‹ AcadieChapitre 58 sur 78 · Akins, p · texte numérisé non relu

Akins, p

La guerre entre la France et l'Angleterre éclata enfin le 15 mars 1744 \

Cet événement allait soumettre la fidélité des Acadiens à une rude épreuve. Si la paix se fût prolongée quelques années de plus, Mascarène, en suivant la même ligne de conduite habile et bienveillante, eût pu, ainsi qu'il en caressait l 'espoir, assurer pour jamais la loyauté de cette population, et l'attacher à la Couronne Britannique par des liens d'affection et de reconnaissance, assez forts pour résister à toutes les séductions. Ses successeurs n'eussent sans doute pas osé s'écarter d'une pareille attitude, laquelle fut devenue, pour les gouverneurs à venir, un guide et un modèle.

Cependant la France, qui avait si peu fait pour coloniser et conserver l'Acadie, n'avait jamais renoncé à pouvoir la reconquérir un jour; et il appert avec évidence, par tous les documents de la chancellerie française, que les autorités du

3. Cette guerre est connue sous le nom de Guerre de la Succession d'Autriche. "Le 15 novembre 1743, Marie-Thérèse (d'Autriche) conclut à Worms un traité d'alliance avec le roi d'Angleterre (George II), le roi de Sardaigne et l'électeur de Saxe. Elle se proposait d 'enlever la couronne impériale à Charles VII, la Silésie à Frédéric II, l'Alsace, la Lorraine et les Trois Evêchés à la France. La France conclut de son côté la ligue de Francfort avec la Prusse, la Suède et l'Electeur Palatin, le 5 avril 1744. Elle s'engageait à maintenir Charles VII, à lui rendre ses Etats, et garantissait la Silésie à Frédéric. . . Charles VII étant mort au début de 1745, d'Argenson (Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères), entreprit de porter à l'Empire l'Electeur de Saxe, Auguste III. Auguste III refusa la candidature à l'Empire et promit même sa voix à François de Lorraine. Le fils de Charles VII, Maximilien- Joseph, dès qu'une armée autrichienne eut envahi ses Etats, fit de même par le traité de Fiissen, le 22 avril 1745. . . La France avait déclaré la guerre à l'Angleterre le 15 mars 1744, et elle avait repris contre cette puissance le duel suspendu par la paix d 'Utrecht. La grande guerre maritime s'ouvrit cette année même. En 1745, les Anglais d'Amérique levèrent 4 à 5 mille hommes, amenèrent des transports, et, avec le secours du Commodore Warren qui leur amena de Londres 4 vaisseaux, s'emparèrent de Louisbourg, le 26 juin. ' ' — Hist. de France, par Lavisse. Tome VIII. Deuxième Partie— Louis XV, 1715-1744, par H, Carré.

Canada avaient la quasi-certitude que lès Acadiens allaient saisir l'occasion, qui s'offrirait bientôt à eux, de secouer la domination anglaise. La suite des événements fera voir pourtant que les craintes de Mascarène, aussi bien que les espérances des Français, étaient sans fondement réel.

Si ce gouverneur n'avait pas eu le temps d'affermir la loyauté des Acadiens en leur faisant aimer leurs maîtres, cette loyauté n'en reposait pas moins sur des motifs d'intérêt, et surtout sur le respect dû au serment qu'ils avaient prêté. En 1748, quand la guerre dont nous parlons sera terminée, Mascarène dira des Acadiens : « Aux Français qui les pressaient de prendre les armes, ils opposaient leur serment, la vie commode qui leur était faite sous le gouvernement anglais, l 'absence de griefs contre lui *. » Voilà ce qu'avaient produit quatre années d'une administration juste et conciliante.

De 1744 à 1748, l'Acadie fut envahie à quatre reprises par les Français; Annapolis fut assiégée trois fois. Mais, chaque fois, les assiégeants durent se retirer sans avoir obtenu le concours des Acadiens, sur qui ils avaient compté et pour qui ils avaient apporté des armes. Tout fut mis en œuvre pour vaincre la résistance de ces compatriotes. Des cajoleries l'on passa aux menaces, et des menaces aux voies de faits, sans parvenir jamais à ébranler leur détermination. Et cela est vrai aussi bien des habitants de Beaubassin que de ceux de Grand-Pré et d 'Annapolis. Il fallait que le désappointement des Français fut extrême, pour avoir recours à des moyens bien propres à affaiblir la sjTnpathie fraternelle que les Acadiens conservaient naturellement à

4. Akins. Extract from a letter of Gov. Mascarène to Governor Shirley. April 1748. — Page 159 de la compilation.

leur endroit. En effet, les moyens de persuasion n'ayant donné aucun résultat, Du Vivier et de Gannes, qui commandaient la première expédition, en \ânrent aux ordres les plus sévères ^ : « Nous, capitaine d 'infanterie, commandant des troupes envoyées pour assiéger Port-Royal, par ordre de M. Du Quesnel, etc. . . déclarons, au nom du roi, ce qui suit : Les habitants des Mines, comprenant les paroisses de Grand-Pré, Rivière Canard, Piziquid et Cobequid, sont requis de reconnaître l'obéissance qu'ils doivent au Roi de France, et en conséquence les dites paroisses sont mises à contribution de la façon suivante. . .(Suit l 'énumération de tout ce que comprend la présente réquisition)... Et tous ceux qui contreviendront au présent ordre seront punis comme sujets rebelles, et livrés aux mains des sauvages comme ennemis de l'Etat, car nous ne pouvons pas refuser aux sauvages la demande qu'ils nous ont faite de s'emparer de tous ceux qui ne voudront pas faire leur soumission. . . >>

Du Vivier *.

Grand-Pré, le 27 août 1744.

5. M. Bu Vivier 's orders to the inhahitants of Mines, Piziquid, Hiver Canard, and Cobequid. (Translated from the French), Ahin^, p. 134. Nous ne croyons pas nécessaire de donner en son entier ce document, qui est un ordre de réquisition en règle, obligeant les Aeadiens de ces cantons à fournir des hommes, des chevaux et des cornes à poudre, (powder horns), à tel jour et telle heure fixés, comme aussi à envoyer des députés devant, au nom de. tous, jurer fidélité au Roi de France. (Cf. Archives du Canada. Ile Eoyale. Corresp. Générale, 1744, vol ê6. M. Du Quesnel, Gouverneur, c. 11. Août 27. Grand-Pré, fol. 196).

6. La nouvelle de la déclaration de guerre étant parvenue à Duquesnel, gouverneur de Louisbourg, celui-ci s 'empressa de porter un grand coup aux Anglais, avant que ceux-ci ne s 'y fussent préparés. Il envoya donc, de bonne heure en mai 1744, Du Vivier, qui s'empara de Canso, et ensuite entra dans l'Acadie, avec son détachement, auquel se joignirent plusieurs partis de sauvages. "Un certain nombre d'Acadiens, dit Ferland, prirent tous les arrangements qu'U leur proposa (par la proclamation du 27 août, que nous venons de citer), pour la fourniture des vivres et de toutes les autres choses dont il pourrait a/voir

Or, voici le texte de la requête que les habitants de ces mêmes régions présentèrent à de Gannes, lequel avait été chargé par le gouverneur de l'Ile Eoyale, Du Quesnel, d 'aller relever Du Vivier devant Port-Royal, avec ordre de passer l'hiver aux Mines:

« A M. de Gannes, chevalier, capitaine d 'infanterie, commandant des troupes et des sauvages alliés, actuellement dans la Province.

« Nous, les soussignés, agissant au nom des habitants des Mines, de rivière Canard, de Piziquid, et des rivières avoisinantes, vous prions humblement de vouloir bien considérer qu'encore qu'il ne vous fût pas difiScile, à raison des

besoin. " — " Du Vivier, dit Parkman, had looked for help f rom the Acadians of the neighboring village, who were French in blood, faith and inclination. They would not join Mm openly, fearing the conséquences if the attack should fail; but they did what they could without committing thernselves, and made a hundred and fifty scaling ladders for the besiegers." — "Ainsi accueilli, continue Ferland, Du Vivier s'avança jusqu'aux environs du Port Royal, au commencement de septembre. Il s 'était flatté que tous les Acadiens prendraient les armes contre les Anglais. Duquesnel lui avait promis de lui envoyer deux vaisseaux, mais il ne le put faire; comme la saison était avancée, et qu'il n'y avait pas d 'espérance que Port-Royal put être pris, le gouverneur de Louisbourg envoya le Sieur de Gannes de Falaise, pour relever Du Vivier. Port-Royal avait reçu des renforts, tandis que les Français se trouvaient sans vivres; d'ailleurs, la plupart des sauvages s'étaient déjà retirés. Sur ces entrefaites, (octobre 1744) les habitants des Mines envoyèrent à de Gannes une humble requête dans laquelle ils le suppliaient de faire retirer les sauvages et les troupes. Toutes ces considérations pesées, de Gannes ordonna à Du Vivier de lever le siège, et reprit la route de Louisbourg avec son détachement." Hist. du Canada. Tome II, ch. XXX, p. 460-61. Parkman. A Half-Century of Conflict, vol. II, ch. XVIII, A Mad Scheme, raconte au long, et avec des détails de son invention, cette expédition de Du Vivier contre Annapolis. Il remarque que Du Vivier descendait du fameux La Tour; il dit aussi que, tandis que ce commandant attendait les secours que lui avait promis Du Quesnel, "he Icept the Acadians at work in making ladders and fire-arrows", p. 63. Parkman tient absolument à faire passer les Acadiens pour traîtres à leur serment de fidélité. La suite du chapitre montrera ce qu 'il faut penser de ses assertions. — En 1705, Du Vivier avait épousé, en Acadie, Marie Muis, de Pomboncoup. En 1707, d'après un doc.

forces que vous commandez, de vous procurer par vousmême les grains et les viandes que vous et M. du Vivier avez réquisitionnés, il nous serait presque impossible, quant à nous, de vous fournir toutes ces choses, en tout, ou même en partie, sans de grands risques pour notre propre subsistance, car les moissons n'ont pas été aussi bonnes que nous l'avions espéré. Nous espérons. Messieurs, que vous ne voudrez pas nous plonger, nous et nos familles, dans une ruine totale; et nous comptons que, par sympathie pour nous, et pour ne pas nous exposer à périr, vous retirerez vos sauvages et vos troupes de nos districts.

« Nous vivons sous un gouvernement doux et paisible, et nous avons les meilleures raisons de lui garder fidélité. Nous espérons donc que vous aurez la bonté de ne pas nous en séparer, et que vous nous ferez la faveur de ne pas nous

conservé aux Arch. de la Marine, l'on voit que "François Du Vivier, enseigne des vaisseaux de Sa Majesté et capitaine d 'une compagnie franche de la marine, en garnison au fort royal de l'Acadie, et dame Marie Muis, son épouse" avaient vendu à Jean-François Flanc une maison et un pré sur le bord de la rivière du Dauphin." (Cf. Eameau. Une Colonie. Pièces justificatives, Ille Série n. IX). De Gannes est l'auteur d'un mémoire intitulé: "Observations sur les erreurs de la relation du Siège de Port-Eoyal. . . faittes sur de faux mémoires par le révérend Père Charlevoix " . Parkman. Ealf-Century. . .Vol. I, ch. "VT!I, p. 155, en note. Parkman, à ce propos, renvoie à l'édit. anglaise de Charlevoix: — History and gênerai Description of New France, by Charlevoix, translated from the original édition and edited with notes by Dr. John Gilmary Shea (New York, Francis P. Harper, 1900). C'est en note de la page 227 du vol. V, de cet ouvrage que Shea mentionne le Mémoire de Gannes sur le siège de Port-Eoyal; il s 'en sert, dans les pages qui suivent, pour corriger à chaque instant le récit de Charlevoix. Au livre XVIe de son Histoire, page 269 et page 271, de l'édition in-lG" de Didot, (Paris, 1744), Charlevoix parle de de Gannes, comme ayant prêté main-forte à M. de Villebon pour la défense de Maxoat, en 1696 : " M. de VUlebon avait déjà mis son fort en assez bon état, il fit encore travailler le reste du jour à de nouveaux retranchements, en quoi il fut parfaitement secondé par son frère, par M. de Gannes, un de ses officiers. . ." "Sur le midi le Sieur de Falaise arriva de Québec, ayant fait une diligence extrême pour avoir part à la défence de Maxoat, dont il avait appris le siège en chemin."

réduire à une profonde misère. Nous n'attendons pas moins de votre obligeance, et vous prions respectueusement de nous croire, Messieurs,

Vos très humbles et très dévoués serviteurs, au nom des cantons ci-haut mentionnés.

Jacques Leblanc Pierre Leblanc François Leblanc Renne X Grange l'aîné Claude Leblanc Jacques Tereiot Antoine Landry Pierre Richard l'aîné Joseph X Granger R. Leblanc.

Mines, oct. 10, 1744 \

« Nous avons, dit Beamish Murdoch, au moins douze réquisitions de la nature de celle-ci, (citée plus haut), émanées de Du Vivier, dans lesquelles il commande nommément aux Acadiens de venir s 'enrôler sous son drapeau, de fournir tant de chevaux et d'hommes pour les conduire, de lui remettre des cornes à poudre, de lui envoyer des députés qui prêteront serment au nom de tous, de lui procurer des échelles, des piques, des haches, des pelles, des bestiaux, du

7. ATcins, p. 135. — A la page suivante, le compilateur reproduit la réponse que fît de Gannes à cette requête: "M. Alex. Bourg, Notaire, aux Mines. Messieurs, par considération pour vous, je veux bien agréer votre demande." Signé: De Gannes. Oct. 13, 1744.

Dans le MS., Eichard fait remarquer que Pierre Eichard, l 'un des signataires de la requête, était le "frère de notre ancêtre, Kené Eichard, venu au Canada après la déportation." (Feuillet 246 du MS. original à'Aoadié).

blé, de cuire du pain, de fournir des chemises, des canots, etc. Toute contravention à ces ordres devant être le plus souvent punie de mort, ou parfois suivie de châtiments corporels. . . Je ne sais pas si l'on doit attribuer un pareil ton à l'orgueil nobiliaire, qui prédominait à cette époque, à la dureté de sentiments qui caractérisait la caste militaire, ou à une incapacité personnelle de la part de Du Vivier : toujours est-il que, selon moi, ces procédés furent fatals à sa cause *. » Le départ précipité de Du Vivier ne peut guère s'expliquer que par la déception qu'il éprouva du côté des Acadiens. Une escadre française était attendue de jour en jour dans le port d'Annapolis, et rien ne semblait justifier la levée si soudaine du siège. Cette escadre, portant 75 canons, arriva, en effet, mais trop tard. Son commandant, ne trouvant pas les troupes qu'il avait compté y rencontrer, incapable de réduire la garnison avec ses seuls équipages, reprit la mer sans avoir rien tenté '. Cette soudaineté à partir fut pres-

8. History of Nova Scotia. Vol. Il, ch. IV, p. 42-3. — Dans le MS., il y a, à cet endroit, la note suivante, tirée de Eannay, History of Acadia. "Duvivier issued peremptory orders to the Acadians for supplies, and created a most unfavorable impression. Any who refused to comply with bis demands were to be handed over to the tender mercies of the Savages. Notwithstanding this threat, the Acadians were very unwilling to give him any assistance (et que penser alors des affirmations de Parkman?) and his bright hopes of a spontaneous rising of the Acadian people against British power vanished before the chilling reality. A new génération had grown up who were not disposed to welcome those who would bring war to their doors. ' ' — Ch. XVIII, p. 334.

9. Parkman, loc. cit. p. 63, dit de son côté: "He (Duvivier) waited in vain for the promised succor. . . He waited for the ships which did not corne. . . At length, instead of aid from Louisbourg, two small vessels appeared from Boston, bringing Mascarene a reinforcement. . . This discouraged the besiegers, and towards the end of September they euddenly decamped and vanished. ' ' — Voici, d 'autre part, ce que dit Hameau : " Si Duvivier eut fait assez de diligence pour se présenter devant Port-Eoyal en juin, il eut probablement enlevé de force la place. D'autant plus que les Micmacs, sous la conduite de l'abbé Leloutre, se

que aussi fâcheuse aux Français que Pavait été la précédente; car il arriva de Boston, quatre jours après, tout un convoi chargé de vivres et de munitions pour ravitailler la

portèrent 8ur Annapolis, le 1er juillet, au nombre de 300. — Les Indiens abandonnèrent l'attaque de ce fort peu après, quand fut arrivé, dans le bassin d 'Annapolis, le Provincial Galley, du Massachusetts, avec une petite troupe de 70 hommes, et remontèrent aux Mines pour y attendre l'expédition française qui ne les rejoignit que le 24 août 1744. Duvivier campa en vue de Port-Eoyal le 25 août. Il harcela les Anglais, et fit sommer Mascarène de lui rendre la place. . . Les négociations entre lui et ce gouverneur traînèrent en longueur ; enfin, un brigantin et un sloop anglais entrèrent dans la rade, Annapolis était sauvée! Le 3 octobre arriva De Gannes, envoyé par le gouv. de Louisbourg, avec ordre de ramener le détachement de réguliers qui était à Port-Eoyal. Ce fut en vain que Duvivier insista pour qu'on attendit les navires qui venaient de Louisbourg. De Gannes voulut absolument partir le dimanche 4 octobre; il resta 10 jours aux Mines, et était encore le 26 octobre à Beaubassin, où il reçut de Louisbourg un avis du départ des vaisseaux pour Port-Eoyal, où ila arrivèrent ce jour même, 26 octobre. Si de Gannes fût resté quelques jours de plus devant Annapolis, la situation devenait extrêmement critique pour lea Anglais. Il commit deux erreurs graves: l'une, d'en partir trop tôt, l'autre de ne pas se ménager un moyen de communication entre Beaubassin, où il resta jusqu 'à la fin d 'octobre, et Annapolis. Le chef de la petite escadre, venue de Louisbourg, s 'apercevant à son arrivée que les troupes françaises étaient parties, attendit trois jours dans le port, et regagna ensuite la mer, après avoir capturé les deux petits vaisseaux anglais qui étaient dans la rade d 'Annapolis. , ." Une Colonie, etc., t. II, ch. XIII, p. 100 et seq. — Cf. également Pièces justificatives, IVe Série, Pièce IL Comment avorta le siège d' Annapolis par Duvivier, en septembre 1744, et Lettre de M. de Gannes pour se justifier, 8 nov. 1744. — Archives de la Marine.

Cf. Garneau. Hist. du Canada, Liv. VIII, ch. II, p. 167-8., du tome second de la sec. édition, Québec, 1852. — Cf. Histoire populaire du Canada, d'après les doc. franc, et américains, par Jacques de Baudoncourt, (Paris, Bloud et Barrai, 8-d. mais l'avant-propos est daté: 25 novembre 1886), chap. XI, p. 275. — Cf. New France and New England, by John Fiske, ch. VII, Norridgewock and Louisbourg, p. 226-7. — B. Murdoch. Hist. of N. S. vol. II, ch. IV, Eannay. Hist. of Acadia, ch. XVIII.

"Duvivier était le fils d'un officier français, et avait le grade d'enseigne de vaisseau et de capitaine. En 1708, il épousa, dans des circonstances particulières, Marie Muis de Pomboncoup. Sa mère était Anne, fiUe de Charles de la Tour, qui s 'était établi en Acadie dès les premiers temps de la colonie. En 1735, Duvivier avait rédigé un Mémoire, dans lequel il prétendait qu'avec cent hommes, et des armes qui seraient distribuées aux habitants, il serait capable de

garnison d'Annpolis, — lequel convoi fût inévitablement tombé aux mains du commandant de l'escadre française ^°. Dès que la nouvelle que l'état de guerre existait entre la France et l'Angleterre lui fut parvenue, Mascarène s'employa activement à mettre le fort d'Annapolis, le seul que compta la Province, en état de soutenir un siège. Il y avait à y faire des travaux considérables, puisque les murs étaient tombés en ruines, à tel point, nous dit Garneau, « que les bestiaux montaient par les fossés pour paître sur les

faire la conquête du pays. Ce Mémoire est donné en. entier, dans la traduction anglaise, au tome I, appendice au ch. LVI de l'Histoire de la Nouvelle- Ecosse, par B. Murdoch, p. 508-9-10-11." (Hist. of Canada, par William Kingsford. Vol. III, liv. X, c, III, note de la page 307). Toronto and London, 1889.

Cf. Archives du Canada. Ile Royale. Correspondance Générale. 1744. Vol. 26, M. Du Quesnel, gouverneur, c. 11.

(M. Du Quesnel, gouv. de Louisbourg, mourut subitement en oct. ou nov. 1744) A. C. C. G. He-Royale, 1744, vol. 77.

Nov. 25. Louisbourg. MM. Duchambon et Bigot au Ministre: "M. de Gannes est de retour d'Acadie avec son détachement. Il représente que le manque de provisions l'a forcé d'abandonner le siège de Port-Royal, mais M. Duvivier et d'autres le blâment grandement de cela." Fol. 48, 9^^ pages.

Nov. 18. Louisbourg. M. Duchambon, Lieutenant du Boi, au Ministre: "Détails des opérations de M. de Duvier en Acadie, et de celles de M. de Gannes, qui tous deux ont été relevés de leur commandement quelque temps avant la mort de M. Duquesnel. Il se plaint de la conduite de M. de Gannes. Il est à craindre que les Anglais ne maltraitent les Acadiens. " — Fol. 79, 18 pages.

Nov. 28. Louisbourg. M. de Gannes. "Donne un compte rendu de son expédition à Port-Royal; explique la cause de son insuccès, et se défend des accusations portées contre lui par M. Du Vivier. ' ' — Fol. 204, 7 pages.

10. Hannay, parlant de l'expédition de Duvivier, dit : "Duvivier, ayant échoué devant Annapolis, retourna aux Mines, où il se proposa de prendre ses quartiers d 'hiver avec ses soldats ; mais les Acadiens lui firent des remontrances, en termes si énergiques, qu'il fut contraint de se retirer de là. A Beaubassin, il trouva la population également opposée à ce qu 'il y fît un séjour, et finalement il repartit pour Louisbourg." Hist of Acadia, ch. XVIII, p. 335.

Nous avons vu plus haut la requête des habitants des Mines à de Gannes. Même requête fut donc présentée à Duvivier, comme il est dit dans une lettre de Mascarène, de décembre 1744, page 147 de Alcins.

remparts écroulés ». Or, comment exécuter cette entreprise sans le concours des Acadiens, desquels on dépendait, et pour les matériaux et pour la main d 'œuvre? Car la garnison d'Annapolis ne comprenait pas cent hommes valides. J'admets que c'était le devoir des habitants français de venir en aide à leur gouverneur; mais j'admets aussi que cela supposait, de leur part, beaucoup de bonne volonté. Eh ! bien, Mascarène avait pris un tel ascendant sur eux qu'ils ne firent jamais aucune difficulté de se prêter à son désir. Ecrivant, en décembre 1744, au gouverneur Shirley, il lui disait : « Notre Fort était dans un état déplorable. . . Les habitants français se montrèrent disposés, non seulement à aller couper le bois nécessaire pour le réparer, mais encore à travailler eux-mêmes à sa restauration ; et nous en avions déjà achevé une partie, quand, le premier juillet, les Indiens, au nombre de trois cents environ, vinrent nous interrompre ". »

Plus tard, quand Duvivier se fut retiré, Mascarène reprit les travaux abandonnés, et requéra de nouveau l 'assistance des Acadiens : « J 'ai demandé aux députés représentant les habitants de cette rivière de fournir à l'Ingénieur les matériaux requis pour exécuter nos réparations, au prix qui avait été convenu : et tous ont semblé accéder à nos désirs, et prendre part à l'œuvre commune avec beaucoup d'entrain ". »

L'expédition malheureuse de Duvivier n'empêcha pas le

11. AJcins, p. 140-1. Gov. Mascarène to governor Shirley. Longue lettre de 7 pages, qui donne tous les détails possibles concernant l'expédition infructueuse de Duvivier, et dans laquelle il n'est aucunement question de de Gannes.

12. AJcins, p. 150. Gov. Mascarène to — (pas d'adresse). Annapolis Royal,

15 mars 1745.

capitaine Marin d'en tenter une autre, l'année suivante, laquelle aboutit également à un échec ^\

La décadence de la France, qui avait commencé vers la fin du règne de Louis XIV, s 'accentua sous la Régence, pour se consommer sous Louis XV, et aboutir à la grande catastrophe qui devait marquer sa ruine finale ou sa régénération. La décadence n'était pas seulement dans l'ordre éconor ' jue, mais aussi, mais surtout peut-être dans l'ordre mo- 1. '.; et elle influait en particulier sur les vertus guerrières traditionnelles de la nation française: ces vertus avaient subi l'effet de l'ambiance générale; elles s'étaient amollies.

13. "Au mois de janvier 1745, 120 canadiens et environ 400 sauvages, sous le commandement du It. Marin, furent détachés pour se rendre à l'Acadie, et se joindre aux troupes de M. de Gannes, autour de Port-Koyal. " Ferland, t. II, ch. XXX, p. 462. Parlcman dit que cette expédition décampa le 26 de mai 1745. Cf. A Half-Century, t. II, ch. XX, p. 127. Hannay, p. 337. Murdoch. Vol. 2, ch. VI, p. 74 : "In the beginning of May, a rumor came to Annapolis that there was a body of 300 Canadians and 300 Indians at Mines, with several officers, etc. This party was commanded by Mr. Marin, a lieut. from Canada. They came to the vicinity of the fort at Annapolis during May. . . This party had spent the winter at the head of the bay of Fundy; and after three weeks spent in the neighbourhood of Annapolis, where there suceess was confined to the surprise and capture of the two Boston trading schooners, they received a request from M. Duchambon, sent by express, begging their aid to come to his relief, he being then heavily besieged. . . " Marin, comme Duvivier et de Gannes, envoya des réquisitions : * ' The written orders issued by Marin, copies of which hâve been preserved, are about 20 in number. . . They very much resemble the orders issued the préviens summer by Duvivier : Indeed they seem at once cruel and ludicrous ; cruel in their menacing language. . ." Le sieur Marin mourut le 29 octobre 1750, à la Eivière-au-Bœuf , au cours d 'une expédition qu 'il faisait au nom de M. Duquesne.

Cf. Alcins, p. 156-7-8, les Délibérations du conseil du gouverneur Mascarène, pour enquêter sur la conduite de quelques Acadiens à l 'égard de l 'expédition du Sieur Marin. Cf. Arch. du Canada, Ile Eoyale, Corr. Gén. 1744, vol. 26, c. 11: November 27, 1744. Louisbourg. M. Duchambon au Ministre. "M. de Beauharneis ayant résolu d'envoyer 50 Canadiens et 50 sauvages en Acadie, et comme ceux-ci doivent arriver là en janvier, je leur enverrai l'ordre d'y demeurer jusqu 'au printemps. ' ' Fol. 90, 4 pp.

comme tout le reste. L'Angleterre allait avoir l'occasion de s'en convaincre, lorsque, quelques années plus tard, elle entreprendrait de compléter l 'humiliation de sa trop remuante rivale, en abattant les restes de son antique prestige colonial, et en lui enlevant les moyens de restaurer sa force et sa gloire.

Ce fut un grand soulagement pour l'Angleterre, quand il devint évident que la puissante flotte du duc d'Enville, dispersée par les tempêtes, affaiblie par la maladie et la mort d'une partie de l'équipage, désorganisée par les dissensions entre les chefs, avait cessé de lui être une menace ". De Ramesay, qui attendait, sous les murs d'Annapolis, l'arrivée et la coopération de cette flotte, dut renoncer au siège de cette ville, se retirer sur les Mines, et peu après sur Beaubassin.

Ici se place le seul fait d'armes glorieux pour la France, à l'époque et au lieu où nous sommes; ce fait fut accompli

14. Cf. Journal Historique en forme de Lettre d'un officier capitaine dans le Bégitnent de Ponthieu embarqué sur le vaisseau le Trince d'Orange. Au sujet du voyage de la Flotte commandée par M. le Bue d'Enville et partie pour le Canada le SO juin 1746 — Le Can.-Français. Doc. inéd. sur l'Acadie. Tome I, pièce XI, de page 70 à page 108. Ce journal est tiré des Arch. du Sém. de Québec. C'est un MS, renfermé dans un cahier relié, admirablement écrit, non signé. — Cf. Arch. du Can. Ile Boyale. Corr. gén. 1745 à 1748, vol. 27. M. Bigot, contrôleur, c. 11, 1746. Avril 5. Rochefort. M. Bigot au Ministre. Concernant l'équipement à Bochefort de la flotte que le Boi envoie en Acadie, etc., sous les ordres du duc d'Enville. Fol. 153., 4^^ pp. — Décembre 14. Port-Louis. Le même au même. Il donne de mauvaises nouvelles de l'escadre du duc d'Anville. Perte du Borée, etc. Folio 166. — 6 pp. Parkman. Half-Century etc., vol. II, ch. XXI. B. Murdoch, vol. II, ch. VII, (La flotte comprenait 21 vaisseaux, dont Murdoch donne les noms, p. 92, et un équipage de 3150 hommes; en outre il y avait vingt frégates, etc, et plusieurs bâtiments de transport, portant le régiment de Ponthieu. Les forces de terre étaient sous le commandement de M. Pommeril, brigadier-général). Hannay, ch, XIX. Ferland, vol. II, c. XXXII, Kingsford Eist. of Canada, vol. III, c. V, p. 338 et seq. — Ce duc de d'Enville était un Larochefoucaud.

par les Canadiens que commandait de Ramesay. Pendant que ce dernier était à Beaubassin, Mascarène, après avoir ravitaillé Annapolis, fit occuper le quartier des Mines par un détachement de 470 hommes, commandés par le colonel Noble, du Massachusetts. Ce corps d'armée s'installa temporairement au village de Grand-Pré, dans les maisons des Acadiens. De Ramesay conçut le projet hardi de franchir à la raquette, avec ses hommes, la longue distance qui le séparait de ce dernier endroit et de venir surprendre pendant la nuit les troupes anglaises : entreprise qui valut à ces Canadiens une gloire sans lendemain ^^ Ce fait eut lieu en janvier et février 1747.

15. L'auteur passe bien rapidement sur ce fait d'armes, l'un des plus beaux de notre histoire. Nous renvoyons, pour plus de détails, aux ch. VII et VIII du vol. 2 de B. Murdoch, au ch. XXII de A Half-Century of Conflict, et surtout aux pièces LXIV-LXV-LXAT des Doc. inéd., C an. -Français, tome II, p. 10 et suiv., que l 'éditeur a accompagnées de la note ci-dessous : ' ' Les pièces qui suivent renferment le récit d'une des expéditions les plus audacieuses, et de l'un des faits les plus héroïques dont il soit fait mention dans les annales du Canada. Nous voulons parler de l'expédition et du combat des Mines. On vit 250 Canadiens partir au cœur de l'hiver (janvier 1747), faire plus de soixante lieues en raquettes à travers les forêts, et venir attaquer, au village de la Grand-Prée, une troupe de plus de cinq cents anglo-américains cantonnée dans les maisons, dont l'une était en pierre et armée de canons. Après une lutte soutenue durant douze heures, une partie des ennemis fut tuée et un grand nombre fait prisonniers. La première des pièces que nous publions est le journal de M. de la Corne, second commandant de l'expédition, qui remplaça M. de Villiers dès le commencement de l'action, lorsque ce dernier fut blessé à la première attaque. La seconde pièce est le journal de M. de Beaujeu, le futur héros de la Monongahéla. Son récit est beaucoup plus long et beaucoup plus détaillé que celui de M. de la Corne. Nous y ajoutons une troisième pièce, où se trouve raconté un des hauts faits de cette glorieuse journée, accompli par un des officiers, M. de Lusignan lui-même. Ce fait est rapporté par l'évêque de Québec, Mgr de Pontbriand, dans une lettre au Ministre. Enfin, une quatrième vient de M. de Lusignan lui-même. ' ' L 'abbé H. E. Casgrain. Cf. Eameau. Pièces justificatives, 4e Série, III.

Le M. de Villiers, dont il est parlé ici, est le célèbre Louis Coulon, le troisième sieur de Villiers, qui est passé dans l'histoire avec le surnom de "le Grand VU-

Nous avons vu, par divers documents, quelle avait été l'attitude des Acadiens pendant ces quatre années d'invasions répétées de la part des troupes françaises. Ecoutons d 'autres témoignages tirés de la correspondance du gouverneur Mascarène lui-même. A différentes reprises, l'on y voit que, dans les intervalles de ces expéditions, les Acadiens venaient l'informer des mouvements des Français, et travailler à mettre les fortifications en état de résister à leurs attaques.

Au gouverneur Philipps, à la date du 9 juin 1744, il écrit :

« J 'ai fait tout en mon pouvoir pour garder les Acadiens dans la fidélité qu'ils ont promise: jusqu'à présent ils ne

liers", ainsi que dit Edmond Mallette, dans sa belle étude sur Washington et Coulon de Villiers, donnée à Boston, devant la Société Historique Franco-Américaine, le 1er septembre 1902. Cette étude, conservée dans les Archives et publiée dans le Bulletin Historique de la dite Société, nous a été communiquée par notre ami M. J.-A. Favreau. Il y a là, entre autres, des renseignements sur le capitaine Marin (Pierre-Paul Marin de la Marque), dont il a été question dans la note 13 : " Le 29 octobre 1753, le cap. Marin mourût au fort de la rivière aux Bœufs, d 'une dyssenterie contractée pendant qu 'U surveillait la construction de ce fort. Une sépulture chrétienne lui fut donnée dans le cimetière du fort, par le moine Denys Baron, prêtre récollet, aumônier de l'expédition, en présence du capitaine Legardeur de Kepentigny, de Laforce, gardemagasin militaire, et de quelques autres personnes qui signèrent l'acte de décès,"— page 29-30.

"Le de Beaujeu, qui a laissé un Journal de la campagne du Détachement de Canada à l'Acadie et aux Mines en 1746-7, (Arch. du Ministère de la marine et des colonies, vol. 87, fol. 314), s'appelait Daniel- Hyacinthe Marie de Beaujeu, né à VUlemarie, le 19 août 1711, de Louis-Liénard de Beaujeu et Louise-Thérèse- Catherine Migeon de Bransac, fiUe de Jean-Bte. Migeon de Bransac et de Dame Catherine Gaucher de Belleville. Fut tué glorieusement à la bataille de la Monongahéla, le 9 juillet 1755, et inhumé au Fort Duquesne (Pittsburg), le 12 du même mois, comme en fait foi l'acte de sépulture signé de F. Denys Baron, P. R."

(Cf. Hist. des Grdes-Familles franc, du Canada. Montréal, Eus. Sénécal, 1867, — La Famille de Beaujeu, p. 251 et seq.).

s'en sont pas écartés, et ils nous prêtent main-forte dans les travaux de réparations que nous avons à exécuter ^^ »

Aux Lords du Commerce, à la même date : « Ces derniers, (les habitants français), m'ont assuré qu'ils étaient résolus de rester fidèles à Sa Majesté; et ils nous semblent avoir donné des preuves de cette résolution dans l'aide qu'ils nous ont prêtée pour les travaux de restauration du Fort : si vos Seigneuries s'en rapportent à ce que je leur ai déjà dit sur le caractère de ces Acadiens, elles en concluront que c'était là tout ce que nous pouvions espérer de leur part ". »

Au secrétaire de la guerre, le 2 juillet 1744 : « Les habitants français de cette rivière ont gardé jusqu 'ici la fidélité qu'ils avaient jurée, et ne se sont en aucune manière joints à V ennemi, qui a tué la plus grande partie de leurs troupeaux; le prêtre qui demeure parmi eux s'est également conduit comme un honnête homme. . . Ces gens nous ont donné leur assistance pour la réparation de nos ouvrages jusqu'à la veille du jour où a eu lieu l'attaque '*. »

16. British Muséum.— Dr A. Brown's MSS.—Add. 19071.— M.. A. B. Qrosart a écrit en tête du document dont il est fait ici des extraits les remarques suivantes (fol. 36): "1742-1753. Private Letter-Book and Journal of Major Paul Mascarène, then Qovernor of the Province of Nova Scotia. This is perhaps the most precious MS. in the collection. It contains the Président 's private history, his application to the King on the suicide of Lient. Armstrong. . . his instructions and recommendations to his son. . . Letters of private friendship, and a great number of most interesting Anecdotes and Remarks. The whole history. . . in its origin. . . progress. . . graduai development. . . and préparations. . . of the Acadian Removal is hère presented. . . This MS. extends over fifty-six folio pages exceedingly neatly and closely written. AU Holograph. " (fol. 45, V.).

(Cf. Can-Fran. Doc. Inéd. . . Tome II, p. 80, pièce LXIX).

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