‹ Abrégé de l'origine de tous les cultesChapitre 15 sur 68 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Le poète commence à invoquer la Muse qui doit l'inspirer, et l'invite à chanter la foudre élincelante qui fit accouclier Sémélé au milieu des feux et des éclairs , qui remplirent d'une brillante lumière la couche de cette amante indiscrète, ainsi que la naissance de Bacchus, qui reçut deux fois le jour.

L'invocation finie, le poète porte l'esprit du lecteur sur la partie du ciel d'où part le soleil au moment où il le chante en commençant son poème. Ce lieu est le point équinoxial du printemps, occupé par l'image du fameux taureau qui figure dans la charmante fable des amours de Jupiter et d'Europe, sœur de Cadmiis ou du sc.-pentairc, qui se lève le soir alors en aspect avec le taureau. Il le porte également sur le cocher céleste qui tient la ciièvTC et les chevaux, celui qui fournit au dieu Pan ses attributs, et qui alors précédait le matin le char du soleil, et ouvrait la barrière au jour, comme le serpentaire l'ouvrait à la nuit, à l'époque h hiqucllcli soleil ou Jupiter s'unissait au taureau d'Europe, et franchissait le fameux passage qui séparait l'empire du dieu delà lumière de celui des ténèbres. Ainsi, le poète fixe d'une manière précise le départ desoa poème en signalant les astres qui, dans le zodiaque

et hors le zodiaque, déterminent l'époque du temps qu'il va cliantcr. Voyons comment le jjénie dupoète a su embellir le foîid simple que fournit l'astronomie. Nonnus entre en matière, en racontant avec toutes ses circonstances l'enlèvement d'Europe par Jupiter déguisé en taureau et les courses du serpentaire ou de Cadmus , à qui son père a donné ordre de chercher sa sœur à travers les mers. Toute cette aventure astronomique est poétiquement racontée : on voit Jupiter taureau sur le rivage du Tyr , la tète ornée de superbes cornes qu'il agite fièrement, tandis qu'il fait retentir l'air de ses mugissemens amoureux. L'imprudente Europe luiprésente des fleurs : elle en pare sa tête ; elle ose s'asseoir sur le dos du dieu que l'amour lui subjugue , et qui l'emporte aussitôt au milieu des flots. Europe pâlit; effrayée elle lève les mains aux cieux:sarobe néanmoins n'est pas mouillée par les eaux. On l'eût prise pour Thétis, pour Galathée, pour l'épouse de Neptune et même pour Astarté ou Vénus portée sur le dos de quelque tiilon. Neptune est étonné de la vuedubreuf immortel qui nage dans son empire, et un des dieux marins, qui reconnaît Jupiter sous ce travestissement , prend sa conque et entonne les chants de l'Jiyménée. Cependant la nouvelle épouse du maître de l'Olympe, se tenant aux cornes du taureau divin , naviguait au sein des ondes écumantes, non pas sans crainte, quoique sous les auspices de l'Amour qui lui servait de pilote , tandis que le souffle des vents enflait les pans de sa robe

ondoyante. Arrivé en Crète, Jupiter-taureau se dépouille de ses formes effrayantes et prend la figure du dieu du printemps, ou d'un beau jeune homme qui a toutes les fjràces et la vigueur de cet Age. C'est sous cette forme qu'il prodigue ses caresses à son amante confuse et éplorée , qu'il cueille les prémices des fleurs dont l'Amour est jaloux, et qu'il la rend mère de deux enfans jumeaux.

Son ain.-ïnt la laisse entre les mains d'Astérion, et place parmi les astres le taureau dont il a pris la forme dans sa métamorphose. C'est lui, dit >'onnus, qui brille dans l'Olympe sous les pieds du cocher , et qui sert de monture au soleil du printemps.

Pendant ce temps là, Cadraus s'était mis en marche pour sui^Te le ravisseur de sa sœur, qui avait disparu avec elle au sein des flots. Effectivement, après le coucher du soleil en conjonction avec le taureau céleste ou avec le taureau d'Europe , on voyait à l'Orient monter le serpentaire Cadmus,qui, pendant toute la nuit voyageait sous la voûte des cieux, et descendait le matin dans les mêmes mers oii le soir s'était couché le taureau avec le soleil.

Onsuppose qu'après avoir long-temps voyagé, il était arrivé près de la sombre caverne où Jupiter avait déposé sa foudre , lorsqu'il voulut donner le jour à Tantale. Ce dernier nom est celui sous lequel figure le même serpentaire dans une autre fable ; et son lever en automne, au moment oîi la foudre cesse de se faire entendre , donna l'idée au poète de feindre que Jupiter avait quitté sa foudre pour lui

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donner naissance. On peut voir dans notre gTand ouvrage, à l'article serpentaire, comment s'explique par lui la fable de Tantale.

Ce dieu était Ahrimé : c'est dans cet endroit que Typhce ou Typhon, fils de la terre ténébreuse , la découvrit, averti par la fumée qui s'élevait de l'antre où était la foudre encore mal éteinte. Il s'en saisit; et, fier d'être maître de l'arme puissante du roi del'Olympe, il fait retentir tous les échos d'alentour du bruit terrible de sa voix. Aussitôt tous les dragons ses frères , sous les formes les plus affreuses, s'unissaient à lui pour faire la guerre au dieu qui maintient l'harmonie du monde , et qui nous distribue tous les biens , surtout celui de la lumière.

Le géant, de ses mille bras, secoue violemment le pôle et les ourses qui le défendent ; il porte des coups terribles au bouvier, gardien des ourses. L'étoile du matin, l'aurore, les heures, tout est attaqué : la clarté du jour est obscurcie par l'ombre épaisse que projette l'horrible chevelure des géans, formée de noirs serpcns. La lune pleine, comme dans la passion de Christ, se trouve poussée près du soleil, et l'empire des deux astres se confond. Un des serpcns s'entortille autour du pôle et mêle ses nœuds à ceux du dragon céleste qui garde les pommes hespérides. Le poète donne luie grande étendue à ce tableau, ou il nous peint le prince des ténèbres, qui livre divers assauts aux différens astres, au soleil, à la lune, comme le dragon de TApo-

calypse, qui entraîne une partie des étoiles du ciel avec sa queue. Tout ce morceau n'est que le développement poétique de la guerre d'Ahriman contre Ormusd, des Titans contre Jupiter, des anges rebelles et de leur chef contre Dieu et ses chefs. Le fond original de toutes ces tictionsest dans la cosmogonie des Perses et dans le ri'cit mythologique des com- Laf s de leur dieu, principe de bien et de lumière , contre le chef du mal et des ténèbres. Ces idées théologiques , comme nous l'avons déjà observé d'après Plu iarque, se retrouvent chez tous les peuples, et sont consacrées dans leurs romans religieux cl dans leurs mystères. Ainsi, l'on voit dans la cosmogonie des Perses, le prince des tcncbrcs, sous le nom d'Ahriman , qui pénètre dans le ciel sous la forme du dragon. Le ciel lui-même, qui lui résiste, trouve dans les astresautant de soldats prêts à combattre avec lui contre l'ennemi du bien et de la lumière. On y voit aussi desdews ou les mauvais génies, compagnons d'Ahriman, qui, comme fontici les monstres, frères de Typlion, attaquent les étoiles fixes, les ék'mens et la terre, les eaux et les montagnes.

Après avoir combattu le ciel. Typhon descend sm-la terre et en ravage les productions; il attaque aussi les montagnes, les mers, et les brave; il arrache des îles entières et en pousse avec violence les débris contre le ciel. Nouveau Jupiter, il essaie de lancer aussi la foudre , qui reste sans effet et sans bruit dans ses impuissantes mains. Ses bras

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ne sont pas assez nerveux pour en soulcnir le poids , et les feux du tonnerre s'éteignent aussitôt qu'ils ne sont plus soutenus delà force divine qui les lance.

A la suite de cette description que j'abrège , le poète nous peint Cadmus, qui arrive dans les lieux qu'habitait Typhon, et oii Jupiter avait laissé surprendre sa foudre. Il y est rencontré par l'amant d'ii^uropc, que Pan accompagnait. On se rappellera que Pan est ici le cocher porte-chèvre, qui montait avec le soleil du taureau le matin, à l'entrée du printemps,au moment oti Jupiter allait de nouveau faire entendre son tonnerre , que l'hiver avait réduit au silence. Voilà le fond de la fiction.

Jupiter invite Cadmus à se prêter à un déguisement pour tromper Typhon et lui reprendre sa foudre; c'est-à-dire, sans figure, que le serpentaire Cadmus et le cocher Pan vont s'unir par leur aspect au taureau équinoxial, pour annoncer le retour duprintemps et lavictoirepériodique que remporte tous les ans à cette époque le dieu de la lumière et des longs jours, sur le chef des ténèbres et des longues nuits, ou Jupiter AEgiochus, autrement Jupiter porte - chèvre, sur le grand dragon que presse de ses mains aux cieux le serpentaire , et qui tous les ans, en automne, ramène les ténèbres et les hivers.

Jupiter proposa à Cadmus de prendre les habits de Pan, sa flûte et ses chevreaux, et de se bâtir une cabane, dans laquelle il attirera Typhon par les sons harmonieux de sa flûte : « Chaule , lui dit-il, cher

« Cadmus , tu rendras aux cieux leur première

« sécurité. Typhon ma ravi ma foudre ; il ne me « reste plus que mou égide ; mais de quel secours « peut-elle être pour moi contre les feux puissans « du tonnerre? Sois berger pour un jour, et que ta a flûte pastorale serve à rendre l'empire au pasteur « éternel du monde. Tes services ne seront pas « sans récompense; tu seras le réparateur de l'har- « mouie de l'univers, et la belle Harmonie, fille de « Mars et de la déesse du printemps, deviendra ton « épouse. » Ainsi parle Jupiter, et il s'avance vers les sommets du Taurus. Alors Cadmus, déguisé en berger, appuyé nonchalamment contre un chêne, fait retentir les forêts d'alentour des sons de sa flûte harmonieuse. Typhon se laisse charmer; il approche du lieu où il entend ces sons séducleitrs, et dépose dans l'antre la foudre où il l'avait trouvée, et l'y cache. Au moment où il s'avance plus près de la forêt, Cadmus feint d'avoir peur et veut fuir. Le géant le rassure et l'invite à continuer, en lui faisant les plus pompeuses promesses. Cadmus continue à chanter, et fait espérer à Typiion des chants plus merveilleux encore s'il veu l lui donner les nerfs de Jupiter, qui étaient tombés dans le combat de ce dieu contre Typhon, et que cclni-ci avait gardés. Sa demande lui est accordée, et le l)crger les met en réserve, comme pour les adapter un jour à sa lyre, mais dans l'intention de les rendre à Jupiter après la défaite des géans. Cadmus adoucit encore les sons de sa flûte enchanteresse, et charme les

oreilles de Typhon, qui donne toute son attention sans que rien puisse le distraire.

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