CHAPITRE VIII
Les Argaunotiques .
La fable de Jason , vainqueur du bélier à toison d'or, ou du signe céleste, qui par son dégagement des rayons solaires du matin, annonçait l'arrivée de l'astre du Jour au taureau équinoxial du printemps, est aussi fameuse dans la mythologie que la fiction des douze travaux du soleil sous le nom d'Hercule, et que celle de ses voyages sous celui de Bacchus. C'est encore un poème allégorique qui appartient à un autre peuple , et qui a été composé par d'autres prêtres, dont le soleil était la grande divinité . Celuici nous semble être l'ouvrage des Pélasges de Tiiessalie , comme le poème sur Bacchus était celui des peuples de Béotie. Chaque nation, en rendant un culte au même dieu Soleil sous divers noms, eut ses prêtres et ses poètes, qui ne voulurent pas se copier dans leurs chants sacrés. Les Juifs célébraient cette même époque équinoxiale sous le nom de fête de l'agneau et de triomphe du peuple chéri de Dieu sur lepeuple ennemi. C'était alorsque, délivres de l'oppression, les Hébreux passaient dans la terre promise , dans le séjour des délices , dont l'immolation de l'agneau leur ouvrait l'entrée. Les adorateurs de Bacchus disaient de ce bélier ou de cet agneau équinoxial , que c'était lui qui , dans le désert et au milieu des sables, avfiitfait trouver des sources d'eau
pour désaltérer l'armée de Bacchus, comme Moïse en fit jaillir, d'un coup de baguette, dans le désert , pour apaiser la soif de son armée. Toutes ces fables astronomiques ont unpoint de contact dansia spbère céleste.etles cornes deMoïse ressemblent beaucoup à celles d'Àmraon et de Bacchus.
Dans l'explication que nous avons donnée dii poème fait sur Hercule, nous avons déjà observé que ce prétendu héros, dont l'histoire s'explique tout entière par le ciel , était aussi de l'expédition, des Argonautes , ce qui déjà nous indique le caractère de cette dernière fable : donc c'est encore dans le ciel que nous devons suivre les acteurs de ce nouveau poème, puisqu'un des héros les plus distingués d'entr'eux est au ciel , et que là est la scène de toutes ses aventures; que son image y est placée^ ainsi que celle de Jason, chef de cette expédition toute astronomique. On retrouve également au. nombre des constellations le navire que moulaient les Argonautes , et qui est encore appelé navire Argo; on y voit aussi le fameux bélier à toison d'or, qui est le premier des signes;le dragon et le taureau qui gardaient sa toison; les gémeaux, Castor etîoUux, qui étaient les principaux héros de cette expédition, ainsi que le Céphée et le centaure Chiron. Les imagesduciel et les personnages du poèm* ; ont tant de correspondance entre eux, que le célè bre Newton a cru pouvoir en tirer un argumei it pour prouver que la sphère avait été composée d repais l'expédition des Argonautes, parce que la j ilu-
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part des'héros qui y sont cbantés se trouvent placés aux cieux. Nous ne nierons point cette correspondance parfaite, non plus que celle qui se trouve entre le ciel et les tableaux du poème sur Hercule et sur Bacchus ; mais nous n'en tirerons qu'une conséquence, c'est que les figures célestes furent le fonds commun sur lequel travaillèrent les poètes qui leur donnèrent différens noms , sur lesquels ils les firent entrer dans leurs poèmes.
Il n'y a pas plus de raison de dire que ces images furent consacrées aux cieux à l'occasion de l'expédition desArgonautes,quede dire qu'elles le furent à l'occasion des travaux d'Hercule,puisque les sujets des deux poèmes s'y retrouvent également, et que, si elles y ont été mises pour l'une de ces fables , elles n'ont pu l'être pour l'autre, la place étant déjà occupée ; car se sont les mêmes groupes d'étoiles. Mais chacun les a chantées à sa manière; de là vient qu'elles cadrent avec tous ces poèmes.
La conclusion de Newton ne pourrait avoir de force qu'autant qu'il serait certain que l'expédition des Argonautes serait un fait historique, et non pas une fiction de la nature de celles faites sur Hercule, sur Bacchus, sur Osiriset Iris, et sur leurs voyages, et nous sommes bien loin d'avoir cette certitude. Tout concourt au contraire à la ranger dans la classe de ces fictions sacrées, puisqu'elle se trouve confondue avec elles dans le dépôt de l'antique mythologie des Grecs , et qu'elle a des héros et des caractères communs avec ceux de ces poèmes que
nous avons expliqués par l'astronomie. Nous allons donc faire usage de la même clé pour analyser ce poème solaire.
Le poème sur Jason n'embrasse pas toute la révolution annuelle du soleil , comme ceux d'Héracléide et des Dionysiaques , que nous avons expliques ; mais il n'a pour objet qu'une de ces époques , à la vérité très-fameuse , celle oii cet astre , vainqueur de l'hiver, atteint le point équinoxial du printemps, et enrichit notre hémisphère de tous les» bienfaits de la végétation périodique. C'est alors que Jupiter, métamorphosé en pluie d'or, donne naissance à Persée , dont l'image est placée sur le bélier céleste , appelé bélier à toison d'or, dont la riche conquête est attribuée au soleil, vainqueur des ténèbres et réparateur de la nature.
C'est ce fait astronomique, cet unique phénomène annuel, qui a été chanté dans le poème appeléArgonautique.Aussicefaitn'ejitre-t-il que partiellement dans le poème solaire sur Hercule, et forme-l-il un morceau épisodique du neuvième travail , ou de celui qui répond au bélier céleste. Dans les Argonautiques, au contraire, il est un poème entier qui a un sujet unique. C'est ce poème que nous allons analyser, et dont nous ferons voir les rapports avec le ciel, sinon dans les détails, au moins pour le fond principal que le génie de chaque poète a brodé à sa manière. La fable de Jason est des Argonautes a été i traitéeparplusieurspoètes, par Épiménide.Orphée, Apollonius de Rhodes et Valérius Flaccus.Nous n'a-
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vons les poèmes que des trois derniers , et nous
n'analyserons ici que celui d'Apollonius , qui est
écrit en quatre chants. Tous portent sur la même
base astronomique, qui se réduit à très-peu d'élé-
mens.
Nous nous rappelons qu'Hercule, dans le travail qui répond au bélier avant d'arriver au taureau équinoxial, est censé s'embarquer pour aller en Colchide conquérir la toison d'or. C'est à cette époque qu'il délivra une fille exposée à un monstre marin,commeAndromède placée prèsdu même bélier. Ilmontait alors le navireArgo,une des constellations qui fixe ce même passage du soleil au bélier des signes. Voilà donc la position du ciel qui nous est donnée pour l'époque de cette expédition astronomique. Tel est l'état de la sphère que nous devons supposeraumoment où lepoète chante le soleil sous le nom de Jason, et la conquête qu'il fait du fameux bélier. Cette supposition est confirmée par ce que nous ditThéocrite, que ce fut au lever des pléiades et au printemps que les Argonautes s'embarquèrent. Or, les pléiades se lèvent lorsque le soleil arrive vers la fin des étoiles du bélier, et qu'il entre au taureau, signe qui, dans les temps éloignés répondait à l'équinoxe. Cela posé, examinons quelles constellations, le soir et le matin, fixaient cette époque importante.
Nous trouvons le soir, au bord oriental, le vaisseau céleste, appelé vaisseau des Argonautes par tous les anciens. Il est suivi, dans son lever,
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duserpcf lac e appelé Jason : entre eux est le centaure CliiiCD, qui éleva Jason , et au-dessus de Jason la lyn;d' Orphée , précédée de l'Hercule céleste , u n des A'-'-Dnautes.
Au couchant, nous voyons les dioscures Castor etPoLui, chefs de cette expédition avec Jason. Le If ndemain au matin, nous apercevons au bord oriental de l'horizon le bélier céleste , qui se dégage des rayons du soleil avec les pléiades, Persée, Méduse et le cocher ouAbsyrthe; tandis qu'au couchant le serpentaire Jason et son serpent descendent au sein des flots, à la suite delà vierge céleste. A l'orient, monte Méduse, qui joue ici le rôle de Médée, et qui, placée sur le bélier, semble livrer à Jason sa riche dépouille, tandis que le soleil éclipse de ses feux le taureau qui suit le bélier, et le dragon marin placé dessous, et qui parait garder ce dépôt précieux. Voilààpeu près quels sont les principaux aspects célestes qui s'offrent à notre vue : nous les avons projetés sur un des planisphères de notre grand ouvrage, destinés à féliciter l'intelligence de nos explications. Le lecteur doit surtout se rappeler ces divers aspects, afin de les reconnaître sous le voile allégorique dont le poète va les couvrir, en mêlant sans cesse des descriptions géométriques et des positions astronomiques, qui ont un fond de vérité, à des récits qui sont tout entiers feints. Presque tous les détails du poème sont le fruit de l'imagination du poète.
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ARGONAUTIQUES