‹ Acadie (volume 3)Chapitre 66 sur 84 · Le capitaine Alex. Murray au colonel John Winslow · texte numérisé non relu

Le capitaine Alex. Murray au colonel John Winslow

Fort Edouard, (à Piziquid) 31 août 1755.

"Cher Monsieur,

'.'J'apprends que quelques vaisseaux sont arrivés aux Mines et je suppose que ce sont des transports. Il vaut mieux frapper le coup immédiatement. Je serai heureux de vous rencontrer ici, aussitôt que vous pourrez venir. Je fais transcrire pour vous les soumettre, les ordres qui vont servir au rassemblement des gens, sauf la date qui est laissée en blanc. .J 'ai l 'espoir q"e tout va se passer selon nos désirs." Journal. (P. 88.) Cf. A. C. P. 74.

comme le comportaient ses instructions, faire du pays un désert inhabitable, afin de forcer les fuyards à se livrer, et de décourager un retour possible des exilés ^". Accompagnés d'une escorte de soldats, Winslow fit donc une tournée d'inspection dans les campagnes avoisinantes, et constata, avec regret, qu'il restait encore beaucoup de grain sur le sol ^".

Le mardi, 2 septembre, de bonne heure le matin, Winslow appareilla sur une baleinière, et se rendit à Piziquid pour se consulter définitivement avec Murray et arrêter la proclamation qui serait adressée aux habitants ". Cette proclama-

12. " . . .You must proeeed by the most vigourous measures possible not only in compeliug them to embarke, but in depriveing those who shall escape of ail meam of shelter or support by biirning their houses and destroying everything that may afford them the means of subsistance in the countrey." (Instructions du 11 août 1755. Journal de Winslow. N. S. H. S. vol. III, p. 80.)

L'on remarquera la similitude de ces ordres avec ceux que reçoivent et qu'exécutent à la lettre les armées boches dans leur retraite vers l'imaginaire ligne Hindenburg. Tout détruire, tout saccager, tout brûler ou tout emporter, ne rien laisser de vivant derrière soi, pas même un arbre ni un brin d'herbe. ' ' L 'herbe ne pousse plus où mon cheval a passé, ' ' disait Attila. Boches ou anglais, il n'y a guère de différence: c'est le même sang, la même âme, la même brutalité.

13. 1735, Aug. 31. "...in the afternoon took a tour with Doetr Whitworth and Mr Gay and 50 men two third parts round Grand Pré. Finde abundance of vpheat, etc., on the ground, retumed in the eveniug. " — Journal. Coll. N. S. H. S. vol. III, p. 89.

14. Le 2 septembre 1755. — Je me suis rendu en bateau de bonne heure ce matin, au fort Edouard, afin de m "entendre avec le capitaine MuiTay au sujet de la tâche critique que nous avons à remplir. J'étais accompagné du docteur Whitworth et de l'adjudant Kennedy. Nous avons définitivement adopté le projet que nous avions conçu, et nous sommes convenus de rassembler les Acadiens à trois heures de l'après-midi. Les habitants de mon district seront sommés de se réunir à l'église de la Graud-Prée, et ceux du district du capitaine Murray devront se rendre au fort Edouard, à Piziquid. Nous avons fait traduire cette sommation en français par M. Beauchamp (sic pour Isaae Deschamps), marchand. (Cf. A. C.V. 75 des App.) Journal. III. 90.

tion fut traduite en français par un nommé Beauchamp, marchand de Piziquid ^''. Elle se lit comme suit :

« Le lieutenant-colonel John Winslow, écuyer, commandant des troupes de Sa Majesté, à la Grand-Prée, à la rivière des Mines, à la rivière aux Canards et autres endroits adjacents, etc.

« Aux habitants du district de la Grrand-Prée, rivière des Mines, rivière aux Canards, etc., y compris les vieillards, les jeunes gens et les adolescents.

« Attendu que son Excellence vient de nous faire connaître ses dernières volontés au sujet des propositions qui ont été faites récemment aux habitants et que nous avons reçu ordre de vous en faire part nous-mêmes ; car Son Excellence désirant que tous soient mis au courant des intentions de Sa Majesté, nous a enjoint de vous les communiquer telles qu'elle les a reçues:

«En conséquence, j'ordonne et enjoins strictement par les présentes à tous les habitants, y compris les vieillards, les jeunes gens ainsi que ceux âgés de dix ans, des districts susmentionnés et autres districts, de se réunir à l'église de la Grand-Prée, le vendredi, 5 courant à trois heures de l'après-midi, afin de leur faire part des instructions que nous sommes chargés de leur communiquer. Je déclare qu'aucune excuse, de quelque nature qu'elle soit, ne sera acceptée et que le défaut d'obéissance aux ordres ci-dessus entraînera la confiscation des biens et effets.

15. Le MS. original — fol. 579 — porte la note suivante: "Nous croyons qu'il faut lire Deschamps au lieu de Beauchamp. Deschamps, qui fut plus tard juge, était alors, croyons-nous, commis chez Mauger à Pigiquit. Winslow, qui était étranger, a dû se tromper; de fait, nous en sommes à peu près certain."

« Donnée à la Grand-Prée le deux septembre de la 29e année du règne de Sa Majesté, A. D. 1755. »

John Winslow.

N.-B. — Le capitaine Murray adressera la même sommation aux habitants de Piziquid, etc ^\

S'il se fût trouvé un sténographe, pour enregistrer mot à mot ^^ les discussions auxquelles donna lieu la rédaction de ce document de ruse, nous aurions eu là une pièce du plus haut intérêt. L'unique but de cette proclamation était de réunir les gens à l'église, au jour et à l'heure indiqués. Le fond et la forme en seraient donc d'autant plus parfaits qu'ils tromperaient mieux ceux auxquels elle était destinée. Murray qui connaissait ou devait connaître le caractère des Acadiens '^ dût être le principal inspirateur de ce qu 'elle contenait'^ La discussion dût être fort prolongée : il y a tant de manières de tromper. Cependant, il y avait trois points principaux qui durent s'imposer à l'esprit de Murray, et sur lesquels Winslow et lui durent tomber promptement d 'accord.

D 'abord, il s 'agissait de formuler d 'une façon vague l 'ob-

16. Arch. Can. P. 76 des App. — Winslow 's Journal. (Coll. N. S. H. S. vol. III, p. 90.)

17. Le MS. original — fol. 580 — dit: "S'il y avait eu, derrière les rideaux, un sténographe pour rapporter mot à mot. . . "

18. "I would hâve you take no material step without first consulting with him (Murray,) as he lias a thorough knowledge of the people and the country." {Lawrence à Winsloic. 26 août 1755. Journal. P. 84.)

19. Il n'y a pas le moindre doute là-dessus, attendu que Murray l'a dit, ainsi qu'on l'a vu dans la note 11.

jet de cette réuniou: or la phrase: « attendu que Son Excellence vient de nous faire connaître ses dernières volontés au sujet des propositions qui ont été faites récemment aux habitants, » couvrait parfaitement cette supercherie. Lawrence avait déjà décidé que, si les Acadiens refusaient de prêter le serment, ils auraient à quitter le pays : comme ceux-ci avaient accepté cette dernière alternative, et qu'ils ne pourraient soupçonner rien de plus sérieux, — en leur parlant des dernières volontés du Gouverneur -", ils croiraient raisonnablement à une modification dans un sens favorable à leurs désirs. La suite de la phrase : au sujet des propositions qui ont été faites récemment aux habitants, — était très imprécise également, et laisserait une bonne impression, surtout alors qu'on ajoutait immédiatement que Lawrence avait reçu des instructions de Sa Majesté, et que c'était pour les leur communiquer que l'on désirait leur présence. Ils ne pourraient aisément douter que le gouverneur n'eût bien réellement reçu ces instructions, lesquelles, ils n'en douteraient pas non plus, comporteraient, soit une prolongation de temps pour évacuer le pays, soit peut-être le privilège d'emporter leurs effets, soit, encore mieux, une proposition nouvelle, un moyen terme n'obligeant à porter

20. Le texte anglais de la proclamation porte: his last resolution, litt. la dernière résolution; nous avons mis dernières volontés, qui est la traduction qu'en donnent les Archives Canadiennes. La traduction faite par Deschamps ne nous est point parvenue. Dans le MS. original — fol. 581 — il y a ceci: "en leur disant que le gouverneur avait formé une "nouvelle résolution", — ces deux derniers mots entre guillemets. A la marge il y a cette note au crayon : "omettre les guillemets ; ce n 'est pas une citation textuelle. ' ' En effet, nouvelle résolution n'est pas textuel, la proclamation disant dernière résolution. Dans l'édit. angl. (II, p. 74) on lit simplement: "when they were told that the govemment had formed a resolution that vvas to be communicated to them. . . "

les armes que ceux qui naîtraient après cette date, — proposition qu'ils seraient heureux d 'accepter -\

En effet, quelques mois auparavant, les Acadiens avaient adressé une requête au gouvernement français, dans laquelle ils priaient le Eoi, comme gardien des conditions du traité d 'Utreclit, d 'intervenir en leur faveur auprès du Roi d'Angleterre, de demander à ce dernier un délai de trois ans pour quitter la province, ainsi que le privilège d'emporter leurs effets, et toutes les facilités nécessaires pour effectuer leur transmigration. La question avait dû être définitivement résolue entre les deux couronnes; et ce devait être, pourraient-ils croire, pour leur en faire savoir le résultat, que Lawrence voulait les rassembler ", Les Acadiens pou-

21. Il y a dans le MS. original — fol. 581, — en regard de ce passage, la note marginale suivante, au crayon : ' ' Comment tous ces sentiments s 'accordent-ils avec la crainte qu'on avait de Lawrence, avec les prévisions de malheur que mentionne Daudin?"

22. Richard a mis, au bas de ce foîio (582) la note qui suit:

"En effet, l'ambassadeur français à Londres avait soumis la requête des Acadiens au cabinet de Saint-James en mai précédent (1755), et la réponse, donnée en juin ou juillet, avait été: "In regard to the three years transmigration proposed for the Acadians of the Peninsula, it would he depriving Great Britain of a very considérable numher of useful suijects, if such transmigration should extend to those who where inhabitants there at the time of the Treaty of Utrecht." (Secretary of State to Lawrence, 13th August 1755.)

Arrêtons-nous sur le point d'histoire soulevé ici: — Richard affirme qu'en mai précédent l'ambassadeur de France en Angleterre avait présenté au Roi une requête de la part des Acadiens à l'effet qu'il leur fut accordé un délai de 3 ans pour émigrer etc. — Or, dans sa lettre à Lawrence, le Secrétaire d 'Etat Robinson dit bien que l'ambassadeur de France demanda pareille chose, mais il n'est pas insinué que ce fût d'après une requête envoyée par les Acadiens. Cf. Akins. P. 279. — Le fait est qu'il n'y a pas trace aux Archives de pareille requête. L'unique requête des Acadiens au Roi de France est de 1749. Nous la donnons à l'Appendice II. 11 n'y est pas question d'aiueurs de ce délai de trois ans. Nous croyons donc que l'auteur à'Acadie fait erreur. C'est Rameau qui l 'a induit à se tromper. Rameau dit, en effet, que ' ' sur la fin de 1754, les Aca-

valent tout craindre de la part de Lawrence, mais ils n'avaient à redouter rien d'injuste, ou au moins rien d'inhumain de la part du gouvernement anglais. Ils n'auraient donc, suivant les apparences, en obéissant à l'ordre de convocation, rien à risquer, ils auraient plutôt tout à gagner. Il leur paraîtrait impossible que Lawrence pût s'autoriser faussement du nom de Sa Majesté. Murray ne pouvait ignorer que le gouverneur avait résolu la déportation sans instructions, sans ordres du Roi, lesquels d'ailleurs il n'aurait pu obtenir. Mais l'évocation de la Majesté Royale était le moyen infaillible de procurer l'obéissance à la dite proclamation ; les supercheries du passé s 'effaceraient devant des affirmations aussi plausibles, et les Acadiens ne s'en souviendraient plus. Murray dût se frotter les mains de satisfaction, et se croire un profond diplomate, en commentant à Winslow le produit de sa cervelle.

Il y avait bien quelques points noirs qui devaient inquiéter les deux compères : ainsi les Acadiens pourraient-ils croire à de bonnes nouvelles, tant que leurs délégués seraient retenus prisonniers à Halifax? Et cette convocation

diens adressèrent au Eoi de France une supplique, etc.," et il renvoie à l'Appendice XI où se trouve la dite supplique d'après les Archives de la N.-E., Akins, p. 233; or, dans ATcins, ce document, provenant des TyrreU's Papers, est sans date; il y figure entre des pièces datées de 1754, d'où peut-être la confusion dans laquelle est tombée Rameau. En réalité cette supplique est de 1749, ainsi que nous la donnons d'après If^s Archives Canadiennes. Cf. Eameau. II, XIV, 151. — Il peut se faire que le Roi de France ne se soit occupé de la requête de 1749 qu'en 1754 ou 1755, et qu'au lieu du délai d'un an qu'y réclamaient les Acadiens pour énugrer, il ait dit à son ambassadeur d'en demander trois au Cabinet de Londres; il peut se faire aussi que le Roi de France ait été, en 1754 ou 55, pressé, par des lettres du Gouverneur du Canada, ou de celui de Louisbourg, ou des anciens missionnaires en Aeadie, d'intervenir auprès du gouvernement anglais pour régulariser et adoucir le sort des Acadiens. Ce qui est certain, c'est que la requête dont parle Richard, après Rameau, eat d« 1749.

d'enfants de dix ans pourrait bien exciter l 'étonnement, la méfiance! Si, à cause de cela, la mèche allait être éventée? Mais les ordres de Lawrence étaient précis : il fallait s 'emparer des hommes et des garçons au-dessus de dix ans, les embarquer et les expédier, avant de s'occuper des femmes et des enfants. Pour tourner la difficulté, Murray inventa la phrase qui termine la proclamation: « Je déclare qu'aucune excuse, de quelque nature qu'elle soit, ne sera acceptée, et que le défaut d'ohéissance aux ordres ci-dessus entraînera la confiscation des biens et des effets. «-"^ Et voilà ! Le tour était joué. Ce document, avec ses phrases à double sens, ses sous-entendus, et sa note finale, était, — Murray pouvait se l'imaginer, — un chef-d 'ceuvre qui serait fort goûté du Maître, et qui porterait son auteur bien haut dans ses bonnes grâces.

Quelques jours auparavant, Winslow, qui voyait pour la

23. "Declaring that no excuse will be admitted of on any pretense whatsoever on yain of forfitting goods and chattels on default." — C'est le texte même de Winslow. — Dans le MS. original, — fol. 583, — il y a ici un gros contre-sens, lequel a passé dans l 'édit. an g. (II, p. 76.) : " déclarant qu 'aucune excuse ne sera admise sous aucun prétexte, sous peine de forfnire tous leurs effets mobiliers à défaut d'immeubles.'" "On pain of forfeiting goods and chattels, in default of real estate." Ainsi, Richard a traduit: on default, expression qui termine la sommation de Winslow, par à défaut d'immeubles, tandis que le sens obvie est que: à défaut d'obéissance, les biens et effets seront saisis. — C'est un malheureux contresens; ayant rétabli le texte authentique, nous sommes obligé de supprimer par conséquent les considérations que Richard avait bâties sur sa fausse traduction. Les voici d 'ailleurs : " Il devenait évident par là que les nouvelles instructions de Sa Majesté devaient être excessivement favorables, puisqu'il était question de f orf aire des meubles, et même des immeubles, à défaut d 'obéissance. (Ici Richard a compris le vrai sens de: on default, mais c'était un peu tard.) D'après la décision donnée par Lawrence à leurs délégués, les immeubles étaient déjà forfaits. Evidemment les instructions de Sa Majesté étaient de nature à leur causer uue grande réjouissance. Et Murray de se frotter de nouveau les mains."

première fois cette partie du pays, avait envoyé le capitaine Adams en reconnaissance du côté de la rivière Canard, etc., et les capitaines Hobbs et Osgood dans d'autres directions. Le 3 septembre au matin, Adams était de retour de son excursion, et rapporta que « c'était un beau pays, rempli d'habitants, qu'il y avait là une belle église, abondance des ])iens de ce monde, et provisions de tout genre en quantité ». Hobbs, qui avait visité le village Melançon et la rivière Gaspereau, Osgood, qui était allé examiner la région s 'étendant en face et au sud du camp de Winslow, en revinrent avec la même impression, à savoir que « c'était un beau pays -^ ».

Le 4 septembre, Murray écrivait de nouveau, du fort Edward, à Winslow :

« Hier, je suis sorti faire un tour dans les villages : tous les habitants étaient tranquilles et très occupés à faire leurs moissons ; si le jour demeure beau, tout sera rentré dans les granges (avant le soir.) J'espère que demain va couronner tous nos souhaits ■'. . .»

24. L'ordre à Adams est daté du 1er septembre. Quant à Hobbs et Osgood, il semble qu'ils n'aient mis qu'une journée à exécuter leur mission. Voici le texte du journal de Winslow à ce sujet: " Scptr. 3rd. This niorning capt. Adams and party returned from their inarch to the River Cannard, etc., and reported it was a fine country and full of inhabitants, a beautiful church and abundance of ye goods of the world. Provisions of ail kindâ' in great plenty. Capt Hobbs ordered. . . to visset the village Melanson on the river Gaspereau, and capt. Osgood. . . to reconuiter the country in the front or to the southward of our incampment. Both of whieh party 's returned in the evening and gave such accounts that it was a fine country. . . " Journal. P. 91.

Dans le MS. original — fol. 583-4— il est dit d 'Osgood "qu'il avait visité les rivières du côté de Pigiquit," tandis que le Journal de Winslow porte qu'il fut chargé "d'aller reconnaître la région en face et au sud du camp".

25. "I hope to-raorrow will crown ail our wishes. " Journal. P. 93.

Avant le désastre subi par le général Braddock sur la Monongaliéla-'', et avant que fut prise la décision officielle de la déportation, Winslow avait écrit, alors qu'il était à Beauséjour " :

«■ Du camp de Beauséjour, Nouvelle-Ecosse, 27 juin 1755. « A Charles Gould, Ecr., Privy Garden, Londres,

« Cher Monsieur,

« . . .Laissez- moi vous informer simplement. . .du projet formé par le gouverneur Lawrence. . .à l'effet non-seulement de mettre fin aux futurs empiétements des français dans la province de Sa Majesté, la Nouvelle-Ecosse, mais encore de chasser ces ennemis des lieux qu'ils y occupent déjà... J'espère qu'avant l'automne, nous serons en me-

26. En juillet 1755. Cf. l^dessus Netv France and New England, hj John Fiske, p. 256 et seq. Windsor. Narr. and Crit. Hist. Y. 575-580.

27. Le MS. original — fol. 584 — copiant ici Bamcau,(II,-p. 155) a prêté à Winslow une lettre dont il n 'est certainement pas l 'auteur. Voici ce que dit Eichard, d'après l'auteur d'Une Colonie Féodale. . .: "Sous l'influence du désastre de Braddock à la Monongahéla, Winslow avait écrit, alors qu'il était encore à Beauséjour, et avant la décision officielle de la déportation, cette abominable lettre (Rameau ajoute: qui est restée célèbre:) "Nous formons maintenant le noble et gi'and projet de chasser les français neutres de cette province; ils ont toujours été nos ennemis secrets, et ont encouragé nos sauvages à nous couper le cou. Si nous pouvons accomplir cette expulsion, cela aura été une des plus grandes actions qu'aient jamais accomplies les Anglais en Amérique; car, entre autres considérations, la partie du pays qu'ils occupent est une des meilleures terres qui soient au monde, et dans ce cas nous pourrions placer quelques bons fermiers anglais dans leurs habitations. ' '

"Le plus grossier des forbans qui sortaient des rochers de la Norvège pour aller raser les rivages de l'Europe, en l'an 1000, dit Eameau, n'eût pas publié

sure de donner effectivement toute la province à Sa Majesté -^ . . »

Fort Lawrence, 3 juillet 1755.

«A l'Honorable Charles Lawrence, etc.,

« . . .Je me réjouis au plus haut point de voir que les entreprises des Français semblent finies. . . Mais je me demande s 'il faut beaucoup compter sur la basse et plate soumission, pour ne rien dire de plus, faite par les français communément appelés neutres et leurs frères les indiens. A mon avis, il ne faudrait pas y croire. . . Je vous félicite du succès remporté par les armées de Sa Majesté dans cette

une proclamation plus sauvage et plus cynique pour rassembler autoui' de lui ses compagnous de brigandage."

— Or, nous avons omis tout ce passage dans notre text«, pour les raisons suivantes:

1° Dans tout le journal de Winslow, il est impossible de trouver la lettre eu question.

2" Dans les Archives Canadiennes (App. A, 3e partie, généalogie des familles acadiennes, avec documents, p. XA^'I, la même lettre est citée, avec cette notation préalable: "Les gouvernements des autres provinces se sont plaints de n'avoir été prévenus du projet de Lawrence de leur envoyer des contingents d'Acadiens. Cependant, les gouvernements pouvaient difficilement ne pas connaître le projet d'expulsion des Acadiens, car le fragment suivant d'une lettre, datée d'Halifax, 9 août 1755, publiée dans la Netv York Gazette, le 25 du même mois, et dans la Pensylvania Gazette, 4 septemLre 1755, n'a pas dû échapper à leur connaissance. Le voici : ' ' Nous formons actuellement le grand et noble projet. . . "

3" Il résulte donc que Rameau et Richard se sont trompés en attribuant à Winslow la dite lettre. C'est pourquoi nous avons supprimé tout ce passage du MS.; et, à la place d'une lettre supposée, nous avons cité quelques phrases empruntées à des lettres parfaitement authentiques du même personnage.

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