C'est une vérité de foi
Si quelquun dit qu'il ne peut pas se faire, ou qu'il n'est pas utile^ que l homme soit instruit par la révélation divine sur Dieu et sur le culte qui lui est dû, qu'il soit anathème. Vat. can. 2.
La proposition est incontestable, si rien ne s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté des vérités révélées, ni du côté de l'homme.
Or 1" Rien ne s'y oppose du côté de Dieu. Celui qui donne la langue à l'homme peut parler ; le souverain législateur peut édicter des lois positives ; celui qui sait tout peut nous apprendre ce que nous ignorerions sans lui ; et il est digne de la bonté d'un tel Père d'instruire ses enfants ignorants et de les diriger par ses préceptes.
2° Rien ne s'y oppose du côté des vérités révélées. Il y a des
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mystères dans la nature, donc il y en a dans les choses surnaturelles; et ces mystères peuvent nous être manifestés comme toute autre vérité que nous ignorons.
Evidemment on peut en dire autant des préceptes positifs.
0:2. 30 Rien ne s'y oppoae du côlé de riiomme, si l'homme est capahie de recevoir la révélation et de la connaître. Or ces deux choses sont certaines. 1) L'homme est capable de recevoir la révélation; car par là même qu'il est créature, il a l'habitude que les philosophes nomment ohédicntieUe, par laquelle il est disposé à se soumettre à une intelligence et à une volonté supérieures ; et il est dans sa nature d'être instruit par l'autorité d'un autre. Il ne saurait pas lire, s'il n'avait pas eu de maître. Et estil un maître plus noble que Dieu ?
2) L'homme peut connaître le fait de la révélation, comme tout autre fait: bien plus, il peut discerner la vraie révélation de la fausse, comme nous le dirons à l'article IV. Donc de quelque côté qu'on l'envisage, la révélalion est possible. Tel a été le sentiment de tous les peuples, car tous, dans tous les temps et tous les lieu.x, se sont montrés disposés à accepter une révélation et en ont même senti le besoin.
Art. II. — La révélation est utile .
63. C'est de foi d'après le texte cité au n" 61, et en voici les raisons. 1). Par elle les vérités et les lois morales de l'ordre naturel sont connues plusvile, plus facilement, plus sûrement, même par les ignorants. 2). Les mystères perieclionnent l'intelligence, en lui apportant denouvèlles lumières; et des lois positives, portées par un législateur souverainement sage etbon, per-
fectionnent les mœurs, unissent plus étroitement l'homme à Dieu, et fîivorisent la piété ; c'est ce dont nous nous convaincrons encore mieux, en parlant plus loin des fruits de la vraie révélation, et en disant un mot dès maintenant delà nécessité de la révélation.
Art. III. — La révélation est moralement nécessaire à l'homme.
64. C'est f?r/a«». Remarquons toutefois le mot moralement, car ce serait, d'après le concile du Vatican, une erreur de prétendre que la révélation est absolument nécessaire. La raison, qui est naturelle à l'homme, lui a été donnée pour connaître les vérités de l'ordre naturel; et Dieu n'était point obligé d'élever l'homme à l'état surnaturel. Supposé qu'il l'y élevât, c'est certain par le concile du Vatican, chap.
II, que la révélation devenait par là- même absolument nécessaire.
(V. n" 2'23). Mais en dehors de l'hypothèse de l'élévation de l'homme à l'état surnaturel, la révélation esl moralement nécessaire, et cela se prouve par l'impuissance de la raison, soit dans le peuple qui sans la révélation a cru partout et toujoiirs, des choses absurdes sur Dieu, et s'est précipité dans toutes sortes de hontes, soit dans les philosophes dont nous avons dit un mot au n" 59. Aussi quelques-uns d'entre eux attendaient-ils un Dieu qui leur fit connaître la vérité. Dieu, qui dans sa bonté donne à tous avec abondance, n'a pas, sans doute, privé sa créature d'un bien qui lui était moralement nécessaire. Cherchons donc à quels signes nous pouvons reconnaître sa révélation.
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Art. IV. — On peut reconnaître la vraie révélation.
05. La proposition est certaine, s'il y a (les signes qui alles- .lent manifesleinent qu'une révélation est divine. Or tes signes existent. Il en est d'intrinsèques et d'extrinsèques, de négalits et de positifs. Les signes intrinsèques sont la sainteté de la doctrine et de ceux qui la prêchent, et ces signes sont en même temps négatifs, c'est-à-dire (pie s'ils manquent à une doctrine.
ils rendent certaine ou du moins probable sa fausseté. Les signes extrinsèques sont les miracles et les prophéties, qui sont aussi des signes positifs, c'est-à-dire qu'ils rendent certaine la vérilé de la révélation ; parlons des uns et des autres.
66. I I. Di'S Miracles. — Le miracle considéré comme signe de la révélation divine, est un fait sensible qui dépasse les forces de loule la nature créée ou créabic, et que Dieu seul peut faire : c'est pourquoi on l'appelle de premier ordre. Le miracle de second ordre dépasse les forces de la nature corporelle, mais non celles de la nature spirituelle, ou angéliquo.
Les miracles se distinguent donc du merveilleux, qui n'est qu'un fait naturel, étonnant et rare; du prestige, qui n'est qu'une illusion procluite dans les sens, ou l'imagination, soit par une action humaine, soit par une action diabolique; de la magie^ qui est un fait merveilleux opéré par l'adresse humaine ou par le concours des mauvais esprits. H y a des miracles quant à la substance, ce sonl ceux (\yie la nature ne peut ni produire, ni exiger, commasi l'ombre recule sur un cadran solaire ; il y en a quant au sujet, ce sont ceux que la nature peut produire, mais pas
dans un tel sujet, comme la résurrection d'un mort. Les miracles quant à la substance e[ quant au sujet se nomment miracles contre nature, s'il resie dans la nature des choses une disposition contraire à l'efïet (\ue Dieu produit, comme par exemple, si quelqu'un reste sain et sauf dans une lournaise ardente. S^il n'y a pas dans la nature des choses une disposition contraire à l'effet produit, le miracle est appelé surnaturel. Enfin, il y a des miracles, quoad modum, quant à la manière. Ils ont lieu quand un effet ne dépasse pas, il est vrai, les forces de la nature, pas même dans un sujet déterminé, mais seulement dans la manière dont il est produit, par exemple : la guérison subite d'une maladie grave sans alicun remède. Ces sortes de miracles sont au dernier rang et on les appelle prèternatnrels. Ily a des m\Y^c\e?, physiques, comme celui que fit Josué, en arrêtant le soleil; il y a des miracles intellectuels, comme le don de prophétie; il y a des miracles moraux comme la conversion de Saint Paul.
67. Cela posé, parlons de la possibilité, de l'auteur, de la connaissance, et de la force probante des miracles.
I. Le miracle est possible, c'est de foi. Si quelqu'un dit qu'aucun miracle nepeut se faire, qu'il soit anathème. Vat. c. 4.
Il est facile de le prouver : l^ Par les faits, car de nombreux miracles ont été opérés, comme nous le verrons; 'apparie consentement des peuples ; 3° par la raison. Dieu est tout-puissant et les lois naturelles de ce monde ne sont que contingentes ; celui qui les a établies peut donc y déroger. V. n" 405,
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68. II. De l'auteur du miracle. 1*^ Dieu seul peut opérer des miracles de l^^ ordre, comme il est manifeste d'après ladéfinition que nous en avons donnée; mais pour les opérer, il peut employer, comme instruments, soit les anges, soit même les hommes. 2° Les anges, soit bons, soit mauvais, ont une vertu naturelle qui dépasse les forces de la nature matérielle. Si les corps animés font des choses qui dépassent les forces des corps inanimés, il n'est pas étonnant (pie les esprits qui sont supérieurs aux corps vivants, puissent produire des effets qui sont audessus des lois physiques de ce monde ; mais quand les bons anges font des miracles, ils ne peuvent les faire contre la volonté de Dieu, à laquelle ils sont parfaitement soumis, ni pour tromper les hommes ; les miracles qu'ils font servent donc de preuve à la vérité. Et les mauvais anges ne peuvent faire des miracles de second ordre sans la permission de Dieu. Il est évident, en effet, que la Providence ne peut confier les rênes de ce monde au hasard, et encore moins aux esprits malins. La bonté, la véracité, la sainteté de Dieu, demandent qu'il ne laisse pas égarer les hommes par des prodiges diaboliques. V. n" ^SO. Aussi tous les peuples ont-ils cru que tout dépend de Dieu dans les événements de ce monde.
09. III. Le miracle peut être connu d'une manière certaine. C'est de foi. Si quelqu'un dit que les miracles ne peuvent jamais être connus certainement, qu'il soit anathème.
Vat. canon A. En effet, 1° il ne jieul y avoir de doiile sur le fait miraculeux lui-même, qui est 'sensible comme fout autre lait ;
et 2o nous pouvons être sûrs qu'un tel fait est au-dessus des forces de la nature, si nous connaissons bien ces forces. Et nous les connaissons en effet.
Sans doute, nous ne connaissons pas toutes les lois, mais il faut bien convenir que nous en connaissons au moins quelques-unes; autrement, c'en serait fait de toute science. Il suffit que nous connaissions bien une loi pour pouvoir conclure sûrement que l'effet, qui lui est contraire, est un miracle. Nous connaissons aussi quelques propriétés de quelques êtres au moins, de telle sorte (|ue nous savons certainement, au moins ce que ces êtres ne peuvent pas fai'e, par ex. nous n'ignorons pas que le feu est incapable de garder intacts des hommes jetés dans une fournaise ardente ; et cela suffit pour constater un miracle, si ces hommes y restent sains et saufs sans que personne les préserve des atteintes des flammes. Aussi voyons-nous que tous les peuples ont manifesté par des sacrifices leur foi en cette vérité, que Dieu peut, à son gré, laire mourir et faire revivre les êtres qu'il a créés.
70. IV. De la force probante des miracles. Le miracle est la seule preuve, et la preuve certaine de la divinité d'une doctrine. Tous les hommes ont été tellement persuadés de cette vérité, que le miracle est la seule preuve d'une doctrine, qu'ils ont voulu éfayer toujours leurs erreurs sur de prétendus miracles." On ne peut, du reste, regarder comme vraiment divin que ce que Dieului-mêmeatteste.
Le miracle est la preuve certaine d'une doctrine. C'est une vérité de foi, s'il s'agTt d'un miracle proprement dit, fait pour confirmer une docirine, ou
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du moins connexe avec elle, autrement Dieu fournirait à l'erreur le secours de son autorité, et se ferait le fauteur du mensonge. V. n. 74 et suivant. Les miracles de second ordre peuvent aussi prouver la vérité d'une doctrine, s'ils sont faits par les bons anges, qui sont toujours soumis à Dieu, il suffit donc de les discerner des prodiges diaboliques que l'on reconnaît aux signes suivants : 1) s'ils sont surpassés par de plus grands miracles; 2) s'ils sont indignes de Dieu et funestes aux hommes ; 3) s'ils sont opérés par des tiommes pervers.
71 . De par le concile de Trente, l'évèque doit reconnaître et approuver les miracles en s'eniourant d'un conseil composé de théologiens et d'autres hommes pieux. Mais s'il s'agit de miracles opérés par des hommes qui ne sont pas béatitiés, il doit défendre d'en rien publier, transmettre toute l'affaire au Saint Siège et attendre la réponse.
V n. 2:2GG et suivant.
7'2. I II. De la Propuétie. — Dans un sens strict, la prophétie est la prédiction certaine d'un événement futur, qui ne peut être prévu naturellement.
L'ititellect créé ne peut connaître les choses qu'autant qu'elles existent actuellement, ou qu'elles seront produites naturellement dans l'avenir par des causes existant déjà. En dehors de là, sur (|uoi rintellecl créé pourrait-il asseoir sa connaissance? Il n'y a que Dieu qui puisï;e sans un autre moyen que sa divine essence, connaître les choses luinres, dont la cause naturelle n'est pas posée.
Donc, la prophétie est un vrai miracle, qui ne peut être attribué qu'à Dieu seul. Tout ce que nous avons dit du miracle s'ap-
plique donc à la prophétie vraiment divine qu'on reconnaît aux siijnes suivants: il faut (ju'elle soit 1) digne de Dieu, 2) entourée de miracles, 3) vérifiée par l'événement. C'est donc par les miracles et par les prophéties que nous reconnaissons d'une manière certaine, la révélation divine, qui existe en réalité et dont nous allons traiter.