Nova Sco. Doc. Akins. P. 189. (Doc. déjà cité
que c'était un beau pays, rempli d'habitants, avec une belle église, et abondance de biens de ce monde. Provisions de toutes sortes en quantité "°. »
«M. Comwallis peut informer vos Seigneuries, disait Hopson aux Lords du Commerce, combien ces habitants nous sont utiles et nécessaires, combien il nous est impossible de nous passer de leurs services, ou de les remplacer même si nous avions d'autres colons pour prendre leurs terres -\ »
Or, il n'y avait pas encore trois ans que ces dernières lignes avaient été tracées. Rien n'avait changé, si ce n'est qu 'un tyran avait succédé à un homme droit et honnête. La situation que l'on avait vue et jugée avec impartialité et sans idée préconçue, l'autre la voyait et la jugeait avec ses yeux de brute, qu'aveuglaient de basses convoitises. Mais l 'on avait reproché aux Acadiens de s 'être livrés trop exclusivement à la pêche et à la traite des pelleteries, pendant l 'enfance de la colonie. Voici que Lawrence trouvait maintenant le moyen de leur reprocher de se vouer trop exclusivement à l'agriculture". L'on verra plus tard des colons anglais établis sur ces mêmes terres supplier le gouverneur de leur permettre d 'employer des Acadiens pour refaire les digues qu 'ils ne savaient faire eux-mêrdes.
Passons à la dernière objection, celle qui paraît avoir été
20 " Septr. 3rd. This morning capt. Adams and party returned from their march to the Eiver Cannard and etc., and reported it was a fine country and full of Inhabitants, a Butifull Chureh and abundance of ye goods of the world. Pro\T.sions of ail kinds in great plenty. " Journal (N. S. H. S. vol. III, p. 91.)
21 Nov. Sco. Doc. Akins. P. 197. Gov. Hopson to Lords of Trade. Halifax, lOth dec. 1752.
22. L 'auteur doit avoir eu ici une distraction. Lawrence n 'a laissé entendre rien de tel dans son dossier. Au contraire, il y est dit que les Acadiens "had
considérée comme la plus grave et la plus insolente. Nous demandons pardon au lecteur de l'entretenir aussi longtemps de ce qui nous semble, et doit lui sembler également, être des puérilités. Nous y sommes forcément entraîné par l'importance qui fut donnée à cette requête, dont la forme est si humble et si respectueuse. Sous son apparence inoffensive, cette requête forme le nœud de la situation. Lawrence en a fait grand état. Il nous est donc imposé de la considérer sous toutes ses faces, ainsi qu'il le fit lui-même. Pour celui qui voudra se donner la peine de réfléchir afin de pénétrer le caractère de cet homme, les motifs qui le poussaient, et de juger les événements dont il a été l'auteur et dans lesquels il a joué un tout premier rôle, il y a là des faits éloquents d'où les traits de sa physionomie ressortent comme en un miroir fidèle.
Le paragraphe en question, qui fut trouvé si insolent, se lit comme suit :
« En nous demandant de remettre nos armes, l 'on ne s'assure que faiblement de notre fidélité. Ce n'est pas le fait de posséder un fusil qui pourra conduire un habitant à se révolter, ni la privation de cette arme qui le rendra plus fidèle au gouvernement; mais c'est sa conscience seule qui peut l 'engager à garder son serment. »
« Sur ce, on leur demanda quelle excuse ils avaient à alléguer à l 'appui de la prétention émise ici, et pour la manière indigne et méprisante dont ils en usaient envers le gouvernement, en osant lui expliquer en quoi consiste la fidélité, et
been idle and indolent on their lands, had neglected husbandry and the cultivation of the soil, and had been of no use to the province, either in husbandry, trade or fishery". (Lo. cit.)
lui dicter sur quoi repose lu garantie propre à l'assurer de leur loyauté. ».
Il fallait un sérieux eiïort d'imagination pour donner une telle interprétation à ce paragraphe. Loin d'y trouver un grief contre les Acadiens, nous y voyons plutôt une preuve de la bonne foi et des bonnes intentions qui les animaient. C'était une manière saisissante d'exprimer l'importance qu'ils attachaient à leur serment de fidélité. Et c'est l'impression que ces pauvres gens avaient espéré créer. Ils se flattaient probablement que ce passage convaincrait Lawrence que c'était leur conscience qui les inspirait et les guidait. Hélas ! ils s 'adressaient à un homme qui n'avait aucune conscience, et qui, par conséquent, n'en supposait pas chez les autres. Les choses se passaient à peu près comme dans la fable du Loup et de V Agneau. Ce pauvre agneau avait beau répondre au loup qu'il ne pouvait troubler l'eau du ruisseau, par ce qu'il allait
se désaltérant dans le courant. . .
qu'il n'était pas coupable du grief dont le loup l'accusait
Comment l'aurais-je fait si je n'étais né?
il fut « emporté au fond des forêts », et là croqué « sans autre forme de procès ». L'on ne raisonne pas avec l'estomac d 'un loup affamé. Il n 'y avait pas à raisonner non plus avec la rage et les griefs de Lawrence, tout aussi aveugles et instinctifs que ceux du loup. Cet homme allait susciter une tempête dans un verre d 'eau, mais cette tempête allait chasser aux quatre vents du ciel un peuple doux et paisible et permettre à ce bourreau de s'enrichir de ses dépouilles.
Après avoir subi le feu des reproches de Lawrence, les députés acadiens furent requis de prêter sur-le-champ un serment sans réserve. Ils implorèrent la faveur de retourner dans leurs foyers pour se consulter avec leurs compatriotes et prendre tous ensemble une décision unanime sur la question. Si Lawrence eût sincèrement désiré d'obtenir ce serment, il eût été raisonnable et politique de sa part d'accorder cette faveur si simple; aucun inconvénient ne pouvait en résulter. Au lieu de cela, il fut donné aux députés vingt-quatre heures pour une réponse définitive. Le lendemain, leur réponse fut la même : « nous sommes ici pour représenter nos districts respectifs, lui dirent-ils; nous ne pouvons, ni au nom de nos commettants, ni en notre propre nom, prendre des engagements sans consulter la masse de nos compatriotes ; nous désirons nous entendre avec eux làdessus et en venir à une résolution pour ou contre, laquelle sera la même pour tous. »
Alors, on leur déclara que le conseil ne pouvait plus les considérer comme sujets de Sa Majesté Britannique, mais comme sujets du Boi de France, et qu'à l'avenir ils seraient traités comme tels. Si du moins on les avait, par la suite, traités comme sujets du Eoi de France ! Mais si on les considérait comme tels, il fallait les laisser partir; c'est là ce qu'ils avaient demandé et imploré à maintes reprises, hélas ! toujours en vain. Ils n'étaient pas restés dans la province de par leur volonté, mais bien de par les empêchements que leurs gouvernants avaient mis à leur exode. Que si, par ce refus de prêter serment, ils redevenaient sujets français, pourquoi alors Lawrence lui-même avait-il adressé une Proclamation à ceux qui avaient laissé le pays cinq ans auparavant, et dans laquelle il leur avait déclaré qu'ils n'étaient pas déliés de leur serment de fidélité; qu'ils seraient consi-
dérés comme sujets britanniques et traités comme rebelles, s 'ils étaient pris les armes à la main ?
Nous ne voyons, dans la dite Requête des Acadiens, qu'une seule phrase, laquelle, interprétée avec malveillance, pouvait porter ombrage à un despote; mais cette phrase a-t-elle été traduite fidèlement? Nous l'ignorons-'. A tout événement, il fallait tenir compte de la provocation dont ils avaient été l'objet par la confiscation clandestine de leurs armes; d'ailleurs, la seconde Requête, protestant des bonnes intentions de la première, devait suffire pour convaincre Lawrence de leur sincérité et de leurs excellentes dispositions. Murdoch a dit de cette Requête et de toutes celles qui suivirent : « Les divers mémoires présentés par les habitants français sont longs et motivés, et rédigés en termes respectueux -*. »
Sur le refus des députés de prêter immédiatement le serment, le conseil décida que des instructions seraient adressées au capitaine Murray, pour enjoindre aux Acadiens de nommer de nouveaux délégués; qu'à défaut de prêter le serment, il serait pris des mesures pour chasser hors de la Province ces Papistes récalcitrants. L'on fit alors entrer les députés pour les informer de cette résolution. Devant cette alternative, vague encore, mais grosse de menaces, les députés s'offrent à prêter le sennent. «Il est. trop tard, leur répond Lawrence; votre consentement n'est que l'effet de la crainte; il ne procède pas d'un sincère attachement à Sa Majesté; vous admettre à le prêter serait contraire à un
23. En marge du MS. origival — fol. 520 — il y a ces mots tracés au crayon: "quelle est cette phrase?" L'auteur ne l'a pas indiquée, et nous ne nous y risquerons pas non plus.