‹ Acadie (volume 4)Chapitre 67 sur 82 · Cf. aux Appendices de ce tome III · texte numérisé non relu

Cf. aux Appendices de ce tome III

recensement, et de les faire passer en France, nous donne une idée de l'étendue de leurs malheurs et de la mortalité. Décimés pendant le trajet de l'Acadie à la Virginie, de la Virginie en Angleterre, ils le furent encore pendant leur séjour à Liverpool, Southampton, Perlai, Bristol, etc., etc. Ainsi, après liuit ans de captivité, malgré les naissances, nous voyons que leur nombre était réduit de plus d'un tiers : « Dispersés, disait M. de la Eocliette, dans tous les ports de ce royaume, un grand nombre y périrent de misère et de chagrin. Trois cents avaient abordé à Bristol où ils n'étaient point attendus; ils passèrent trois jours et trois nuits sur les quais de la ville, exposés à toutes les injures de l'air, et c'était en hiver. On les enferma à la fin dans quelques édifices ruinés, où la petite vérole en fit périr une grande partie. » Il se rendit ensuite à Liverpool, où il se présenta à leurs quartiers et leur fit part de sa mission : « Les larmes, dit-il, succédèrent aux premières acclamations. Plusieurs semblaient entièrement hors d'eux-mêmes; ils battaient des mains, les levaient au ciel, se frappaient contre les murailles et ne cessaient de sangloter. Il serait impossible de décrire tous les transports auxquels ces honnêtes gens s'abandonnèrent; ils passèrent la nuit à bénir le roi et son ambassadeur, et à se féliciter du bonheur dont ils allaient jouir. Ils étaient arrivés à Liverpool au nombre de trois cents trente-six, et ils sont réduits aujourd'hui à deux cent vingt-quatre. ^>

A Southampton, ils étaient réduits à deux cent dix-neuf de trois cent quarante qu'ils étaient à leur débarquement, et la proportion était la même dans les autres ports.

Avec ceux qui y étaient déjà, le nombre total des Acadiens en France, après la paix, et après le retour de ceux

qui étaient en Angleterre, se trouvait être d'environ quatre mille cinq cents, disséminés dans les ports de Grrandvillc, 8t-Malo, Boulogne, Kocliefort, la Rochelle et Brest. Quel fut leur sort ? On ne le sait que vaguement. La France n'avait pas de terres publiques à leur offrir dans le roj^aume, et le petit nombre de colonies qui lui restaient étaient situées dans des climats d'une chaleur torride, qui ne pouvaient convenir à des hommes habitués à des régions froides, et cependant, tous ces gens soupiraient après un établissement agricole. On en établit quatre cents à Belle- Isle-en-Mer, où l'on donna à chaque colon un lopin de terre, une maison, une vache, un cheval, trois brebis et les outils nécessaires, à part la ration militaire pendant quelque temps. Il fut aussi alloué six sols par jour, pendant cinq ans, à chacun de ceux qui étaient nés en Angleterre, et pareille somme leur vie durant à ceux qui étaient nés en Acadie. Cet établissement date de 1765, et c'est le seul endroit en France où il existe encore un groupe compact d 'Acadiens.

« On fit beaucoup de projets, dit Rameau, pour procurer à ces pauvres gens un foyer et des moyens d'existence dont ils pussent tirer bon parti : les uns proposèrent de les envoyer en Corse, les autres dans les Landes. Ces propositions n'eurent pas de suite, mais on en fit partir par détachements pour St-Dominique, la Guyane, les Iles sous le Vent et les Malouines. Nulle part ils ne purent se fixer, ni créer d'établissements prospères; ils étaient dépaysés et très éprouvés par des climats si différents du leur ^ » De plusieurs centaines qui se rendirent en Guyane en 1764,

Page 1