‹ Acadie (volume 3)Chapitre 5 sur 84 · XI · texte numérisé non relu

XI

tournures, ses expressions, tout en faisant ^'entrer son style dans la saine tradition française; chaque fois qu'il n'a pas été nécessaire, pour ohéir aux lois imprescriptibles de la syntaxe, de le corriger ou de le retoucher, nous l'avons laissé en l'état; lorsque, sur tel ou tel point, nous avons dû rectifier la pensée, comme à la fin du chapitre XV , par exemple, où le texte original porte que l'abbé Maillard se fit assister à ses derniers moments par le ministre protestant d'Halifax (^dont il s'était fait l'ami y> — pouvions-nous laisser passer une telle monstruosité doctrinale? — nous avons, en note, cité les paroles mêmes qui ont appelé la rectifica- . tion, en sorte que l'ouvrage Acadie est bel et bien la reproduction intégrale du MS. authentique rédigé par Edouard Richard, et tout entier écrit de sa main. Est-il besoin d'ajouter que c'est pour la première fois que cet ouvrage voit le jour? Car l'édition anglaise n'était pas l'œuvre de Richard, c'en était la traduction, exécutée par un autre.

Or, une traduction est une traduction. Si bonne qu'elle soit, si exacte, si fluide, si élégante, de si près qu'elle serre le texte, si fidèlement qu'elle en reflète la pensée et le tour, elle n'est pas plus l'ouvrage même qu'une gravure faite d'après un tableau n'est ce tableau. C'est ici qu'il y a transposition. L'édition anglaise ^'Acadie est sans doute un excellent travail; de bons juges l'ont admirée et louée. Edouard Richard a déclaré la faire sienne, il l'a donnée comme renfermant l'expression adéquate de son manuscrit. Nous l'admettons pleinement. Outre que ce suffrage était mérité, si l'on considère la valeur intrinsèque de cette ver-

sion, on le trouve d'autant plus naturel de la part de V auteur J'AcADiE que le traducteur avait travaillé sans autre rémunération que la satisfaction d'avoir servi une juste cause. Mais enfin c'est une traduction. Ne confondons rien, ne mêlons pas les essences. Celui qui fait passer un écrit d'une langue dans une autre doit obéir aux lois du genre, et par conséquent faire subir à cet écrit les transformations nécessaires et inévitables. Chaque langue a son génie propre, lequel ne s'imprime sur un texte d'origine étrangère qu'à la condition que ce texte soit en quelque sorte jeté au creuset où il prendra la physionomie particulière à cette langue. Tandis que les retouches linguistiques et syntaxiques que le manuscrit original 6^'Acadie a subies sous notre main, ne pouvaient tendre à en changer le caractère ni à en altérer les marques distinctives. Un tableau de maître, que la poussière des ans aurait un peu fané et obscurci, ou mieux une peinture, dont tel détail de dessin ou de coloris', aurait été par trop négligé, ne cesserait pas d'être l'œuvre unique et originale de tel artiste, pour avoir été l'objet, de la part d'un collaborateur discret, de quelque rafraîchissement de ton, et de quelque léger redressement de ligne, là où la main du maître avait un peu tremblé, là où son pinceau^ avait eu quelques oublis ou quelques défaillances.

Si nous n'avions eu à nous préoccuper que du point de vue art, nos corrections ne se fussent pas bornées à réparer des faiblesses de style, mais nous aurions éliminé des longueurs inutiles, supprimé des redites, tâché de donner un meilleur équilibre à toutes les parties, veillé à U suite logt-

Page 1