‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 17 sur 82 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Description de Lesbos. — PiUacus. — Arion. — Tei-pandre . — Alcée. — Sapho.

Je profitai de mon séjour dans l'Ile de LesLos pour m'instruira de tout ce qui la concernait.

On donne à I^esbos onze cents stades de tour (près de quarante-deux lieues). La ])riucipale richesse des îiahitans consiste dans leurs vins, qu'en diflerens pays on préfère à tous ceux de la Grèce. Le long des côtes, la nature a creusé des baies autour desquelles se sont élevées des villes que l'art a fortifiées , et que le commerce a rendues florissantes : telles sont Mitylène, Pyrrlia , Méthyrane , Arisba , Eressus , Antissa. Leur histoire n'offre qu'une suite de révolutions. Après avoir long-temps joui de la liberté , ou gémi dans la servitude , elles secouèrent le joug Ces Perses, du

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temps de Xercès -, et , pendant la é>uerre du Péloponèse , elles se détachèrent plus d'une fois de l'alliauce des Athéniens; mais elles furent toujours obligées d'y rentrer, et elles y sont encore aujourd'hui.

Lesbos est le séjour des plaisirs , ou pfctôt de la licence la plus efïrénée. Ses liaBÎtansontsur la morale des principes qui se courbent à volonté , et se prêtent aux circonstances avec la môme facilité que certaines règles de plomb dont se servent \cs architectes. Il régnait, dans ce nouveau monde , une liberté d'idées et de senti mens qui' m'affligea d'abord; mais insensiblement les hommes m'apprirent à rougir de ma sobriété , et les femmes de ma retenue. Mes progrès furent moins rapides dans la politesse des manières et du langage.

Pendant le cours de cette éducation , je m occupai des personnages célèbres que Lesbos à produits. Je placerai à ia tête des noms les plus distingués celui de Piltacus, que la Grèce a mis au nombre de sas sages. Après avoir -délivré sa patrie de l'oppression des tyrans , de la guerre contre les Athéniens , et de ses divisions iatesti- UGs , il n'accepta îe pouvoir qu'elle lui tiOUïia que pour lui faire présent d'une

sage législation. Quand ses lois eurent été mises en vigueur, il abdiqua sans fastele pouvoir souverain.

Après Pittacus , je dois nommer Arion, de Métymne, et Terpandre, d'Antissa. Le premier , qui vivait il y a environ trois cents ans , a laissé un recueil de poésies qiFil chantait au son de sa lyre , comme faisaient alors tous les poètes. A son retour de Sicile , où il avait remporté le prix dans un combat de musique , il s'embarqua à Tarente sur un vaisseau corinthien. Les matelots allaient le jeter à la mer pour s'emparer de ses elTcts , lorsqu'il s'y précipita lui-même, après avoir vainement tenté de les fléchir par la beauté de sa voix. Un dauphin, plus sensible, le transporta, dit -on, au promontoire de Ténare. Ce fait, attesté par Arion dans une de ses hymnes, conservé dans la tradition des Lesbiens , me fut confirmé à Corinthe , oii l'on dit que Périandre fit mourir les matelots.

Terpandre vivait à peu près dans le même temps qu'Arion. 11 ajouta trois cordes à la lyre , qui auparavant n'en avait que quatre 5 composa , pour divers instrumens, des airs qui servirent de modèles; introcluisit de nouveaux rhythmes dans la

poésie , et mit l'intérêt d'une action dans les hymnes qui concouraient aux combats de musique.

Environ cinquante ans après Terpandre, florissaient à Mitylène, Alcée et Sapho , tous deux placés au premier rang des poètes lyriques. Le premier chanta les dieux , et surtout ceux qui président aux plaisirs ; ses amours , ses travaux guerriers, ses voyages, et les malheurs de l'exil. Son génie avait besoin d'être excité par l'intempérance , et c'était dans une sorte d'ivresse qu'il composait ces ouvrages qui ont fait l'admiration de la postérité. Il réunit la douceur à la force , la richesse à la précision et à la clarté.

L'image de Sapho est empreinte sur les monnaies des Lesbiens , qui sont remplis de vénération pour sa mémoire. Comment concilier, demandai -je à un citoyen de Mitylène , les sentimens qu'elle a déposés dans ses écrits , et les honneurs que vous lui décernez en public , avec les mœurs infâmes qu'on lui attribue sourdement?

11 me répondit : Nous ne connaissons pas assez les détails de sa vie pour en juger. Quand je lis quelques-uns de ses ouvrages, je n'ose pas l'absoudre ; mais elle eut du mérite et des ennemis , et je n'ose pas la condamner.

Après la mort de son époux , elle consacra son loisir aux lettres , dont elle entreprit d'inspirer le goût aux femmes de Lesbos. Plusieurs d'entre elles, et môme des étrangères, se mirent au nombre de fcs élèves. Elle les aima tendrement, et leur exprima sa tendresse avec la violence de la passion. Ses intentions étaient peuti^trc fort pures; mais une certaine facilité de mœurs, et la chaleur de ses expressions, ne furent que trop propres à servir la haine de quelques femmes puissantes qu'humiliait sa supériorité. Persécutée par elle.s, elle prit la fuite, et se retira en Sicile , où j'entends dire qu'on doit lui élever une statue.

Sapho était extrêmement sensible. Elle aima Phaon, dont elle fut abandonnée.

Désespérant de le ramener , elle tenta lé saut de Leucade , et périt dans les flots.

Cette femme célèbre a fait des hymnes, des odes , des élégies , et quantité d'autres pièces, toutes brillantes d'expressions dont elle a enrichi la langue. Quelle attention dans le choix de ses sujets et des mots! Elle a peint tout ce que la nature ofïïe de plus riant , et avec les couleurs les mieux assorties. Son goût brille jusque dans le mécanisme de son style. On trouverait à

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peine dans une pièce entière quelques sons que l'oreille la plus délicate voulût supprimer.

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