‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 12 sur 82 · GCEBUE DES ATHÉNIENS EN SICILE · texte numérisé non relu

GCEBUE DES ATHÉNIENS EN SICILE

La ville d'Éffcsfe , en Sicile , qui se disait opprimée' par ceux de Séliuonte et de Syracuse, implora l'assis-' tance des Athéniens dont elle était alliée. Des députés que la république envoya sur les lieux firent à leur re- ' tour un rapport infidèle de l'état des choses. L'expédition (ut donc résolue , et l'on nomma pour généraux , Alcibiade, Nicias et Lamachus. On se flattait tellement du succès, que le sénat régla d'avance le sort des difl'é-, rens peuples de la Sicile.

Le premier projet fut d'abord d'envoyer soixante galères dans cette île. Nicias , qui était opposé à l'expédition , voulant l'empêcher par une voie indirecte , représenta qu'outre la flotte il fallait une armée de terre , et mit devant les yeux des citoyens l'effrayant tableau des préparatifs, des dépenses, et du nombre de troupes qu'exigeait une telle entreprise. On le prit au mot , et l'on donna aux généraux plein pouvoir de disposer de toutes les forces de la république.

[ An 41 5 avant J. C. ] Tout était prêt pour le départ , lorsque Alcibiade fut dénoncé pour avoir , avec quelques compagnons de ses débauches, mutilé pendant la nuit les statues de Mercure , placées dans les diilérens quartiers de la ville , et représenté , à l'issue d'un souper , les cérémonies des redoutables mystères d'Eleusis. Rassuré contre la fureur de la multitude par les dispositions de la flotte et de l'armée, il se présente à l'assemblée, détruit les soupçons élevés contre lui, et tîeinande la mort s'il est coupable, une réparation éclatante s'il ne l'est pas. Ses ennemis font différer son jugement jusqu'à son retour; et il part chargé d'une accusation qui tient le glaive des lois suspendu sur tiHe.

58 INTRODrCTION.

La floUe, composée de trois cents voiles, s'était rassemblée à Corcyre ; elle ?c rendit à Rhe^rjum , à l'extréniilé de l'Italie. Alcibiade et Nicias manifestèrent leurs Tues dans le premier conseil qui se tint. Celui-ci \oulail s'en tenir au décret des Athéniens, lequel ne portait autre chose que de régler les affaires de Sicile de la manière la plus avaiilageuse aux intérêts de la république, 'et, pour y parvenir, de protéger les Egestaîns contre ceuï de Sélinonte; et, si les circonstances le permet- , talent, d'engager les Syracusains à rendre aux Léontii» Jes possessions dont ils les avaient privés. Tel n'était pas le sentiment d' Alcibiade et de Lamachus. Ce dernier voulait même plus que Alcibiade , qui pensait qu'on devait commencer par des négociations avec quelques villes , pour les soulever contre les Syracusains ; au lieu que Lamachus voulait qu'on marchât à l'instant contre la ville de Syracuse. Mais cet avis ne fut pas suivi, et l'on s'ea tint à celui d' Alcibiade

Ce général s'empara d'abord de Catanc par surprise , Naxos lui ouvrit ses portes. La ville de Messine allait suivre cet exemple , lorsqu'il fut averti que des émissaires de ses ennemis étaient arrivés d'Athènes pour l'arrêter. Il forma d'abord le dessein d'aller confondre ses accusateurs ; mais , ayant réfléchi sur les injustices des Athéniens , il s'échappa et se retira dans le l'éloponése. Sa retraite répandit le découragement dans l'armée. Pour ranimer l'ardeur des soldats, Nicias se détermina à mettre le siège devant Syracuse. Déjà celte ville, vivement pressée , était sur le point de se rendre , lorsqu'un général îacédémonicn , nommé Gylippc , parvint à y entrer avec quelques troupes, il releva le courage des assiégés , battit les assiégeans , et les tint renfermés dans leurs relrancliemens '.

Une nouvelle flotte athénienne , sous les ordres de Démoslhcne et d'Eurvraédon, vint aborder près de Sj-

racnse. Ces nouvelles troupes ne furent pas plus heureuses que celles qu'elles étaient venues renforcer. Par la faute de jVicias, qui ne voulut pas remettre à la voile , comme Démosthèue le lui avait conseillé , les Athéuiens furent battus par terre et sur mer, et obligés d'abandonner leur camp, leurs malades, leurs vaisseaui , et de se retirer au nombre de quarante mille hommes dans quelques villes de Sicile. Pendant leur retraite , poursuivis par Gy lippe , à la tête des Syracusains, ils eurent à lutter contre des obstacles sans cesse renaissaos. Démoslhène , qui commandait l'anière-garde , ayant été poussé dans un lieu resserré , fut forcé de se rendre. Nicias ne fut pas plus heureux : il perdit huit mille hommes près du lieuve Asinarus , et se rendit à &ylippe. Un nombre prodigieux de prisonniers furent conduits à Syracuse , et périrent tous , ou de maladies ou dans les fers , à l'exception de quelques-uns qui durent leur liberté aux pièces d'Euripide, que l'on connaissait à peine alors en Sicile, et dont ils récitaient les plus beaux endroits à ceux à <iui ils avaient été vendus comme esclaves. Nicias et Démosthène furent rais à mort malgré les efforts de Gylippe pour leur sauver là vie.

Athènes fut accablée d'un revers si imprévu. D'autres malheurs l'attendaient encore. Ses alliés étèdent sur'4è point de secouer son joug ; les autres peuples conjuraijent sa perte ; ceux du Péloponèse s'étaient déjà crus a^utorisés , par son exemple , à rompre la trêve. Alcibiade jouissait àLacédémonedu crédit qu'il obtenait partout. Après avoir engagé les Lacédémoniens à donner dusecoiifâ^ux Syracusains , et à recommencer leurs courses ^aiis l'Atûque , il se rendit sur les côtes de l'Asie-MÎQeure , où il fit déclarer en leur faveur Ghio et Milet , et. d'autres vilr les florissantes. Il captiva par ses agrémeos, Tissapheriiiç, gouverneur de Sardes ; et le roi de Peyse se,Qh£)rgeide l'enlrelien de la flotte du Péloponèse.

60 IHTEODICTIO:*.

Celle seconde guerre eût été bienlôt lerminée , si Alcibiadc, poursuivi par Agis, roi de Lacédémoue, dont il avait séduit l'épouse , et par les autres chefs de la ligue , à qui sa gloire faisait ombrage , n'eût suspendu les efforts de Tissapherne , et les secours de la Perse, sous prétexte qu'il était de l'intérêt du grand roi de laisser les Grecs s'affaiblir mutuellement.

Les Athéniens ne lardent pas à révoquer le décret de son bannissement ; il se met à leur tête, soumet les places de l'Hellespont , et force les gouverneurs du roi de Perse à signer un trailé avantageux aux Athéniens, et Lacédéaione à leur demander la paix ; demande qui fut rejetée , parce que , se croyant désormais invincibles sous la conduite d'Alcibiade , ils avaient passé rapidement de la consternation la plus profonde à la plus insolente présomption.

Quand ce général revint dans sa pairie, son arrivée , son séjour , l'empressement qu'il mit à se justifier , furent pour lui une suite continuelle de triomphes , et de fêtes pour le peuple; et , quand on le vit sortir du Pirée avec une flotte de cent vaisseaux , personne ne douta que les peii;»les du Péloponèse ne subissent bientôt la loi du vainqueur , et que la conquête de l'Ionie ne fût anuoa- «ée-incessammentpar un courrier.

■ On se berçait de ces flatlcuses espérances , lorsqu'on â'pprit que quinze galères athéniennes étaient tombées ain pouvoir des Lacédémonicns. Le combat s'était donné au mépris des ordres d'Alcibiade , et lorsqu'il levait en ibnic des contributions pour la subsistance des troupes. A la première nouvelle de cet échec , il accourut , cf offrit la bataille au vainqueur, qui n'osa pas l'accepter. 11 avait réparé l'honneur d'Athènes , et la perte était légère ; cependant ses ennemis parvinrent à aigrir le peuple , qui lui ôtale commandement des armées.

. ISTRODtCTJOir. 61

La «^uerre continua encore pendant r(aelqucs années ,' toujours sur mer , et finit par la bataille d'^Egos-Polamos , que les Lacédémoniens gagnèrent dans le détroit de l'Hellespont. Lysander , qui les commandait , surprit la flotte athénienne , s'en rendit maître , et fit trois mille prisonniers [ an 405 avant J. C. ]

La perte de celte bataille entraîna celle d'Athènes, qui, après un siège de quelques mois, se rendit faute de vivres. Ses habitans furent condamnés non seulement à démolir les fortifications du l'irce , mais encore à livrer leurs galères , à l'exception de douze ; à rappeler leurs bannis ; à retirer leurs garnisons des villes dont ils s'étaient emparés ; et à suivre leurs vainqueurs par terre et par mer , dès qu'ils en auraient reçu l'injonction. Leurs murailles furent abattues au son des instrumens ; et quelques mois après , il leur fut permis d'élire trente magistrats , qui , au lieu d'établir une nouvelle forme de gouvernement , usurpèrent l'autorité.

Des troupes lacédémoniennes qu'ils ont obtenues de Lysander , et trois mille citoyens qu'ils se sont associés pour adermir leur tyrannie , protègent ouvertement leurs injustices. La nation tombe tout-à-coup dans l'excès de la servitude. L'exil, les 1ers, la mort, deviennent le partage de ceux qui osent se plaindre , ou qui semblent condamner la tyrannie par leur silence. Celte tyrannie ne subsista que huit ans; et, dans ce court espace de temps, plus de quinze cents citoyens furent massacrés et privés des honneurs funèbres ; un plus grand nombre abandonnèrent une ville où les victimes et les témoins de l'oppression n'osaient faire entendre une plainte.

Alcibiade se trouvait alors dans une bourgade de Vhrygie, sous le gouvernement de Pharnabaze , dont il avait reçu des marques de distinction et d'amitié. II s'y croyait parfaitement en sûreté, lorsque tout-à-coup des assassins , envoyés par le satrape, entourent sa mair

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«on, el n'osant pas l'attaquer, y mettent le feu. Il s'élance , l'épée à la main , à travers les flammes, écarte les barbares , et tombe sous une grêle 4e traits : il était alor< âgé de quarante ans.

La gloire de délivrer sa patrie était réservée à Trasibule. Ce généreux citoyen , placé par son mérite à la tête de ceux qui avaient pris la fuite , s'empara du Pirée , et appela le peuple à la liberté. Quelques-uns des tyrans périrent les armes à la main , d'autres furent condamnés à perdre la vie. Une amnistie générale ramena la tranquillité dans Athènes. Quelques années après, cette ville secoua le joug de Lacédéraone , rétablit la démocratie , et accepta le traité de paix que le Spartiate Antalcidas conclut avec Artaxercès. I ar ce traité, les colonies grecques de l'Asie- Mineure et quelques lies voisines furent abandonnées à la Perse , et les autres peuples de la Grèce recouvrèrent leurs lois et leur indépendance. Ainsi furent terminés les différends causés par la guerre des Mèdes et par celle du Péloponè&e.

CÊFX.EXI0KS SCa LE SIECLE DE PÈBICLÈJS.

Au coramencemont de la guerre du Pélopouèse , les Athéoieus durent être extrêmement surpris de se trouver si différens de leurs pères. Bientôt le mérite n'obtint que l'estime ; la considération fut réservée pour le crédit : toutes les passions se dirigèrent vers l'intérêt personnel , et toutes ics sources de corruption se répandirent avec profusion dans l'état. L'amour , qui auparavant se cou- .Trait des voiles de l'hymen et de la pudeur , brûla ouvertement de feux illcgitimeà. Les courtisanes, dont plusieurs vinrent de l'ionie, se multiplièrent dans l'Attique et dans toute la Grèce. Périclès, témoin d'un abus qui fÏDivorisait ses vues ambitieuses , n'essaya point de le cor-

INTRODl'CTIOW. 63

.xigcr. La célèbre Aspasie , née à Milet, en lonie , sa maîtresse et ensuite son épouse , lui prêta le secours des charmes de son esprit et celui de sa beauté. Elle osa former une société de courtisanes , donl les altraits devaient attacher les jeunes Athéniens à ses intérêts. Les poètes comiques se déchaînèrent contre elle, mais ils nel'empê^ chèrent pas de rassembler dans sa maison la meilleure compagnie d'Athènes.

Périclés autorisa la licence, Aspasie l'étendit, Alcibiade la rendit aimable. La nation , entraînée par les charmes de cet Athénien, devint complice de ses égaremens, et à force de les excuser , elle finit par en prendre la défense. Sa funeste influence sur les moeurs publiques subsista long-temps après sa mort.

Vers le temps de la guerre du Péloponèse , et quand la licence faisait chaque jour de nouveaux progrès , la nature redoubla ses efforts, et fit soudain éclore une foule de génies dans tous les genres. Athènes en produisit plusieurs ; elle en vit un plus grand nombre venir chez elle briguer l'honneur de ses suffrages. Sophocle , Euripide et Aristophane brillaient sur la scène ; Anliphon , Andocide et Lysias se distinguaient dans l'éloquence 5 Thucyclide , encore frappé des applaudissemens qu'avait reçus Hérodote lorsqu'il lut son histoire aux Athéniens , 8e préparait à en mériter de semblables ; Socrate transmettait une doctrine sublime à des disciples dont plusieurs ont fondé des écoles ; d'habiles généraux faisaient triompher les armes de la république , les plus superbes édifices s'élevaient sur les dessius des plus savans architectes ; les pinceaux de Polygnote , de Parrhasius et de Zeuiis, les cbeaux de Phidias et d'Alcamène décoraient à l'envi les temples , les portiques et les places publiques. Tous ces grands hommes , tous ceux qui florissaient dans d^autres cantons de la Grèce , se reprodubaient dans des élèves dignes de les remplacer , et il était aisé de voir que

€Û IHtaOMJCTlOS.

le siècle le plus corrompu serait bientôt le plus éclairé des siècles.

Les sciences s'annonçaient tous les jours par de nouvelles lumières, et les arts par de nouveaux progrès. La poésie n'augmentait pas fon éclat ; mais , en le conservant , elle l'employait par préférence à orner la tragédie et la comédie, portées tout-à-coup à leur perfeclion. L'histoire , assujélie aux lois de la critique , rejetait le merveilleux, discutait les faits, et devenait une leçon puissante que le passé doiinait à l'avenir. Les règles de la logique et de la rhétorique , les abstractions de la métaphysique , les maximes de la morale , furent développées dans des ouvrages qui réunissaient à la régularité des plans la justesse des idées et l'élégance du style.

La Grèce dut en partie ces avantages à l'influence de ïa pliilosopliie , qui sortit de l'obscurité , aprèi les victoires remportées sur les Perses, Zenon y parut, et les Athéniens s'exercèrent aux subtilités de l'école d'Élée. Anaxagore leur apporta les lumières de celle de Thaïes, et l'on commençait enfin à croire que les éclipses , les monstres et les autres écarts de la nature ne devaient plus être mis au rang des prodiges. Cependant les philosophes, persécutés, bannis , apprirent que la vérité, pour être admise parmi les hommes , ne doit pas se présenter à visage découvert , mais se glisser furtivement à la suite de i'erreur

Les arts , ne trouvant point de préjugés populaires â combattre, prirent tout-à-coup leur essor. Ues concours solennels furent établis à Delphes , à Corinthe , à Athènes , et en d'autres lieux ; mais Athènes surpassa en magnificence toutes les autres villes de la Grèce. Sous Périclès , le goût des arts commença à s'introduire parmi un petit nombre de citoyens, celui des tableaux et des statues chez les gens riches. Dès lors, ou entironna d'une grande considération les artistes qui se distin-

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guaient par d'heureuses hardiesses. Les uns travaillèrent gratuitement pour la république , et on leur décerna des honneurs ; d'autres s'enrichirent , soit en formant des élèves, soit en exigeant un tribut de ceux qui venaient dans leurs ateliers admirer les chefs-d'œuvre sortb de leurs mains. Zeuxis parvint à une si grande opulence,' que , sur la fin de ses jours , il faisait présent de ses tableaux , sous prétexte que personne n'était eo état de les payer.

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