chapitre i
Il est, en bonne philosophie , une opinion généralement reçue et qu’on ne ponteste plus ; ç’est que la mer. a séjourné sur les continents à une très-grande hauteur. On a peut-être abusé de cette opinion , pour eu tirer des conjectures chronologiques exagérées.
Une autre opinion non moins générale , c’est que la mer se retire lentement et graduellement; tantôt les continents s’élèvent, tantôt ils attendent que la mer les abandonne. Cette opinion repose sur des observations journalières, et sur celles que l’antiquité nous a transmises; nous allons entrer dans le développement de ces deux opinions, en mettant sous les yeux des lecteurs les faits observés qui leur servent de preuves. r
D’abord il y a des îles de nouvelle formation; ce sont toutes celles qui ont des coraux pour base; ou du moins, dont la base est revêtue de coraux.
Des naturalistes qui ont accompagné M. Baudin dans •son voyage autour du monde ont rapporté des échantillons pris à diverses hauteurs sur une montagne située au bord delà mer dans î’île de Timor aux Moluques, Ceux de ces échantillons pris dans les lieux les pluséle-
JC)5 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
vés, sont des pierres à couches horizontales, dont la transformation est déjà presque finie. On y prend la nature sur le fait; les corps organisés y sont déjà à moitié cristallisés. Des échantillons pris plus bas, sont des pierres qui offrent distinctement les coquillages et madrépores pétrifiés , au milieu de la pâte calcaire. Tout auprès de l’eau ces coquillages sont plus intacts, parce qu’ils sont plus récents; enfin, dans l’eau même, la côte est bordée de cette même pierre calcaire , et son accès est défendu par des rescifs de corail qui s’y forment sans cesse. Pour conviction plus intime, ces rescifs contiennent les animaux vivants occupés à créer cette matière calcaire dans laquelle ils seront ensevelis, et dont l’Ètre-Suprême se sert pour construire le continent qui unira un jour la presqu’île de Malac à la Nouvelle- Hollande. Toute la montagne qu’on a ainsi visitée et qui s’est trouvée pareille, est donc visiblement un ouvrage calcaire, travaillé sous l’eau à l’époque où la mer s’élevait jusqu’au sommet de cette petite montagne. C’est à des signes pareils qu’on reconnaîtra le séjour de l’Océan sur les plaines de ce nouveau continent, quand il sera formé : on y trouvera , comme dans la montagne dont nous venons de parler, des pétrifications animales, des coquillages, des poissons empreints ou fossiles; des couches régulières calcaires, des sables, des lacs, des fontaines salées. Nous devons reconnaître le séjour de la mer, partout où nous voyons aujourd’hui ces mêmes indices. Parcourons donc le globe, et re-‘ trouvons les pas de l’Océan empreints sur sa surface; ensuite nous rechercherons les causes de cette retraite. '
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Ce que les naturalistes de l’expédition de M. Baudin ont observé à Tiinor, a lieu dans presque toutes les îles, et partout ce sont les coraux qui sont chargés de cette conquête; ils sont à fleur d’eau, et défendent l’accès des côtes en se prolongeant à des distances considérables. La mer se conserve souvent, au milieu de ces masses de corail , des interstices qui permettent aux bateaux d’approcher du rivage; les marins nomment ces interstices barachouas : ce sont autant de petits havres , où l’on entre par de petits canaux sinueux, coupés à pic dans des bancs de corail à fleur d’eau, qui s’élèveront Un jour et formeront d’abord des*îles, ensuite une côte nouvelle; nous avons nous-même fait plusieurs observations de ‘ ce genre. L’île Rodrigue dans l’océan Indien n’est presque plus abordable à cause des coraux ; cette matière obstrue le port sud-est de l’île de France, forme l’enveloppe des îles de l’archipel du nord-est de l’île de Bourbon. Le fond du port de l’île Mahé aux Séchelles, offre le même travail. Les Maldives s’agrandissent de la même manière; les Antilles sont dans le même cas; les rades du Port-au-Prince, du cap Français à Saint-Domingue, le port Royal à la Martinique, sont abrités par des bancs de corail. Indépendamment de cette cause d’augmentation des continents et des îles, les fleuves y ajoutent aussi leurs alluvions,et vont .au-devant du travail de l’Océan ; ils lui apportent les détriments dont ils dépouillent les pays qu’ils arrosent. L’Océan leur en oppose d’autres, qu’il tire de son sein, et ces dépôts -successifs forment une terre nouvelle. L’homme accourt des hauteurs pour habiter cette nouvelle demeure. Ainsi
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le Nil a formé son delta; ainsi le Sénégal élève sa barre 1 ; ainsi l’Indus, le Gange, le Godwarin accumulent leurs brasses ; ainsi le fleuve d’ Amour rend impraticable lajner d’ückotsk pour les grands vaisseaux. C’est aussi de la même manière que le fleuve Jaune obstrue la rive occidentale de la mer Jaune. A leur imitation, l’Euphrate porte au golfe de Perse les sables du désert. L’Orénoque, les Amazones, la Plata, filtrent leurs eaux au travers des sables dont ils comblent leurs embouchures, ne laissant de libre qu’un petit canal pour le principal lit du courant. Ainsi le Don comble la mer d’Azof, qui ne peut plus admettre que de petits bâtiments légers. Ainsi le Dnieper, le Bog, ont formé la péninsule qu’on nomme la course d’Achille,Dromos Achilléos; ne se réservant qu’une petite issue près d’Ockzakow. Encore, malgré la rapidité de leurs eaux, les deux fleuves obstrueut ce passage, en poussant en avant deux petits bancs encore submergés, mais qui émergeront un jour, comme l’ile de la . Haute- Batterie, située un peu plus en-dehors. Le Dnieper verra reculer et rétrécir jusque là, les neuf bouches par lesquelles il se dégage au-dessous de Kerson.
Le Danube ne suit pas une marche différente; ses bouches au travers des bancs qui obstruent son entrée, reculent sans cesse la côte qui s’empare de la mer Noire. •
En Italie, le Pô se forme un petit delta , qu’il étendra jusqu’à l’Istrie. Le Tibre, qui recevait jadis les armées navales de Rome, ne porterait pas aujourd’hui
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1 Voyex Barres.
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ohe chaloupé un peu forte ; il a poussé le rivage de la côte devant lui , e® comblant le port d’Ostie jadis si fameux. ‘
Le Rhône porte à la Méditerranée les altuvions dés Alpes et de la France; déjà son embouchure est comblée; ses eaux, élevant un delta, se fraient un passage par plüsieurs canaux. L’Hérault, l’Orbe, réunissait le fort BresCou à la terre , adosseront leurs alluvions à de point d’apui. • *
L’Èbre pousse déjà son delta jusqu’aux Alfraques; le Guadalquivir , la Guadiane, le ïage demandent l’adresse des pilotes les plus expérimentés, pour guider les vaisseaux au milieu ries sables dont ils obstruent leurs embouchures, et sur lesquels la végétation se déploiera un jour.
Bayonne est menacée de voir ses vaisseaux déserter ses quais. L’Adour comble elle-même son embouchure et y crée un nouveau continent; l’Océan rivalise avec cétle rivière pour élever une barre encore mobile, et au travers de laquelle les vaisseaux cherchent , avec mille dangers, un passage fertile en naufrages, pour entrer au port qui bientôt ne pourra plus les recevoir.
La Garonne envahit la mer ; les bancs que cette rivière lui porte, se réunissent à ceux que l’Océan lui apporte; et ces sommités, que les siècles accumulent, étendent déjà leurs limites à plusieurs lieues au-devant des vaisseaux. Ce nouveau delta s’élève .journellement , et le phare de Cordouan, battu des vagues aujourd’hui, s’élever» un jour au milieu des prairies. Sa masse, faite pour braver les assauts de la vague, résistera sans doute quelques siècles aux atteintes du temps, et sur-
fg6 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
vivra à sa réunion au continent. Déjà le fleuve se comble lui-même, à mesure qu’il recule son ejnbouchuré future; et Bordeaux, enrichi aujourd’hui du commerce de tout l’univers, est condamné à céder ses magasins à Royan. Déjà les vaisseaux ne peuvent plus lui apporter leurs richesses ; le fleuve, en élevant son sol, s’oppose à leur passage; c’est à Pau illac qu’ils sont forcés de les déposer.
Les îles d’Oléron , d’Aix et de Ré forment déjà la côte du continent «nouveau; et les bras de mer qui les séparent de l’ancien continent sont si remplis de bancs, et leurs intervalles sont si peu profonds, que la navigation y est presque nulle.
La Loire suit la même marche : ses eaux accumulent à son embouchure les nouvelles terres dont elle augmentera le territoire de l’ancienne Armorique; déjà son cours obstrué n’admet plus de gros vaisseaux au-dessus de Paimbœuf; déjà son delta envahit Noirmoutiers. On ne sait si cette dernière doit encore être rangée parmi les îles, et bientôt la question sera résolue sans retour.
La Seine’réunira un jour le Havre et Honfleur (voyez f° 1 1 4) ; tont l’intervalle qui les sépare serait déjà émergé si les'vases n’étaient pas mobiles; et cependant les bâtiments légers peuvent seuls se faire jour au travers pour remonter à Rouen.
Le Rhin, l’Escaut, la Meuse, élèvent la côte du Brabant. La mer restitue journellement le larcin qu’elle fit à la Hollande à la fin du douzième siècle. Le Zuyde'rzée se comble ; et le Hollandais n’aura bientôt plus liesoin de digues. Cette Hollande n’est qu’un vrai, delta dont la base se prolonge, et forme ces vastes bancs de la Flandre, qui réuniront un jour l'Angleterre au conti-
RETRAITE DES MERS. It)}
nent; la Tamise vient au devant, et les bancs qu’elle pousse devant elle ne laisseront plus de passage entre eux et ceux de la Flandre.
Le Wéser, l’Elbe, forment leur delta ; celui de l’Elbe surtout est déjà bien avancé : ses frontières s’étendent jusqu’à l’île d eHelighland située à plusieurs lieues au large. Ce delta émerge- déjà; la marée basse le montre rfü-dessus des flots, et déjà l’avidité des hommes, envahissant ce nouveau séjour, y a construit des édifices, des phares, des cabanes de pêcheurs et de fraudeurs.
Si de l’Elbe nous passons dans la Baltique, nous trouverons la mer occupée à combler les Belt, pour réunir les îles du Danemarck au Holstein.
La Trave pousse ses conquêtes au - dessous de Lubeck, et y forme une barre qu’elle destine à émerger un jour; la Vistule en fait autant non loin de Dantzick. L’Oder réimifa sous peu les îles Usedom et Wollin. La Duina remplit son embouchure au-dessous de Riga; elle envahira le golfe de Livonie qu’elle comblera. Le golfe de Memel n'est déjà plus qu’une espèce de lac, dans lequel la Baltique entre encore par nn tout petit canal.
Dans le golfe de Finlande, les îles, les rochers forment un véritable archipel «jpi se réunira dans peu de siècles. La profondeur de ce golfe est très petite; il se termine à la Néva,qui déjà se ferme aux gros vaisseaux ; il n’y a plus que huit pieds d’eau sur la barre, qui n’est pas un rocher, mais bien un banc d’alluvions rassemblées. Les petites îles formées par la Fontalka et la Moïka, celles de Wassili-Ostrow, Kaméni-Ostrow, Kristofski, Yélaguen; toutes ces îles qui obstruent l’em-
*9$ GÉOGRAPHIE PIIYSIQlip.
bouchuredu fleuve, sont visiblement formées d’alluviotis semblables. Ce delta se pousse jusqu’à Çronstadt, où l'eau n’a plus qu’une profondeur de vingt-deux pieds en canal, Çronstadt ne sera pas long-temp&uneUe;elleçonauJenoera par dévorer, Cronslot et les autres îles adjacentes* et ae réunira ensuite à Oranienbaum. Quant à la Né Va, dans huit siècles elle se fermera entièrement; sa barre sepa émergée, et vraisemblablement elle formera l'extrême frontière du lac de Ladoga, qui n’y conservera que do petits interstices pour écouler le surplus de ses évapù, rations : car c’est un fait constant que le niveau de l’eau baisse visiblement à Çronstadt, non pas dans les «f? frayantes proportions annoncées par l’Académie de btochkolm; mais cependant assez vite pour prescrire un terme dans l’avenfr à l’existence du port. La profondeur de l’eau y varie; elle s’élève avec les vents d’ouest, elle baisse avec les Vents d'est; mais le nivemi moyen , observé soigneusement, a baissé de douze pouces aughu» depuis la fondàtion de eet arsenal, c’est-à-dire depuis un sièele. ‘Cette observation, que nous avons lieu de rcoire précise, a pins de vraisemblance que celk qui a été publiée par l’Académie de Stockholm. Dans vingtdeux siôéles,, le port de. Çronstadt sera, donc à sec. Qu’est-ce que ce court intervalle en géologie? Notre histoire écrite va au-delà. 4 . ?
Eu lugrie , la Narva et les rivières de la Nylaud reculent journellement la côte. , - |. ♦ A. • -
Dans le golfe de Bothnie, la rivière Tornéa pousse son delta, et secondée des rivières de la Suède et de la Fintand, elle a tellement obstrué le golfe, qu’il n’est plus navigable pour les gros vaisseaux. Ce golfe
subira ie même sort que la mer d’Azof, et à peu près dans le même temps.
Avons- nous démontré par les faits que les fleuves envahissent la mer en reculant leqrs embouchures? et sous ce point de vue, nos lecteurs trouveront-ils la retraite de l’Océan assez évidente? . „ .
La marche que nous venons d’indiquer, la nature l’a constamment suivie; mais indépendamment des preuves que la nature nous offre, la tradition vient aussi noü6 apporter son témoignage.
C’est une opinion générale «liez les Brames , que la tuer a jadis baigné le pied dfes Gâtés. Ainsi, toute la plaine où s’élève Pondichéry, Madras et les mitres villes opulentes de la côte, cette plaine, dis-je, était alors sous les eaux, ou plutôt elle n existait pas, elle s’eSt formée depuis.
Jean de Baros dit que, si on creuse dans cette plaine, ou y trouve partout des productions marines , des bancs de coquillages et de corail : nous avons nous-métue parlé ce langage dahs la relation de notre voyage dans l’Inde \
« Cette plaine, avons-nous dit, qui s’étend du bord delà a mer jusqu’aux Gates, est si plate , que les rivières n’y « ont presque pas de cours. (Plus loin au folio 97.) jtt ’La quantité de rivières et de lacs dont le pays est tt arrosé, le sol qui dans beaucoup d’endroits n’èst que 4<:du sable, tout porte à croire que l’Océan l’a couvert «a à des temps peu reculés. (Enfin, au folio f 88.) Le sol « de la presqu’île de l’Inde n’est point encore desséché «• .n complètement; sa surface seule est dégagée de l’élé- « ment qui jadis la domina. Mais ce terrain ne repose
* Voyage dam l’Inde et au Bengale, tutu, t, pag. 96.
« pas sur un fond solide; et pour peu qu’on creuse, « on y retrouve l’eau qui n’a pu encore s’écouler et « qui est généralement saumâtre. »
La vérité est que ce terrain est si bas , qu’en venant de la mer on voit les pavillons flottants sur les villes avant d’apercevoir la terre. La vague, dans ses oscillations sur le rivage, amène perpétuellement des sables quelle y adosse; elle en enlève aussi du rivage; et ces deux alluvions, se réunissant à peu de distance, y forment un banc sur lequel la mer se déploie et se résout en écume. On nômine cela une barre1 2. Au bout d’un certain nombre d’années, la barre' finit par s’exhausser, se réunit au rivage, et la mer en forme une nouvelle. Les grands fleuves ont seuls des embouchures , mais les petites rivières n’en ont point ; la mer est si empressée d’augmenter ce continent qu’elle les remplit de sable, et ne reçoit leurs eaux que par filtration. On passe en voiture et à sec (es embouchures des rivières de Pondichéry, de Madras et autres semblables.
Revenons en Europe et sur la côte occidentale d’Asie.
La côte de la Natolie usurpe depuis long-temps sur }a mer. Pline*, parlant des îles qui de son temps s’étaient réunies entre elles , et d’autres qui s’étaient réunies au continent, dit: «Antissa s’est réunie à Lesbos, Zéphyrion à Halicarnasse , Éthusa à Mindus, Domiscus et Perne à Milet, Narthécusa au cap Parthénion ; Syrite à Éphèse , Sophonia et les Dérasides à • Magnésie. » Hybada , jadis île de la mer Ionique, était de son temps éloignée de deux cents stades de la mer.
1 Voy. Barres , pag. 1 1 5.
2 Plin. Hist. Nat . lil». a , ch. 89.
Et enfin Épidaure et Oricum avaient cessé d’être des îles.
Tout le chapitre quatre-vingt-cinq 1 fait l'énumération des lieux que la mer avait abandonnés. Ainsi, Céphalénie avait, du temps de Pline, 44»°°° pas romains de tour. Le mille passus des Homainsest de 792 toises-^ (voy.fol. 34): l”le avait donc 34,848 toises —~a détour. Strabon lui donne 3oo stades pythiques. Consultez le tableau des mesures antiques , f° 33: vous verrez que le stade pythique vaut 76 toises 09, ce qui fait pouV le tour de l’île 22,800 toises ^ \ . OrT Strabon vivait soixante ans avant Pline: l’île se serait donc augmentée de 12,048 toises dans soixante ans, si ces mesures ont été précises. On lui donne aujourd’hui cinquante lieues de tour; Cuthrie lui en donne soixante; mais en prenant le plus bas terme, l’île aurait aujourd’hui cent quatorze mille cent cinquante toiseâ de circonférence: elle s’est plus que triplée depuis Pline; elle a . augmenté de 79,302 toises en circonférence, ou trentequatre lieues et trois quarts à peu près. Ainsi , en prenant un terme moyen entre la mesure que pous employons et celle que lui donne Gutrie,cetteîlea pu augmenter à peu près de deux lieues de circuit par siècle. Ce calcul n’est, comme on voit, qu’un à peu près; mais c’est tout ce qu’il nous faut pour arriver à notre conclusion de la retraite des mers.
SaDs doute il est des îles, et même dans le voisinage de Céphalénie, qui n’ont pas suivi cette proportion : • par exemple, Iliaque ne paraît pas s’être*agrandie. Mais plusieurs raisons peuvent favoriser l’accrpissement d’une île et s’opposer à celui d’une autre: une île
1 Plin. Hist Nat. lib. a, ch. 85.
placée dans un courant rapide, recevra plus d’agglomérations étrangères qu’une autre placée dans une eau tranquille qui ne lui apporte rien ; une autre voisine d’une côte de rocher n’en recevra que peu de dépouilles, tandis qu’une autre située près d’une côte- de craie s’enrichira journellement de tout cé que la côte perdra. Une île comme Ithaque, ronde comme une tortue, taillée à pic dans la mer comme au-deSsus des flots, ne présente aucunes aspérités, aucunes proéminences pour arrêter les corps étrangers qui glissent sur elle, passent outre et vont se coller à une terre basse, d’un talut prolongé sous les flots comme Céphalenie. 11 faut encore observer que si l’île est taillée à pic, le niveau de l’eau baissera tout autour, et la mer accomplira sa retraite sans que l’île reçoive aucun agrandissement.
Pline place Ténédos à douze milles et demi du rivagô (voy. 1°. 33), c’est-à-dire T2,5oo pas, ce qui équivaut à 8,907 toises Tournefort ne .la place plus qü’à six milles. pas géométriques de la côte, Ge qui fait 5od toises: la différence est de 3,907 toises; c’est plus d’une lieue deux tiers. Il résulte que depuis Pline , là terre et l’île ont envahi sur la mer 3,907 toises en dix-huit siècles; c’est à peu près 2 1 7 toises par siècle. La moitié de cette somme appartenant» Ténédos, elle aurait donc augmenté son demi-diamètre de 108 toises et demie par siècle, ce qui donnerait pour son circuit une proportion moindre que celle de Céphslénie, mais cependant suffisante pour faire voir que la mer a suivi la même marche dans les deux endroits.
Dans le golfe de Salernc , les ruines de Pestum sont aujourd’hui à une demi-lieue du rivage.
Saint-Louis s’est embarqué à Aigues-MorteS; cette ville est aujourd’hui à deux lieues de la mer.
■* Une partie du port de Toulon a été envahit par la ville ; la mer s’avançait jadis à moitié de la distance qui laséparede l’église cathédrale. Diverses chroniques . font mention de débarquements de Barbaresques au voisinage de la Valette, dans une rivière dégénérée aujourd’hui en un ruisseau capable à peine de nourrir des grenouilles. luo . - i:.< .
- Depuis le moment où la baie de Canoale se forma dans un tremblement de terre, semblable à ceux, qui formèrent la baie de Douarnenez et le Zuyderzée, la navigation., 4’étendait.jusqua Dol. On a loijg-tçmps vu de nos jours les organeaux de fer qui servaient à at- • tacher les navires aux murs de cette ville qui se trouve aujourd’hui éloignée du rivage. , '
Nous avons fait voir, plus haut que les rivières dont les embouchurpsr sent: sur les côtes de 1* Baltique, travaillaient journellement à faire disparaître cette mer; sa retraite est écrite sur ses rivages* Les papaux qui séparent les îles situées en-dedans du Sund ' sont déjà si peu profonds, que le .plus petit navire prend un pilote à EJseneur pour franchir les détroits et prolonger la Zéla«de;déja l’eau n?a pas plus de cinq -brasses de profondeur dans l’endroit je plus profonddu plus profond des canaux presqu’en face de Copenhague, Pline, d’après Ërophon et Philéroon, dit que. la Poméranie a été sous- les eaux; il y place un. lac et des îles qui ont . disparu, comme disparaîtront un jour le golfe de Memel et celui de Frishhaff. Au surplus, toute la partie du nord de la fiussied’Ëurope,
204 géographie physique.
entre Pétersbourg et Archangel, est couverte de lacs. Celui de Ladoga, celui d’Onéga, les plus grands, sont les derniers pas de la mer, en se retirant d’un côte dans la Baltique et de l’autre dans la mer Blanche.
Mais que devient donc l’Océan en se retirant journellement? où va-t-il? où porte-t-il ses eaux? Nous n’entendons pour le moment appliquer cette question qu’à la retraite lente et graduelle de la mer, et non à son séjour antérieur sur nos montagnes.
Newton l’a dit, l’eau devient terre. Plusieurs expériences par Boyle, Clavius et autres physiciens, ont appuyé cette opinion. Mais sans avoir recours à ces expériences, nous nous bornons à voir une diminution considérable d’eau dans la consommation qu’en font les deux règnes végétal et animal. (Voyez Eau au P i32.)
La nature se. sert du règne animal pour en absorber une partie qui se transforme en chaux et en sels par les sécrétions, et par l’accroissement des corps vivants, qui se transforment à leur niort en chaux et en terre. (Voyez, pag. 60, V expérience de Faujas.)
ÎJne autre partie est enlevée par l’évaporation dans l’atmosphère, d’où elle est rendue à la terre en pluies et en vapeurs absorbées par le règne végétal, dont une grande partie devient terre. La dépouille annuelle des arbres se convertit sous nos yeux en terre; les pailles, ' les fumiers, se convertissent en terre; les bois pouris paient leur tribut à l’état concret. En un mot, le règne végétal devient terre : donc une grande partie de l’eau qu’il a absorbée devient terre; et si sa diminution n’est pas plus rapide sur tout le globe, c’est qu’il s’en forme de nouvelle. (Voyez Eau, p. i3a.) i *
RETRAITE DES MERS. ao5
Séjour de la mer sur les continents.
Le séjour de la mer à des époques éloignées a posé son cachet sur des vestiges existants, parmi lesquels la géographie physique reconnaît principalement les masses de fossiles marins. Tantôt on les trouve en nature, tantôt seulement empreints sur des corps étrangers, pierres, schistes, etc.; tantôt ils sont incrustés, ou bien pétrifiés ou cristallisés,, Ces corps marins sont principalement des coquilles; on trouve aussi des empreintes de poissons et des madrépores : les coquilles sont lçs plus abondantes. Nous allons passer en revue quelques-uns de ces dépôts.
Les recherches que l’on a faites attestent l’abondance de ces fossiles renfermés dans le sein de la terre; et l’on en conclut avec raison que» là où ils se trouvent , l’Océan a dû régner. •
En Franconie,à quelques lieues d’Anspach, on'trouve des marbres qui renferment des écrevisses pétrifiées et conservées si parfaitement, que leurs antennes n’ont pas un anneau endommagé.
On trouve souvent des poissons pétrifiés dans des schistes ; et quelque chose digne de remarque, c’est que souvent on trouve ces pétrifications dans une zone, ou dans un hémisphère différent de celui où se trouvent leurs analogues vivants : des cierges d’Orient sont empreints sur des pierres de la Silésie ou sur celles des Cévennes; l’on trouve dans les marbres d’Anspach des écrevisses propres aux Moluques. Tous ces débris d’animaux marins sont entassés en si grandes masses , qu’on de peut attribuer leur dispersion au ha-
»o6 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE,
sard. On les trouve placés dans un ordre qui trèssouvent est contraire à celui de leur poids; ainsi ils n’ont pu ê|re apportés par une seule révolution, par un seul accident, une seule catastrophe. Il faut que plusieurs catastrophes se soient succédé; ou bien la main lente du temps les a amassés, et, suivant la date de leur arrivée, les a superposés, les plus lourds souvent sur les plus légers.
On trouve des coquillages enfouis sur la côte d'Alger.
A Neustadt il y a des masses énormes de coquilles marines; il y a près d’Iverdun des rochers enveloppés de pointes d’oursins. Le sable de Bologne 1 renferme tant de débris de cornes d’ammon , qu’on croirait qu’il n’est composé que de cela. A Mayence, à Francfort, on trouve des tas de turbinites.
Qui ne connaît le falun de Touraine?
Dans toutes les provinces de France , ou du moins dans presque toutes, on trouve des coquilles amoncelées, des coraux, des madrépores, sur les hauteurs comme à une petite profondeur; Paris en est environné; Issy; Passy, Sèvres, Villers-Coterets sont pleins de coquillages; il y a une falaise de craie en Picardie au village de Saint-Félix, entre Beauvais et Clermont, qui n’est qu’un amas de coquilles.
La pierre de Mortagne est pleine d’astroïtes; la Normandie, la Saintonge sont pleines de ces vestiges du séjour des eaux.
L’Aunis esta peine émergé; la Rochelle, Rocfiefort sont au milieu de marais salants.
■ Haute- Marne.
La Bretagne, a vee ses hautes montagnes granitiques, devait être une île quand ces province» de craie étaient sous les eaux,
M. de Jussieu a trouvé auprès des mines de charbon de terre de Saint- Chaumont en Lyonnais, des ardoises empreintes de plantes de la zone torride.
A Montpellier on a trouvé des pétrifications d’un poisson qu’on ne voit plus que dans les mers de Chine. Il y a des nautiles pétrifiés en Ba$se-jNTormandie , et le' nautile ne se trouve plus dans nos mers.
Enfin, dans le Vivarais on a trouvé des huîtres perlières semblables à celles de Bahrein on de Manar.
Au surplus, sur la France émergée, on peut consulter la carte de Buache de 1 770.
En Angleterre , les ruines de Salisbury sont des monuments calcaires du séjour do la mer., et des preuves du dépérissement des montagnes,
L’Angleterre a pu être arrachée du continent dan» quelque grande catastrophe; sa côte depuis la Tamise jusqu’à Portsmouth , est en tout semblable à celle de Picardie et de Normandie : ce sont des falaises de craie, dont l’organisation se continue sans interruption jusqu’à Paris, qui lui-même repose sur un fond pareil. Si telle fuf autrefois l’origine dç l’Angleterre, l’Océan travaille, avec une constante assiduité à réparer les ravages que causa l’incendie souterrain qui la sépara de l’Europe, Ce travail se manifeste par les lianes’ de la Flandre, et par l’exhaussement graduel du fond, qui ne laisse plus que dix-neuf brâsses d’eau entre Douvres et Calais. Cette réunion est écrite, sur la carte de Phi lippe Buache; on y voit les banes du nord-est venir
ao8 géographie physique.
au-devant de ceux du sud-ouest, et tous se réuniront à celui de Goodwin, qui, jadis conquis sur la mer, fut repris par elle, et n’en constitue pas moins une des piles du pont sur lequel on passera à sec de France en Angleterre.
La mer a couvert cette île comme les autres pays , et là comme ailleurs on trouve des monuments de son séjour; il y en a dans les comtés de Kent, de Surrey, dïssex , de Hereford et d’Oxford , ainsi que dans le Pembroke. On a trouvé des coquillages à l’île de Caldé, dans celle de Sheppey : ces pétrifications attestent le séjour antérieur de la mer. Enfin, Winchelsea fut autrefois un port assez considérable pour être compris dans la charte des cinque ports ; la mer n’y amène pas même des chaloupes aujourd’hui.
Nous avons vu plus haut que le Danemarck est une terre émergente, et que les canaux qui séparent les îles qui le composent encore, sont infiniment peu profonds. Le Jutland est une péninsule basse que la mer abandonna hier , et qu’elle menace de reprendre quand les tempêtes allument sa fureur? Ce peu d’élévation, et le sable dont se compose son sol, tout atteste sa' jeunesse et son émancipation récente. Le flolstein lui -même n’est pas ancien, il suffit de jeter un coup d’œil sur le pays pour s’en convaincre. Des plaines jusqu’à d’horizon, une végétation petite, quelques collines, qui ' dans leurs configurations offrent la coupe des caps, des dunes de sable; voilà ce* qu’on aperçoit. *
Les landes de laWestphalie, unies comme le rivage, désertes, sans grandes routes , entrecoupées d’eau stag-
RETRAITE DES 1HEJIS. 20f.
nante, ou de canaux navigables vers Brème, portent dans lame du voyageur la conviction de la retraite de l’Océan encore presque de niveau avec tout ce sol , qui lui oppose en beaueoup d’endroits des digues artificielles. Deluc poussant plus loin ses observations, disait en 1 776, que les coquillages et le sable dont le sol était couvert, lui faisaient regarder comme un fond de mer, tout le domaine de Stade, Zell , Hambourg, Lunebourg , et jusqu a Hanovre.
Nos observations nous donneront les mêmes ' résultats en Suède, nous y trouverons pareillement les traces de la mer empreintes sur la terre ; nous verrons d’abord dans les trois Gothies plus de vingt lacs remarquables; la province dTfpland est tellement hachée de canaux où la mer s’est retirée en quittant sa surface, quelle forme plus de quatre-vingts îles. Linné a trouvé des coquillages, des coraux, des madrépores dans le mont Balsberg.
En Russie, Gmelin et Pallas nous font voir des coquillages pétrifiés par masses, par bancs entiers, depuis Pétersbourg jusque sur les rives du Volga.
En Pologne, la mine de sel de Wiliska, située à ptfu près à treize lieues de Cracovie, est regardée comme un certificat authentique. du séjour delà mer. Depuis plus de six cents ans on y extrait le sel d’un terrain de sable mêlé de corps marins, et si l’on fouille dans les envi- • ions de la mine, on, trouve des bancs de glaise sur lesquels le clapotis de la mer a laissé son* empreinte comme il la laisse-sur le sable, où on la voit gravée quand le reflux l’a mise à sec. L’opinion qui se trouve consignée dans les Mémoires de V Académie, est que les
■ KCORDR r A ATI K |
monts Karpacts, auxquels cette mine est adossée , ont pendant plusieurs siècles été battus des vagues, et que cette opération y aura précipité lé sel et y aura formé le dépôt en question. Nous ne pouvons partager cette opinion : la présence du seine peut, à notre avis, attester la présence antérieure de la mer. (Voyez page a 1 5.)
L’Italie porte les mêmes symptômes : on trouve en Piémont des marbres gris organisés ; on y voit des coquilles et des madrépores, et l’on sait à quelle hauteur le Piémont est au-dessus de la mer. Vérone a fourni au Muséum de Paris des fragments d’une pierre feuilletée jaunâtre, dans lesquels on voit des empreintes de poissons pétrifiés ; cette même ville a fourni plusieurs autres exemplaires de poissons et de coquilles pétrifiés.
• Le sable de Bologne en Italie, analysé, a montré des débris de coquilles marines.
La Toscane offre aussi une quantité de coquilles marines dans ses vallées; on en trouve des dépôts immenses à Sienne avec des hérissons de mer pétrifiés *.
Au surplus, les volcans ont tant bouleversé l’Italie, que les produits volcaniques ont, ou couvert, ou dénaturé une partie de ces débris marins ; cependant on en trouve encore jusqu’au pied même du Vésuve.
On ne finirait pas de citer si l’on voulait prendre connaissance de tous les monuments de ce genre que la géologie a vérifiés; il en estun.bien étrange: c’est un crocodile cristallisé qu’on a trouvé en Turinge ( Haute-Saxe). Nous, finirons ici cette nomenclature
* Des oursins .
européenne. Quant, à la Hollande, ses habitants $p défendent encore contre la iner à qui ils ont dérobé leur territoire. Dans quelques siècles , en ne prévoyant que la retraite graduelle , il en sera de ce pays comme de ceux dont nous venons de parler; on y devinera la présence antérieure de la me* à l’aide des pièces de conviction qu’elle aura laissées derrière elle pour appuyer le témoignage de l’histoire.
Passons en Afrique. Le naturaliste Shaw nous dit qu’il a vu en Libye des hérissons de mer et des coquilles bivalves. Les sables du désert de Barca sontpleins de pétrifications marines : peut-être récusera- ’ t-on ce dernier article; car il est vrai de dire qu’on ne peut pas plus prononcer d’après x le sable du désert, que d’après celui dans lequel est enfouie la. base des pyramides d’Egypte; l’un peut, comme l’autre, avoir été le jouet des vent et des trombes assez commjunes au désert. Mais on ne récusera pas l’isthme de Suez, bas, désert, sur lequel on ne trouve que du sable, et qui, d’après son peu d’élévation, a dû être un détroit quand l’Afrique était une petite île. Il y a même une très-antique carte qui en fait un détroit obstrué au milieu par une île. En définitif, ses cailloux, ses coquillages, sa stérilité, son défaut d’eau, tout annonce un pays abandonné par la mer. Nous ne connaissons pas l’intérieur de l’Afrique, mais son extrémité méridionale a été bien visitée : on y a trouvé des coquillages derrière la montagne du , Lion , dans des couches recouvertes de 3io toises de terre.
La plaine qui sépare les deux baies du cap de Bonne- Espérance, a incontestablement été couver^ par la mer;
son sable aride, ses coquillages, tout porte les caractères d’une terre nouvellement émergée. Nous ajoutons, comme un fait, que les eaux y deviennent salées quand ' elles y séjournent, ou seulement en y passant. Mais fidèle à nos principes, nous ne donnons pas cela comme une preuve du séjour de la*mer. Quant à la plaine, nous l’avons observée nous- même, et nous en avons fait graver une carte physique sur laquelle nous avims indiqué les pas que la mer a suivis en se retirant. Au surplus, notre opinion sur cette plaine, qne l’on peut comparer par sa situation à l’isthme de Suez, placé comme elle entre deux mers qui travaillent à l’exhausser chacune de son côté ; cette opinion , disons-nous , est celle de La Caille, Kolbe , Sparman et -Barrow. Ce dernier a trouvé sur la côte méridionale de , l’Afrique , du côté de Muscle-bay , des masses prodigieuses de coquillesenfouiesàunetrès-grandeélévation.
Si la mer a suivi la même marche aux deux extrémités de l’Afrique, elle a du ne pas s’en écarter dans Frntérieur ; et quand cet intérieur sera reconnu , on y trouvera sans doute les mêmes pièces de conviction que l’on trouve partout ailleurs.
L 'Amérique, quoique mieux connue que l’Afrique, n’a pas encore une histoire naturelle assez étudiée pour que nous puissions y chercher beaucoup de débris de corps marins ; et cependant, Alonzo Barba nous apprend qu’au Pérou, depuis Potosi jusqu’à Oronesta, la route fournit des pierres remplies d’empreintes parfaites de coquillages : il est bon d’observer que cette route passe sur des granits très-élevés.
Dans les montagnes de Guancavelica , petite VîHe de
AETHA1TE DES MEUS. ' ai 3
l'audience de Lima, on trouve, à de grandes élévations au-dessus de la mer, des coquilles entières pétrifiées; elles sout eu grande partie bivalves et/ermées, elles ont depuis uu jusqu’à quatre pouces de long.
Si nous eu croyons Herréra, nous sommes trèsportés à Je croire, il y a peu de siècles que la mer couvrait l’Yucatan, presqu’île basse, noyée et sans montagnes. Le banc de corail qui est amassé tout autour et qui se prolonge jusqu a plus de cinquante lieues; les akranes et autres bancs qui se trouvent- sur ces coraux, tout annonce un continent qui se réorganise, et nous fait voit; comment se sont formés ceux que l’Océan reconstruit pour réparer les destructions du feu.
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Les lacs nombreux dont toute l’Amérique du nord est encore couverte , restes que l’Océan n’a pu entraîner avec lui, et que le temps /era disparaître, les sables et les marais de la Louisiane, les plaines salées et sablon- * neusesde la Nouvelle-Grenade, les rivières prodigieuses de Saint-Laurent, des Amazones, del'Orénoqueetde la Plata ; les immenses enfoncements que la mer occupe encore dans la baie de Bafîin et de Hudson , telles .sont les traces que l’Océan nous a léguées sur le Nouveau- Monde, qui nous en révélera beaucoup d’autres quand il sera mieux connu.
Quant à l’Asie, comme elle nous est limitrophe, nous la connaissons un peu mieux. Nous avons déjà parlé de 1’lnde: nous avons dit, page 199, que la plaine qui s’étend depuis la cote jusqu’au pied des Gates, portait les traces les plus évidentes du séjour de la mer; il en est «je même du Bengale : la mer la abandonné depuis
al4 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
bien peu de temps ; elle s’élève encore au niveau de ses
plaines dans les grandes marées.
La Chine a conservé le souvenir du déluge de Péroun. M. vie Guines nous dit que sous le règne d’Yao,
• une grande partie de cet empire était sous les eaux.
La Sibirie, le Kamtstchatka ne sont encore presque que du sable. * • i i t : .
La Tatarie est couverte de lacs salés, sans compter la Caspienne dont nous parlerons bientôt. Les principaux de ces lacs sont ceux de Baïkal, de Zaïtsan, Télégul , Aksahal et ’Àrral. Il y ‘ en a beaucoup d’au-' très plus petits; voyez la grande cart& de d’Anville. II nous paraît démontré par lq direction de ces*laes, qui se trouvent tous sur la même ligne , que le lac Aksabal a fait jadis partie du lac de Baïkal à l’époqüe où émergea la plaine, ou si 4’on veut lunmense bassin renfermé entre l’Oural, le plateau de la Tatarie et là' •chaîne qui s’en détache pour aller formeri la’ partie* orientale des Samoïèdes. C’est sans doute par l’Obi que les dernières eaux effectuent à présent leur retraite; le sol de la Tatarie est souvent du sable, tout ce pays est plein de coquillages fossiles et de pétrifications; Derbent est hérissé de coquillages, ses murs sont construits de pierres formées de coquilles de moules b noyées.
Descendons au midi et entrons en Syrie: nous la voyons sous les eaux à l’époque où la mer déposait ses forêts de corail et ses poissons pétrifiés sur le Liban. Les montagnes de Jéricho et de Nazareth sont calcaires; la Judée, généralement pierreuse et sablonneuse, atteste l’empire qu’exerça jadis sur elle la mer Morte, qui diminue sans cesse et qui disparaîtra : son naphte deviendra vraisem-
blablément uue mine de charbon de terre que le feu envahira , pour renouveler les scènes de Sodome et de Gomorhe. Les environs de Sour sont pleins de sable, de coquilles et de poissons pétrifiés. (Voyez au P a8.) Sour est l’ancienne Tyr, ou plutôt ce village nouveau est situé tout auprès du lieu qu’occupa jadis l’ancienne Tyr. Tout a disparu; la mer en se retirant a permis au continent de pousser ses rivages, de combler le port, d’enfouir la digue d’Alexandre ; et ces changements ont tellement défiguré le pays, que le géographe ne peut plus prêter aucun secours à l’historien.
Le major Taylor, traversantie désert entre l’Euphrate et la Méditerranée nous représente ce pays comme une plaine de sable, sur laquelle la mer a laisse son cachet.
Nous ne regardons pas cependant les sables du désert et de l’Egypte comme une preuve irrécusable du séjour de la mer. Nous préférons les coquilles et ‘les poissons pétrifiés ou fossiles; car tous ces paragqs sont sujets aux trombes de sable, et dans un clin d’œil tout un pays peut en être couvert : certainement, les sables amoncelés au pied des pyramides d’Egypte n'y ont pas été apportés par la mer, mais bien par les vents et les trombes.
Par la même raison, nous n’ayons point voulu citer les lacs salés , les sols imprégnés de sel, en preuve du séjour de l’Océan; nous sommes bien convaincus que l’eau de la mer ne doit sa salure qu’aux mines de sel renfermées dans son sein. Il doit s’ensuivre que, partout où il y a de l’eau salée, il y a du sel ; mais il ne s’ensuit pas que, partout où il y a du sel, il y ait ou il- y ait eu de l’eau. (Voyez f° 2 1 o.
a <6 géoghaphie physique.
Hérodote nous dit que la Plirygie n’à été qu’ud vaste lac insalubre; aujourd’hui elle est au centre dé la péninsule, et montueuse.
Enfin, les côtes de l’Yémen dans la mer Rouge, sortent de la mer. Nous avons dit dans nos Voyages, ëh parlant de la plaine de Moka : « La plaine qui s’étend « depuis les montagnes jusqu’à la mer ressemble à unè «'grève déco'uverte par le reflux; on y craint presque « le retour du flux *. »
Mais c’est surtout dans les environs de la Caspiènne, que la retraite de la mer est évidente.
Nous sommes persuadé que la Caspienne et le lac d’Arral n’ont fait qu’un ; not# pouvons même hasarder de dire , et nous aurons plusieurs partisans de cette opinion , que là Caspienne a jadis coiîimuniqué a la mer du nord, à la iner Blanche, à la Baltique, à la mer iFAzoph et à la mer Noire, te point culminant de oe vaste bassin est dans les environs de Wologdà; et la mer, en se retirant sur les versants , achève de s’écouler par la Petchora dans la mer du' Nord , par la l)wina dans la mer Blanche, par la Du in a dans la Baltique, par le Dniéper dans la iner Noire, par le Don dans la mer d’Azoph et par le Volga dans la Caspienne. Les derniers pas de l’Océan, dans sa retraite sur le versant du nord-ouest , sont tous les lacs de la Finland , de l’I-ngrie et delà Livonie. La mer Blanche elle-même, presque encore unie à la Baltique par tous les lacs intermédiaires, comblera son entrée, comme fait la Baltique près de la Zéiand. Combien de petites îles se projettént
1 Voyage de Gfandpré, tome a, pag. at>6.
KtXfc AJ TF. 1>E8 MERS. 2 I 7
déjà dans l'embouchure tic la mer Blandin, s'efforçant «le réunir les deux rives, qu’en effet elles réuniront uu jour! la postérité lira alors la retraite de l’Océan sur ces deux Méditerranées devenues lacs, comme nous la lisons sur les lacs de Ladoga , Onega , et tons les autres dont ce pays est entièrement couvert.
Nous ne voulons pas dire que tout ce pays soit plat uniformément : les chaînes de moutagnes dont nous, avons parlé le couvrent de leurs rameaux et en dirigent les eaux par- leurs ramification», comme nous l’avons dit à l’article Fleuves et Rivières. Mais . les chaînes des montagnes ne sont point continues comme un mur, elles laissent entre elles des passages dont la mer a profité pour se retirer. Quand ces passages se sont trouvé fermés, il est resté des lacs. Nous avons sous les yeux ceux de Suisse dont la formation est la même. Ces chaînes de moutagnes formaient des archipels avant que la mer découvrît leur hase; nous pouvons tlonc suivre ici les traces de l’Océan sur- tout le pays , malgré les chaînes de montagnes qui le traversent; comme nos descendants les suivront dansd’avenir sur le sol des archipels de la Sonde, «les Philippines , des Moluques, etc., lorsque la base émergée de tout ce vaste amas d’îles l’aura réuni à la côte Üela Cochinchine. Il y a donc, dans les chaînes de l’Oural, du Uogdho, de l’imaüs et du Taurus,des passages que la hier a jadis occupés , par lesquels la Caspienne communiquait à l’Océan; et le cours des fleuves indique b route que b mer a suivie eu se retirant.
La Caspienne est très - profonde : Hauway n’a pu atteindre le fond avec une ligne de brasses; .elle
est d’une grande étendue; sa diminution est lente à cause delà grande quantité de cours d’eau qui vont s’y jeter.’ On a calculé que le Volga seul lui porte par minute 38 1, 880 tonneaux d’eau; et en supposant que les autres rivières réunies lui en portent autant, on expliquera facilement pourquoi les évaporations ne lui font pas subir une diminution plus rapide.
. Nous avons dit que, dans notre opinion, le lac d’Arral et la Caspienne n’ont jadis fait qu’un. Pierre-le-Grand fit lever le plan de la Caspienne par VanVerden, qui remarqua qu’à partir du cap Petchanoï, l’intervalle qui la sépare du lac d’Arral est un vaste désert qui porte tous les vestiges de la retraite des eaux. Le sol entre deux n’est que du sable, sans eau douce, sans cours d’eau, de sorte que la Caspienne ne reçoit aucun ruisseau dans tout l’intervalle qui la sépare du lac d’Arral , ni celui-ci dans sa partie occidentale.
La géographie ancienne n’est pas muette sur la Caspienne, et son témoignage vient confirmer la déposition du sol actuel; en effet, Ptolémée qui vivait vers le milieu du second siècle de notre ère, lui dontie vingt -trois degrés de l’orient à l’occident. Or, l’embouchure du Térek est à présent à pèu près par 43°', et la pointe la plus orientale du lac d’Arral est à peu* près par 6a°; les deux lacs pris ensemble ont donc à présent dix-neuf degrés de l’est à l’ouest. On comprend bien que nous ne donnons pas ici des positions d’une précision rigoureuse ; mais cela suffit pour prouver que Ptolémée a compris les deux lacs dans les limites qu’il a données : donc tous les deux étaient réunis de son temps. Depuis Ptolémée, ces deux lacs'ont dû faire re-
aig
traite non-seulement entre eux, mais encore dans leur partie orientale et occidentale; et cette retraite des deux cotés rend raison de la différence qui existe entre la mesure qu’a indiquée l’ancieïi géographe et les limites actuelles. Il faut aussi tenir compte de quelque ' erreur vraisemblable dans son calcul et de quelque différence métrique ; par ces moyens , on fera facilement cadrer les positions de Ptolémée avec l’état actuel du pays. . l' '•!’ •
De son côté, Abulféda, vers i35o, donne à la Caspienne Ol'jo parasanges de l’est à l’ouest: c’est sans doute la parasange moderne de a 568 toises trois cinquièmes (voy. f° 35); cela est égal à 3o3 liéues plus 1773 toises, nous disons lieues de a5 au degré de parallèlé sous 44" degrés de latitude, ou bien à 12 degrés et trois lieues deux tiers oü’à peu près. Cette mesure, prise «Jepüjs l’embouchure duTérek ^ombe à quelques lieues dans l’Ouest de la côte occidentale du lac d’Arral ; d’où' If est raisonnable de penser que la séparation des deüx lacs venait d’avoir lieu depuis peu de tempsi: eh effet, Abulféda parle du lâc, et dit que sa séparation' de la Caspienne a eu lieu vers l’an mille de l’ère chrétienne.
La retraite des deux lacs a donc été, à l’èst et à l’ouest, de cinquante-huit lieues depuis Ptolémée, c’est-à-dire depuis un peu moins de 1 7 siècles : il serait à désirer , pour évaluer cette retraite avec quelque résultat ntile pour la théorie , qu’on pût la mesurer cn! hauteur verticale, et pour cela, connaître le point culminant entre les deux lacs, et son élévation au-dessus de leurs eaux.
La séparation de la mer Caspienne et du lac d’Arral , est donc prouvée par le concours de l’histoire et de l’état
aao GXOCftAiUilJi PHYSIQUE,
des lieux; ou plutôt par le concours des deux géographies ancienne et moderne, et l’état actuel des lieux.
On objectera peut - être que cette retraite par- • tielle ne prouve pas victorieusement pour l’Océan; que ces deux petites Méditerranéen perdent plus en évaporations qu’elles ne reçoivent de l'atmosphère; mais qu’il n’en est pas ainsi de l’Océan, à qui le ciel rend en pluies ce qu’il lui emprunte en vapeurs. (Voyez l’article Fleuves et Rivières. ) L’objection est fondée; mais comme nous trouvons d#s traces géologiques et historiques de la communication de la Caspienne à la mer d’Azoph, par conséquent à l’Océan, il faut bien leur reconnaître une retraite réciproque-
Or, tout riutervalle,eptce la Caspienne et la mer d’A;ophft est une plaine bornée au sud ,psn 1® Caucase. Quand nous disons plaine, nous ne jouions pas dire qu’il nfts’y troqvepas de rameaux secondaires, de petites élévations ; jf .point culminant est au milieu de cet espace, et il est bien à remarquer qu’il y a versant, à l’est et versant à l’ouesf, : celui de l’est conduit Iqi Jéfek à' la Caspienne •> et celui.de l’ouest mène le Manita au Don; nous uecitons que ces deux rivières, quoiqu’il y en ait plusieurs autres. Nous observons que, selon toute apparence, cette rivière Manitz est la même que Pal las nomme Monsiysch; sous ces deux noms, cette riyière. se jette dans le Don près de son embouchure. Cette même rivière a sa source tout auprès d’une autre qui coule sur le versant oriental au nord du Térek, et qui va se jeter dans la Caspienne. Pailas a vu ce pays comme nous le voyons nous- même, avec cette différence qu’il était sur les
— , Dioitizàd bv-Gaqg|f
RCTRjUTE Des MERS.
lieux, et qtie nous écrivons sur mémoires. Il dit que « les coquillages épars qu’on ne rencontre jamais dans a les rivières, la salure générale du sol, les innombra*- « blés bas-fonds, les lacs salés qui hérissent ces confiées, •c sont des preuves qu’elles ont été couvertes des eaux x de la Caspienne. Ailleurs il dit qne le dernier point «de contact entre ces deux mers est vers la source « du Monstysch »; ce qui se trouve an point culminant que nous avons indiqué tout à f heure. Sous ce rapport, voilà donc la géographie moderne fixée; elle est d’accord avec l’ancienne, car Strabon nous dit que les palus méotides reçoivent dans leur sein les eaux du Tanaïs et de la Caspienne.
Quoique le Volga et* le Don soient séparés par uti chaînon secondaire qui fait la prolongation du Caucase > cependant ils s’approchent d’assez près , et la distance qui les sépare est diminuée encore par les petites rivières Hawla et Kamiehinka , qui suivent les deux versants opposés, et se jettent la première dans le Don, la seconde dans le Volga ; quelques cartes ne portent qu’à un quart de lieue la distance entre leurs sources. Il serait donc possible de trouver dans la chaîne secondaire qui sépare les deux fleuves quelques solutions de continuité, quelques vallées par lesquelles on les rejoindrait; cette opération ferait rétrograder la géographie de pins de deux mille ans, en joignant la Caspienne à la mer d’Àzoph. La solution de cette question était l’objet du Voyage que nous venons de faire en Russie. Divers motifs, qui -ont eu l’intrigue pour base, ont mis obstacle à f accomplissement de notre dessein.
I*a retraite de la mer sur tout ce continent, ne se
borne pas à la séparation de la nier Caspienne et du palus meotides: il n’est pas du tout imprudent de penser que la Caspienne a jadis communiqué à la mer du Nord; et dans ce cas, il paraîtrait naturel de penser qu’elle a jadis été réunie au lac de Baïkal par tous les autres lacs intermédiaires, opinion que nous avons émise au P* 2 1 4 , et que nous allons développer ici.
Les anciens géographes nomment la Caspienne un golfe. Pomponius Mêla dit 1 : « Sçylhœ usque ad « Caspium sinum possident ; » il dit encore plus loin : « Int us sont ad Caspium sinum Caspii a ».
Strabon est du même avis ; il dit : « La mer Caspienne « est un golfe de l’Océan qui se prolonge vers le midi ; « le canal à sa naissance est assez étroit, mais il s’élgrgit « en descendant en Asie. » •
D’un autre côté, Denys-le-Périegete dit que du côté du nord , les flots de la Caspienne se confondent avec ,, ceux de l’Océan. Voilà donc l’ancienne géographie d’accord sur ce point. .Mais par où cette jonction peut-elle avoir eu lieu ? *r.~.
Ce ne peut être que par les lacs Arral et Aksahal , entre la partie méridionale de l’Oural et l’Imaüs. C’est donc par le golfe de l’Obi que s’est effectuée et que s’effectue encore cette retraite ; et en effet , le pays semble abandonné depuis un jour. M. d’Auteroche voyageait dans cette partie de la Sibirie en 1761 : il n’y trouvait que des rochers nus et des plaines de sable; il marchait quelquefois trois jours sans voir un arbre ; il ne trouvait que des débris de coquillages , et des dents
1 Lib. 1 , c. 2.
» Lib. 3. C.5.
de poisson. En effet rsi l’on examine l’Obi, on verra que cet immense fleuve n’est qu’un égout du versant occidental de l’Oural, et du versant septentrional du plateau de la Tatarie. Ce fleuve, à partir du soixante -unième parallèle, est un composé de rivières partielles , qui ne se réunissent que vers Obdorska. Les lacs qui se trouvent sur sa route, toutes les eaux collatérales, la lenteur de son cours, tout annonce les derniers pas de la mer, pour abandonner cette partie de l’ancien continent. Cette retraite est d’autant plus vraisemblable, que selon M. d’Auteroche , Tobolsk n’est qu'à 68 toises au-dessus de l’Océan, et les lieux les plus bas n’ont que 18 toises d’élévation au-dessus de la mer; cet abaissement dans le niveau de l’Océan n’a riea d’extraordinaire. Et si des observations récentes et locales donnent pour terme de comparaison un pied pendant le dernier siècle écoulé, il n’y a pas de raisons pour refuser de croire à de plus fortes proportions dans des temps antérieurs. L’abaissement dont nous parlons ici ne cadre point mal avec la retraite de la mer sur les plaines de l’Inde, sur celles de l’Arabie , et avec ce que nous avons cité des agrandissements de Céphalénie et de Ténédos. Il est d’ailleurs connu que la Sibirie est un payk neuf; ce pays n’avait pas (en apparence) de population à lui, quand Yermak en fit la conquête. La capitale.Sibir était peuplée de Tatars; cette circonstance favorise l’opinion de la retraite récente de la mer et du peu d’ancienneté de ce pays, ‘qui n’a pas encore eu le temps d’aquérir une population considérable, et qui n’en a point d’autocthone.
Si tout ce qui vient d’être dit tire de la classe des
aa4 GÉocHAFiriE physique.
suppositions la jonction antérieure ilu golfe d’Obi avec la Caspienne, on est tout étonné de trouver presque autant de probabilité sur la jonction de ce lac avec le golfe Persiquc. En effet, la chaîne de l’Imaüs dont le prolongement est le Taurus, a deux versants; nous avons parlé de celui du nord, au pied duquel est la Caspienne. Sur celui du midi se trouve la naissance de l’Eupbrate, qui porte ses eaux à Bassora. Presque tout l'intervalle parcouru par le fleuve constitue le grand désert; et il faut observer que les Arabes donnent à ce désert le nom de Jiahar , qui signifie nier. Est- ce une tradition, et faudrait-il l’admettre en preuve? Toujours est-il certain que, si dans -la chaîne de l’Iinaüs on peut trouver un interstice, la jonction paraîtra plus que vraisemblable; cette jonction s’efface tous les jours un peu davantage et le golfe Persique lui-même se comble perpétuellement par le travail des coquillages, des coraux et des madrépores. L’énorme banc de Babrein en occupe déjà presque la moitié , et travaille sans cesse à rapprocher la côte de l’Arabie de celle de la Perse.
Le fleuve Euphrate lui apporte journellement les sables du désert , poussant toujours en avant son delta au travers duquel il conserve ses nombreuses embouchures; ce fleuve n’est plus le même que Néarque a décrit, et toute la science du docteur Vincent ne peut accorder la description de l’amiral d’Alexandre avec la géographie actuelle. Cet amiral conduisit sa flotte à Suze, il n’y conduirait pas aujourd'hui une chaloupe. La rivière Karun, sur laquelle est le chétif village qui hérite du nom de Suze, est un ruisseau. Il y avait autrefois au-dessous de Suze, au confluent du Kopratis,
RETRAITE IIES MERS. 3 2^
un pont de bateaux : le fleuve, en cet endroit, avait de trois à quatre stades de largeur , c’est-à-dire 1 80 toises; il n’en a pas dix aujourd’hui. Cette retraite est évidente.
C’est d’ailleurs entre ces deux mers que s’élève le mont Albours 1 , sur une plaine de sable mêlée de coquilles et couverte de sel : telle est toute la constitutfon fie ce pays, entre la Caspienne et le golfe de Perse; ce sont des plaines arides mêlées de débris de corps marins. ,
En quittant ces'plaines, on entre dans le grand désert.
Il ne faut pas oublier que l’Àlbours est un ancien volcan, et que nous avons toujours vu les volcans dans le voisinage, de la mer; c’est un nouveiindice à joindre à ceux dont nous venons de parler, et nous ajouterons, pour dernière probabilité de la jonction antérieure, que les coquillages dont toutes ces plaines sont semées, sont analogues à ceux des deux mers.
Nous venons de voir l’Océan couvrir les plaines du monde connu, et l’imagination se représente facilement une époque où ces plaines, étant encore submergées , réduisaient à l’état d’archipel les terres habitables. Si cette possibilité paraît palpable, on peut l’appliquer aux archipels actuels , et voir dans l’avenir l’Asie, augmentée de toutes les îles qui l’avoisinent, se réunir à la Nouvelle-Hollande , et même à l’Amérique par les archipels de l’océan Pacifique; jusqu’à ce que le feu, fidèle à ses dévastations ordinaires , vienne encore s’emparer de ces nouvelles terres pour y exercer de nouvelles •
fureurs. Nous n’oserons cependant pas prédire cette
* Voyez l’article Volcans éteints, pag. 149.
4 a6 GÉOGHAPHIE PHYSIQUE,
réunion par l’effet de la retraite lente et graduelle de la mer; mais des conyulsions volcaniques peuvent amener ce miracle : elles en ont bien fait un pareil en creusant le lit de l’Océan.
Nos recherches peuvent encore s’étendre plus loin que tout ce que nous venons de dire, et nous allons trouver des vestiges semblables et tout aussi peu récusables sur les plus hautes montagnes. Déjà nous en avons fait voir au Pérou. Nous allons en trouver sur les montagnes de l’Ancien-Monde , et ces vestiges sont des corps marins en nature , tout entiers et en masse.
Le mont Liban sert d’appui à des montagnes secondaires sur lesquelles le corail se trouve encore en entier avec ses rameaux; on sait que cette substance meurt où elle s’attache, et qu’elle ne se sépare jamais du lieu qui a reçu son premier contact. Comment donc le corail, dont nous parlons, se serait-il attaché sur ces montagnes , s’il n’y avait pas pris naissance ? Or, il est natif de la mer: donc
On trouvera étonnant que ce corail se soit conservé quand le granit lui-même se décompose; m§is il est enfoui dans une légère couche de terre qui le dérobe aux coups de l’atmosphère, et quelques causes que nous ne connaissons pas ont pu s’opposer à la transmutation observée à Timor. (Voyez folio 191.) Ce n’est pas le seul endroit où se trouve cette production des eaux; il y en a dans les montagnes des environs de Bologne en Italie, et bien ailleurs.
Outre le corail que renferment les montagnes secondaires du Liban, on y trouve aussi des coquillages pétrifiés et des roches plates, sur lesquelles on voit des
empreintes de poissons qui sont connus dans la mer Rouge. Mais cette mer Rouge n’a pas toujours été resserrée dans son lit actuel; et si l’on trouve ses poissons empreints sur les montagnes secondaires du Liban, avec des coraux et des coquillages pétrifiés, on trouve aussi des oursins, des pétoncles , des moules dans les montagnes qui avoisinent le Sinaï. La mer Rouge n’a donc pas toujours respecté Je petit isthme de Suez ; elle le couvrait à l’époque où elle régnait sur la plaine de Moka qui n’est pas plus élevée , et sur laquelle nous avons vu tous les vestiges de la mer. ( Voy. fol. 216. ) Nous avons dit pliis haut que la côte de la Méditerranée, poussant ses conquêtes sur la mer, avait entièrement absorbé le port de Tyr avec la digue d’Alexandre, et qu’on n’y trouvait plus aucun indice de cette ancienne ville, remplacée aujourd'hui par le misérable village de Sour. On présume que ce village est plus à l’ouest que l’ancienne Tyr, dont les débris sont aujourd’hui enfouis et un peu éloignés de la côte; tout cela n’est qu’une présomption , car aucune fouille n’a encorê révélé le lieu de cette ancienne ville. Quoi qu’il en soit , il y a sur les derrières de Sour et à peu de distance, une montagne qui porte le nom de Nakoura , dans laquelle on a trouvé des coraux , et dans les environs il y a des lits de pierres minces comme des feuilles de schiste , dont chacune représente des poissons si bien conservés, que les écailles, les nageoires se distinguent sans microscope.
• En Afrique , dans l’ancienne Libye , royaume actuel de Barca, à l’est de Tripoli , les montagnes secondaires qui sont au pied de l’Atlas , et dont la base s’enfouit
228 GÉOGRAPHIE physiquk.
dans le sable, présentent sur leur sommet des coquilles
bivalves connues dans la mer Rouge.
Oléârius trouva en Perse sur une montagne secondaire*, des coquilles de moules en si grande quantité, qu’il semblait que toute cette roche ne fût composée que de sable et de coquilles. Ce voyageur, à son retour de Perse, a vu plusieurs de ces montagnes de coquillages le long de 4a mer Caspienne.
M. Barrow a trouvé des coquilles en immense quantité, appartenantes aux diverses espèces que l’on rencontre sur la côte ; il a fait cette découverte à Muscle- Bajr, à 3ôo pieds au-dessus du niveau de la mer. (Voy; folio ara.)
M. Le Gentil a trouvé des crabes pétrifiés sur le haut des montagnes secondaires de Luçon auprès de Manille.
Nous avons parlé de celles de Timor.
Les montagnes de la Crimée sont toutes couronnées d’un lit de rochers calcaires, semé d’oursins, d’univalves et d’huîtres pétrifiées.
La montagne de Gibraltar a dû être lancée d’un sol plein de dépouilles marines : telle est l’organisation de sa base, et nous pensons que toute la montagne doit être pareille. C’est celle du Vésuve. /
En Suède , la montagne Qddewalla dans la Gothie , est presque toute entière de moules et d’autres coquilles.
En Franche-Comté, sur le sommet des montagnes des environs de Gray et de Besançon , on trouve en quantité des astroïtes et des madrépores : on en trouve, pareillement sur le haut des montagnes de Dax en
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Gascogne, et sur la montagne de Saint-Michel près de Toul en Lorraine.
Manfredi a trouvé des huîtres perlières sur le haut, des montagnes de Gènes.
Les montagnes de Bologne , en Italie , sont presque en entier composées de coques de limaces de mer, de peignes et de pétoncles; leur base est couverte de débris marins : nous les avons déjà citées plusieurs fois.
La montagne de Saint-Pierre, près de Maë^tricht, est pleine de corps marins. Les montagnes d’Oppenheim, celles des environs de Mayence, sont pleines de vis et de camés. Dans la forêt du Hartz, la montagne du Kalemberg est pleine d’empreintes parfaites de coquillages. Nous croyons ne pouvoir mieux faire que de renvoyer aux voyages de Saussure et de Pallas pour . tous cesr détails. Le premier de ces deux voyageurs a découvert des cailloux roulés dam des bancs de grès , à plus de deux mille toises au-dessus de la mer dans les Alpes; on regarde généralement ces cailloux roulés comme un ouvrage des eaux.
D’autres naturalistes ont trouvé des empreintes de poissons sur le rocher Guppen, canton de Glaris, à 61 5 toises au-dessus de la mer. >. .
Aux environs de Sallenche, on a trouvé des huîtres pétrifiées à 1,17a toises au-dessus de la mer. .
Dans les Alpes, on a trouvé des ardoises empreintes de coquillages à 1,307 toises d’élévation.
Enfin, sur le mont Blanc lui-même, on a trouvé, près des plus hauts pics de granit, des masses de substance calcaire, mais qui n’avaient conservé aucune de leurs formes primitives; ce dernier fait atteste lq
a3o GÉOGRAPHIE PHYSIQUE,
présence de l’eau sur le sommet le plus élevé de l’Europe. Nous ne nous permettrons pas de rien conclure de ce témoignage, nous l’abandounous à l’imagination de nos lecteurs. . . ■ . • ■
CONCLUSION.-
Les retraites partielles dont nous avons rendu compte, la diminution graduelle de la Caspienne, l’abaissement lent et progressif de la Baltique, l’augmentation du littoral des continents par l’addition perpétuelle des bancs de toute espèce, Ja formation de nouvelles côtes par les coraux , tout cela ne peut, à la rigueur, expliquer d’une manière satisfaisante le séjour des mers sur les lieux élevés de nos anciens continents; séjour dont on ne doute plus , et que constatent tous les dépôts de corps marins qu’on y rencontre. > s Et en effet, si l’on .veut partir de l’observation faite auprès de-Sallenche, où l’on a trouvé des huîtres pétrifiées à 1,17a toises au-dessus du niveau de la mer, on verra qu’en se retirant par une marche uniforme d’un pied par siècle , ainsi qu’on l’a observé à Cronstadt pendant le dernier siècle écoulé, l’Océan, pour s’abaisser' jusqu’au point où se trouve aujourd’hui son niveau, aurait employé un laps de temps de sept mille deux cents siècles, c’est-à-dire-sept cent vingt mille années solsticiales. Cette proposition très-grave toucherait à des considérations d’un ordre très-élevé, et d’ailleurs; ne
CONCLUSION
résoudrait aucune difficulté ; car on serait fondé à rétorquer un argument qu’on a fait quelquefois dans un esprit contraire.
On demanderait ce que sont devenues les eaux qui se? seraient ainsi retirées.
La consommation du fluide qui s’absorbe ainsi que nous l’avons dit, sa conversion en matière concrète, ce sont là de bien petits moyens pour opérer dans l’Océan un abaissement de onze cent soixante - douze toises. L’imagination s’effraie de l’idée d’une masse d’eau aussi épouvantable, placée à l’extrémité d’un rayon de 3, 281,01 3 toises ( i43a lieues ). Il faut donc recourir à une autre cause : nous la voyons dans les ravages du feu intérieur.
NoUS avons dit qu’à une profondeur inconnue , mais que nous avons lieu de croire peu considérable, le feu mine la surface de notre globe , qu’il dévore les substances combustibles dont se compose la croûte que nous habitons. Cet incendie a causé des explosions, des bouleversements, des affaissements énormes; nous avons vu ces exemples en petit dans nos tremblements de terre. Nous croyons que ce sont ces commotions, ces affaissements, qui ont creusé le bassin actuel des mers , en faisant écrouler dans les cavernes incendiées les terres dont le feu avait consumé les fondements. Les mers qui couvraient alors nos continents, ont, par les lois de l’hydrostatique, été obligées de descendre dans les cavités que ces catastrophes ont creusées, et dans ce mouvement , elles ont abandonné les hauteurs qu’elles occupaient sur notre domicile actuel. ( Voyez la planche 6.)
a3a GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
Avant les bouleversements dont nous parlons , ce domicile était bien resserré; et l’espèce humaine, probablement peu nombreuse, habitait les îles que formaient les hautes montagnes actuelles. Il y a lieu de penser que c’était la tradition de ces premiers temps que l’Écriture-Sainte avait en vue lorsqu’elle nous représente le globe couvert d’eau ; Spiritus Domini ferebatur super aquas. Et peut-être la. Genèse a-t-elle voulu nous conserver la mémoire de ces temps antiques, en nous représentant les nations disséminées sur les îles. Elle dit, en parlant du partage de. l’empire de Noé (chap. io, verset 5): « Les enfants de Noé se parta- « gèrent les iles des nations. » Ce texte est d’un grand intérêt pour juger de la géographie d’alors.
Mais ces affaissements , ces naufrages de terres, n’entraînèrent que ce qui ne pouvait pas résister aux efforts du feu. Les grandes masses granitiques restèrent pour signaler ces désastres. Si le feu ne put les vaincre, il les attaqua, s’attacha à leurs racines, et se ménagea des accès jusqu’à leur cime. Il s’y montre encore aujourd'hui, les désole par ses éruptions, et menace de les détruire.
Ainsi se sont creusés les lits des océans Atlantiques, laissant pour jalons de cette grande excavation, les îles de Jean-Mayen, Iceland, les Açores, Madère, les Canaries, l’archipel du cap Vert, l’Ascension, Sainte-Hélène, Tristan-d’Acunha, Fernando-Noronho , la terre de Sandwich, et toute la chaussée d’îlots et de sommités qui lient le cap Tagrin d’Afrique à celui de Saint-Augustin en Amérique. ( Voyez la planche 6. )
De la même manière s’est creusé le golfe du Mexique, laissant subsister l’ancienne cote dessinée encore au-
CONCLUSION
jourd’hui par ta file des Antilles qui s’alignent depuis l’Orénoque. jusqu’à la pointe de la Floride: évènement qui pourrait bien se renouveler, ou à peu près, en culbutant eette langue de terre étroite, quoique élevée, qui s’étend depuis Técoantepec jusqu’à Panama; espèce de sillon que rongent avec activité .six volcans pleins d’énergie. ! 1
Sans doute, lors des premières catastrophes de ce genre, la partie basse des îles qui survivent aujourd’hui était submergée, leurs sommités seules étaient habitées ; mais ces désastres étant successifs, la mer abandonnait une partie de son domaine à chaque nouvel évènement qui augmentait les cavités de sbn lit, de telle sorte qu’à la dernière de ces révolutions , un très-grand continent habité à pu s’abîmer. . : •
Trouvera-t-on ce système trop hardi? Nous l’avons cependant lait précéder dans cet ouvrage par- tant de détails avérés , qu’on doit être familiarisé avec les résultats que nous proposons ici. Supposons pour un moment. qu’une toute-puissance soulève le fond dés. mers et le replace là où nous croyons qu’il était avant que les ravages du feu le fissent écrouler: que deviendra l’Océan? Ne ressaisira-t-il pas son ancien domaine? s’élevant avec le fond qui le supporte, et se répandant sur les terres actuelles , à une hauteur proportionnelle à son volupie. Voilà nos montagnes calcaires s’organisant, et recueillant l’héritage des coquilles et autres corps marins, tels qu’on les y voit aujourd’hui. Achevons notre supposition. Que ce. fond des iners se replace tout-à-coup , là où il est à présent : nécessairement , l’Océan viendra reprendre ses limites actuelles.
.234 GÉOGRAPHIE PnYSIQÜE.
Eli bien , ce que nous supposons ici , fait d’un coup de baguette , s’est opéré partiellement et successivement , et les derniers exemples ne datent pas d’une très-grande antiquité; nous allons bientôt expliquer les motifs sur lesquels nous établissons cette opinion.
Ce sont des événements de ce genre qui ont formé les archipels de Chine , restes encore fumants des ravages qu’a subis tout ce parage, dont les dernières convulsions ont duré jusqu’en 1782, époque du désastre de Formose et de la disparition du Typhon.
C’est ainsi que s’est formé l’océan Indien, engloutissant des terres qui, pour témoignage, nous ont légué les îles de Rodrigue, Maurice, Bourbon (cette dernière brûle encore)', les archipels des Séchclles, celni des Maldives, et toutes ces petites îles qui sont répandues au nord de Madagascar, et dans l’est de cet Océan.
Aujourd’hui môme, les mers enfermées dans leur bassin suivraient la même marche , si un grand naufrage continental avait lieu. Que, par une cause volcanique, l’Afrique, dont nous ne connaissons pas l’intérieur , par conséquent où nous ne voyons pas encore de traces du feu , vienne «à son tour payer tribut à cet agent de destruction, et que soudainement elle s’abîme en totalité, ou même partiellement: l’Océan ne pourra fournir qu’aux dépens de sa masse l’eau nécessaire pour remplir le déplacement des terres abîmées. Ne faudra-t-il pas alors que son niveau baisse brusquement, puisque son étendue augmentant, l’obligera à une dépense aussi considérable?
Nous pouvons faire une autre supposition d’une évidence plus palpable. Il faut bien reconnaître que
Di
CONCLUSION
le fond d^l’Atlantique est oontre-miné et recouvre nu
incendie, puisque les cheminées existantes nous en envoient les fumées , les flammes, les explosions ; puisque la violence de cet incendie nous a fait présent, en 1720, d’une île nouvelle qu’il a lancée du fond de la mer auprès des Açores; puisque enfin la fureur de cet embrasement vient de grossir, il y a peu de mois, la liste des éruptions, en ouvrant un nouveau volcan à Lancerote. Si cet effort s’était manifesté dix lieues plus loin, il eût eu lieu sous les eaux delà mer; eh! qui pourrait calculer les suites possibles de cet évènement? Nous eussions eu une île nouvelle, ou bien le fond de la mer eût sauté en éclats; les eaux volatilisées par l’incendie, qui règne sous toutes les Canaries , auraient pu renouveler une de ces anciennes scènes d’horreur qui ont changé la face de la terre.
Qu’aujourd’hui cet incendie, qui manifeste une si grande activité, fasse un pareil effort au milieu de l’Atlantique ( il n’y a rien d’exagéré dans cette supposition ) , Je fond de l’Océan s’affaissant dans la caverne incendiée, entraînera dans sa chute la surface des eaux. Et si cette explosion occupait un grand espace ; si la zone sous-marine embrasée communiquait seulement du volcan des Açores à ceux des Canaries, avec une profondeur moyenne de deux mille toises; on peut cuber la masse des eaux que l’Océan serait obligé dp dépenser pour combler ce déficit, et l’on se convaincra que son niveau s’abaisserait sensiblement sur tout le globe.
Aucun naufrage volcanique ne peut donc avoir lieu sans que le niveau des mers ne s’abaisse proportio nnelleinent.
Enfin, nous avons osé avancer que les oqpans Pacifiques avaient été témoins d’une épouvantable catastrophe qui vit disparaître tout un continent, dont les eaux sont venues prendre la place. Cette idée paraîtrat-elle exagérée, gigantesque, et nous accusera-t-on de témérité? En rejetant notre opinion, infirmera -t -on toutes les probabilités que nous venons d’énoncer ? Tel est le sort des idées nouvelles : une sorte d’habitude attache les hommes aux routes connues;etsi quelqu’uu s’en écarte , toutes les voix le rappellent dans les sentiers battus. Nous n’avons pas voulu nous exposer à ces reproches, sans avoir bien examiné notre proposition. Nous avons donc attentivement exploré tout le théâtre, où se joua cette épouvantable tragédie: nous le voyons en proie à toute la violence d’un embrasement général, nous offrir l’exemple unique, d'une mer environnée d’une ceinture de trente-trois volcans en pleine activité, dont dix-neuf sur la côte de l’Amérique, deux aux Aleutiennes, trois au Kamtstchatka, un aux Kurdes, trois au Japon, deux aux Philippines ët trois aux Moluques. Voilà donc devant nos yeux trente-trois volcans énergiques rongeant la circonférence d’un cercle, dont ils ont dévoré le centre et d’où ils menacent de ressaisir leur proie.
Mais en s’emparant des limites du continent englouti, le feu n’en a pas abandonné le milieu. Comme dans tous les autres éboulements .semblables , divers pointsont résisté; et en effet, nous voyonsces deux Océans traversés dans toute leur étendue, dans le sens des parallèles, par deux énormes chaînes de montagnes, dont les pics surmontent les flots sous les apparences d’archipels
CON CLUSION . a37
nombreux : image palpable de ce qu’était notre ancien domicile aux époques reculées où l’Ecriture assigne les îles des natiotis aux enfants de Noë. Le feu s’est aussi conservé le droit d’habitation dans ces débris qu’il achève * de consumer, et où il se manifeste par treize volcans brûlant avec une espèce de rage : un aux îles Sandwich; c’est le plus furieux; deux aux îles des Amis, quatre aux Nouvelles-Hébrides, un aux îles Salomon, et cinq autres petites îles isolées dont nous avons donné les positions. Quel embrasement se signala jamais avec plus d’évidence? Il est aujourd’hui même dans presque toute sa violence , puisque ce malheureux parage est en proie à quarante-six volcans qui n’ont pas encore épuisé sur lui toute leur fureur. Voilà donc quarantesix phares qui viennent nous guider dans la recherche de cette antique géographie. Mais ce n’est pas tout: portons un œil attentif sur toutes celles de ces montagnes devenues des îles, qui s’élèvent sur les deux chaînes que nous parcourons et que lé feu a abandonnées. Nous voyons quelles sont toutes volcaniques; elles nous présentent leurs pans de montagnes déchirées, leurs laves , leurs scories, comme un vieux soldat montre ses blessures. L’île d’Océanie, que le capitaine Hunter vient de découvrir par quinze degrés sud , n’est-elle pas un massif de laves? L’île de Pâques n’est-elle pas l’image du chaos? Voilà les monuments par lesquels la nature dépose de ses opérations.
Mais la nature nous a-t-elle seule signalé ses dévastations? Est-il donc bien impossible d’en retrouver des vestiges tracés par la main des hommes ?
Cette petite îlede Pâques est pour nous d’un grand inté-
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u38 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE,
rêt dans les recherches auxquelles nous nous sommes livrés. C’est La pérouse, c’est Cook dont les témoignages nous soutiennent ici ; à coup sûr, on ne les'récusera pas. Qu’ont-ils vu? Une toute petite île habitée par une très-petite population, plongée dans le dernier degré d’abrutissement. Des hommes arrachant, au péril de leur vie, les huîtres de leurs rochers pour en faire leur subsistance; incapables de réunir deux idées suivies , si ce n’est celles du vol, auquel ils sont enclins, comme le sont tous ceux qui ne possèdent rien , qui manquent de tout. Eh bien, cette petite île renferme un desjdus étonnants monuments des arts que l’antiquité nous ait légués. Ce sont des rochers gigantesques, taillés, sculptés en figures colossales , figures qui depuis des siècles bravent le temps dont elles ont ébréché la faux! Qui donc les a taillées? On ne dira pas que ce sont les habitants actuels de ces îles, pauvres sauvages incapables même de concevoir l’idée de cet ouvrage. Essaierat-on d’en faire honneur à l’Europe? Mais la mer du Sud n’a par nous été visitée que depuis un assez court espace de temps; nous aurions connaissance de l’érection de ce monument. Dira-t-on que ce soit un présent des Indes? Mais les vents, les courants perpétuels du sud-tst s’opposent à cette communication, avec des marines comme les leurs. Enfin, veut-on l’attribuer à l’Amérique? Mais les Américains n’avaient point de marine quand l’Europe les découvrit. Il faut bien renoncer à tous ces moyens et reconnaître l’existence d’un ancien peuple qui se révèle à nous par ses ouvrages, comme les pierres de Garnac attestent les Druides. Et quel était ce peuple ? Nous ne croyons pas qu’on puisse
CONCLUSION. 2
aller le chercher ailleurs qu’au fond de la mer où le précipita l’effroyable explosion volcanique qui engloutit sa patrie. Et si l’on veut lire avec attention ce que nous avons dit sur le dépérissement des montagnes , on concevra que des statues aussi bien conservées en plein air n’attestent pas une grande antiquité.
Voilà donc un monument de la main des hommes qui vient appuyer notre opinion. Est-ce bien le seul ? Etsi nous cherchions avec persévérance, n’en pourrionsnous pas trouver d’autres?
Les révolutions que la terre a subies et qui ont désolé sa face, ont opéré diversement sur l’espèce humaine. Lorsqu’il n’y a pas eu solution de continuité dans le pays bouleversé, l’effroi a causé seulement des migrations sans nombre et disséminé les langages : mais s’il y a eu solution de terrain, tel peuple uni par les mêmes usages , par la même langue , se sera vu séparer en deux parties par l’engloutissement du milieu du pays qu’il habitait; les survivants n’auront pu fuir, si les terrains subsistants se sont trouvés des îles. Dans ces temps grossiers, les traditions se seront d’autant plus promptement affaiblies, que les peuplades ont été petites, pauvres et ignorantes; mais le langage a pu rester le même et révéler aujourd’hui l’ancienne union.
Nous pensons que , si la nécessité d’exprimer leurs plus indispensables besoins inspira aux peuples leurs premiers vocabulaires , les communications entre eux, reposant sur le commerce, sur les échanges, durent donner tout d’abord naissance aux expressions numériques. Nous croyons encore que, dans les migrations ^ les mots numériques ont dû disparaître les
a4<> GÉOGRAPHIE PHYSIQUE,
derniers de leur langage; et si des communications ont continué d’avoir lieu, ces mots auront subsisté et auront même survécu aux communications. Tous les peuples qui , dans l’origine, eurent des liaisons, eurent donc des mots à peu près semblables pour désigner les nombres. Cette idée nous avait depuis long- temps inspiré le désir de nous livrer à des recherches de ce genre, lorsque le voyage que nous venons de faire en Russie ( voyez p. 22 1) nous a fourni l’occasion d’étudier l’alphabet cyrillique; nous avons pu alors transcrire en caractères romains l’ouvrage que M. Pailas avait publié par ordre de l’impératrice de Russie, Catherine II. Cet ouvrage, fait un peu hâtivement, est cependant intéressant; mais publié avec des caractères inconnus en Europe , il y est resté presque étranger. En faisant la transcription de cet ouvrage, nous àvons fait des rapprochements , et nous avons essayé de classer les langues sous les types auxquels nous avons cru remarquer quelles pouvaient appartenir. .Nous donnerons, à la fin de ce volume x la nomenclature des expressions numériques en cent neuf langues seulement , parce que nous n’avons pris que celles qui nous ont paru constatées, laissant de côté celles que nous avons eu lieu de croire douteuses ou en double emploi. « Il est beau, dit M. de Volney, d’interroger les peuples sur leurs généalogies, et de rechercher leurs titres de parenté pour les ramener à des sentiments de famille.» Nous ferons connaître , dans un autre temps , le travail auquel nous nous sommes livrés sur les langues en général : nous ne donnons aujourd’hui que les nombres.
Eh bien, le vocabulaire de ces mots numérique»
CONCLUSION
nous fait voir clairement que. les îles Sandwich et les
îles de la Société expriment leurs nombres de la même manière, quoique séparées par un intervalle de '$-] degrés en latitude et 8 en longitude; espace que ces peuples ne pourraient franchir avec leurs embarcations; espace qu’on ne peut parcourir en retour, directement, et dont le trajet demande des lumières en hydrographie pour aller prendre le dessus du vent; espace enfin qui s’oppose à toute communication moderne ou fortuite entre ces peuples. De plus, les vocabulaires plus étendus, démontrent que ces îles ont la même langue; voilà donc un second monument des hommes, qui atteste l’ancienne liaison, l’ancienne union des habitants de ces îles, par conséquent qui milite en faveur de notre opinion. Mais en examinant avec attention les mots de nombre de tous ces archipels, on sera bien plus étonné quand on trouvera la même langue à la Nouvelle-Zélande; et si enfin l’on observe avec quelle facilité les langues s’altèrent ç-on concevra que la catastrophe qui a séparé ces îles doit être peu ancienne, puisque leur langue a si parfaitement conservé sa ressemblance.
Pour comble de surprise, on trouve une concordance frappante entre la langue de Mindanao et celle d’une partie de Madagascar; leurs mots numériques sont les mêmes: cependant l’ile Mindanao est séparée de Madagascar par soixante-seize degrés de longitude et trente-un 'degrés de latitude. Les petites différences qu’on pourrait remarquer entre les mots que nous avons classés, et ceux des îles Sandwich; celles qu’on pourra trouver même entre nous et ceux qui publieront par la suite les Ian-
Dgte
• ICON ni t k ATI K*
-il\1 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE,
gués de la iner Pacifique, proviennent de la transcription faite en russe, des mots pris en diverses langues qui n’ont pas la même prosodie , et qui transcrivent le son de la manière analogue à leur langue : par exemple, quand un Français écrira chapeau , à coup sur un Allemand écrira shapo; ainsi du reste, il ne faut pas beaucoup aider à la lettre , pour trouver que toutes les îles de la mer du Sud ont les mêmes racines de langue, et qu'il existe même un rapport sensible entre elles et la presqu’île deMalae; le nombre cinq surtout, exprimé si facilement en pantomime par les cinq doigts de la main, est celui qui a subi le moins d’altération. Si quelque amateur de système voulait pousser cette confrontation plus loin, il pourrait même trouver quelque analogie entre la langue d’Owhihi et celle des peuplesCongos situés sur la côte occidentale d’Afrique, car les mots deux, trois, neuf et dix ont un très-grand rapport. Mais nous ne nous arrêterons pas à cette ressemblance; nous nous bornons à ce qui peut appuyer notre proposition, et nous osons espérer qu'on ne regardera pas comme téfnéraire notre opinion sur la formation des océans Pacifiques, et sur le creusement du bassin actuel de toutes les mers. Bien plus , nous espérons, nous osons croire que cette opinion sera partagée et qu’on y puisera la preuve évidente des causes qui ont forcé l’Océan à déserter nos plaines et nos vallées; mais nous les a-t-il aban- - données sans retour?
On aurait peut-être tort de s’y livrer à trop de sécurité. Nous avons des côtes bien étendues, le huitième siècle les a vues bien agitées vers l’occident.
Depuis cehuitième siècle, toute l’Europe a été ébranlée
CONCLUSION
fcn 1 755, et peut-être cette partie du monde a-t-elle couru quelques dangers; et quant à la partie méridionale de la France, elle n’est pas très-éloignée de l’incendie qui consume les fondements de l’extrémité de l'Italie. Nous sommes riches en charbons de terre et en matières combustibles; cette amorce pourrait bien nous attirer, un jour, une visite d’ancienne connaissance: le feu connaît la route; il la suivait quand il ravageait notre Provence) le Dauphiné, leVivarais et le Vélay, dont les cicatrices ne sont pas encore guéries.
Nous avons suivi, sans nous écarter, l’exposition de notre système, afin de ne pas interrompre la liaison des détails qui le coordonnent. Avant d’achever le peu qui nous reste à dire, nous devons prendre en considération le déplacement du centre de gravité du globe, déplacement auquel on a voulu quelquefois attribuer la retraite générale des mers.
Nousavous lu ce queDucarla, l’abbé Para DuPhan jas et autres, ont publié sur cette question.
Ou ne peut nier, en bonne physique, que tout affaissement volcanique, tout naufrage d’île ou de continent, quelque petits qu’ils soient, n’opèrent un déplacement proportionnel sur le centre de gravité , et que ce déplacement ne doive occasioner un changement dans le niveau des mers, obligées de graviter à rayon égal autour du centre commun. Mais de pareilles catastrophes, considérées par rapport à la masse du globe, sont trop petites pour lui imprimer un changement sensible.
L’abbé Du Phanjas a calculé qu’une caverne de quatre lieues cubes, se remplissant des eaux de l’Océan, . . ifi.
n’opérerait dans le niveau des mers qu’un changement
d’environ quatre lignes.
Pour opérer dans notre hémisphère une retraite de douze cents toises ou à peu près, il aurait donc fallu deux choses :la première, que l’hémisphère boréal eût éprouvé un grand, un énorme naufrage continental, qui eût porté le centre de gravité vers le sud. La seconde, que les eaux en nous quittant eussent reflué vers le pôle antarctique, et qu'elles s’y fussent élevées’ à peu près à i aoo toises , quantité égale à leur retraite de Sallenches dans notre hémisphère. Mais les faits déposent du contraire: notre hémisphère prolonge ses continents jusqu’auprès du pôle, tandis que celui du sud est dépourvu de terres. L’Afrique ne s’étend pas au-delà du trente-cinquième degré, et l’Amérique ne pousse une petite langue de terre que jusque sous le soixantième parallèle. Donc, malgré les observations de l’abbé de La Caille ( voyez page 6/|, preni. partie), si le centre de gravité n’est pas resté dans l’hémisphère du nord, au moins il n’est pas passé dans celui du sud, assez pour entraîner les eaux qui ne nous ont pas quittés pour affluer dans les latitudes australes, puisqu’il est appris qu’au contraire elles y ont fait la même retraite que dans nos contrées. L’isthme qui sépare les deux baies du cap de Bonne-Espérance porte la livrée des flots; la montagne du Lion est calcaire, l’enveloppe de la montagne de la Table est calcaire; M. Barrow a trouvé des dépôts de coquilles en masses à de trèsgrandes hauteurs, du côté de Muscle- Baj. Les eaux se sont donc abaissées partout, elles ont toutes suivi la même marche; aussi le système du déplacement du
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CONCLUSION. 245
centre de gravité, comme cause de la retraite des mers, paraît-il abandonné.
Sans doute, en résumant tout cfe que nous avons dit sur les ravages des volcans , ou pourra nous faire une objection: on nous dira, que puisque nous avons fait voir lesmontagnesenétatde dépérissement, abaissant leurs sommets; puisque nous supposons que de nouvelles commotions peuvent abaisser de nouveau le fond des mers, et avec lui la surface des eaux, nous diminuons graduellement le rayon de la terre, que sans doute nous ne manquerons pas de dire, qu’après avoir culbuté la voûte qui le comprime, le feu s’attachera au massif du globe, et qu’il s’y creusera de nouveaux asiles, d’où il partira, pour venir effrayer encore nos neveux; et l’on ajoutera que cet effet ayant perpétuellement lieu dans la suite des siècles, le ravon de la terre s’accourcissant ainsi perpétuellement, la masse de notre planète diminuera, et que ce système doit la conduire à la mort.
La chimie répopdra pour nous. Mais la discussion de cette haute question reste, comme nous l’avons annoncé dans notre préface, tout-à-fait en dehors du plan que nous nous sommes proposé.
Si on a daigné nous suivre attentivement dans tout le cours de cet ouvrage, on a vu que nous habitons une croûte qui s’appuie sur quelques points granitiques, inébranlables jusqu’à ce jour. Cette croûte recouvre un vaste incendie renfermé dans des cavernes, qui se communiquent, soit par continuité, soit par filons électriques. C’est de là que le feu part , pour venir dévorer notre habitation, et y. exercer des ravages
a46 géographie physique.
épouvantables : il bouleverse, contre- mine et engloutit les îles, les continents, et cet agent de destruction n’a pas plus tôt causé un naufrage , que l’Océan travaille à le réparer. A peine ces réparations sont-elles ébauchées, que le feu, avide de substances combustibles qui lui offrent une proie abondante dans ces terres nouvelles , abandonne les anciennes , et s’empresse d’accourir pour s’emparer de celles-ci; véritable homme du jour, délaissant ses anciens amis pour rechercher les nouveaux enrichis.
Le feu ininaut sa nouvelle conquête, prépare de nouvel ouvrage à l’Océan , et cela perpétuellement , de soi-te qu’un archipel est tout à la fois débris de naufrage et continent renaissant.
On voit donc que la retraite des mers doit être envisagée sous deux points de vue : le premier, c’est la retraite lente et graduelle qui provient de la consommation du flijide; celle-ci abaisse le niveau de l’Océan; ensuite vient la formation des terres, des bancs, des deltas qui envahissent la mer; cette retraite n’abaisse pas le niveau, elle devrait au contraire l’élever. Le second point de vue est la retraite en niasse occasionéc par de grandes convulsions , de grandes catastrophes qui ont creusé le bassin actuel des mers. C’est à cette retraite que nous devons les corps marins que nous trouvons à de grandes hauteurs dans nos montagnes. Ces corps marins sont si bien conservés, que nous hésitons à croire à leur grande vétusté ; idée qui vient à l’appui de celle que nous avons émise plus haut en disant que les langues s’altérant avec une extrême facilité , la conservation de celle des îles de la mer du Sud, est un indice du peu
CONCLUSION
d’ancienneté de la catastrophe qui a englouti tout le continent dont cet Océan occupe aujourd’hui la place.
Nous savons bien que des corps peuvent être enfouis dans des substances qui les conservent en les mettant à l’abri des attaques de l’atmosphère. Mais tous ces dépôts calcaires fermentent avec les acides, par conséquent, peuvent se décomposer; il est difficile de croire qu’un heureux concours de circonstances ait écarté d’eux pendant une longue suite de siècles, les sels, les acides qui pouvaient hâter leur dissolution : nous pensons donc que ces dépôts de corps marins attestent invinciblement le séjour de la mer, là où ils se trouvent; mais qu’ils ne peuvent rien décider sur lepoque où l’Océan opéra sa retraite.
Ces corps marins ont cependant fait la base du système qui donne au globe de la terre une antiquité prodigieuse , telle qu’à peine notre imagination peut y atteindre. Quant à nous , nous croyons que la présence de ces corps marins sur nos montagnes ne peut servir de preuve à l’âge de notre planète.
On a dit encore : le globe a subi des révolutions qui ont changé sa géographie , les hommes n’en ont pas conservé, mémoire, donc elles sont d’une ancienneté supérieure à toutes les chronologies.
Dans cet argument , la n&neure n’est pas exacte , par conséquent on peut nier la conséquence.
Mais en supposant même, qu’en effet il n’y ait aucune tradition des grandes catastrophes qui ont bouleversé nos continents * on n’en pourrait rien conclure pour leur antiquité; car une catastrophe peut être si subite, qu’elle anéantisse tout monument écrit, même
chez les peuples rendus au fa*îte delà civilisation; à plus forte raison chez des peuples moins éclairés, tels que sont aujourd’hui ceux de l’Asie. Si l’ébranlement général de l’Europe en 1 755 eût eu un peu plus d’intensité, il eût pu renouveler une de ces catastrophes dont nous suivons ici les vestiges; cet évènement, dans la partie du inonde la plus civilisée, eût anéanti les monuments des arts, les ouvrages écrits, les dépôts de sciences. Les habitants des villes, qui sont presque toutes en plaine à cause du cours des eaux, auraient péri , et ce sont ceux-là qui sont les plus instruits; les autres, montagnards, cultivateurs, gens sans lumières, sans arts, disséminés sur les pics des montagnes survivantes y auraient porté leur effroi, et perdraientaujourd’hui leurs traditions comme ont fait les habitants des archipels de' la mer du Sud; peu d’âges suffiraient pour effacer la mémoire de iy55; bientôt on n’aurait plus que des idées confuses d’un temps dont rien ne pourrait préciser l’époque, quoique peu éloignée. Moïse n’a transmis la tradition du déluge que parce qu’il n’est venu que 777 ans après. Il 11e serait donc pas vrai de dire, que si l’on n’avait aucune tradition des grandes catastrophes du globe, ce silence de nos ancêtres serait la preuve de la plus haute antiquité.
Mais tout ce raisonnement est gratuit de notre part, car des bouleversements du globe vivent encore dans la mémoire des hommes. Platon n’a-t-il pas recueilli les traditions du naufrage de cette Atlantide qui se dessine encore manifestement , sur l’Océan auquel elle a donné son nom , par les parties de ses anciennes côtes qui ont résisté âu désastre du reste de l’île , et sous lesquelles
CONCLUSION
le feu conserve son-empire? Ce feu 11e s'exhale-t-il pas par tous les volcans que nous avons signalés dans l’Atlantique? L’énergie de cet incendie est-elle calmée? Ne voyons-nous pas au contraire le feu s’ouvrir de nouvelles cheminées, et lancer des îles du fond de la mer? Ces efforts posthumes, successeurs de ceux qui ont culbuté l’Atlantide, ne rivalisent-ils pas avec eux , ne continuent-ils pas le même drame sur le même théâtre dont ils veulent engloutir jusqu’aux débris que les premiers avaient épargnés? La Genèse n’a-t-elle pas conservé la tradition de l’état de nos continents , entre le déluge et cette catastrophe et avant celle des océans Pacifiques , puisqu’elle nous représente les nations connues disséminées sur des îles? tradition frappante, parce qu’en effet l’Océan, n’ayant point encore alors descendu dans son lit actuel, devait submerger nos plaines; et quant aux sommités émergées, elles devaient former des îles habitées par l’espèce humaine, comme le sont aujourd’hui les archipels de la mer du Sud, qui nous fournissent tant d’objets de comparaison pour appuyer notre système.
Indépendamment des traces visibles du naufrage de l’Atlantide, il est donc vrai de dire que cette catastrophe vit encore dans la mémoire des hommes; qu’elle est sh gnalée par le Tirnée de Platon, indiquée par le texte de la Genèse : par conséquent, il est vraisemblable que ce naufrage est postérieur au déluge de Noé, ce qui ne daterait pas d’une époque bien ancienne, puisque Noé n’est âgé aujourd’hui que de 4271 ans» et *1 avait 98 ans lors du déluge.
D’un autre côté, nous venons d’établir que la présence des corps marins sur les montagnes n’était pas
CONCLUSION. ü5l
riales, etc.; c’est une affaire de nomenclature que l’on trouve dans tous les traités et dictionnaires. Nous avons rempli la tâche que nous nous étions imposée, et nous nous estimerons heureux si l’on trouve que nous ayons rempli le but que nous nous étions proposé.