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question avait été examiné déjà sous toutes ses faces, qu'il n'y a plus rien de nouveau à en tirer. L'on a dit de l'art de peindre que c'est « l'art des sacrifices ». Rien de plus juste. Et l'on peut affirmer cela aussi de l'art d'écrire. Quel est le véritable écrivain qui ne rejette, n'élimine, n'efface, ne « sacrifie » finalement, à une deuxième et troisième lecture de son « brouillon », une grande moitié de la matière qui y était entrée d'abord, et qui, de cinq ou six pages et même davantage, n'en fait qu'une en dernier compte, mais une où tout l'essentiel qui était dispersé sur plusieurs se retrouve, condensé, synthétisé? Et quel est encore l'écrivain qui ne profite de cette révision définitive de sa pensée réalisée, pour en mieux proportionner les parties, les balancer, les harmoniser, et donner à son œuvre l'unité qui fait la beauté? Cet «art des sacrifices», Edouard Richard ne l'a guère pratiqué, littérairement parlant; il n'a pas eu ou n'a pas pris le temps de remettre son œuvre dans le creuset d'où elle fut sortie affinée et purifiée. Et quant à nous, nous n 'avons pas cru que notre rôle d 'éditeur dût aller jusque là, jusqu'à détruire le cadre de l'ouvrage, en briser l'ossature, pour en substituer une plus conforme aux procédés de la composition. Ce n'est pas qu'à l'intérieur des chapitres nous n'ayons fait, à cet égard, des retouches importantes. Mais l'état des lignes d'ensemble est resté tel que nous l'avons trouvé. Et nous ne nous attendons nullement à être blâmé, de ce chef.
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Venons-en maintenant au grief le plus sérieux qui puisse être fait à Edouard Richard, et que la critique n'a pas manqué de lui adresser. Nous venons parler de sa documentation. Il paraissait avoir sur ce point une manière de voir qui n'est plus de mode aujourd'hui, si tant est qu'elle ait jamais eu cours dans la véritable histoire. D'une façon générale, ses citations pèchent contre toutes les lois du genre. Expliquons-nous. Et d'abord, ayant beaucoup lu Rameau, par exemple, il lui arrive de faire de longs emprunts à cet auteur, sans nous en avertir; après s'en être approprié des passages considérables, en les changeant quelque peu, ou plutôt en en déformant la bonne langue, il mettra entre guillemets un extrait textuel, en l'accompagnant d'un «comme dit Rameau». L'on s'imagine qu'à cela seul se borne l'emprunt fait à cet historien. Mais, si l'on va à la source, pour contrôler la citation, et pour la situer, l'on découvre par hasard qu'elle commence bien avant que le manuscrit ne le dit, et qu'elle se prolonge bien au delà des guillemets par lesquels elle se ferme ici. Et ce que je constate au sujet de Rameau, est vrai de Casgrain, de Beamish Murdoch et autres. Eh! quoi, accuserons-nous Richard d 'improbité? Le prendrons-nous pour un plagiaire? Pas le moins du monde. Il était l'honnêteté et la loyauté même, en tout ; il avait, au plus haut degré, le sens de l 'équité, le culte de la justice. A quoi donc attribuer la faute évidente que des spécialistes ont relevée avec raison? Il faut en chercher
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la cause toujours dans la précipitation avec laquelle il a exécuté son œuvre. Et je prie le lecteur de se reporter aux considérations que nous avons faites précédemment.
Le défauts de son style, les incorrections de sa syntaxe, tout de même que les lacunes de sa documentation, procèdent du même principe. Et ce n'est pas tout. Il nomme parfois l'auteur auquel il emprunte, souvent aussi l'on ne sait à qui appartient l'extrait reproduit, aucun nom n'y étant joint. Que l'auteur en question soit nommé ou non, jamais, — sauf çà et là pour quelques citations (volume IP de l'édition anglaise), — il n'est donné de renvoi au titre et à la page de l'ouvrage. Le volume des Archives de la Nouvelle- Ecosse, édité par ce pauvre Thomas B. Akins, les divers ouvrages de Francis Parkman, VHistoire de la Nouvelle- Ecosse, par B. Murdoch, celle de Haliburton, etc., etc., figurent fréquemment, mais on nous laisse à deviner, soit le titre du livre, — lorsque, comme dans le cas de Parkman, il y en a plusieurs, et il eut été si important de nous dire lequel, — soit l'endroit exact auquel se rapporte la citation. Il semble que Richard veuille faire un mystère de ses sources de renseignements. Or, cela est intolérable, de nos jours surtout où l'on exige de l'historien qu'il produise ouvertement ses preuves, qu'il joue « carte sur table ». Trop souvent aussi à l'entendre, l'on serait fondé à croire qu'il donne de l'inédit, qu'il travaille sur une matière encore inexploitée, quand les documents dont il se sert ont été publiés dans le Canada-Français, ou dans les Appendices aux ouvrages de Parkman, ou ailleurs. Certes, nous ne fai-