‹ Acadie (volume 3)Chapitre 10 sur 84 · En français dans le document · texte numérisé non relu

En français dans le document

aux-Canards, Claude LeBlanc, de Le Grand-Pré, Pliillipe (sic) Melançon, de Piziquid, — lesquels étaient venus pour rencontrer son Excellence, furent appelés dans le conseil; et Son Excellence, après leur avoir lu la Déclaration de sa Majesté les concernant, et le serment susdit, les assura de toute sa protection et de tous ses encouragements, mais les informa qu'elle s'attendait à ce que tous les habitants prêtassent serment d'allégeance à Sa Majesté dans la manière que font tous les sujets britanniques. Interrogés à l'effet de savoir s'ils avaient quelque requête à présenter de la part de leurs commettants, les députés répondirent qu'ils avaient été envoyés à seule fin de présenter leurs respects à Son Excellence, et de savoir quelle serait leur situation désonnais, et en particulier s'il leur serait permis de garder leurs prêtres.

«Son Excellence leur donna l'assurance qu'ils auraient toujours avec eux leurs prêtres, pourvu qu'aucun de ceux-ci ne se permit d'exercer son ministère dans les limites de la province, sans en avoir obtenu du gouverneur l'autorisation expresse.

« Copies de la Déclaration de Sa Majesté ^° et de la f or-

10, N. S. Doc. P. 165. Archives Canadiennes 1905, vol, II, p, 109. App. C. (Voir aux Appendices pour la Déclaration de Sa Majesté à Cornwallis).

Première déclaration de Cornwallis aux Acadiens.

Ordonnance de Son Excellence le Sr. Edward Cornwallis, Capitaine Général et Gouverneur en chef de la Nouvelle-Ecosse ou l'Acadie dans la partie Septentrionale de l'Amérique,

De par le Eoy.

Le Roy ayant voulu faire passer dans cette province de la Nouvelle-Ecosse plusieurs de ses sujets naturels de la Grande Bretagne dans le dessein de l'éta-

mule de serment furent remises aux députés pour être distribuées à tous les habitants, et injonction leur fut faite de revenir dans les quinze jours pour donner (au gouverneur)

blir de façon à en faire fleurir le commerce et la pêche; à ces causes et pour porter les Français habitués dans cette province à marquer leur bonne volonté et à donner les secours nécessaires à ces nouvelles colonies, nous déclarons au nom et par ordre de Sa Majesté que quoiqu 'elle n 'ignore pas qu 'au lieu d 'avoir reconnu d 'une manière convenable les grâces toutes particulières qu 'il a plu à Sa Majesté où à ses prédécesseurs d'accorder aux dits Français, en leur permettant l 'exercice de leur religion et en leur accordant la possession paisible et tranquille de leurs biens, plusieurs d'entre eux ont ouvertement pris le parti des ennemis déclarés de Sa Majesté et leur ont même donné des secours dans leurs différentes entreprises en fournissant des quartiers et des vivres à leur troupe, en leur donnant avis de tout ce qui se passait, en cachant leur dessein au gouverneur de cette province, de sorte que ceux-ci se sont plus d'une fois trouvés sous les remparts du Fort d'Annapolis Royale, avant même que la garnison fut informée de leur arrivée dans la province. Cependant pour donner des nouvelles marques de sa clémence véritablement royale envers les dits Français, dans l'espérance que s 'attachant à leurs devoirs, ils se comporteront à l'avenir en fidèles sujets, 11 a plu à Sa Majesté de leur accorder de nouveau l'exercice libre de leur religion en tant que le permet les lois de la Grande Bretagne, comme aussi la possession paisible et tranquille des terres qu 'ils tiennent actuellement à conditions qu'ils prêteront le serment de fidélité à sa Majesté prescrit par les lois de la Grande Bretagne, et cela dans l'espace de trois mois à compter de la date de la présente déclaration et qu 'ils se soumettront d 'ailleurs aux Règlements et aux ordonnances nécessaires pour le soutien et le salut du gouvernement de cette province, et qu'enfin ils donneront les secours nécessaires à toute autre colonie qu'il plaira à Sa Majesté d'y établir dans la suite. Noua ordonnons très-expressément au nom et par ordre de Sa Majesté à tous les sujets du Roy de quelque qualité ou condition qu'il soit d'occuper les terres incultes de cette province sans en avoir préalablement obtenu pour cet effet un octroi formel sous le sceau de la province. Enfin leur faisons aussi défense de transporter hors de cette province dans les colonies étrangères ni grains ni bestiaux ni aucune autre sorte de provisions sans en avoir obtenu notre permission pour cet effet.

Donné à Chibouctou le 14 de juillet dix-sept cent quarante-neuf.

Signé EDWARD CORNWALLIS.

et plus bas par ordre de Son Excellence

Signé HUGH DAVIDSON, pour copie.

connaissance des résolutions prises par leur divers départements. Ils reçurent en même temps l'ordre de se mettre en communication avec tous les autres établissements français et de leur laisser savoir que c'était le désir de son Excellence de rencontrer, le plus tôt possible, des envoyés de leur choix. »

Ed. Cornwallis.

HuGH Davidson ".

Le 29 juillet, c'est-à-dire dans le délai fixé par les ordres impérieux de Cornwallis, et malgré les longues distances à parcourir, les députés acadiens de tous les districts, y compris ceux du nord de la Baie de Fundy, arrivaient au rendezvous assigné. C'étaient:

«Alexandre Habert et Joseph Dugad, . d'Annapolis, Claude LeBlanc, de Grand-Pré, Jean Melançon, de Rivièreaux-Canards, Baptiste Gaillard et Pierre Landry, de Piziquid, Pierre Gotrau et Pierre Doucet, de Cobequid, François Bourg, de Chinecto, Alexr. Brossart, de Chippodie. »

Le lundi 31 juillet, tous ces messieurs « furent appelés à comparaître devant le Conseil (lequel se tenait également à bord du Beaufort), et interrogés à l'effet de savoir la nature des résolutions que les habitants français avaient prises conséquemment à la Déclaration de Sa Majesté.

« Jean Melançon remit à son Excellence une lettre censée contenir la réponse demandée. Après que la dite lettre eût été lue en français et en anglais, le Conseil émit l'opinion que, pour ce qui concernait leurs prêtres et leur religion, ils

11. N. S. Doc. Acad. Frencli, p. 166-7. — Ce document a trop d'importance pour que nous nous soyons contenté d'en reproduire la seule analyse contenue dans le MS. Il valait mieux en donner le texte entier.

pouvaient être assurés de l'exercice libre et public de leur culte, comme aussi d'avoir à leur service un nombre suffisant de prêtres, à la condition qu'aucun de ces missionnaires ne prit sur lui d 'en remplir les fonctions sans en avoir au préalable obtenu la permission du gouvenieur ou Commandant en chef de la Province et sans avoir prêté serment d'allégeance à Sa Majesté. Quant au second point de la lettre, à savoir l'exemption sollicitée de porter les armes en temps de guerre, l'avis unanime fut qu'aucune dispense ne devrait leur être accordée à ce sujet, mais qu'au contraire ordre péremptoire devrait leur être signifié d'avoir à prêter serment dans les termes qu'on leur offrait, et que Sa Majesté ne permettrait jamais à aucun de ceux sur la loyauté et l'assistance desquels Elle ne pourrait pas compter en cas de besoin, de posséder des terres en ses domaines ; que tous ceux qui se conduiraient comme de vrais sujets devraient avoir tout l'appui, l'encouragement et la protection accordés aux autres sujets de sa Majesté.

« Il fut aussi convenu que son Excellence envo3'-ât aussitôt que possible dans les districts français, à savoir Rivière Annapolis, Grand-Pré et Cliinecto, des agents chargés de faire prêter aux habitants le serment d 'allégeance ; il fut de plus résolu que tous ceux qui voulaient continuer à posséder leurs terres etc., et à être de fidèles sujets de sa Majesté, dussent comparaître en personne et prêter serment avant le 15/26 octobre suivant, jour où expirerait le délai fixé à cet effet; qu'entre temps son Excellence nommât deux membres du conseil pour aller à Chebouctou faire prêter le serment à toutes les personnes qui s'y présenteraient, et donnât une commision semblable au lieutenant-gouverneur ou commandant d 'Annapolis pour tous ceux qui choisiraient ce dernier endroit. »

« Résolu que teneur de cette Déclaration soit rédigée et présentée au Conseil, demain. »

Ed. Cornwallis.

HuGH Davidson ". »

Le lendemain, 1er août, nouvelle séance dû Conseil :

« La Déclaration passée au Conseil hier est lue et approuvée; résolu d'en donner lecture aux députés français, et d 'en distribuer une copie à chacun d 'entre eux pour leurs districts respectifs.

a En suite de quoi les députés entrèrent et lecture de la Déclaration leur fut faite. Ils demandèrent si, an cas où ils auraient Vintention de quitter leurs terres, il leur serait permis de les vendre, ainsi que leurs hiens meubles. Son Excellence leur répondit que, aux tenues du traité d'Utrecht, une année avait été accordée, à partir de la reddition de la Province, au cours de laquelle les habitants français auraient pu vendre leurs effets; mais qu'à présent ceux qui choisiraient de s'en aller plutôt que de devenir loyaux sujets du Roi n'auraient l'autorisation ni de vendre ni d'emporter avec eux quoi que ce soit.

12. N. S. Documents. Minutes of a Council held on hoard the Beaufort, on Monday the Slst of July, 1749, pp. 168-9.

Le MS. donne, en partie seulement, cette pièce oflBcielle, omettant la réponse du Conseil au premier point de la lettre des Députés, à savoir ce qui concernait les prêtres et le libre exercice de la religion, et d'autres résolutions ayant leur importance. Richard s 'en tient aux ordres signifiés sur la question du serment. C 'était là, il est vrai, le point capital de l 'affaire. Inutile, je crois, de faire remarquer, après ce que nous avons dit dans notre Introduction, que l'auteur à'Acadie ne s'est pas donné la peine de traduire ces documents de source anglaise et qu'il les a insérés tels quels dans sa rédaction. C'était autant de travail de moins pour l'éminent traducteur de son œuvre, mais une charge de plus d'ajoutée à toutes celles qui incombent à l'éditeur du texte original.

«Les députés demandèrent à s'en retourner dans leurs districts pour aller consulter les habitants. Sur quoi on les prévint que quiconque n'aurait pas prêté le serment d'allégeance avant le 15/26 octobre suivant, perdrait toutes ses possessions et tous ses droits dans la Province. Ils prièrent alors qu'on les laissât se rendre auprès des Gouverneurs français pour savoir les conditions auxquelles ceux-ci les recevraient dans leur juridiction. La réponse de son Excellence fut que quiconque quitterait la Province sans avoir prêté le serment d 'allégeance perdrait par le fait même tous ses droits.

«Le Conseil proposa à son Excellence d'intimer à tous les prêtres l'ordre de venir à Cliebucto aussi tôt que possible. En conséquence, le Secrétaire fut prié d'écrire à MM. Desenclaves, Chevreuil (sic) et Gérard, de se présenter sans tarder. »

Ed. Cornwallis.

HuGH Davidson ^^.

13. N. S. Doc. At a council hcld on hoard ihc Beaufort on tuesday the Ist of Àugust 1749, p. 170.

Sur les abbés Desenclaves et de Chauvreulx, cf. notre Tome Premier. Nous avons la bonne fortune de posséder, dans notre bibliothèque, un ouvrage provenant de Mr. de Chauvreulx et revêtu de son autographe. C 'est un in-folio, marqué au crayon 1650? sur la feuille de garde, car la page-titre manque, et contenant le Tractatus de Sacramentis, de Jean Maldonat, S. J. Sur M. Girard, on peut consulter Doc. in. sur l'Acadie publiés par le C. F, pièces I, II, III, IV, V, VI, VII.

"Sous l'administration de Cornwallis, les missionnaires de l'Acadie Anglaise étaient les abbés Girard, Chevreulx, etc. . . Il (Cornwallis) avait déjà fait incarcérer à Halifax, l'abbé Girard, curé de Cobequid (Truro), parce que ce dernier avait conseillé à ses paroissiens de ne pas prêter le serment sans réserve qu'on leur demandait. . ."

Cf. Les anc. miss, de l'Acadie devant l'Histoire par Ph. F. Bourgeois, pp. 45- G-7. Cf. N. S. Doc. p. 180 et seq.

Une Proclamation, conforme à la réponse du Gouverneur fut remise entre les mains des députés pour être publiée dans leurs départements respectifs. Nous la donnons ci-après " :

Seconde Déclaration de Cornwallis aux Acadiens.

« Ordonnance de Son Excellence Edward Cornwallis capitaine Général Gouverneur en Chef & Vice Amiral dans la Province du Roy, de la Nouvelle-Ecosse ou l'Acadie Colonel au Service de sa Majesté, & Geniilliomme de Sa Chambre.

De par le Roy.

«Ayant reçu par les Députés une lettre des Habitans François de cette Province datée le 1er d'Aoust N. S. dans laquelle ils demandent que nous voulions leur accorder des Prêtres & l'exercice libre & public de leur religion & aussi qu'ils ne soient pas obligés de porter les armes en cas de guerre, & quand même la province seroit attaquée Nous Edward Cornwallis Capitaine General &c; avec & par l'Avis du Conseil Faisons Scavoir & déclarons que pourvu que les dits Habitans soient & contiennent Fidèles sujets du Roi de la Grande Bretagne Nous leur Accordons des Prêtres & l'exercice libre et public de leur religion, bien entendu qu'aucun Prêtre ne présumera d'officier sans avoir obtenu

14. Cette pièce ne figure pas dans le MS. où nous croyons qu'elle avait pourtant sa place. Ele se trouve au N. S. Doc. p. 171. Akins a mis entre parenthèses, au-dessus du titre, translated from the French. Cette déclaration avait donc été envoyée aux Acadiens en français. Nous donnons le texte français d'après Archives Canadiennes. {Yo\. II, app. C. p. 110.) (Série F. 87ter., p. 192.)

la permission du Gouverneur ou Commandant en Chef de la province & sans avoir prêté le serment de fidélité au Roi.

« Nous Faisons scavoir par ordre & au nom du Eoi que Sa Majesté ne veut point qu'aucuns de ses sujets qui jouissent des privilèges & avantages de son Gouvernement, & qui possèdent des Habitations & des Terres dans cette province soient exceptés d'une entière Fidélité, ni qu'ils soient exemptés de l'obligation naturelle de se deffendre eux-mêmes, leurs Habitations leurs Terres & le Gouvernement sous lequel ils jouissent de tant d'avantages — A ces Causes & pour exécuter les ordres de Sa Majesté Nous devons envoyer au plustot des officiers du Roi aux Etablissements François savoir à la Rivière d 'Annapolis, à la Grande pré & à Cliinecto pour faire prêter le serment de Fidélité avant le 15-26 d'Octobre lequel jour sera le dernier que nous accordons.

« En attendant que nous puissions envoyer des persoimos à ces établissements nous avons nommé deux Membres de Conseil à Chebucto et Le Lieutenant Gouverneur ou officier Commandant à Annapolis Royale, pour faire prêter le Serment aux Habitans qui auront envie de se présenter en ces Endroits.

« Nous déclarons en même tems & promettons, par ordre et au Nom de Sa Majesté que tous ceux qui auront prêté le Serment de Fidélité & qui en Conséquence de cela continueront Fidèles & Bons Sujets du Roi de la Grande Bretagne seront aidés assistés & protégés contre ceux qui pourront les molester & auront les mêmes privilèges également avec les autres sujets de Sa Majesté.

« Donnée dans le Port de Chebucto le 23me Année du Règn^ de S. M. le 1er d'Aoust 1749 V. S. C. S. »

s. Ed. Cornwallis.

«C'est l'ordre de Son Excellence que cette ordonnance soit publiée dans chaque Département, au plutôt afin que personne ne puisse prétendre cause de Ignorance. »

Le 6 septembre, un mercredi, au cours d'une séance du Conseil tenue également à bord du Beaufort, les mêmes députés présentèrent à Cornwallis, au nom des habitants français, la lettre qui suit ^'' :

« A Son Excellence Edward Cornwallis, Capitaine Général, Gouverneur-en-Chef, etc., etc.

« Nous ne savons assez remercier votre Excellence de toute la bonté qu'elle a bien voulu nous manifester dès son arrivée, soit dans la réception gracieuse qu'elle a faite à nos députés, soit dans le délai de trois mois qu'elle nous a accordé, pour nous permettre de considérer la ligne de conduite à suivre touchant le serment que Sa Majesté exige de nous.

« Nous sommes dans un grand embarras d 'esprit, quand nous réfléchissons aux privilèges que nous a concédés le Général Philipps, après que nous eûmes prêté serment d'allégeance à Sa Majesté: le dit M. Philips nous accorda alors en effet pleine jouissance de nos biens et le libre exercice dé notre religion, en nous laissant avoir tous les prêtres dont nous avons besoin.

« Egalement, Sa Majesté a bien voulu nous envoyer, il y a deux ans, des lettres par lesquelles Elle nous accordait jouis-

15. Le MS. la donne toute, d'après le texte anglais, sauf les six lignes du commencement, et deux vers la fin. B. Murdocn, vol. II, ch. XII, p. 157, en donne un extrait en français, sûrement d 'après le texte original. Nous traduisons cette lettre, mettant seulement entre crochets, la partie qui se trouve dans Murdoch. Nous soulignons d'après Eichard.

Cf. N. S. Doc. pp. 172-3.— Jm. ^- W. I. vol. 595. A. C. pour 1894, p. 145.

sance pleine et entière de nos propriétés. Nous avons accueilli toutes ces promesses comme venant de Sa Majesté et avons mis en elles notre confiance, nous avons rendu des services au gouvernement du Roi, sans que jamais il nous soit vemi à la pensée de violer notre serment. Nous croyons, Excellence, que si Sa Majesté était bien informée de notre attitude à l'égard de son gouvernement, elle se garderait dei nous imposer une formule de serment qui nous exposerait à tout moment à subir de grands dangers de la part des tribus sauvages, lesquelles nous ont déjà reproché, et d'une façon inquiétante, le serment que nous avons prêté. Le nouveau serment que l'on nous propose devant notis lier plus étroitement encore, il est sûr que nous deviendrons les victimes de leur cruauté.

[Monseigneur, Les Habitans en gênerai de toute l'étendue de ce païs sont entièrement resous de ne point prendre le serment que V. E. exige de nous, mais si V. E. veut nous accorder notre ancien serment qui a été donné dans le Mines à M. Richard Philips avec une exemption d'armes à nous et nos hoirs, nous l'accepterons. Mais si V. E. n'est point dans la résolution de nous accorder ce que nous prenons la liberté de demander, nous sommes tous en général dans la résolution de nous retirer du pais. Monseigneur nous prenons la liberté tous en général de supplier V. E. de nous dire si S. M. a annullé notre serment que nous avons donné à Gén. Philips. Ce qui fait peine à tout le monde c'est d'apprendre que les Anglais veulent s'habituer parmi nous. Sentiment général de tous les Habitans sous signes.]

« C 'est pourquoi nous espérons. Monseigneur, que vous tiendrez compte de nos humbles supplications, et que Votre

Excellence se laissera toucher par nos misères. Et nous, de notre côté, nous prierons Dieu avec ferveur pour la conservation de votre personne. »

Cette lettre portait mille signatures.

Comme on l'a vu, Cornwallis avait déjà fait savoir aux Acadiens qu'ils pouvaient, s'ils le voulaient, quitter le pays, mais que ce serait sans rien emporter avec eux. Il avait donc commis la même bévue que ses devanciers. Ainsi qu'eux, il s'imaginait que ces paysans étaient trop attachés à leurs biens pour sacrifier le fruit de leurs patients travaux. Mais il se trompait étrangement, tout comme Philipps, Armstrong, et les autres. Sa psychologie était en défaut. Il ne s'en rendit peut-être pas compte tout d'abord, mais il n'allait pas tarder à s'en convaincre.

A la lettre-requête que nous venons de citer, ce Gouverneur fit une longue et dure réponse, laquelle nous donnons in-extenso " :

« Messieurs, — Nous avons raison d 'être bien étonné de votre conduite. Voicy la troisième fois que vous êtes venus icy de vos départements et vous ne faites que répéter les mêmes choses sans le moindre changement. Aujourd'huy vous nous présentés une lettre signée de mille personnes oii vous déclarés ouvertement que vous ne voulez être sujets de Sa Majesté Britannique qu'à telles et telles conditions.

« A ce qui paroit, vous vous croyez indépendant de tout gouvernement et vous voudrez traiter avec le Roy sur ce

16. N. S. Documents^ pp. 174-5. Cette lettre couvre deux pages entières de la compilation de Akins. — Archives Canadiennes pour l'année 1905, (vol. II, 5-6. Edouard VII., A. 1906, pp. 363-4.) Cette réponse est datée du 5 7bre 1749.

pied-là, mais vous devez sçavoir que depuis la fm de l'an stipulé dans le traité d'Utreclit pour l'évacuation du païs ceux qui ont choisi de rester dans la province devinrent sujets du Roy de la Grande Bretagne le traité les déclare tels. Le Roy de France déclare dans le traité que tous les françois qui resteroient dans ces provinces seroient sujets de Sa Majesté Britannique.

« Aussy seroit-il contraire au sens commun de supposer que demeurans dans la province et y possédans des terres et des maisons vous ne seriez pas sujets au Souverain de cette Province.

«Ainsy, Messieurs, vous vous trompés si vous croyez d'être en liberté de choisir si vous voulez être sujets du Roy ou non. Depuis l'année 1714 cela n'a plus dépendu de vous, dès ce moment vous devîntes sujets aux loix de la Grande Bretagne, et précisément sur le même pied que les autres sujets catholiques de Sa Majesté.

« Etant donc indubitablement sujets de Sa Majesté Britannique, vous deviez avoir prêté serment de fidélité à Votre Roy, le moment qu 'on l 'a exigé.

« Voilà, Messieurs, où vous avez toujours manqué à votre devoir; vous avouez que vous avez toujours refusé de prêter ce serment sans une réserve sous-entendue. Vous me dites que Monsieur Le Général Philipp vous a accordé la réserve que vous demandiez et je vous dis. Messieurs, que le général qui vous accorda de telles réserves, n'a point fait son devoir, je vous dis plus, que ce serment n'a jamais rien diminué de vos obligations d'agir toujours et en toutes circonstances comme un sujet doit agir selon les loix de Dieu et de votre Roy.

« Messieurs, vous vous laissés mener par des gens dont l'intérêt est de vous faire égarer. On vous a fait imaginer

qu'il n'y a que votre serment qui vous lie aux Anglois, ou vous trompe; ce n'est pas le serment qu'un Eoy fait prêter à ses sujets qui les rend sujets, le serment suppose qu'on l'est déjà, le serment est un gage ou lien des plus sacrés de la fidélité de ceux qui le prêtent.

« Ce n 'est que par pitié de votre scituation et de votre inexpérience dans les affaires du gouvernement qu'on descend à raisonner avec vous, autrement. Messieurs, il ne s'agit point de raisonner, il s'agit de commander et d'être obéi.

« Sa Majesté elle-même dans sa déclaration imprimée vous assure vos possessions et votre religion. Songez un pou à ce que vous avez fait de votre part. Vous me parlez beaucoup de vos services rendus au Gouvernement, depuis mon arrivée dans la province quelles preuves m 'avez vous donnez de votre attachement à votre Roy ?

« Je serois charmé de pouvoir dire à Sa Majesté que vous vous comportiés en bons sujets et que vous aviés fait tout ce qui dépendoit de vous pour assister cette colonie.

« Au lieu de vos consultations fréquentes ensemble, au lieu de messages au Gouvernement françois, au lieu de vos lettres signées de mille personnes, si vous m'aviez envoyez une centaine d'hommes pour travailler au ser^àce de Sa Majesté vous auriez mieux fait et vous y auriez trouvé votre compte.

«Voilà, Messieurs, plus de trente quatre ans passés, depuis que vous êtes sujets de la Grande Bretagne et que vous avés jouis en entier de vos possssions et de votre religion. Faites-nous voir à présent que vous êtes reconnoissants et prests à servir votre Roy quand vos services sont demandés.

«A votre retour, vous trouvères des troupes de Sa Majesté

aux Mines, je les ai envoyez pour votre protection, quand j'aurai de leur nouvelle que j'entende que vous les avez aidé et assistés autant que vous pouviez, je les ai ordonné de payer leurs provisions et ceux qui travaillent pour eux en argent comptant ou de vous donner des certificats que d'abord vu je paierez sur le cliamp.

« Faites en sortes que je voye icy en dix jours cinquante de vos habitants que j 'emploierai à assister les pauvres, à bâtir leur maison pour les mettre à l'abry du mauvais tems, ils seront payés en argent comptant et nourris des provisions du Roy ^^ »

Sur ce, les députés furent congédiés, sans que le Gouverneur eût touché aux ordres contenus dans sa Proclamation, et sans qu'il eût communiqué une réponse écrite que ceuxci attendaient pour la communiquer aux habitants.

Cinq jours après, c'est-à-dire le 11 septembre, Cornwallis écrivait aux Lords du Commerce une lettre qui nous révèle assez l'état de son esprit et le cours de ses pensées. Nous

17. Nous ne savons au juste si Cornwallis était bon soldat, encore que sa lettre soit sur un ton qui sente la caserne; mais il paraît sûr qu'il était pauvre diplomate et bien faible juriste, à en juger par ce document. Où donc le gouverneur avait-il pris cette maxime de droit étonnante, à savoir que le fait d'avoir feu et lieu dans un pays rend sujet du Souverain de ce pays 1 Qu'on soit soumis à ses lois, d 'accord ; mais que cette soumission entraîne nécessairement l'allégeance, — c'est cela au contraire qui est opposée, non seulement au sens commun, mais encore au droit des gens, tel que reconnu chez toutes les nations. Cornwallis montre la même ignorance juridique quand il affirme que le "serment ne fait pas les sujets, mais suppose que ceux-ci le sont déjà." Cette conception du serment n'est même pas digne d'un primaire. Mais si le serment était si peu de chose à ses yeux, pourquoi donc insistait-il si fortement pour que les Acadiens le prêtassent dans une forme absolue? En effet, pour Cornwallis, {\ n'était pas question de raisonner: il s'y entendait trop peu en logique pour le faire convenablement.

en donnerons le passage suivant '\ « . . .Les délégués français sont venus ici cette semaine et ont déclaré qu'ils avaient apporté une réponse finale. Par la copie ci-incluse d'une lettre signée par mille habitants, qu'ils m'ont remise, Vos Seigneuries constateront qu'ils sont décidés, du moins ils le disent, de quitter la province plutôt que de prêter le serment d'allégeance. Comme je suis convaincu qu'ils n'aban^ donneront pas leurs habitations durant la présente saison, j 'ai répété, après la lecture de cette lettre devant le Conseil et en présence des délégués, sans rien y changer, ce que j 'avais déjà dit dans ma première déclaration et sans faire à celle-ci la moindre allusion. Mon intention est qu'ils se rendent utiles autant que possible à Sa Majesté pendant leur séjour dans cette province. Si par la suite, ils persistent dans leur entêtement et refusent de prêter le serment, j 'aurai pour me guider les instructions de Sa Majesté que je dois recevoir le printemps prochain par l'intermédiaire de Vos Seigneuries. Dans l'après-midi j'ai eu une entrevue avec les délégués qui sont restés pour obtenir ma réponse par écrit; j'ai essayé de les persuader qu'il était de leur intérêt commun d'être fidèles à Sa Majesté, de rompre leurs relations avec la France et de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour le progrès de cette colonie. Ils s'en allèrent de fort bonne humeur et firent beaucoup de promesses. »

Cornwallis semble déjà douter du résultat qu'il avait espéré atteindre. S'il eût connu l'attitude constante des Acadiens, dans le passé, ainsi que l'histoire des rapports que

18. Cf. A. C. pour 1894, p. 145. F. 89. B. T. N. S. vol. 9. Am. ^ W, I, vol. 595^ Nous citons d'après Arch. Can. 1905, vol. II, p. 111.

ses prédécesseurs avaient eus avec eux, il eut tout de suite compris que ses manières hautaines, son arrogance attardée de proconsul romain, devaient, en les alarmant, produire un effet tout-à-fait opposé à celui qu'il en attendait. Il s'était flatté qu'en débitant sur un ton doctoral à de pauvres paysans des niaiseries faussement subtiles, il leur en imposerait et briserait par là leur résistance. C'était par trop manquer de psychologie, et c'était bien mal débuter dans la carrière de gouvernant. Cet homme s'était engagé dans une voie au bout de laquelle il n 'allait rencontrer que déceptions et humiliations. Et quand enfin, s 'apercevant de sa méprise, il voudra changer de tactique, user de conciliation et de douceur, le moment n'en sera plus : il se heurtera à son tour à tous les obstacles contre lesquels Philipps et Armstrong étaient restés impuissants.

D'autres députations suivirent celles dont nous avons parlé. Des mémoires furent présentés oii l'on faisait le récit des faits se rapportant au séjour des Acadiens dans le pays et au serment qu'ils avaient prêté. On y rappelait les clauses du traité d'Utrecht, donnant à ceux qui ne voulaient pas devenir sujets anglais le droit de partir dans l'espace d 'un an, en emportant leurs biens meubles ; mention y était faite aussi de la Lettre de la Eeine Anne élargissant les privilèges du Traité. L'on y insistait sur la résolution générale où l'on était venu de quitter la Province, résolution qui avait échoué, grâce» aux empêchements de toutes sortes que les autorités y avaient mis.

« En présence de tant d'obstacles, disaient-ils, nous avons prêté plusieurs serments, tous étaient basés sur cette promesse de l'exemption des faits de guerre; si nous sommes restés en ce pays, c'est sur cette réserve expresse; et les

plus belles phrases du monde ne prouveront pas que l'on ne clierclie à nous tromper ^^ »

«Vos serments sont illégaux, inacceptables, répliquait Cornwallis, et si les précédents gouverneurs y ont adhéré par leurs promesses, ils ont créé des titres nuls et sans valeur; vous êtes ici sujets du Eoi d'Angleterre sans avoir prêté le serment d'allégeance; vous avez donc perdu tous vos droits, et c'est une grâce qu'il vous fait en consentant à vous admettre encore à la faveur de son allégeance. »

Et les Acadiens répondaient que leurs réclamations étaient fondées sur des actes authentiques que l'on ne pouvait pas répudier ni dénaturer légèrement par de simples paroles. , « Plusieurs de vos prédécesseurs ont commencé comme vous par nier nos prétentions, puis, après examen, ils ont reconnu notre bon droit, et ils ont consenti à nous accorder cette réserve de ne point porter les armes ; ils nous ont assuré qu'ils avaient toute autorité pour cela. Si nous avons été trompés, le Roi ne saurait retourner contre nous une telle supercherie. »

Puis, ces infortunés qui croyaient très naïvement à la justice, apportaient la copie des actes qu'ils avaient signés, des conventions qui avaient été dressées. « Voilà quarante ans que nous vivons sur la foi jurée, sans que personne nous ait jamais dit que ces conventions fussent nulles '^°. » Mais

19. Kichard emprunte ce passage, et les suivants à Rameau. Et ici, l'auteur d'Une Colonie féodale en Amérique analyse les documents cités plus haut dans notre chapitre. Le MS. original, en cet endroit, revient donc sur lui-même au lieu de continuer à exposer la suite des faits.

Cf. Rameau. Tome II, ch. XIV, pp. 141-2.

20. A ce texte de Rameau, Richard ajoute: "au contraire, elles ont été reconnues et on s'y est conformé pendant la dernière guerre. De notre part, nous

Cornwallis et ses officiers les repoussaient en raillant ; ils se moquaient de leur peine. » « Tant pis pour vous si vous ne connaissiez pas l'invalidité de ces conventions, il allait vous en informer; aujourd'hui vous n'avez plus qu'à vous soumettre à merci, ou vous serez dépouillés de tout ce que vous possédez. » « Tel est à peu près, dit Rameau que nous citons, le sens de ces négociations interminables, de ces controverses agrémentées par les grossières plaisanteries de Cornwallis. »

Obligés, devant la quasi-majesté de ce gouverneur, à n'employer que les termes du plus profond respect, et devant se garder de montrer l'apparence même d'une résistance à ses ordres, les Acadiens étaient condamnés d'avance à avoir tort. Leur position critique rappelait la fable du pot de terre et du pot de fer. « Cependant, dit Beamish Murdoch -^ les mémoires que ces Acadiens envoyaient au conseil, étaient tous empreints d'une respectueuse modération et en même temps d'une conviction profonde. Tous s'appuyaient sur ce point fondamental, d'un serment d'allégeance prêté sous toutes réserves, dont les Acadiens n'avaient jamais voulu se départir depuis la conquête ; il est certain, en effet, que, malgré les réclamations réitérées qui leur furent faites à ce sujet, on les avait laissés paisibles dans leurs héritages pendant quarante-cinq ans, sur ce pied

avons gardé notre fidélité à ce serment, malgré les séductions et les msnaces." (feuillet 297.)

21. Eist. of N. S., vol. II, ch. XX, p. 286. Murdoch fait ces considérations à

. propos des événements de 1755, et c'est Kameau qui lui emprunte ce passage,

(T. II, ch. XIV, p. 14.3) et qu'il applique aux faits de 1749. Eichard l'ayant

vu dans Eameau, le garde. Ce que dit ici Murdoch a un caractère général, il est

vrai, et peint bien le style de tous les documents émanés des Acadiens.

de neutralité, qu'ils durent croire comme un droit consacré par un long usage. »

Les Acadiens assuraient invariablement qu'ils se reconnaissaient comme sujets fidèles du roi d'Angleterre; mais que l'obligation de porter les armes contre leurs compatriotes répugnait à leurs plus légitimes sentiments ; que, si l'on consentait à accepter un serment semblable à celui qu'ils avaient prêté, ils seraient heureux de rester dans le pays, et de garder en toute circonstance une conduite qui fût conforme à leurs engagements.

Pendant que toutes ces négociations se poursuivaient, l'on pense bieîi que l'inquiétude et l'agitation allaient grandissant dans les centres français. Ferait-on justice à leur demande 1 Partirait-on ou non ? Beaucoup se préparaient à le faire ; le plus grand nombre ne le voulaient pas sans en avoir reçu l'autorisation expresse du gouverneur. Les Français occupaient toujours la partie nord de la Baie de Fundy; à un mille et demi du village de Beaubassin, ils érigeaient un Fort qu'ils nommèrent Beauséjour ". De grands efforts étaient tentés par l'Abbé Le Loutre et les Français pour induire les colons Acadiens, particulièrement ceux qui étaient établis près de cette frontière, à émigrer de leur côté.

La conduite arrogante et injuste de Cornwallis commen-

22. Cf. A. C. (1894) Nova Scotia. 1749. Dec. 1. Albany. John H. Lydieus ta Corriwallis. "Sur l'ordre de M. de la Jonquière (gouv. du Canada) le chevalier de la Corne s'arrêta à un endroit nommé la Butte à Beauséjour, qui donne sur le fond de la Baie Française, et y bâtit un fort. . .Ce fort se trouvait sur la partie la plus étroite de l 'isthme, qui sépare la Baie Verte de la Baie de Fundy, et qui unit la terre ferme avec la péninsule de la Nouv.-Ecosse. "

Ferland. T. II, ch. 34, p. 498. Garneau II, eh. III, p. 194.

Cf. A. C. Corr. Gén. 1749, vol. 93. M. de la Jonquière, gouv. M. Bigot, Int. c. II. De la Jonquière au Ministre. Québec, Sept. 9, fol. 130, 4^^ pp.

çait à donner les résultats qu 'il aurait pu prévoir, s 'il avait été doué du moindre esprit d'observation et qu'il n'eut pas été aveuglé par sa fatuité. Irrité à la vue du manège des Français pour attirer à leur cause des compatriotes, le Gouverneur signifia au capitaine Silvanus Cobb un ordre draconien, duquel nous extrayons ce qui suit :

« . . .Tous les habitants de Cliinecto, à son instigation, (celle de Le Loutre) ayant donné refuge et assistance aux Indiens, et n'ayant jamais daigné laissé savoir au gouvernement le moindre renseignement au sujet de toutes ses manœuvres, (toujours celles de Le Loutre,) oubliant ainsi tous leurs devoirs à l'égard de leur Souverain, — vous irez à cet endroit saisir et faire prisonniers autant d'habitants que vous pourrez. Partout où les habitants s'enfuiront ou quitteront leurs maisons à votre approche, vous saisirez autant de femmes et d 'enfants que vous le jugerez bon, et vous les déposerez dans le premier Fort anglais qui se présentera, où ils resteront comme otages jusqu'à ce que la conduite des parents soit devenue meilleure -^. »

Cette mesure radicale ne fut cependant pas mise à exécution ^\

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