‹ Abrégé de l'origine de tous les cultes [microform]Chapitre 14 sur 70 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

Titre du premier chant ou du premier travail.

Victoire d'Hercule remportée sur le lion de Némée.

Deuxième travail.

Hercule défait l'hydre de Lerne, dont les têtes l'enaissaient ; tandis qu'une écrevisse ou cancer ie gêne dans son travail.

Troisième travail.

Hospitalité donnée à Hercule par un centaure, et combat des centaures pour un tonneau de vin; victoire d'Hercule sur eux ; défaite d'un affreux sanglier, qui ravageait les forêts d'Erymanthe.

Quatrième travail.

Triomphe d'Hercule sur une biche aux cornes d'or et aux pieds d'airain, qu'Hercule prit sur les bords de la mer où elle se reposait.

Cinquième mois.

Passage du Soleil au signe du Sagittaire , consacré à la déesse Diane qui avait son temple à Stymphale, dans lequel on voyait les oiseaux symphalides. Ce pasr sage est fixé par le lever de trois oiseaux, le Vautour, le Cygne et l'Aigle percé de là flèche d'Hercule.

Sixième mois.

Passage du soleil au signe du Bouc ou du Capricorne, fils de Neptune suivant les uns, petitfils du Soleil suivant les autres.

Ce passage est marqué par le coucher du Fleuve du Verseau qui coule sous la case du Capricorne, et dont la source est entre les mams d'Aristée, fils du fleuve Pénée.

Septième mois.

Passage du soleil au signe du Verseau , et au lieu du ciel où se trouvait tous les ans la pleine lune, qui sei-vaii d'époque à la célébration des jeux Olympiques.

Ce passage était marqué pai le vautour placé dans le ciel a côté de la constellation qu'on nomme Prométhée, en même temps que le Taureau céleste, appelé Taureau de Pasiphaé et de Marathon, culminait au méridien, au coucher du cheval Arion ou de Pégase.

Huitième mois.

Passage du Soleil aux Poissons, fixé par le lever du matin du Cheval céleste, qui porte sa tête sur Aristée ou sur le Verseau, fils de Gyrène.

Neuvième mois.

Passage du Soleil au signe du Bélier consacré à Mars, et qu'on nomme encore le Bélier à toison î'or. Ce passage est marqué par le lever du Navire Argo ; par le coucher d'Andromède ou de la Femme céleste et de sa cein-

Cinquième travail.

Hercule, près de Stymphale, donne la chasse à des oiseaux, connus sous le nom d'oiseaux du lac Stymphale, et représentés au nombre de trois dans les médailles de Périnthe.

Sixième travail.

Hercule nettoie les étables d'Augias, fils du Soleil, ou suivant d'autres, fils de Neptune. Il y fait couler le fleuve Pénée.

Septième travail.

Hercule arrive en Elide. Il était monté sur le cheval Arion ; il amène avec lui le taureau de Crète, qu'avait aimé Pasiphaé, et qui ravagea ensuite les plaine s de Marathon, Il fait célébrer les jeux Olympiques qu'il institue , et où il combat le premier; il tue le vautour de Prométhée.

Huitième travail.

Conquête que fait Hercule des chevaux de Diomède, fils de Cyrène.

Neuoième travail.

Hercule s'embarque sur le vaisseau Argo, pour aller à la conquête du bélier à toison d'or ; il combat des femmes guerrières, filles de Mars, à qui il ravit une superbe ceinture ; il délivre une jeune fille exposée à une

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ture ; par celui de la Baleine ; baleine ou à un monstre marin, par le lever de Méduse, et par tel que celui auquel fut exposée le coucher de laReine Cassiopée. Andromède, fille de Cassiopée.

Dixième mois.

Le soleil quitte le Bélier de Phryxus, et entre sous leTaureau.

Ce passage est marqué par le coucher d'Orion, qui fut amoure\ix des Atlantides ou des Pléiades ; par celui du Bouvier cond "^cteur des bœufs d'Icare ; par c JuL du Fleuve Eridan ; par le lever des Atlantides, et par celui de la Chèvre, femme de Faune.

07îzième mois.

Passage du soleil aux Gémeaux indiqué par le coucher du Chien Procyon ; par le lever cosmique du Grand Chien, à la suite duquel s'allonge l'Hydre, et par le lever du soir du Cygne céleste.

Douzième mois.

Le Soleil entre au signe du Cancer, auquel répondait le dernier mois ; au coucher du Fleuve du Verseau et du Centaure ; au lever du Berger et de ses Moutons ; au moment où la constellation de l'Hercule Ingeniculus descend vers les régions occidentales, appelées Hespérie, suivi du Dragon du pôle, gardien des pommes du jardin des Hespérides, Dragon qu'il foule aux pieds dans la sphère, et qui tombe près de lui vers le couchant.

Dixième travail.

Hercule, après le voyage qu'il fit avec les Argonautes pour conquérir le bélier, revient en Hespérie à la conquête des bœufs de Géryon; il tue aussi un prince cruel qui poursuivait les Atlantides, et il arrive en Italie chez Faune, au lever des Pléiades.

Onzième travail.

Hercule triomphe d'un chien affreux, dont la queue était un serpent, et dont la tête était hérissée de serpents ; il défait aussi Gycnus ou le prince Cygne, au moment où la canicule ■vient brûler la terre de ses feux.

Douzième travail.

Hercule voyage en Hespérie, pour y cueillir des pommes d'or que gardait le dragon, qui dans nos sphères est près du pôle ; suivant d'autres, pour enlever des brebis à toison d'or. 11 se dispose à faire un sacrifice, et se revêt d'une robe teinte du sang d'un centaure qu'il avait tué au passage d'un fleuve. Cette robe le brûle de feux ; il meurt, et finit ainsi sa carrière mortelle pour reprendre sa jeunesse aux cieux, et y jouir de l'immortalité.

Yoilà le tableau comparatif des chants du poème des douze travaux, et des aspects célestes durant les douze mois de la révolution annuelle qu'achève le soleil, sous le nom de l'infatigable Hercule. C'est au lecteur à juger des rapports, et à voir jusqu'à quel point le poème et le calendrier s'accordent. 11 nous suffit de dire, que nous n'avons point interverti la série des douze travaux ; qu'elle

est ici telle que la rapporte Diodore de Sicile. Quant aux tableaux célestes, chacun peut les vérijBer avec une sphère en faisant passer le colure des solstices par le Lion et le Yerseau, et celui des équinoxes par le Taureau et le Scorpion, position qu'avait la sphère à l'époque où le Lion ouvrait l'année solsticiale, environ deux mille quatre cents ans avant notre ère.

Quand même les anciens ne nous auraient, pas dit qu'Hercule était le soleil ; quand même l'universalité de son culte ne nous avertirait pas qu'un petit prince grec n'a jamais dû faire une aussi étonnante fortune dans le monde religieux, et qu'une aussi haute destinée n'appartient point à un mortel, mais au dieu dont tout l'univers éprouve les bienfaits , il suffirait de bien saisir l'ensemble de tous les rapports de ce double tableau pour conclure avec la plus grande vraisemblance que le héros du poème est le dieu qui mesure le temps, qui conduit l'année, qui règle les saisons et les mois, et qui distribue la lumière, la chaleur et la vie à toute la nature. C'est une histoire monstrueuse, qui ne s'accorde avec aucune chronologie, et qui offre partout des contradictions, quand on y cherche les aventures d'un homme ou d'un prince ; c'est un poème vaste et ingénieux, quand on y voit le dieu qui féconde l'univers. Tout y est mouvement, tout y est vie. Le Soleil du solstice y est représenté avec tous les attributs de la force qu'il a acquise à cette époque, et que contient en lui le dépositaire de la force universelle du monde ; il est revêtu de la peau du lion et armé de la massue. Il s'élance fièrement dans la carrière qu'il est obligé de parcourirpar l'ordre éternel de la nature. Ce n'est pas le signe du Lion qu'il parcourt ; c'est un lion affreux, qui ravage les campagnes, qu'il va combattre; il l'attaque, il se mesure avec lui, il l'étouffé dans ses bras, et se pare des dépouilles de l'animal vaincu ; puis il s'achemine à une seconde victoire. L'Hydre céleste est le second monstre qui présente un obstacle à la course du héros. La poésie la représente comme un serpent à cent têtes, qui sans cesse renaissent de leurs blessures.

Hercule les brûle de ses feux puissants . Les ravages que fait cet animal redoutable, l'eiGroi des habitants des campagnes voisines des marais qu'habite le monstre, les horribles sifflements des cent têtes ; d'un autre côté, l'air d'abord assuré du vainqueur du lion de Némée, ensuite son embarras lorsqu'il voit renaître les têtes qu'il a coupées, tout y est peint, à peu près comme Virgile nous a décrit la victoire de ce même héros sur le monstre Gacus. Tous les animaux célestes mis en scène dans ce poème y paraissent avec un caractère qui sort des bornes ordinaires de la nature : les chevaux de Diomède dévorent les hommes, les femmes s'élèvent au-dessus de la timidité de leur sexe, et sont des héroïnes redoutables dans les combats ; les pommes y sont d'or ; la biche a des pieds d'airain ; le chien Cerbère est hérissé de serpents ; tout, jusqu'à l'écrevisse, y est formidable. Car tout est grand dans la nature, comme dans les symboles sacrés qui en expriment les forces diverses.

On sent quel développement un poète a pu donner à toutes ces idées physiques et astronomiques, auxquelles durent s'en joindre d'autres, empruntées, soit de l'agriculture, soit de la politique et de la morale. Car tous ces buts particuliers entraient dans le système général des premiers poètes philosophes qui chantèrent les dieux, et qui introduisirent les hommes dans le sanctuaire de la nature, qui semblait leur avoir révélé ses mystères. Que de morceaux épisodiques perdus pour nous, et qui devaient se lier au sujet principal de chaque chant du poème, dans lequel le génie allégorique et poétique avait la liberté de tout oser et de tout feindre? Car rien n'est impossible à la puissance des dieux ; c'est à eux seuls qu'il appartient d'étonner les hommes par l'appareil magique de leur pouvoir. Quelle carrière pour le génie, que celle que lui ouvre la nature elle-même, qui lui met sous les yeux ses plus brillants tableaux, pour être imités dans ses chants! C'était bien là véritablement l'âge d'or de la poésie, fille du ciel et des dieux. Depuis ces temps antiques, elle est bien restée au-dessous de

cette hauteur sublime, qu'un essor hardi lui avait fait atteindre, lorsqu'elle était soutenue de toutes les forces que le génie puise dans la contemplation de l'univers, ou du grand Dieu, dont les poètes furent les premiers oracles et les premiers prêtres. Quel vaste champ à nos conjectures sur l'antiquité du monde et sur sa civilisation, quand on réfléchit que la position des cieux donnée par ces poèmes, où les constellations jouent un si grand rôle, ne nous permet pas d'en rapprocher de notre ère les auteurs de plus de deux mille cinq cents ans l Est-ce bien sur les débris du monde sorti à peine des eaux d'un déluge que les arts du génie planaient aussi haut ?

Il est encore une conséquence que nous devons tirer de ce tableau comparatif, qui nous a prouvé qu'Hercule n'était point un mortel élevé au rang des dieux par son courage et ses bienfaits envers les hommes, ni les événements de sa prétendue vie des faits historiques, mais bien des faits astronomiques. Cette conséquence est que le témoignage de plusieurs siècles et de plusieurs peuples en faveur de l'existence, comme hommes, des héros des différentes religions, dont la mémoire est consacrée par un culte, par des poèmes ou des légendes, n'est pas toujours un sûr garant de leur réalité historique. L'exemple d'Hercule met cette conséquence dans toute son évidence. Les Grecs croyaient assez généralement à l'existence d'Hercule, comme à celle d'un prince qui était né, qui avait vécu, et qui était mort chez eux, après avoir parcouru l'univers.

On lui donnait plusieurs femmes, des enfants, et on le faisait chef d'une famille d'Héraclides, ou de princes qui se disaient descendre d'Hercule, comme les Incas du Pérou se disaient descendants du Soleil. Partout l'on montrait des preuves de l'existence d'Hercule, jusque dans les traces de ses pas, qui décelait sa taille colossale. On avait conservé son signalement, comme les chrétiens ont la sainte face de leur dieu Soleil, Christ. H était maigre, nerveux, basané ; il avait le nez aquilin, les cheveux crépus ; il était d'une santé robuste.

On montrait en Italie, en Grèce, et dans divers lieux de la terre, les villes qu'il avait fondées, les canaux qu'il avait creusés, les rochers qu'il avait séparés, les colonnes qu'il avait posées, les pierres que Jupiter avait fait tomber du ciel pour remplacer le? traits qui lui manquaient dans son combat contre les Liguriens. Des temples, des statues, des autels, des fêtes, des jeux solennels, des hymmes, des traditions sacrées, répandues en différents pays, rappelaient à tous les Grecs les hauts faits du héros de Tirynthe, du fameux fils de Jupiter et d'Alcmène, ainsi que les bienfaits dont il avait comblé l'univers en général, et en particulier les Grecs. Et néanmoins nous venons de voir que le grand Hercule, le héros des douze travaux, celui-là même à qui les Grecs attribuaient tant d'actions merveilleuses, et qu'ils honoraient sous les formes d'un héros, vêtu de la peau du lion et armé de la massue, est le grand dieu de tous les peuples, ce soleil fort et fécond qui engendre les saisons, et qui mesure le temps, dans le le cercle annuel du zodiaque partagé en douze divisions que marquent et auxquelles se lient les divers animaux figurés dans les constellations, les seuls monstres que le héros du poème ait combattus.

Quelle matière à réflexions pour ceux qui tirent un grand argument de la croyance d'un ou de plusieurs peuples et de plusieurs siècles pour établir la vérité d'un fait historique, surtout en matière de religion, où le premier devoir est de croire sans examen. La philosophie d'un seul homme, en ce cas, vaut mieux que l'opinion de plusieurs milliers d'hommes et de plusieurs siècles de crédulité. Ces réflexions trouveront leur application dans la fable solaire faite sur le chef des douze apôtres, ou sur le héros de la légende des chrétiens, et dix-huit siècles d'imposture et d'ignorance ne détruiront pas les rapports frappants qu'a cette fable avec les autres romans sacrés faits sur le Soleil , que Platon appelle le fils unique de Dieu. Le bienfaiteur universel du monde, en quittant la peau du Lion solsticial, pour prendre celle de l'Agneau équinoxial du printemps, n'échappera pas à

nos recherches SOUS ce nouveau déguisement, et le lion de la tribu de Juda sera encore le Soleil, qui a son domicile au signe du Lion céleste et son exaltation dans celui de l'Agneau ou du Bélier printanier. Mais ne devançons pas l'instant où les chrétiens seront forcés de reconnaître leur Dieu dans l'astre qui régénère la nature tous les ans, au moment de la célébration de leur Pàque. Passons aux fictions sucrées faite sur la lune.

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