‹ Acadie (volume 2)Chapitre 41 sur 89 · Nov. Sco. Doc. AUns, p · texte numérisé non relu

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autre chose jusqu'à la déportation, en dehors du refus de prêter un serment sans réserve. Quel est l'homme sensé qui soutiendra que ces petits incidents, insignifiants en euxmêmes et sans portée, aient été des motifs suffisants pour faire subir à tout un peuple un châtiment qui comportait l'assemblage de tous les maux pouvant affliger l'humanité? — Dans le premier de ces incidents, celui de Pisiquid, le seul coupable était Lawrence lui-même. Ses ordres, qui changeaient les règlements équitables de Hopson, étaient injustes et barbares. Au moins, devait-il accorder aux habitants le droit de faire de respectueuses représentations, surtout alors que ceux-ci avaient déclaré qu'ils obéiraient tout de suite si leur requête était l'objet d'un refus, et quand Lawrence avait été informé de leurs dispositions par Murray lui-même. — Dans le second, celui de soldats français venus pour séduire les habitants, cela ne pourrait regarder les Acadiens que s 'ils avaient écouté leurs propositions. Des séductions de cette nature, et infiniment plus sérieuses, ne manquèrent pas de s'exercer pendant la guerre de 1744 à 1748, et nous savons avec quel résultat. Si des motifs semblables pouvaient être une justification, Lawrence aurait pu en invoquer davantage contre les colons allemands de Lunenburg, et peut-être autant contre ceux d'Halifax, encore que, dans les deux cas, il eût traité ces gens avec beaucoup plus d'équité. De fait, il est toujours possible à un despote de justifier toutes ses cruautés ; et nous ne connaissons pas un peuple, qui, à la place des Acadiens, eût subi autant d'injustices et de provocations sans se révolter.

L'on se rappelle que Comwallis, après avoir épuisé bien des subterfuges pour empêcher le départ des Acadiens, s'en tînt finalement à celui des passeports. Les événements sont là pour prouver que sa promesse n'était pas sincère; et

maintenant nous voyons Lawrence pousser la férocité jusqu'à menacer de la contrainte militaire les familles de ceux qui quitteraient le pays.

Cette liste des subterfuges, auxquels on a eu recours pour se jouer dos Acadiene, est bien longue ; nous la donnerons ici en raccourci :

1er suberfuge (Vetcli.) «Vous ne partirez pas avant le retour de Nicholson. »

2e " (Nicholson.) «Vous ne partirez pas avant

que tel ou tel point ait été décidé par la Reine. »

3e " (Vetch.) «Vous ne partirez pas sur des

vaisseaux anglais. »

4e il (Vetch.) «Vous ne partirez pas sur des

vaisseaux français. »

5e " (Vetch.) «Vous ne pourrez vous procurer

des agrès à Louisbourg. »

6e " (Vetch.) «Vous ne pourrez vous en procu-

rer à Boston. »

7e " (Vetch.) «Vous ne partirez pas sur vos

propres vaisseaux. »

8e " (Philipps.) «Vous n'ouvrirez pas de che-

mins pour vous en aller. »

1730. Serment avec réserve accepté.

- 1749. Votre serment ne valait rien.

9e " (Cornwallis.) « Vous ne partirez pas cet au-

tomne. »

10e " (Cornwallis.) «Vous ne partirez pas avant

d'avoir ensemencé vos terres. »

lie " (Cornwallis.) «Vous ne partirez pas sans

passeports. »

Ce subterfuge était le dernier. Les Acadiens étaient maintenant prisonniers ; ils allaient être retenus malgré eux dans leur propre pays, parqués comme un vile troupeau, — en attendant l'heure de la boucherie. N'a-t-on pas une présomption concluante, et qui autorise à penser que Lawrence, lorsqu'il disait aux Lords du Commerce: «il vaudrait mieux qu'ils fussent partis», n'avait pas en vue un départ libre, mais bien une déportation, exécutée dans les conditions que nous connaissons!

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