‹ Acadie (volume 4)Chapitre 43 sur 82 · CHAPITRE TRENTE-SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-SEPTIEME

Le sort des Acadiens réfugiés à Philadelphie fut, certes, bien lamentable ; mais nous avons des raisons de croire que celui des autres proscrits ne le fut pas moins. La législature de Pensylvanie fut souvent, il est vrai, impitoyable à leur égard; cependant la charité privée, stimulée par le zèle du bon Antoine Bénezet, vint à leur assistance avec une sollicitude digne d'éloges. Même en ce qui concerne la législature, nous avons la preuve qu'à plusieurs reprises elle s'est occupée d'eux d'une manière effective. C'est même à ce fait que nous devons d'être mieux renseignés sur ce groupe d'exilés que nous ne le sommes sur d'autres. Philadelphie était déjà à cette époque un centre assez considérable. Si cette assistance, qui ne s'adressait qu'à 450 personnes, et bientôt à moins de la moitié de ce nombre, y a paru si onéreuse et fût l'occasion de tant de requêtes à l'assemblée des représentants, l'on peut s'imaginer quelle a dû être la misère endurée par les groupes du Maryland, de la Virginie, de la Caroline et de la Géorgie, et les ravages que le climat de ces endroits, fatal à des gens du Nord, fit dans leurs rangs. Ils étaient là environ 4,000, disséminés en trois ou quatre lieux. La charité, publique ou privée, se considérait impuissante à venir en aide à tant de monde: c'est proba-

blement pour cette raison que quelques-uns des gouverneurs de ces provinces ne cherchèrent pas à retenir ces exilés.

« Les quinze cents Acadiens débarqués dans la Caroline du Sud, dit Casgrain \ furent d'abord distribués dans les établissements, mais les autorités locales s'émurent bientôt du sort injuste et cruel dont ils étaient victimes, et leur fournirent, aux frais de l'Etat, des navires pour les transporter ailleurs. »

« Voici en quels termes - un mémoire, rédigé en 1762, raconte les péripéties qu'eût à traverser un détachement acadien parti de la Caroline du Sud :

«Les habitants leur donnèrent deux vieux vaisseaux, une petite quantité de mauvaises provisions, et la permission d'aller où ils voudraient. Embarqués dans ces vaisseaux qui faisaient eau de toutes parts, ils échouèrent bientôt sur les côtes de la Virginie, près de Hampton, colonie irlandaise. On les prit d'abord pour des ennemis qui venaient piller, ensuite pour des pirates, enfin pour des hôtes dangereux dont il fallait se défaire. On les força d'acheter un vaisseau, et tout l'argent qu'ils purent rassembler entre eux se montait à quatre cents pièces de huit; ce fut le prix qu'on leur demanda. Ce navire valait encore moins que celui qu'ils venaient de quitter, et ils eurent toutes les difficultés du monde à se faire échouer, une seconde fois, à la côte du Maryland. Il serait injuste d'oublier de dire ici qu'un des magistrats de la Virginie, ayant appris la perfi-

1. Pèlerinage. . .rh. VI. P, ]f)5. Il n'y a rien dans le MS. original — fol. 765 • — indiquant un emprunt fait à cet auteur.

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