‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 23 sur 82 · I02 ABREGE DU VOYAGE · texte numérisé non relu

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les lumières éparses dans les contrées qu'il avait parcourues; et, des opinions des philosophes qui l'avaient précédé , il composa un système , qu'il développa dans ses écrits et dans ses conférences. Ses ouvrages sont en forme de dialogues , Socrate est le principal interlocuteur , et Ton prétend qu'à la faveur de ce nom il accrédite les idées qu'il a conçues ou adoptées. »

Comme Apollodore finissait, je lui demandai : « Quel est ce jeune homme maigreet sec que je vois auprès de Platon , qui grasseyé , et qui a les yeux petits et pleins de feu ? — C'est , me dit-il, Aristote deStagyre , fils d'un médecin ami d'Amyutas, roi de Macédoine : je ne connais personne qui ail autant d'esprit et d'application. Platoa le distingue de ses autres disciples, et ne lui reproche que d'être trop recherché dans ses habits.

<f Celui que vous voyez auprès d' Aristote, continua Apollodore , est Xénocrate de Chalcédoine. C'est un esprit lent et sans aménité. Platon l'exhorte souvent à sacrifier aux grâces. 11 dit de lui et d' Aristote y que l'un a besoin de frein , et l'autre d'éperons.

« Cet autre jeune homme qui paraît être d'une santé si délicate , et qui remue les épaules par intervalles, c'est Démosthène:

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il vient de gagner iinprocès contre ses iluteurs , qui voulaient le frustrer d'une.partile de son bien. Il a plaidé lui-mêrae sa cause , Quoiqu'il ait à peine dix-sept ans. 11 vient de se consacrer au barreau. La nature lui a donné une voix faible , une respiration embarrassée , une prononciation désagréable; mais elle Ta doué d'un de ces caractères fermes qui s'irritent par les obstacles. S'il vient dans ce lieu, c'est pour y puiser à la fois des^principes de philosophie et des leçons d éloquence.

<f Le même motif attire les trois élèves <^uevousvoyezauprèsdeDémosthène. L'u]i|i s'appelle Eschine : c'est ce jeune Jiomiïip si brillant de santé ; il a des grâces dià^.^ l'esprit , et cultive la poésie avec succès. Le second s'appelle Hypéride , et le troisième Lycurgue. Ce dernier appartient aune de? plus anciennes familles de la république. »

C'était ordinairement dans les allées de l'académie que Platon donnait ses leçons, car il regardait la promenade comme plus jUtile à la santé que les exercices viplens .du gymnase. Pendant qu'il entretenait ses disciples , ses amis , et ses ennemis même , ]e vis arriver un homme de quarante-cinq ans, sans souliers, sans tunique, une longue i>arbe , un bâton à la main , une besace

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sur répaule , et un. manteau sous lequel il tenait un coq vivant et sans plumes : il le Jeta au milieu de l'assemblée , en disant : «c Voilà l'homme de Platon j » et disparut ^aussitôt. Platon sourit. Apollodoreme dit : « Platon avait défini l'homme un animal -à deux pieds, sans plumes j Diogèneavoulu montrer que cette définition n'es t pas exacte. AUonsnousasseoirsous ce platane, continua Apollodore , je vous dirai en peu de mots quel est cet inconnu , et je vous ferai connaître quelques Athéniens célèbres qui se promènent dans les allées voisines. » Nous nous assîmes en face d'une tour qui porte le nom de Timon le Misanthrope , et d'une colline couverte de verdure et de maisons, qui s'appelle Colone.

« Vers le temps où Platon ouvrait son école à l'académie, reprit Apollodore, Antisthène , autre disciple de Socrate , établis- .sait la sienne sur une colline placée de l'autre côté de la ville. 11 fit consister la Tenu dans le mépris des richesses et de la volupté j et , pour accréditer ses maximes , il parut en public un bâton à la main , une besace sur les épaules , comme un de ces infortunés qui exposent leur misère Jïux passans. La singularité de ce spectacle lui attira d'abord des di-sclples au nombre

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desquels se mit Diogène , qui venait d'être banni de sa patrie avec son père , accusé d'avoir altéré la monnaie. Antistliène cherchait à corriger les passions, Diogène voulut les détruire. L'homme dont celui-ci s'est formé le modèle , et qu'il cherche quelquefois une lanterne à la main ; cet homme , étranger à tout ce qui l'environne, inaccessible à tout ce qui flatte les sens , qui se dit citoyen de l'univers , et qui ne saurait l'être de sa patrie ; cet homme , dis-je , serait aussi inutile que malheureux dans les sociétés policées , et n'a pas même existé avant leur naissance.

« Pour retracer en lui-même cet homme imaginaire , il s'est soumis aux plus rudes épreuves, et s'est affranchi des plus légères contraintes. Vous le verrez lutter contre la faim, l'apaiser avec les alimens les plus grossiers , tendre quelquefois la main aux passans ; pendant la nuit , s'enfermer dans un tonneau ; se rouler en été sur le sable brûlant ; marcher en hiver pieds nus dans la neige j satisfaire à tous ses besoins en public et dans les endroits fréquentés par la populace; affronter et supporter avec courage le ridicule , l'insulte et l'injustice, et choquer dans hs choses les plus indifférentes les usages établis.

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« Cet homme singulier a de la profondeur dans l'esprit , de la fermeté dans l'âme, de la gaieté dans le caractère. La liberté qui règne dans ses discours le rend agréable au peuple. On l'admet dans la bonne compagnie , dont il charme les ennuis par des reparties promptes , quelquefois heureuses, et toujours fréquentes^ parce qu'il ne se refuse rien. Je ne crois pas qu'il se soit livré aux excès dont ses ennemis l'accusent , et ]e souscrirai toujours au jugement de Platon , qui a dit de km, que c'était Socrate en d«lire. »

Dans ce moment , nous vîmes passer un homme qui se promenait lentement auprès de nous ; il paraissait âgé de quarante ans. Apollodore s'empressa de l'aborder , d'un air mêlé de respect et de sentiment. « C'est Phocion, me dit-il en revenant près de moi. Ce nom doit à jamais réveiller en vous l'idée de la probité même : il fréquenta de bonne hevu'c l'académie ; après en être sorti, il servit sous Chabrias, qui lui dut en grande partie la victoire de JXaxos. D'autres occasions ont fait connaître ses talens pour la guerre. Pendant la paix , il cultive un petit champ dont le produit sullirait à peine aux besoins de l'homme le plus modéré , et qui lui prOf

cure néanmoins un superflu avec lequel il soulage les besoins des autres.

« Vous ne le verrez jamais ni rire ni pleurer, quoiqu'il soit heureux et sensible. Que le nuage sombre dont ses yeux sont obscurcis ne vous effraie pas 3 il est humain, facile, indulgent pour nos faiblesses : il n'est amer et sévère que pour ceux qui corrompent les mœurs par leurs exemples , ou qui perdent l'état par leurs conseils.

Après Phocion venaient denx Athéniens dont l'un se faisait remarquer par une' taille majestueuse et une figure imposante. « Il est fils d'un cordonnier, me dk ApoUodore, et gendre de Gotys , roi de Tbrace; il se nomme Iphicrate. L'autre est fils de Conon, qui fut un des plus grands hommes de ce siècle ; c'est Timothée. Tous deux, à la tête de nos armées, ont main-' tenu pendant une longue suite d'années la gloire de la république j tous deux ont su' joindre les lumières aux talens , les ré-' flexions à l'expérience , la ruse an courage 5 ils ont tous deux le talent de la parole, li'-éloquence d'Iphicrate est pompeuse et vaine , celle de Timothée plus simpld et plus persuasive. Nous leur avons élevé des statues; peut-être les bannirons-nous un jour. »

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