Montcalm and Wolfe. I, VIII
5. La phrase entre crochets est à la marge du fol. 778, et certainement d« la main du traducteur.
elle est le plus bel éloge qui puisse être adressé aux compatriotes de Parkman. Par contre, nous professons du mépris pour celui qui, selon toute apparence, a sciemment défiguré l'histoire afin d'empêcher ses lecteurs d'éprouver des sentiments que lui-même ne pouvait ou ne voulait ressentir. Parkman a préféré la nouveauté et les aperçus hardis à la monotonie des sentiers battus. Le public aime sans doute la nouveauté. Mais, en histoire, la vérité finit toujours par assurer longue vie aux travaux de ceux qui s'en font les défenseurs. Tôt ou tard, la statue aux pieds d'argile, que Parkman s'est édifiée, croulera pour ne plus se relever. Dans ce concert à peu près unanime en faveur d'un peuple injustement opprimé, nous oublions volontiers la voix discordante de Parkman, pour ne plus nous souvenir que des liommes distingués qui ont fait de Boston la métropole de ce continent par l'intelligence, le cœur et la science".
Nous avons lieu de croire, en nous basant sur la tradition, que les cas de mauvais traitements envers les Acadiens se firent de plus en plus rares dans le Massachusetts. Les habitudes paisibles et honnêtes de ces gens finirent par dissiper tout à fait les préventions de la première heure. Au dédain et à la cruauté, succéda, chez l'élite de la population anglo-américaine, une bienveillante sollicitude qui se manifesta assez généralement pour rejeter dans l'ombre les avanies auxquelles les proscrits furent encore exposés
6. Le MS. origival — fol. 779 — porte la note suivante: "Nous tenons d'excellente source que Haliburton, dans ses conversations privées,qualifiait beaucoup plus sévèrement encore qu'il ne l'a fait dans son Histoire, la conduite de Lawrence envers les Acadiens. Ce fut lui qui inspira Longfellow et lui donmi l'idée d'écrire le poème d'Evangeline. " Cf. notre Tome I. Préface. note 8
en certains endroits, et de la part de certaines autres classes de la société. Le sort de ces malheureux se trouva donc allégé de ce chef, mais rien ne pouvait les consoler de se voir séparés, ni rendre tolérable une situation qui n'admettait plus de remède, à ce point de vue.
Etrange destinée des choses humaines! Ce petit peuple avait été accablé de tous les malheurs sous un simple prétexte de déloyauté; et les derniers Acadiens n'avaient pas encore quitté Boston que l'étendard de la révolte flottait au-dessus de cette même ville. Chose plus surprenante encore, la même population qui avait eu à garder ces prétendus rebelles acclamait comme des sauveurs les soldats de la France, tandis que ceux qui ne voulaient pas se montrer déloyaux envers leur souverain britannique prenaient le chemin de l'exil, pour se réfugier sur les terres abandonnées de force par les mêmes Acadiens.
«Washington venait à peine d'arriver aux quartiers généraux de la Révolution, à Boston, dit Philip H. Smith, quand il s'aperçut que des préparatifs avaient été faits pour brûler le Pape en effigie. Son ordre mémorable du 5 novembre eût pour effet de mettre fin à la coutume « d 'insulter à la religion de frères et collaborateurs ». Lorsque la flotte française parût devant Newport, Rliode Island, afin d'aider à la cause des coloniaux, la législature se hâta de rappeler une loi insérée dans ses Statuts, défendant sous peine de mort à tout catholique romain de mettre le pied sur le sol de cet Etat. A Boston, un cortège funèbre traversa les rues, précédé d'une croix, et comprenant des prêtres qui chantaient solennellement; et l'on vit des commissaires du Boston puritain se joindre à la cérémonie,
donnant ainsi au public une marque de respect envers la foi de leurs alliés '. »
La Virginie opposa la plus vive résistance au débarquement des 1500 Acadiens que Lawrence jetait sur les côtes de cette Province. Ni la maladie, qui faisait d'affreux ravages parmi cette coliue d'êtres humains, ni aucune autre considération ne put décider les Virginiens à assumer le fardeau que le gouverneur de la Nouvelle-Ecosse leur imposait. Ils adressèrent aux autorités des protestations si énergiques que tous ces exilés, après plusieurs semaines d'attente à bord des bateaux, furent dirigés sur l'Angleterre.
Nous ignorons quelle fut la proportion de la mortalité parmi ce dernier contingent, avant qu'il pût toucher aux ports anglais. Mais lorsque l'on sait qu'elle fût de la moitié chez ceux qui furent transportés à Philadelphie, et très considérable également parmi les autres groupes; lorsque l'on sait que leur séjour à bord des vaisseaux dura trois ou quatre fois plus longtemps que pour ceux qui furent débarqués dans les ports de la Nouvelle-Angleterre, il est permis de supposer qu'elle a été très grande. Nous avons des chiffres précis établissant qu'en 1763, c'est-à-dire huit années après, malgré l'apport des naissances, le nombre de ceux qui avaient été transportés en x\ngleterre était, depuis leur arrivée dans ce pays, réduit d'un tiers. Nous croyons donc ne rien exagérer en estimant qu'à la paix de 1763, ce nombre primitif de 1500 se trouvait réduit à moins de 500 ^