Vol. II, ch. XX. P
Acte du Parlement; vous ne pouvez plus être considérés que comme des Papistes récalcitrants. »
Lawrence avait dû prévoir qu'à moins de circonstances extraordinaires, il ne pourrait forcer ces députés à prendre une décision sans consultation préalable avec ceux qu 'ils représentaient. Malgré son audace, il eût été fort embarrassé si ces délégués eussent incontinent accepté ses propositions ; mais il n'éprouvait aucune inquiétude sous ce rapport; il savait à peu près exactement comment les choses se passeraient, et il était prêt à toute éventualité; car advenant un acquiescement tardif de leur part, il avait cet Acte du Parlement pour leur barrer le chemin. Il eût été dangereux pour l'avenir de ses projets de laisser les députés s'en retourner vers leurs compatriotes ; ces députés s 'étant finalement offerts à prêter le serment, il pouvait craindre qu'ils ne donnassent des conseils en ce sens; et comme l'affaire du serment n 'était qu 'un prétexte qui lui servait à masquer ses projets, il se fût trouvé pris dans son propre piège. Pour parer à cet embarras, Lawrence les fit emprisonner. « Il ne paraît pas, dit Philip H. Smith, que les hommes qui furent ainsi emprisonnés sans autre forme, aient été trouvés coupables d'avoir assisté les ennemis du Roi, ou aient refusé de fournir au gouvernement des provisions ; il ne paraît même pas qu'ils aient été accusés individuellement de pareille offense ; tout ce que fît le conseil fut de s 'en tenir à une accusation générale portant sur une disposition constante à nuire aux sujets anglais, sans daigner toutefois étayer cette accusation d'un seul cas circonstantiellement prouvé, ou jamais avancé. »
En prenant au sérieux les procédés de Lawrence, il aurait suffi aux Acadiens de prêter un serment sans réserve pour rester paisibles sur leurs terres. Est-ce ainsi que ce gouver-
neur en eût agi avec des rebelles ou des gens disposés à le devenir! Leur serment de fidélité les obligeait tout autant à être loyaux que celui qu'il leur proposait. S'ils étaient rebelles ou dangereux, à quoi bon un nouveau serment! N'estil pas évident par là que leur dispersion, et les maux indicibles qu'on leur fît éprouver, n'ont pas eu pour motif le danger qu'ils pouvaient présenter? Il ne reste donc qu'une seule cause, et encore n'est-elle pas apparente: le refus du serment. Même si cette cause eût été réelle, la déportation n 'en eût pas moins été un crime monstrueux, mais un crime qui eût été sans profit pour son auteur. A le commettre dans ces conditions, Lawrence avait tout à perdre et n'avait rien à gagner. Cela n'est pas possible! Car toutes les peines qu'il a prises pour cacher ses projets aux Lords du Commerce 25 font voir qu'il jouait une partie risquée, où il devait y avoir un enjeu assez alléchant pour contrebalancer le risque qu'il allait courir. Donc, pourrions-nous conclure, le serment n'était qu'un prétexte, et la déportation a eu pour cause certaine un intérêt matériel.
Enfin, si les Acadiens avaient pu être dangereux alors qu'ils avaient leurs armes, l'étaient-ils maintenant qu'on les en avait dépouillés, et que, sur un simple ordre, ils les avaient remises unanimement et sans résistance ? Pouvaient-ils l'être, quand leurs bateaux avaient été confisqués et quand les Français avaient été délçgés de tous les postes qu 'ils occupaient sur la côte ? . . .
25. Toujours la même idée, à savoir que la déportation s'est faite à l'insu et contre le gré des autorités anglaises, qu'elle est l'œuvre personnelle de Lawrence! Or, nous avons déjà cité des documents établissant que ce gouverneur s'était ouvert de son projet aux Lords du Commerce, et qu'il avait reçu leur pleine approbation. H. 300. B. T. N. S. vol. 15. Ibid. July 18. Halifax. 1755.
Nous reviendrons là-dessus.
Que M. Parkman réponde à cette question, lui qui, pour préjuger la cause acadienne, n'a seulement pas fait allusion à cet enlèvement des armes et à cette confiscation des bateaux, lui qui a évité soigneusement de toucher à tout ce qui pouvait jeter de la lumière sur cette ignoble tragédie !