‹ Acadie (volume 4)Chapitre 33 sur 82 · PLAOjt^T · texte numérisé non relu

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envfyyé à Monseigneur le Maréchal de Castries Ministre et Secrétaire d'Etat

de la Marine-

21 février 1784.

Monseigneur, — Les Aceadiens établis dans ce Département <ïc l'Evêché de Saint-Malo en Bretagne, vous représentent très humblement qu 'animés du désir de décharger l'Etat de la solde que le Roy a bien voulu leur accorder, et en se consacrant aux travaux que chacun d 'eux peut embrasser, ils désirent avec ardeur qu'ils soyent fixés pour toujours sous l'hémisphère qui leur a été proposé par le Gouvernement.

L'attachement et la fidélité que cette nation a dans tous les tems témoigné pour son Souverain lui a mérité cette preuve d'estime qu'elle a été mise à choix sur la Louisiannc, le Missisaipi, la Floride Espagnolle ou une coutrée du continent de Boston pour y eouler le reste de leurs jours.

D'uue voix unajiime et d'un commun accord, les Accadiens se sont déci<Jé.s pour Boston, ils acceptent avec la plus vive reconnoissance la proposition qui

«. . .Vous ne vous êtes pas trompé; eu effet, voilà plus de vingt ans que je recueille, ici et là, tout ce qui pouvait regarder les familles acadiennes et leur établissement dans le district des Trois-Rivières. J'ai fait un relevé de tous les registres des paroisses de St-Grégoire, Nicolet, Bécancour, etc., etc. ; j 'ai consulté les souvenirs des vieillards ; j 'ai fait un voyage en Acadie; j'ai pris copie, à Halifax, des vieuxregistres de Port -Royal, et aujourd'hui je possède toutes les données nécessaires pour recomposer en grande partie la généalogie des familles de ce district. Je savais vaguement, par les récits du foyer, que la dislocation des familles avait été grande, mais j'étais loin de me douter qu'elle l'avait été à ce point. L'arrivée des premiers réfugiés date

leur est faite d 'y aller demeurer, voilà ce qui forme aujuurd 'huy 1 "objet de leurs vœnx, ils ont tout lieu d'attendre qu'ils seront exavué^.

Un autre motif leur fait désirer d 'être transportés à Boston les Anglois 8 'étant rendus les maîtres de l 'Accadie, tous les Acca/liens furent dispersés et exposés à la fureur de l'ennemi de la France, ceux à qui la foiblesso de l'âge ne permît pas de s'y dérober restèrent aux mains de leurs vainqueurs et par eux emmenés à Boston oii ils ont été élevés et instruits suivant les rites de la secte angloise.

Quel sujet étemel de reconnoissuue* pour les supliajits de se voir rendus à leurs enfants, réunis à leurs neveux? les familles incertaines de leur sort béniroient à jamais la main bienfaisante qui leur auroit procuré cet avantage : la fermeté et l 'attachement dont ils ont toujours donné des marques pour leur religion, le libre exercice qu'ils en feroient sous les yeux de leurs alliés, de leurs descendants et de leurs compatriotes, rappelleroient c«ux-cy du sein de l 'erreur, et les détermineroient infailliblement à l 'abandonner pour embrasser et suivre la foy de leur ayeux.

Protégés donc. Monseigneur, les pauvres et malheureux Accydiens appuyés s 'il vous plaît de votre protection et de vos bons offices leur juste réclamation et ils redoubleront leurs vœux pour la précieuse eorservation de Votre Giandeur.

Présenté par les Députés des Accadiens

du Département de Saint-Malo ce 19 Février 1784.

Cf. Arch. Can. Gen. etc. P. 227-8.

de 1759 : ceux-ci étaient presque tous des en\irons de Beauséjour ; ils étaient venus par la rivière St-Jcan. Partis dès le printemps, sans provisions et sans munitions, leur marche fut très lente, et devait l'être, puisqu'ils ne pouvaient pourvoir à leur subsistance que par la pêche et le rare gibier qu'ils pai'\''enaient quelquefois à prendre dans les pièges. Enfin, au commencement de l'hiver, ils débouchèrent sur le Saint-Laurent, à Cacouna. Il n'y avait probablement pas une seule famille complète dans ce premier groupe. Mon ancêtre, Joseph Richard, et le vôtre, Michel Richard, étaient du nombre ; le mien se trouvait avec quelques parents de sa femme ; le vôtre, alors âgé de 15 ans, n'avait avec lui qu'une sœur, Félicité, âgée de 10 ans, et son vieux grand-père René Richard ^°. Les noms de Joseph Richard, et de sa femme Madeleine Leblanc, père et mère de notre bisaïeul Michel Richard, n'aparaissent nulle part dans les registres, soit qu'ils aient été déportés en Angleterre, ou qu'ils soient morts dans les colonies anglaises avant la paix de 1763. Je ne vois pas non plus qu'il (Michel Richard) ait été réjoint à St-Grégoire par aucun de ses frères ou sœurs -^

« Tous ceux qui se fixèrent au Canada entre 1759 et 1763, appartenaient au groupe qui échappa à la déportation. Après le traité de paix, il en vint constamment de tous côtés jusqu'à 1786: les derniers contingents venaient de France.

25. Le MS. original — fol. 740, T. — a la note suivante: "Il avait alors 73 ans, et mourût en 1776, à l'âge de 90."

26. Le MiS. original — id. fol. — porte cette note qui ne figure pas dans l'édit. anglaise : ' ' Un A'ieil oncle que j 'ai auprès de moi avait cinq ans, lorsque mourût son grand-père Michel Eichard. Il croit ne rappeler que la mère de ce dernier mourût au temps de l'embarquement, et le père dans les colonies anglaises. Il (Michel) avait un ou deux frères dont on n'eût jamais de nouvelles."

Même alors les familles qui se trouvaient au complet étaient fort rares, probablement parce que la mortalité avait été fort grande parmi elles, et causée par la misère et les souffrances chez ceux qui échappèrent à la déportation, par la maladie chez ceux qui furent déportés dans les climats chauds.

« L 'impression que j'ai éprouvée en faisant ces recherches a été des plus pénibles, parce que je constatais à chaque pas le fait inouï de la dislocation des familles. Toutes celles qui viennent aborder sur nos rivages ne sont que de misérables débris : ce ne sont que veufs, veuves et orphelins ; il y a beaucoup plus de veufs que de veuves ; il semble que les femmes aient moins résisté au chagrin et à la misère. Jugezen vous-même par les listes ci-jointes -\ . . »

Voici ce que dit Casgrain d'un autre de nos ancêtres, Jean Le Prince : «L 'aïeul de Mgr Le Prince, premier évêque de St-Hyacinthe au Canada, fut débarqué seul à Boston, où une famille charitable le reçut; il ne découvrit ses parents que bien des années plus tard -*. » (1772.)

Il nous est impossible de voir sur quoi s'appuyait Parkman pour affirmer que très peu de familles furent séparées.

27. Le travail non achevé du regretté chanoine Eiehard est conservé aux archives du Séminaire des Trois-Rivières. A l'App&ndice VII de notre tome II, nous en avons publié une partie, — ^les Notions Préliminaires et ce qui a trait à la famille Le Prince. Aux Appendices de ce tome III, l'on trouvera ce qui a trait à la famille Richard. C'est par l'entremise de M. l'abbé C. E. Mailhot, l'historien des Bois-Francs, que nous avons pu parcourir ce travail et en prendre des extraits.

28. Pèlerina-ge . . . ch, X. P. 202.— Ferland, II, XXXV, P. 520, avait déjà dit: "Le père (c'est grand-père qu'il faudrait) de feu Mgr. Le Prince, évêque de St-Hyacinthe, encore enfant, se trouva séparé de ses parents, et jeté au sein d 'une famille à Boston. Il ne retrouva ses parents qu 'après plusieurs an- B^s de recherches."

Abstraction faite de nos informations particulières, auxquelles il ne pouvait avoir accès, il me semble qu'il a pu en voir assez dans des relations de toute provenance pour se convaincre du contraire. Il y a des faits précis qui montrent que, même à Grand-Pré, on ne peiTQÎt pas la réunion des familles; cependant il est possible que beaucoup de ces séparations aient été plutôt dues à l'ignorance dans laquelle on tînt les Acadiens au sujet de leur destination. Pour leur faire accepter leur sort avec plus de résignation, on dût leur faire croire qu'ils seraient tous débarqués au même port: cela étant, il importait peu que les membres d'une même famille fussent ou non sur le même navire; l'on se retrouverait au lieu de débarquement, et c'était là l'essentiel. Au reste, pour des gens aussi religieux qu'ils l'étaient, il y avait convenance à ne pas entasser pêle-mêle sur le même vaisseau des grands garçons et des grandes filles. C'est ce que fait comprendre très-clairement l'abbé Le Guerae; mais Parkman, qui le cite sans le comprendre, donne à ce qu'il dit un sens tout-à-fait absurde: " Le Guerne, un prêtre missionnaire dans les environs, (Beauséjour,) rapporte, au sujet de l'embarquement, un incident caractéristique et triste : « La plupart de ces malheureuses femmes séduites par les fausses nouvelles, intimidées par des craintes spécieuses, emportées par un attachement excessif pour des maris qu'elles avoient pennission de voir trop souvent, fermant l'oreille à la voix de la Religion, de leur missionnaire et à toute considération raisonnable, se jettèrent (sic) aveuglement et comme par désespoir dans les vaisseaux anglois au nombre de cent quarante. On a vu dans cette occasion le plus triste de ces spectacles, plusieurs de ces femmes n'ont point voulu embar-

quer avec elles leurs grandes filles et leurs grands garçons pour le seul motif de la religion ^^ » Parkman ajoute dérisoirement : « Elles pouvaient exposer leur propre âme à la perdition parmi les hérétiques, mais non celle de leurs enfants ^^ » Le Guerne entendait dire qu'il était triste que, pour une simple question de décence oii de convenance, ces femmes aient refusé d'admettre avec elles, dans le même bateau, leurs grands garçons et leurs grandes filles. L'expression pour le seul motif de la religion signifie ici, à n'en pas douter, pour cause de décence; les mots grands garçons et grandes filles, auxquels elle se rapporte, ne permettent pas d'expliquer autrement la pensée de Le Guerne.

L'interprétation qu'en fait Parkman est inadmissible pour une autre raison encore. Ces grands garçons, que leurs mères ne voulurent pas laisser embarquer avec elles-mêmes et leurs grandes filles, furent également déportés, puisqu 'ils se trouvaient au pouvoir des autorités ; mais ils furent mis à bord d'autres navires et expédiés vers d'autres lieux. Et Le Guerne considérait comme déplorable, dans de telles circonstances, le scrupule éprouvé par ces mères, puisqu'il avait eu pour effet de désunir les familles. Nous ne nous serions pas donné la peine de contredire Parkman sur un point de si peu d'importance, si nous n'avions vu dans le fait relaté l'explication plausible d'un certain nombre de séparations.

Il est évident que les déportés étaient tenus sous l'impression que les vaisseaux qui les emportaient aborderaient au même port. Ils ne se seraient jamais imaginés le con-

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