‹ Acadie (volume 3)Chapitre 37 sur 84 · Cf. notre tome premier, chapitre X et Appendice VII · texte numérisé non relu

Cf. notre tome premier, chapitre X et Appendice VII

seul (io SOS (lociiniciiis ofHeiels (lui iio i'ût pas une fourberie nouvelle '". -

Vramient, les ^Vcadiens étaient un peuple soumis et paisible, ou nous avons perdu les notions élémentaires du bon sens. « La suavité et la douceur de la domination britannique, » dont Parkman nous entretient", peut s'appliquer avec assez de raison au gouvernement de la Métropole, mais non certes à cebn de la province. Placés dans les mêmes conjonctures, les colons de la Nouvelle Angleterre eussent depuis longtemps arlioré l'étendard de la révolte et brisé les obstacles, comme ils le firent eft'ectivement quelques années plus tard, pour détruire des abus moins criants et affirmer des droits moins importants, pour une question de timbres et de tbé, lorsque ni leur langue, ni leur religion, ni leurs sentiments, ni leurs terres n'étaient menacés. Parce que les Acadiens n'ont pas eu recours à ces moyens, parce qu'ils ont été trop soumis, on les a déportés, on les a traqués comme des fauves, tandis que l'on élevait des statues à ceux (jui avaient été rebelles; et, y:)Our comble de malheur, ils ont aujourd'hui Tliumiliation de recevoir le coiq^ de pied de

10. Ce (lornier par. n'est pas dans l'original. A cet endroit, le MS. — fol. 429 — porte, écrite au crayon, la note: voir traduction. Et dans le texte, il y a les mots suivants, écrits au crayon violet, entre les lignes: " Srrait-il donc impoftsihlc de mettre la main sur mt document qvi ne fût pas nne fonrherie nouvelle?"

11. Le MS. — fol. 4.30 — porte, entre guillemets: "The Icnity and the sweot of the english rule. " Ces mots ne sont peut-être pas littéralement de Parkman; mais il y a ça et là, dans les ouvrages de ce dernier, quelque chose d'approchant: "The english rule had been of the lightest, so light that it could hardly be felt. "(J Half-Ccntury of Conflict, vol. Il, ch. XXII. Acadian Conflicts. P. 174.) Cf. quoque Monicalm and Wolfe. \o\. I, ch. VIII. Bcmoval of the Acadia.iu') : "thej' were told (c'est le suave Lawrence qui s'adresse aux Acadiens). . .that they had always been treated l>y tho government with the greatest levity and. tenderness. . .". P. 271.

l'âiio do la part do cohn qui, soit dit sans le blâmer, s'a£>oiioiiillo devant les liéros de la r(''V<)hiti()n américaine. Le Ooucs cris fcli.r sera donc tonjoiirs applicable aux âmes vulgaires '-, (pli ne savent (prencenscr la fortune. Mais, si l'Angleterre avait été victorieuse, connue cela fut probablement ari'ivé sans le secours opportun que les Français apportèrent à Wasliington '^, et qu'elle eût déporté les rebelles américains, de vrais rebelles ceux-là, et (pu avaient moins de griefs à venger cpie n'en avaient nos pères, je me demande ce qu'en eût dit Parkman ^^?

Nous sommes étonné de voir que les suggestions si équitables de Mascarènc n 'aient pas été acceptées par les Lords du Commerce. Ceci fait contraste avec l'esprit de justice

]2. Douce cris fcUx miiUos iniDicrahi.s anitcns. Tcmpora si fucvini tnihihi, miJhs cris.

Orid.

in. Cetto iiicidonte ii 'ost jias ihiiis le .V.S. orijiinal, mais dans 1 '('dit. iiiif>laiso, vol. I, p. 350.

14. Ces spéculations rétrospectives sur ce qui aui'ait pu être ou ne pas être sont plus que problématiques. Tl est très vrai que la rébellion des colonies anglaises d 'Amérique n 'a guère eu de motifs idéalistes ; il paraît à peu près certain d 'autre part que le concours de La Fayette et de Rochambeau, qui, eux, étaient animés de grands sentiments chevaleresques et se battaient pour une idée, a décidé du sort de cette guerre, assez matérielle dans son principe. Mais enfin, il paraît assez oiseux de se demander ce que l'Angleterre eût fait, en cas de victoire, étant donné que cette victoire lui a été refusée. Et si l'on prend les choses de plus haut et que l 'on regardé à l 'action de la Providence dans l 'histoire, le succès des armées de Washington se présente comme un de ces événements nécessaires à l'ordre du monde et au progrès de l'univers. Les hommes qui y ont joué un rôle n 'étaient que les humbles instruments de Celui qui gouverne tout avec nombre, poids et mesure. Envisagées dans cette lumière, les destinées de la révolution américaine prennent un sens et une iiroportion tels que l'on s'imagine difficilement qu'elles auraient pu être autres qu'elles n'ont été. Et si l 'on s 'en tient au même ordre de considérations, la perte de ces magnifiques colonies n'était-elle pas un châtiment infligé par Dieu à l'Angleterre, en retour de l'iniquité qu'elle avait commise contre une population inoffensive.'

ordinaire à ces derniers. Etait-ce parce que les concessionnaires de 100,000 acres de terre, — au nombre desquels se trouvaient un secrétaire d'Etat, un frère de celui-ci, et un futur secrétaire d'Etat, — avaient eu assez d'influence pour mettre obstacle à la demande du gouverneur! Nous l'ignorons.

La lettre de Lawrence jeta les Lords du Commerce dans une grande perplexité, ainsi que l'on peut en juger par l'extrait suivant de leur réponse, en date du 4 avril 1754 " :

«Nous sommes chagrins d'apprendre que les habitants français, bien que tranquilles sous d'autres rapports, ont entre eux des disputes et des controverses ; cela nous donne de l'inquiétude, car, ainsi que vous le remarquez avec raison, il sera impossible de rendre aucune décision judiciaire au sujet de leurs litiges sans admettre que les Acadiens ont des droits légaux sur les terres qui font l'objet de ces litiges; or, en Loi, de par le Traité d'Utreclit, et de par les Instructions de Sa Majesté, ils n'ont en fait aucun droit sur leurs propriétés qu'à la condition de prêter un serment d'allégeance absolue et sans aucune réserve que ce soit... Nous ne voyons pas comment leurs différends peuvent être réglés pour le bien général de la Province sans un entier as-

15. Le MS. original — fol. 431 — donne de ce document un court extrait que nous mettons entre crochets, et dont le sens n 'apparaît bien qu 'à l 'aide de ce qui précède dans la lettre. C 'est pourquoi nous la citons plus largement. Cela aura d'ailleurs l'effet de montrer au lecteur que, pour les Lords du commerce, à qui l'auteur à'Acadie prête si bénévolement l'esprit d'équité, aussi bien que pour Lawrence, les Acadiens n'avaient aucun titre à la possession de leurs terres tant qu'ils n'avaient pas prêté le serment d'allégeance absolue. . . " Great care must be pbserved that they (les Acadiens) do not take any step, which may in any degree seem to admit a right in thèse pcople to their lands lefore they hâve ac-

sentiment de leur part à cette condition. . . Nous ne nous opposons pas au moyen que vous proposez de déléguer auprès de ces gens des" chargés d'affaires qui chercheront à les apaiser en examinant et en écoutant leurs plaintes; cependant vos envoyés ne pourront pas user, pour la solution des difficultés qui leur seront soumises, de la procédure en cour de justice; et il est essentiel qu'ils ne fassent aucune démarche qui puisse, à un degré quelconque, être interprétée comme la reconnaissance d'un droit que ces gens auraient sur leurs terres, avant d'avoir accepté la condition du serment d'allégeance.

[« Plus nous considérons ce point, et plus il nous apparaît hérissé de difficidtés: d'une part, en effet, il importe d'user de beaucoup de prudence à l'égard de ces habitants, afin de ne pas les alarmer, et de ne pas semer dans leur esprit une méfiance qui pourrait les induire à quitter la Province, et à aller renforcer par leur nombre les établissements français; d'un antre côté, nous devons également éviter de leur inspirer une inconvenante et fausse confiance en eux-mêmes, laquelle les porterait à croire qu'en persévérant dans leur refus de prêter le serment d'allégeance, ils en arriveraient, tout en faisant à leur tête, à acquérir le droit de propriété foncière], et le ])ienfait et la protection de la loi, — chose à

cepted the condition of the oath of allegiancc. " Ce sont les propres termes qu'emploient ces messieurs. Qu'est-ce à diref Sinon que leur manière de voir là-dessus était en harmonie parfaite avec celle de Lawrence. — La question est grave, et nous devons y apporter toute notre attention et toute notre "conscience": il s'agit en effet d'établir le partage équitable des responsabilités dans les événements qui aboutiront à la déportation. Richard, on le sait, accable les autorités coloniales dont il met la conduite presque en opposition avec celle du Home Office. L'impartiale Histoire ne confirme pas en tout point ce jugement.. On le verra bien.

lacinelle ils no penvont prétendro riii'à retto ooiidition, » — le sonnent absoln ^''.

Adressée à nn lioinme du caractère de Lawrence, la lettre (pie nons venons de citer signifiait : trompez les Acadiens, s'il le faut, donnez-lenr à entendre vaguement qne la question des titres de propriété sera réglée, mais gardez-vous bien d'aller jusqu'à les en assurer d'une manière formelle; cependant, faites tout ce qui sera nécessaire pour les empêclier de x)artir. Tout de même, le point de vue auquel se plaçaient les Lords du Commerce une fois admis, il y avait là <lu moins des conseils de prudence et de modération qui y)ouvaient servir à réprimer la nature perverse de Ijawrence. Fermons les yeux sur la duperie que cette letti'o comportait. Depuis quarante ans, la duperie avait été érigée en un système tel qu'il était impossible aux mieux intentionnés d'échapper tout-à-fait à son emprise^'. D'ailleurs, ce document avait été écrit alors que les Lords du Comniei'ce ne savaient troy» que décider au sujet de la question soumise; et, pour leur rendre pleine justice, il faut accoler cette lettre à une autre du 29 octobre suivant, laquelle peut être considérée connue la complétant et la modifiant grandement ^^

U). Alins. Nova Scotia Doc. P. 207. — Dans Akins, cette Lettre est datée de JVhitehall, mars 4, 1754. Et le MS. original, comme aussi l'édition auslaise, vol. T. p. 350, ont adopté cette 'nidication. Cette Lett'-o est, (-n vérité, du 4 avril de cette même année, ainsi (]u"\\ est marqué dans Caii. Arch. (1804) B. T. N. S. vol. 36, p. 15. April 4, 1754. Wliitehall.

17. Inutile de dire que l'auteur essaie vainement de pallier tout ce que '-otto lettre a d'odieux et de compromettani pour les autorités de la Métropole.

18. A cet endroit du jT/.s. — fol. 432 — le traducteur a mis en marge la note suivante, au crayon: "Où est cette lettre?" Au bas de la page, il y a un renvoi, de la main de l'auteur: "Cette lettre est insérée et discutée dans un autre

Dans lo texte original (]o la lettre de Lawrenee, pins liant citée, il est question d'nne insnrrection des Allemands (])r() testants) établis à Lnnenl)ni'i>-, et formant partie de la colonie l'ondée par Cornwallis. Avant de devenir Président dn Conseil, Lawrence avait été commandant du poste do cet endroit; et son séjour y avait été marqué par des trouî)les et des désertions nombreuses, dus sans doute à la rig'ueur de ses procédés. Lnmédiatement a])rès son dé|niit, le mécontentement éclata, l'on prit les armes, et, pour arrêter l'effusion dn saui^-, il ne fallût rien moins (|ue la présence des troupes d'Halifax; comme le dit Murdocli, « Monckton fut d'avis que, toute la population de cette colonie étant impli- (|uée dans l'affaire, le meilleur procédé ji suivre était d'accorder une amnistie générale: Lawrence, cependant, désirait que les chefs de l'insurrection fussent punis ^", . . "

Suivant son invariable habitude, le compilateur a tronqné la lettre de Lawrence, en laissant de côté tout ce qui concernait rinsnrrer'tiou des habitants de lAinenl)uri>-. Etant don-

chapitre." — L'on trouvera, en effet, au chapitre XXn, cette lettre du lifl octobre 1754.

lî). Hinto. of N. S. Vol. II, eh. XVII. P. 229. — Voici ce qu'il y a, au sujet (le cet incident, dans l'analyse de la lettre de Lcncrence, telle que faite dans les Can. Arcli. (1S94) H. 235. B. T. X. S. vol, 14. . ." People at Halifax quiet; thosc at Lunenburg improved, the spirit of mutiny and violence having subsided ; it is désirable, however, to niix Eiiglish settlcrs with theni. . . " C "est en mai 1753 que Lawrence avait été nommé commandant à Lunenburg: " IIopson. . .proposes to send out the foreign settlers to Merleguash, about 1,600 persons. . . Col. Lawrenee goes with them to see them established; he is in command of militia raised froni the foreigners. Capt. Sutherland will succeed him; has appointed him Lieut.-Col. and citstos rotvlorum of the township to be ealled Lunenburg. ..'■—Cou. Arch. (1804) H. 185. B. T. N. S. vol. 14.

Il appert, d'après les Archive-i, que Lunenburg (Merlegash) fut fondé, avec des colons allemands, par Hopson, et non par Cornwallis, ainsi que le porte le texte de Eichard.

né le but qu'Akins avait en vue, il eût été malhabile de sa part de mettre en évidence des faits semblables, contrastant si étrangement avec la soumission des Acadiens, encore que ces derniers aient dû être traités avec moins de ménagements que ces colons protestants, amenés et établis aux frais de l'Etat.

Maintenant que nous connaissons les effets de l'administration de Lawrence sur les colons anglais et allemands, et ce que tous ceux-ci pensaient de lui, alors qu'il n'était qu'à ses débuts, nous pourrons juger de la réputation qu'il avait laissée parmi les Acadiens par une lettre du capitaine Murray, commandant du Fort Edouard, (Pisiquid,) à Lawrence même, et dans laquelle il lui rapportait ce qu'ils avaient dit sur son compte : « . . .Ils avaient pour lui une haine personnelle, et détestaient son gouvernement à tel x^oint qu'ils ne se sentiraient jamais à l'aise sous son administration, vm qu'il les avait traités si brutalement quand il était parm^^ eux^'^.^K Cependant Lawrence n'avait jamais ï>u provoquer la moindre résistance chez les Acadiens; mais les Allemands n'entendaient pas supporter aussi docilement l'oppression.

Le 21 juin 1754, Lawrence « informa le Conseil qu'il avait reçu une lettre du capitaine Scott, commandant du Fort Lawrence, lui faisant savoir que, le 14 du mois courant, les habitants qui avaient déserté ce district, (Beaubassin,) et qui depuis avaient demandé la permission de rentrer dans

20. Extract from Minutes of a Coimcil. . . Ist Oetober 1754. . ."The Président (Lawrence) conimunieated to the Council the foUowing Extract of another Letter from captaiu Murray commanding at Piziquid relating to the conduet and behaviour of the Priest Daudin. ' '

Il est à remarquer que Murray, à cet endroit de sa lettre, cite les propres paroles que lui a dites l'abbé Daudin, dans une entrevue qu'il avait accordée à ce dernier. — Cf. AMns. N. S. Doc. P. 223-4.)

leurs terres, vinrent le voir et lui apporter la réponse à la résolution passée en Conseil, le 27 septembre dernier : cette réponse stipulait que, à moins que le Président du Conseil ne leur donnât l'assurance, de sa propre main, ou n'autorisât le commandant du Fort de la leur domier en son nom, qu'ils demeureraient neutres et seraient exempts de prendre les armes contre qui que ce fût, il leur serait impossible de penser seulement à revenir (sur leurs terres,) vu qu'ils courraient journellement le risque d'avoir la gorge tranchée ou de voir leurs troupeaux massacrés par les Indiens; et ils donnaient cette réponse comme définitive -\ Sur ce, il fut résolu que rien d'autre ne i^ouvait être fait que ce qui avait été passé en Conseil le dit 27 de septembre. »

Cette résolution du 27 septembre avait été passée sous l 'administration de Hopson -- ; et la présente communication des Acadiens en était la réponse. Mais, depuis ce temps, Lawrence lui-même avait fait des propositions à ces derniers pour les engager à revenir sur leurs terres; il leur avait déclaré que son intention n'était pas pour le présent de les obliger au service militaire, — c'est-à-dire qu'il ne se liait en rien. Pareille offre, venant de Hopson, eût mérité d'être prise en considération; de la part de Lawrence, sa valeur était nulle. Il leur fallait quelque chose de plus formel, et sa signature par dessus le marché ; autrement, il leur était impossible de seulement penser à revenir.

Les Acadiens avaient trop de motifs de se méfier de Lawrence pour tomber dans le piège qu'il leur tendait; et ils

21. Le MS. original — fol. 434 — où ce document est cité d'après Akins, (p. 211,) porte ici: "ami this they gave as their last answer," tandis que dans Akins il y a: "and this they gave as their first answer." Qui a raison? Evidemment Richard. Le mot first, dans Akins, doit être une faute d'impression.

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