‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 100 sur 170 · CONTRADICTION DES MACHINES — ORIGINE DU CAPITAL ET DU SALARIAT · texte numérisé non relu

CONTRADICTION DES MACHINES — ORIGINE DU CAPITAL ET DU SALARIAT

Les machines abrègent et diminuent le travail, et éliminent la production des travailleurs. Elles substituent l'opération mécanique au travail de l'homme. Mais hors du travail pas de subsistance, c'est la société qui fait exécuter ce nouvel arrêt. Les machines sont donc une source de richesse et une cause permanente et fatale de misère. Là où il fallait cent ouvriers, il n'en faut plus que dix.

«L'insubordination de nos ouvriers, dit un industriel anglais, nous a fait songer à nous passer d'eux ; nous avons remplacé les hommes par des instruments plus dociles. La mécanique a délivré le capital de l'oppression du travail.

Mais si les ouvriers vous coûtent, ils sont vos acheteurs ; que ferez-vous de vos produits? Les machines, après avoir frappé les ouvriers, frappent les maîtres. Si la production exclut la consommation, bientôt elle-même sera forcée de s'arrêter. Quatre faillites ont mis dix-huit cents personnes sur le pavé ; ces faillites avaient pour cause le trop-plein de la production, ce qui veut dire l'insuffisance des débouchés, ou la détresse du peuple. Quel malheur que les ma- 4 chines n'achètent pas les tissus qu'elles fabriquent. — Les " ouvriers se mettent moins en grève, ne voulant pas

ajouter la misère de leurs chômages volontaires à la misère que leur créent les machines ; mais la situation est la même.

On évaluait en 1791 la production du blé en France à 47 millions d'hectolitres — en 1840, la production du blé est de 70 millions d'hectolitres, la surface cultivée étant à peu près la même qu'avant la Révolution. — La masse des tissus a triplé depuis cinquante ans. — La vie moyenne depuis un siècle s'est accrue de deux ou trois ans. Les machines ont donc contribué au bien-être général, cela est exact. Yoilà pour le côté optimiste.

Oui, mais cinq cent mille personnes à Paris sont dans la misère ou le malaise, mais le mal existe. C'est la cessation du travail, la surproduction des machines qui le produit. A Paris, dans les quartiers pauvres, il meurt une personne sur vingt-six, et dans les quartiers riches, sur cinquantedeux. A Mulhouse, ville manufacturière, les probabilités de la vie moyenne sont de vingt-neuf ans pour les enfants de la classe aisée, et de deux ans pour ceux des ouvriers. La misère se répand davantage à mesure que l'industrie se concentre.

Les machines nous ont donné un surcroît de richesse, mais elles nous ont dotés du même coup d'un surcroit de misère. — Quant à la liberté, c'est encore pis : les machines nous ont donné le salariat. Quatre mille kilomètres de chemins de fer donnent à la France un supplément de cinquante mille serfs.

Avec les machines, le droit divin, c'est-à-dire le principe d'autorité, fait son entrée dans l'économie politique. Le capital, le privilège, le monopole, la commandite, le crédit, la propriété, etc., voilà le pouvoir, Tautorité, la souveraineté. Gela doit-il exister? Les machines, au lieu de concourir au bien-être de tous, doivent-elles faire surtout le bonheur de la classe la plus riche?

DES PRÉSERVATIFS CONTRE l'iNFLUENCE DÉSASTREUSE DES MACHINES

Réduction de main-d'œuvre est synonyme de resriction du marché. Si le producteur gagne moins il achètera moins, autrement dit, surproduction et dénûment. Voilà les deux fléaux plus redoutables que l'incendie et la peste, et cependant il faut produire, produire toujours, produire à bon marché, à cause de la concurrence.

Contre cette alternative, quels moyens proposer ? M. Blanqui demande la participation de la commandite au profit du travail collectif de toutes les industries. Mais cela n'améliorera pas la situation de l'ouvrier, nous l'avons montré, de plus de quinze centimes. Cela doit-il venir de la bonté du maître? Du reste, cela tend au communisme. Alors, dit-on, les machines doivent appartenir à l'Etat. C'est encore la même illusion, car le moteur des machines, c'est le travail, ce sont les débouchés.

La classe ouvrière, dans Paris et dans les grandes villes, est révolutionnaire, mais elle le serait bien plus si elle comprenait le mécanisme de la propriété, et si elle acquérait des idées de justice et d'ordre.

Mais, dit-on, il faut fixer les salaires. Ces tarifs ont été faits en Angleterre et ils ont été aussitôt violés qu'acceptés par les maîtres et les ouvriers.

Voilà pour les machines; elles produisent la richesse et la misère comme la division du travail.

Page 1