INTRODUCTION
On à dit quelque part que le principal ornement de la femme étaitses mamelles. Quoi de plus aimable et de plus utile écrivait le grand Alcofribas que « deux tétins pleins de laict » !
Nul étonnement si de la sorte, dans la variété de leur nombre, de leur forme, de leur attitude et de leur état d'activité fonctionnelle ou de repos, les seins aient dans l’Art un langage conventionnel, et soient souvent utilisés pour des sujets allégoriques ou des figures emblématiques.
Dans l'Antiquité, au Moyen-Age, à la Renaissance, : l’art décoratif agrémentait fréquement ses conceptions des courbes gracieuses et des saillies globuleuses des seins. Ceux-ci dans les temps modernes occupent souvent une place prépondérante pour les représentations symboliques de la Paix qui ramène l'Abondance (sic).
L'on voit la Bonté, la Méchanceté le Bien, le Mal, opposés dans l’encadrement, par la bonne et la
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mauvaise Mère, l’une nourrit son enfant de son lait, l’autre le gave de bouillie.
Qui ne connaît dans la littérature, les passages consacrés à l’histoire des seins célèbres par leur forme, leur dimension, leur nombre ?
Nous savons que des enfants sans nourrice ont été allaités par des hommes.
Qu’une jeune fille nommée Féra donna le sein au prisonnier Cimon, fils de Miltiade, ce trait légendaire est d'ailleurs représenté au Musée du Havre par un plâtre d'Hyppolite Moulin élève de Barye.
Le sort le plus inattendu échoit parfois à ces offensives glandes. Certains fanatiques ont été suspendus par les mamelons et la princesse de Lamballe eut les seins tranchés aux massacres de septembre.
Dans les tropiques on ignore encore que les meilleures mamelles ne sont ni les plus grosses, ni les plus longues.
Généralement les seins figurent au nombre de deux sur une même poitrine ; néanmoins il existe des casde Polymastie, les statues d’Isis et de Diane témoignent qu'autrefois ce fait était connu.
Dans un mémoire de Corvisart et Boyer (Vendémiaire, an XIII) sur les femmes multimames, nous lisons que Julia mère de l’Empereur Sévère avait trois seins. Anne de Boleyn et Christiane de Suède «la Messaline duNord » possédaitégalement cetextra.… Baudelocque cite des phénomènes semblables, enfin les auteurs actuels en ont maintes fois rencontrés.
L'amastie est une malformation beaucoup plus rare. Un rapport de Louzier (Paris, an X) nous apprend que certains péchent pur défaut dans le nombre. Puech (1876) expose quelques observations et. le D' Ch. Hubert publie (Paris, 1907) un travail très intéressant.
Un fragment de fresques, ornement d’une case de Graoros en Guinée (Tour du Monde, 1901) exibe une idole fantastique à une seule mamelle comme les divinités Égyptiennes qui illustrent les parois du temple. :
Aux temps lointains de la vaporeuse Antiquité, les célébres Amazones ne possédaient également qu’un seul sein. Hippocrate, parlant des femmes scythes qui se mutilent le sein à l’aide d’un fer rouge dit qu’elles n’ont pas de mamelle droite ; mais Littré se basant sur l’examen de quelques statues représentant ces guerrières avec une poitrine intacte, nie l’authenticité du fait.
Récemment les bibliographes de Mata-Hari, la trop célèbre ballerine espionne, nous rapportent que celle-ci avait été atteinte d'une malformation de la mamelle. La célèbre courtisane, si encline pourtant à se déshabiller en public, aurait toujours conservé avec une farouche constance, sa poitrine recouverte de deux minuscules égides de filigrane ou de deux coquilles de métal.
Que pouvait cacher ce mystère qui inspira tant de madrigaux ? Une blessure occasionnée par une morsure de son brutal époux, ou plus simplement,
réalité moins tragique, une banale malformation congénitale ?
Mata-Hari est entrée dans la légende, mais elle n’a pu heureusement camoufler le secret de ses mamelles. Le D’ Bizard écrit à ce sujet { Souvenir d'un médecin des prisons de Paris) :
«La vérité est que Mata-Ilari, sans avoir comme on l’a dit, une poitrine blette, ne possédait que de très petits seins presque inexistants, aux mamelons pigmentés trop développés, et qu’elle ne se souciait guère de montrer. »
Au cours de la présente étude, nous éviterons de traiter les anomalies de la mamelle quant au volume et à la forme ; nous bornerons notre sujet au nombre, délaissant même la polymastie bien connue, pour nous occuper simplement :
io De l’absence congénitale complète du sein, du mamelon et de la glande mammaire, intéressant les deux côtés du thorax ou un seul :
20 De la persistance du mamelon,la glande faisant complètement défaut, bilatérale ou d’un seul côté ;
3° Des malformations tératologiques et embryologiques osseuses, musculaires, génitales, qui accompagnent généralement ces deux curiosités d’observation rare,
Nous nous efforcerons, après avoir exposé les cas que nous ayons pu retrouver dans la littérature médicale jusqu’à ce jour, de tracer la pathogénie de l’amastie complète et incomplète ; ainsi que des
do
troubles profonds de développement qui existent corrélativement presque toujours.
Nous tâcherons d'expliquer les conditions étiologiques responsables de ces perturbations.
Nous ajouterons aux observations déjà connues jusqu’à Hubert (Paris, 1907) quatre nouvelles com- munications dont, l’une,personnelle,est entièrement inédite. Il s’agit d’un cas excessivement récent qu'il nous a été donné de rencontrer dans le service de M. le D' Gibert à la Maternité du Havre,puis de suivre à l'Hôpital Pasteur, dans le service de M. le D: Maurice Guillot, dont nous fûmes l’interne. Puisse ce simple travail, nous permettre d’apporter à l'étude de la question notre modeste contribution.