'acide sulfurique, la teinture de myrrhe. Garnier et Chomel lui opposent malheureusement la saignée et le vomitif , tandis que Boucher et Raulin prétendent la guérir avec l'acétate de plomb seulement.

Le pourpre est considéré par des médecins comme une maladie nouvelle , tandis que d'autres prétendent que ce n'est qu'un symptôme qui n'a même point échappé à l'esprit observateur des anciens. On discute sur le mélange des humeurs qui le produisent. Mais Agostini, meilleur observateur que la plupart de ses contemporains , soutient que le pourpre peut se joindre à des fièvres sthéniques , et il indique la saignée comme moyen curatif , ayant remarqué que le saignement de nez et d'autres hémorrhagies sont salutaires. A. de Haën prouve que le pourpre, au lieu d'être essentiel, n'est qu'une suite accidentelle du mauvais régime et de l'abus des sudorifiques. Quarin , Stoerk et Collin sont d'un avis contraire ; J. Pringle considère cette affection cutanée connue critique.

À cette époque, on établit une distinction entre la scarlatine et la rougeole. J. Storch, de Haè'n et Navier publient des ouvrages classiques sur la scarlatine. On signale ensuite, sous le nom d'angine polypeuse et de croup, une maladie épidémique dont Ch. Bennet paraît avoir publié la première observation dans son traité d'anatomie. Vers le milieu du dix-huitième siècle, l'apparition de cette cruelle maladie excite généralement l'attention des médecins. F. Hume fait paraître le premier traité complet sur cette affection qu'il considère comme inflammatoire, soutenant que la fausse membrane qu'elle engendre est le produit de l'épaississement des mucosités sécrétées dans le conduit aérien. Ch-F. Michaelis soutient et développe cette opinion en même temps qu'il perfectionne le diagnostic du croup. J. Miilar établit le premier les caractères qui le distinguent de l'asthme convulsif des enfans.

La convulsion céréale, génëfalemeut attribuée au seigle ergoté, à la rouille des blés, dont les convulsions et la gangrène des extrémités sont les signes les plus caractéristiques , et qui avait été signalée dans quelques ouvrages anciens, ravage la Sologne et pénètre dans beaucoup de contrées d'Europe. Elle fixe l'attention des médecins dont quelques-uns, bons observateurs, nommément Serine et Burghart, en donnent une description parfaite, tandis que d'autres signalent la différence qui existe entre l'ergot des Français et la convulsion céréale ou raphanie des Allemands, Un. très grand nombre d'observations,

monographies et autres écrits furent publiés sur cette maladie, dans le nord de l'Europe surtout, sans avoir appris à en bien connaître la nature.

Les écrivains des dix-septième et dix-huitième siècles s'appliquent à décrire des épidémies qu'ils caractérisent par des symptômes prédominans et publient de nombreuses histoires d'épidémies dites catarrhales, bilieuses, muqueuses, nerveuses, rhumatismales, inflammatoires, putrides et vermineuses, Th. Sydenham, qui a la gloire d'avoir résisté à l'entraînement des écoles chimiatriques et iatromathémaliques, est un de ceux qui s'adonnèrent le plus aux illusions de l'empirisme moderne. Il définit la maladie un effort de la nature pour expulser le principe morbifique de la masse des humeurs , et il regarde la grande différence des épidémies comme devant être le principal objet des recherches du médecin, car c'est sur cette différence que le traitement doit être basé. Il veut qu'on ti*aèe un tableau fidèle de chaque espèce d'épidémie, et il dit avoir remarqué cinq constitutions différentes dans celles qu'il a observées. Leur histoire particulière doit d'autant moins trouver place ici que l'expérience a fait justice des raisonnemens hypothétiques de l'auteur. Il considérait ces maladies comme sthéniques et il les combattait par des moyens débilitans.

R. Sprengel juge Sydenham avec une partialité manifeste. Il lui reproche d'agir d'après des principes vains et incertains. Il suffit de dire que ce praticien célèbre se prononce hautement contre les

remèdes échauffans et le traitement symptomatique île certaines épidémies et qu'il leur substitue les antiphlogistiques, pour prouver que de tels principes ne sont pas moins rationnels que conformes à l'exacte observation des faits. En considérant les fièvres intermittentes sous un point de vue semblable à celui des fièvres continues, il émit une idée lumineuse.

Sydenham, né en 1624, à Windford-Eagle dans le Dorsetshire, mourut à Londres, le 29 décembre 1689, d'un choléra-morbus que Baumes croit avoir été goutteux. C'est un des plus grands médecins du dix-septième siècle, et ses ouvrages sont justement estimés. Voici le portrait qu'en fait le docteur Mahon : « Dépouillé, dit-il, de l'érudition fastueuse de son siècle, aussi loin de la curiosité avide des chimistes que de la présomption des galénistes, méprisant le babil des philosophes et leur critique, Th. Sydenham pratiqua et écrivit sur la médecine avec une simplicité si judicieuse et un génie si naturellement observateur, qu'il a mérité à juste titre, de toutes les nations, le surnom de second Hippocrate. »

R. Morton, croyant à l'existence d'un virus indéfinissable, ainsi que Fernel, et à celle des esprits vitaux, reproche à Sydenham d'employer la méthode antiphlogistique. Il se vante d'être dans la voie de l'observation et de la nature en adoptant des principes contraires. Ainsi, dans sa description des mêmes constitutions épidémiques tracées par Sydenham , Morton approuve ceux qui emploient le quinquina et les excitans. Il décrit fort exactement la variole

( 364) et plusieurs autres phlegmasies cutanées. L'exemple des deux célèbres Anglais est suivi en Allemagne par plusieurs praticiens.

B. Ramazzini, Baglivi, Lancisi comptent aussi parmi les observateurs de constitutions épidémiques en Italie. Astruc, A. Deidier et surtout F. Chicoyneau font connaître la peste qui ravage Marseille et ses environs en 17^1. En 1 771, celle de Moscou est observée et décrite par de judicieux praticiens, nommément par Gh. de Mertens. Ces grandes calamités donnent lieu à des discussions fort importantes sur la contagion , et l'on établit des quarantaines. Les magistrats apprécient les sages conseils des médecins : les soins mieux éclairés d'une police plus active ont l'immense avantage de faire diminuer les maladies pestilentielles.

On était d'autant plus porté à étudier les maladies épidémiques et leurs complications qu'on avait beaucoup d'indifférence pour les théories d'alors. J. Huxham décrit parfaitement le typhus lent ; Tissot, l'épidémie deLausane qu'il croit bilieuse. Ph-G. Schrocder rend si familière en Allemagne l'opinion de la complication bilieuse, que l'on attaque presque toutes les fièvres avec les délayans et les purgatifs. M. Stoll, l'un des meilleurs observateurs de son siècle, accrédite singulièrement le préjugé des complications bilieuses.* Les épidémies et les complications vermineusesmal appréciées sont également soumises a l'investigation des observateurs. Mais de Haén et Musgravc doutent de la valeur des signes auxquels

on attribue la présence des vers dans le tube digestif, et démontrent que, lorsqu'il y en a, ce n'est qu'une complication comme l'état saburral des voies gastriques. Rœderer et Wagler font des portraits frappans de vérité sur la fièvre qu'ils appellent muqueuse. La fièvre dite catarrhale , souvent décrite sous le nom d influence , est aussi étudiée par beaucoup d'observateurs qui la considèrent comme contagieuse dans beaucoup de contrées d'Europe.

Le rachitisme est plus soigneusement observé et mieux connu ; car jusque là on ne possédait que des faits isolés et incomplets sur cette affection si commune cependant. Il en est de même pour le crétinisme et le goitre. Les différentes espèces de lèpre sont aussi mieux appréciées dans l'Inde et dans quelques contrées d'Europe où on la rencontre encore. Plusieurs maladies, la goutte, les hémorroïdes, Fhypochondrie , attribuées mal à propos à une prétendue faiblesse du bas-ventre , deviennent l'objet d'investigations nouvelles; et, d'aprèsles idées de Kaempt, les lavemens sont mis en si grande vogue pour désobstruer l'abdomen et la veine-porte en particulier, que ce médecin et ses partisans en font donner , dans certains cas de maladies chroniques , jusqu'à sept ou huit cents dans la plupart desquels on fait entrer diverses substances médicamenteuses plutôt que de les administrer par l'estomac. Enfin l'angine de poitrine , le tic douloureux sont aussi soumis aux in vestigations des observateurs et des anatomo-pa thologistes du dix- huitième siècle.

Le traité d'Hippocrate sur l'air, les eaux et les lieux, et surtout de nombreux voyages entrepris par les savans des dix-septième et dix-huitième siècles reportent l'attention sur les maladies endémiques et sur l'observation de celles qui dépendent de l'influence des climats. Deux médecins de Leyde publient les premiers faits sur les maladies qu'ils observèrent sous les tropiques , dans l'Inde et surtout au Brésil , que G. Pison assure être la contrée la plus salubre du monde entier et dans laquelle il ne règne aucune épidémie. Les médecins d'alors s'occupent beaucoup des maladies de toujes les parties du monde et de celles qui se développent en mer. La fièvre jaune, considérée comme la plus meurtrière des maladies des colonies américaines , passe pour être endémique sous les tropiques , et elle fixe particulièrement l'attention des médecins du dix-huitième siècle.

Mieux appréciée, l'anatomie pathologique devient aussi l'objet des recherches multipliées d'un grand nombre de médecins très zélés pour l'avancement de cette science naissante. Toutefois on commence par rechercher des faits merveilleux, insolites, et c'est après avoir reconnu les inconvéniens de cette fausse route , que des hommes supérieurs , Bonet , Valsalva, Morgagni, Lieutaud, Baillie, etc., lui font faire de grands progrès en la rapprochant de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique.

Malgré cela , on croyait encore que la sémiptiqu pouvait seule conduire à la connaissance du siég<

dès maladies et faire apprécier ie rapport et l'état des forces. On s'attachait surtout à bien étudier les différentes modifications du pouls dans les maladies et même suivant lage , le sexe , le genre de vie et chaque époque du jour. L'Espagnol F. Solano, si célèbre dans l'art sphygmique, signale le premier, en 1707, le pouls dicrote comme présage d'une hémorrhagie nasale, et sa découverte lui fait chercher encore des modifications du pouls sucseptibles de faire prédire d'autres évacuations, telles que la diarrhée, des urines ou des sueurs abondantes. P. Sénae et un médecin anglais accueillent et défendent la doctrine de Solano que Bordeu examine avec beaucoup de soin, constatant que l'excitement de certains organes entraîne des changemens dans le pouls, et ne partageant pas d'ailleurs toutes les opinions du médecin espagnol. Bordeu entre dans des détails minutieux sur la manière de tâter le pouls. Il distingue dans chaque maladie les périodes d'excitement, de coction , de crise , et il signale le pouls particulier à chacune d'elles. Ses divisions du pouls en supérieur et inférieur sont connues de chaque médecin. Michel Cox, Roche, Hernandez, Ménuret, apologistes de l'art sphygmique , sont moins célèbres que H. Fouquet. Celui-ci fait connaître exactement les différences du pouls qu'il représente même par des figures. Il distingue trois variétés de pouls critique, et il établit de nouvelles divisions des pouls supérieur et inférieur. Marquet , à l'instar d'Hérophile, compare le pouls avec la musique. Sa théorie

cadencée ne mérite pas d'être tirée de l'oubli , non plus que les noms obscurs de plusieurs autres écrivains sphygmiqnes.

Zimmermann et de Haèn s'élèvent avec raison contre les subtiles et merveilleuses assertions des partisans outrés de Solano et Bordeu. Alors aussi L. Auenbrugger reconnaît et enseigne que la percussion du thorax est un moyen précieux de diagnostic des maladies de poitrine.

L'antique usage de décrire les maladies d'après la position des parties, en commençant par la tète et finissant par les pieds, ainsi que le système nosologique de F. Plater , étaient reconnus comme très vicieux ; les descriptions nouvelles et plus détaillées des maladies en faisaient encore plus sentir 1 imperfection, lorsque F. Boissier de Sauvages, voulant imiter la classification de Linnée, divise les maladies en locales ou générales , partageant celles-ci en fièvres, inflammations , spasmes , anhélations , faiblesses , douleurs , aliénations mentales , écoulemens et cachexies , division dont les vices sont aujourd'hui bien frappans; et pourtant cette nosologie acquit une célébrité extraordinaire. Nous ne rappellerons pas l'essai d'une nosologie systématique de Vogol > ni le système de Macbride qui s'en rapproche beaucoup , ni celui de Sagar calqué sur celui de Sauvages, Enfin la nosologie de Cullen est trop généralement connue pour en faire mention.

§ III. Histoire de l'inoculation de la petite-vérole.

L'inoculation mérite une place distinguée dans l'histoire des recherches empiriques modernes, parce qu'on y voit combien la force des préjugés et la passion pour des vérités nouvellement aperçues nuisent à leur appréciation.

Il parait que la coutume de faire contracter la variole aux enfans dès qu'elle se manifeste épidémiquement, existe de temps immémorial dans quelques parties de l'univers. On avait remarqué qu'elle était moins dangereuse que celle qui les attaquait à l'improviste. Le missionnaire d'Entrecolles fait connaître le premier le mode d'inoculation adopté par les Chinois depuis plusieurs siècles, et les médecins anglais, d'après leurs expériences de 1721, le trouvent cependant moins favorable que la manière d'inoculer des Grecs. Dans l'Inde et parmi les Arabes, mais surtout en Géorgie et en Circassie , où l'on estime tant la beauté des femmes, l'inoculation est aussi ancienne que généralement répandue. Il en est de même dans plusieurs contrées d'Europe; mais de l'avis des naturalistes et médecins, cet usage se propage surtout dans cette dernière partie du monde au commencement du dix-huitième siècle.

Une femme célèbre , Lady Montague , épouse de l'ambassadeur anglais en Turquie, fait inoculer son

fils à Constantinople , par une Thessalienne routinière. Bien que très douloureusement inoculée, la petite-vérole ne s'en termine pas moins si heureusement que, de retour à Londres, Lady Montagne y fait inoculer sa fille avec un égal succès, en avril 1721 , et use de tout son crédit pour propager l'inoculation. La nouveauté du fait et son importance éveillent l'attention, provoquent, sur la demande de la reine Caroline, les expériences sur des prisonniers de Newgate, faites par autorisation du roi. Ses filles sont inoculées dès que l'avantage en est constaté, Presque tous les inoculés guérissent parfaitement ; le nombre des succès est prodigieux. Ensuite quelques revers renforcent l'opposition qui grossissait contre l'inoculation et particulièrement contre Maitland, chirurgien de l'ambassadeur, l'un des premiers et principaux propagateurs de l'inoculation , et qui , dans son enthousiasme aveugle, soutient à tort que la variole inoculée n'est pas contagieuse. Des insuccès recueillis çà et là, et surtout ceux de Boston , sont rapportés comme pièces à l'appui des dangers de l'inoculation.

Toutefois cette pratique se répand en France. En 1723, le duc d'Orléans, alors régent du royaume, influe favorablement sur sa propagation par l'intérêt qu'il y porte. Mais sa mort, arrivée le 3 décembre de cette année-là , laisse le champ libre à ses détracteurs , nommément aux docteurs en théologie de la Sorbonne, qui la regardent comme contraire aux vues du créateur. Les opinions éclairées des

( 37' ) médecins les plus distingués de Paris, Astruc, Chirac, etc. , sont étouffées par les clameurs des fanatiques, par l'empire des préjugés. Maitland transporte l'inoculation en Allemagne, en 1724, et il la pratique sur le prince Frédéric, fils du roi de Prusse , ainsi que sur beaucoup d'autres enfans des familles les plus distinguées.

Contre tant d'efforts pour l'inoculation et pendant plus de vingt ans , s'élèvent de nombreuses et trèsvives objections. Là, on soutient que le très grand nombre de décès qu'elle produit doit épouvanter; ici qu'elle ne réussit souvent point ou que ce n'est pas un moyen préservatif; là, que la petite- vérole par inoculation est bien plus dangereuse que celle par infection naturelle ; ici enfin qu'il n'y a point d'avantage à provoquer l'apparition d'une maladie. Malgré cela, les saines idées triomphent, des associations et des établissemens se. forment en faveur de l'inoculation. On fait subir à ceux qui s'y soumettent des préparations plus ou moins utiles. Tronchin, alors président du collège de médecine à Amsterdam, inocule son fils en 1 7^8, et l'on constate que le choix du pus variolique n'a pas d'influence appréciable sur le caractère de la maladie qu'il engendre. L'inoculation se propage en Suisse et en Italie où l'on reconnaît que l'incision est préférable au vésicatoire ; puis en Danemarck et en Suède.

Hosty publie en 17 55, sur l'état de l'inoculation en Angleterre, un rapport fort intéressant et tout à l'avantage de cette pratique dont le procédé est sin-

it,.

( 37a ) galièrement simplifié. L'apologie de Tissot lui est également favorable, ainsi que le témoignage de Tronchin, appelé à Paris, où il inocule les enfans du duc d'Orléans. Et pourtant une adresse aux autorités spirituelles et temporelles , digne fille de l'erreur et du fanatisme , apparaît encore. De Haèn lui-même , adoptant le dogme de la prédestination des Musulmans, et H-F.Delius soutiennent de vulgaires erreurs, des préjugés absurdes que J-G. Rœderer et S. Cox réfutent par des faits multipliés et de fort bonnes raisons. Malheureusement deux faits mal observés ou plutôt faussement attribués à l'inoculation en 1759 entretiennent encore ses antagonistes dans de fâcheuses préventions.

Mais, de 1760 jusqu'à 1790, l'inoculation devient à Paris même le sujet de disputes fort animées et scandaleuses. Gatti , professeur à Pise , passant par Paris , y séjourne, et il y fait des inoculations nombreuses par une méthode fort simple qu'il doit à son expérience et à son voyage en Orient. Il choisit le pus avant la maturité parfaite des pustules, préférant celui de la variole artificielle, se sert d'aiguilles, emploie rarement les préparations usitées de son temps, repousse même les débilitans et les purgatifs. Ces innovations, la latitude donnée par Gatti à ses malades de circuler librement et en public, excitent les récriminations de ses antagonistes , qui, pour la plupart, ne connaissent pas même l'inoculation, sujet de cette polémique. On fait intervenir le parlement qui consulte la Faculté de Médecine et celle de Théolo-

( *?3 ) gie. Des argumens rebattus ou nouveaux sont encore reproduits pour ou contre l'inoculation dans les principales villes de France. Au demeurant, on propose des mesures pour éviter la contagion de la petite-vérole et l'on insiste sur la nécessité d'avoir , comme à Londres , des établissemens spéciaux pour les inoculés. Fatigué des interminables disputes de la Faculté de Paris, et, disons-le, de beaucoup de médecins français, Gatti propose un prix de douze cents livres pour celui qui prouvera que la variole reparaît après l'inoculation. Le roi lui accorde, en 1769, la permission d'inoculer dans l'école militaire. Toutefois Louis XV ne profite ni de l'expérience récemment acquise , ni de l'exemple donné par le duc d'Orléans, qui fit inoculer ses enfans. Il est pris de la variole à la fin d'avril 177/i , et il en meurt dans la nuit du 10 mai suivant. Louis XVI et ses deux frères se font inoculer. Ils ont beaucoup

d'imitateurs en France.

L'inoculation se propage et se perfectionne en Angleterre. A. Monro y contribue beaucoup , et avec un rare succès , ainsi que R. Sutton. Le fils de celuici la simplifie encore, et il en fait application aux nouveau-nés. En Allemagne, B-L. Trallesest un des plus zélés et des plus heureux défenseurs de l'inoculation pour laquelle on propose alternativement, et souvent d'une manière inverse, bien des préparations. Enfin la vraie et la fausse petite-vérole sont mieux observées. L'inoculation, très répandue et perlectionnée en Europe , surtout pendant la seconde

( 374 ) moitié du dix-huitième siècle, triomphe de ses adversaires , comme tant d'autres découvertes utiles. On s'étonnera peu si celle de la vaccine, qui lui est infiniment supérieure, suscite également tant de contestations pendant les vingt-cinq premières années du dix-neuvième siècle.

§ IV. Médecine thaumaturge.

Vous venez de voir encore comme l'ignorance , la prévention , la passion paralysent les efforts du génie pour le progrès des sciences et combien le fanatisme est ingénieux à colorer du vernis de la vérité de grossières erreurs , d'absurdes préjugés. Les arts occultes et la théosophie du moyen âge, créés et développés par Paracelse et les Rose-Croix , donnèrent une apparence scientifique à la médecine thaumaturge sur laquelle il faut bien jeter un coup-d'ceil pour connaître entièrement l'histoire de la science , tout ce qu'elle a acquis de bon et de mauvais.

L'attachement aux préjugés et le goût de la superstition du dix-septième siècle régnaient encore au dix-huitième , malgré les vives lumières répandues par des hommes supérieurs, ainsi que dans les écoles, et dispersées par quelques gouvernemens. On croyait aux maladies démoniaques et à leurs guérisons miraculeuses, en France, en Allemagne, en Italie, etc. Les contes ridicules débités sur les vampires, les esprits-follets et les ensorcelés , ne méritent pas d'être rappelés. La pathologie démoniaque inspire

des auteurs parmi lesquels il y eu a qui occupent même un rang distingué dans les fastes de l'art. A quoi servirait de rappeler les cures merveilleuses de la sainte épine , ou celles opérées sur le tombeau de F. de Paris , et les généreux efforts du célèbre Mo-

rand et de quelques autres membres de la Faculté de Paris, pour dévoiler les supercheries de ce fanatisme grossier. Les diableries, les guérisons miraculeuses en Souabeet en Bavière, ne sont pas moins méprisables. 11 faut bien parler aussi du magnétisme animal, proné par Mesmer en 1773, et dont les antagonistes nient la nouveauté. Mesmer se servit d'abord de l'aimant artificiel pour opérer des cures de maladies nerveuses. Puis il fit connaître sa théorie et ses cures aux académies d'Europe. Celle de Berlin seulement lui répondit, et d'une manière défavorable. Pendant son séjour à Vienne, il s'élève une opposition formidable contre lui, au sujet de la guérison d'une fille de trois ans, affectée d'amaurose; et il se rend à Paris, en février 1778. Là, il se lie d'amitié avec d'Eslon, membre de la Faculté , et publie un ouvrage apologétique , où les principes de sa doctrine sont exposés dans vingt- sept aphorismes. Son système ne réussit pas non plus à Paris; et pourtant bien des malades appellent Mesmer à leur secours. D'Eslon tâche vainement de propager sa doctrine par des communications avec ses confrères et par ses écrits. Sa conduite offense la Faculté qui le censure et le menace de le rayer de la liste de ses membres. Mesmer, mécontent des désagrémens et de la jalousie dont il se

( 376) eroit l'objet, ainsi que de l'inimitié de d'Eslon, quitte Paris pour aller à Spa. Alors ses amis ouvrent une souscription fort élevée pour le rappeler dans la capitale où il établit la société appelée l'Ordre de l'harmonie. Son baquet magnétique , autour duquel tant de malades se précipitent, lui rapporte, dit-on, quatre cent mille francs , en très peu de temps.

En 1784, deux commissions de médecins et de savans sont nommées par le roi pour examiner le magnétisme animal (1). Mesmer les récuse sous prétexte qu'il ne veut pas des juges, mais seulement des témoins de ses guérisons merveilleuses. D'Eslon au contraire consent à expérimenter devant les doctes commissaires. Après diverses épreuves, ils concluent que le magnétisme animal est une chimère , et que les cures magnétiques, effets de l'imagination, sont toujours suspectes et parfois dangereuses.

Cependant Jussieu , l'un des commissaires, qui passe pour avoir observé le plus patiemment et avec le plus de soin les effets du magnétisme , se prononce d'une manière moins exclusive, et partage les faits dont il a été témoin en quatre classes. D'Eslon s'élève le premier contre la validité des rapports des commissions et il en publie la critique dans la même année. Il paraît presque en même temps plusieurs

(1) Voyez Du magnétisme animal en France et des jugement

qu'en ont portés les sociétés savantes, avec le texte, des rapports

faits en 1784, etc.^ par A. Bertrand. Paris, 1826. in-8. — Rapports

et Discussions de f académie royale de médecine sur le magnétisme

&nimal. Paris, iS33, in-8.

( 377 ) autres écrits anonymes dans lesquels on reproche aux deux commissions leurs inexactitudes et même des contradictions. Quant à Mesmer, il proteste contre les conclusions des commissaires. Ses partisans vantent les avantages de son système sur celui de d'Eslon. Celui-ci et les médecins qui avaient pris son parti , sont traités rigoureusement par la Faculté.

Les Puységur et quelques autres personnages propagent et modifient le mesmérismeen province, font tomber les magnétisés dans une sorte de sommeil, pendant lequel ils ne cessent de voir et d'entendre tout ce qui se passe autour d'eux. La théorie de Mesmer trouve aussi des éclectiques qui s'appliquent à la concilier avec d'autres, par exemple avec celle de Bordeu. Les deux qualités indispensables au succès du magnétisme , sont la volonté et la croyance de celui qui s'y soumet. Le marquis de Puységur sou* tient, dans son ouvrage, que la prescience des malades est donnée comme condition essentielle de toutes les crises magnétiques. C'est alors qu'on rappelle et qu'on s'efforce d'accréditer l'existence d'un sixième sens ou âme matérielle dont l'estomac est le siège.

J-G. Lavater et plusieurs médecins propagent le magnétisme en diverses contrées de l'Allemagne. De toutes les controverses sur ce sujet, on conclut généralement que les effets attribués au fluide magnétique dépendent presque uniquementde l'imagination et d'attouchemens méthodiques exercés sur certaines parties du corps.

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