‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en GrèceChapitre 1 sur 65 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

tourent, elle est hérissée de montagnes , quelques-unes d'une hauteur prodigieuse, presque toutes peuplées de bêtes fauves et couvertes de forêts. Les campagnes , fréquemment entrecoupées de rivières et de ruisseaux , fournissent , en général , du blé et du grain en abondance. Les^âturagesy sont excellens , surtout pour les ânes et pour les cliev^aux , dont les ïâGes^soHt^^très estimées.

Les Arcadieus se regardent comme les enfans de la terre , parce qti'ils ont toujours habité le même pajs , et qu'ils n'ont jamais subi un joug étranger. Ils aiment la poésie , le chant, la danse et les fêtes, lis sont humains , bienfaisans , hospitaliers, patiens dans les travaux , obstinés dans leurs entreprises , au mépris des obstacles et des dangers. Ils ont souvent combattu avec succès , toujours avec gloire.

Soumis anciennement à des rois, ils-'se divisèrent dans la suite en plusieurs républiques. Mantinée et Termidas sont à la tête de cette confédération , qui serait trop redoutable , si elle réunissait ses forces , car le pays est très peuplé ; mais la jalousie du pouvoir entretient sans cesse la aivi^ion dans les grands et les petits états.

Lorsque nous entrâmes à Mégalopoiis ,

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il n?y avait qu'environ quinze aps que celle ville avait été fondée par EpaminondaB.

îious fûmes étonnés de la grandeur de son enceinte et de la hauteur de ses muraille?, flanquées de tours. Elle donnait déjà de l'ombrage à Lacédémone. Je m'en étais aperçu dans un entretien avec le roi Arciiidamus. Quelques anpées après , il attaqua cette colonie naissante , et finit par signer un traité avec elle.

Nous avions résolu de faire le tour de l'Arcadie. Ce pays n'est qu'une suite de tableaux où la nature a déployé la grandeur etla fécondité de ses idées , et qu'elle a rapprochés négligemment, sans égard à la différence des genres. La main puissante qui fonda sur des hases éternelles tant de rochers énormes et arides, se fit Un jeu de dessiner à Jeur pied , ou dans leurs intervalles , des prairies charmantes , asile de" la' fraîcheur et du repos. Partout, des sites pittoresques , des contrastes imprévus , des effets admiraLles.

Combien de fois , parvenus au sommet d'un mont sourcilleux , nous avons vu la foudre serpenter au-dessous de nous ! Combien de fois encore , arrêtés dans la région ^es nues , nous avons vu tout-à-coup la lumière du jour se changer en une clarté

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•ténébreuse , l'air s'épaissir , s'agiter avec jviolence , et uous offrir un spectacle aussi .'beau qu'effrayant ! Ces torrens de vapeur qui passaient rapidement sous nos yeux , et se précipitaient dans des vallés profondes j 'ces torrens d'eau qui roulaient en mugissant au fond des abîmes, ces grandes masses de montagnes , qui , à travers le fluide épais , dont nous étions environnés , paraissaient tendues de noir j les cris funèbres des oiseaux, le murmure plaintif des vents et des arbres : voilà l'enfer d'Empédocle, voilà cet océan d'air louche et blanchâtre, qui pousse et repousse les âmes coupables, soit à travers les plaines des airs , soit au milieu des globes semés dans l'espace.

Nous sortîmes de Mégalopolis , et , après avoir passé l'Alphée , nous nous rendîmes à Lycosure , au pied du mont Lycée , autrement dit Olympe. Ce canton est plein de bois et de bêtes fauves. Le soir , nos hôtes nous entretinrent de leur ville qui est la plus ancienne du monde , de leur montagne où Jupiter fut élevé, du temple et 'des fêtes de ce dieu. Le lendemain , parvenus au sommet du mont Lycée , nous assistâmes à des jeux célébrés en l'honneur du dieu Pau, auprès d'un temple et d'un petit bois qui lui sont consacrés.

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Les Arcadiens sont très attachés au culte de cette divinité. Ils le représentent sur leurs monnaies. Il poursuit à la chasse les animaux nuisibles aux moissons ; il erre avec plaisir sur les montagnes : de là il veille sur les nombreux troupeaux répandus dans la plaine , et de l'instrument à sept tuyaux, dont il est l'inventeur, il tire des sons qui retentissent dans les vallées voisines.

Pan jouissait autrefois d'une plus brillante fortune ; il prédisait l'avenir dans un de ses temples, oii l'on entretient une lampe quibrùle jour et nuit. Les Arcadiens soutiennent encore qu'il distribue aux morjtels , pendant leur vie , les peines et les récompenses qu'ils méritent. Ils le placent, comme les Egyptiens , au rang des principales divinités , et le nom qu'ils lui donnent semble signifier qu'il étend son empire sur toute la substance matérielle.

Après avoir visité Phigalès , qu'on voit de loin sur un rocher très escarpé ; le mont Elius où l'on voit une grotte qui servit de retraite à Cérès , désolée de la perte de sa fille Proserpine ; le mont Cotysius sur lequel est situé un bourg où nous admirâmes un temple d'Apollon, l'un des plus beaux du Péloponèse ; nous passâmes

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l'Alphée , non loin de Trapezonte j et nous allâmes coucher à Gortys , dont les campagnes sont fertilisées par une rivière du

Blême nom.

Les poètes ont célébré la fraîcheur des eaux du Cjdnus enCilicie , et du Mêlas en î*amphylie. Celles de Gortynius méritaient inieux leurs éloges : les froids les plus ri* goureuxneles couvrent jamais de glaçons, et les chaleurs les plus ardentes ne sauraient altérer leur température. Soit qu'on s'y Laigne , soit qu'on en fasse sa boisson, elles procurent des sensations délicieuses.

Outre cette fraîcheur qui distingue les^ eaux de l'Arcadie , celles du Ladon , que nous traversâmes le lendemain , sont si transparentes et si pures , qu'il n'eu est pas de plus belles sur la terre. Près de ses bords, ombragés de superbes peupliers , nous trouvâmes les filles des contrées voisines dansant autour d'un laurier, auquel on venait de suspendre des guirlandes de fleurs. La jeune Clytie , s'accompagnant de sa lyre, chantait les amours de Daphné, fille du Ladon, et de Leucippe, fille du roi de Pise.

INous remontâmes le Ladon, et, tournant à gauche , nous prîmes le chemin de Psophis. Cette ville, l'une des plus anciennes

du Péloponèse, est située sur les confins de.l'Arcadie et de l'Élide. Deux objets y- Tuèrent notre attention. Nous vîmes lé lombeau de cet x-^lcméon qui , pour obéir aiUL' ordres de son frère Ampluaraùs , tua sa- mère Eryphile , fut pendant très longtemps poursuivi par les Furies^ et termina malheureusement une vie horriblement agitée.

Près de son tombeau, qui n'a pour ornement que des cyprès d'une hauteur extraordinaire, on nous montra un petit champ et.une petite chaumière. C'est là que vivait, îî y a quelques siècles , un citoyen pauvre et vertueux , nommé Aglaûs. Sans crainte, sans désirs , ignoré des hommes , ignorant ce qui se passait parmi eux, il cultivait paisiblement son petit domaine, dont il n'avait jamais passé les limites. Il était parvenu à une extrême vieillesse, lorsque des ambassadeurs du puissant roi de Lydie, Gygès ou Crésus, furent chargés de demander à l'orale de Delphes s'il existait 'sur la terre entière un mortel plus heureux que ce prince? La pythie répondit : « A glaùs de Psophis. »

De Psophis nous nous rendimes à Phénéos. Celte ville , quoique l'une des principales de l'Arcadie, ne contient rien de

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remarqnable ; mais la plaine voisine offrit à nos yeux un des plus beaux ouvrages de l'antiquité. Ou ne peut en fixer l'époque.-' On voit facilement que , dans des siècles très reculés , les torrens qui tombent des montagnes dont elle est entourée , l'ayant entièrement submergée , renversèrent de fond en coi^le l'ancienne Phénéos, et que,' pour prévenir désormais un pareil désastre , on prit le parti de creuser dans la plaine un canal de cinquante stades ( près de deux lieues) de longueur, de trente pieds de profondeur, et d'une lar-geur pro-^ portionnée. 11 devait recevoir les eaux du fleuve Olbius et celles des pluies extraordinaires. On les conduisit jusqu'à deux" abîmes qui subsistent encore au pied de^ deux montagnes , sous lesquelles des routes secrètes se sont ouvertes.

On prétend qu'Hercule fut l'auteur de ces travaux : quoi qu'il en soit, on négligea insensiblement l'entretien ducanal, et dans la suite un tremblement de terre obstrua les voies souterraines qui absorbaient les eaux des campagnes.

Les habitans, réfugiés sur des hauteurs,' construisirent des ponls de bois pour communiquer entre eux ; et , comme l'inondation augmentait de Jour en jour, on fut

obligé d'élever successivement d'autres ponts sur les premiers. j

Quelque temps après , les eaux s'ouvrirent sous terre un passage à travers les éboulemens qui les arrêtaient , et sortant avec fureur de ces retraites obscures, portèrent la consternation dans plusieurs provinces. Le Ladon, cette belle et paisible rivière dont j'ai parlé , et qui avait cessé de couler depuis l'obstruction des canaux' souterrains, se précipita en torrens impétueux dansl'Alphée, qui submergea le tcN. ritoire d'Olympie. î^-^'i'iJ

De Phénéos nous allâmes à Caphies, où l'on nous montra auprès d'une fontaine un vieux platane qui porte le nom, de Ménélas. On disait que ce prince l'avait planté avant de se rendre au siège de Troie. En sortant de celte ville, située sur une monta^gne, nous prîmes notre route vers Orchoinêne , que nous vîmes en courant. Nous entrâmes ensuite dans l'un des deux che-r mins qui conduisent à Mantiûée.""^"' -W.

Mantinée, fondée autrefois par les habi^' tans de quatre ou cinq hameaux des environs, se distingue par. sa population, ses/ richesses et les monumens qui Ja décorentfj Elle possède des campagnes fertiles j et dô son enceinte partent quantité de routes

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qui conduisent aux principales villes de î'Arcadie. Les habitans ^bnt les priemiers^ dib-on, qui, dans leurs exercices, aient imaginé de combattre coi'ps à corps ; les premiers encore qui se soient revêtus d'un habit militaix'e , et d'une espèce d'armure que l'on désigne par le nom de cette ville. Gn les a toujours regardés comme les plu» hraves des Arcadiens.

En allant de Mantinée à Tégée , nous avions à droite le mont Ménale, à gauclie ime grande forêt. Dans la plaine renfermée entre ces barrières se donna , il y a ,^ielques années , cette bataille où Épamitiondas remporta la victoire et pei'dit la ■Tie. On- lui éleva deux monnmens , iiti tt'opbée , et lin tombeau : ils sont près l'un de l'âulre, comme si la philosophie léM avait assigné leurs places.

.Trois villes se disputent le faible lionneur d'avoiir jçonné le jour au soldat, qui lui porta le Goup mortel . Les Athéniens Boniment iir y llus , lils de Xénophon , et oalt exi^é qu'Euphanor, dans un deses'tatleaux , KaiCJonfonluVt à cetîe opinion. Sui- T^iit ies Miamiinéens^ C6 futi Machévion , uu- de liîilrsxonetloyeiis 4 et, «ilivant-lcsi La- .cédién^Qiûens , eefijl Icspartrdte Aiiticralèsi

:. l'égée ukst qu'à cent stades environ de

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Mautinée. Les habitans sont renommés pour leur courage. A la bataille de Platée , qui termina la grande querelle de la Grèce et de la Perse , les Tégéates , au nombre de quinze cents, disputèrent auxAtîicniens l'honneur de commander une aile de l'armée des Grecs : ils ne l'obtinrent pas, mais jis montrèrent , par les plus brillantes actions , qu'ils en étaient dignes.

Chaque ville de la Grè e se met sous la protection spéciale d'une divinité. Tégée a choisi Minerve , surnommée Aléa. L'ancien temple de cette déesse ayant été brûlé, onen construisit un nouveau sur les dessins et sous la direction de Scopas de Paro», dont on a tant de belles statues. Ce temple, le plus beau de tous ceux qui existent dans le Péloponèse , est desservi par une jeune fille, qui abdique le sacerdoce, dès qu'elle p*fvie»t à l'âge de puberté. Nous vîmes «n autre temple où le prêtre n'entre qu'une fois i'^Tiinuée.

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