Citée dans B. Murdoch. Tome II. ch. IX, p
Deux mois plus tard, le 6 août 1748, Mascarène écrivait au lieutenant-colonel Gorham:
« Monsieur,
« Comme vous avez commandé, la plus grande partie du temps, les détachements de troupes de la Nouvelle Angleterre, envoyés aux Mines pour empêcher les Canadiens de s'établir dans cet endroit de la Province, et comme voua devez être au courant de la somme de provisions et autres choses nécessaires fournies par les habitants de ce lieu, et aussi des pertes qu'ils ont encourues par l'incendie de leurs maisons, la destruction de leurs enclos, et des travaux qu'ils ont dû accomplir pour nous aider, (nous vous déléguons) pour aller régler avec eux toutes leurs réclamations, par la livraison d'effets envoyés par le gouverneur Shirley, lesquels se montent à plus de 10,000 livres de la Nouvelle Angleterre ^*. »
Nous ferons remarquer en passant, que, de ces lettres citées plus haut, une seule se trouve au volume des Archives de la Nouvelle-Ecosse. Nous ferons remarquer, de plus, que, pour la période qui va du 4 juillet 1740 au 27 octobre 1745, ce volume contient 43 documents d 'intérêt divers, tandis que d'octobre 1745 à avril 1748 il n'y a rien. Et l'on se demande pourquoi cette accumulation de documents pour les quatre ans qui ont précédé la guerre, alors que l'on ne nous renseigne pas sur les trois années qui suivirent et qui furent autrement importantes. La raison de cette suppression est fa-
24. {Can.-Fr. Tome II, p. 82, fol. 118). Cf. Murdoch. Appendix to ch. IX, vol. 2. An account of merchandize delivered to the deputies and elders of the three districts of Menis, viz 't. Grand-Prée, Pisaquid, 4" Eiver Canard, on ace 't of their payment for provisions, etc., they supplied the N. Eng. Troops. . . pp. 125-6-7.
cile à deviner: Avant la gnerre, le gouverneur Mascarène eutretenait des doutes sur la fidélité des Acadiens, et il donnait libre cours à ses soupçons ; les premières années de son administration, il eut bien des pourparlers avec les missionnaires avant de les plier à sa manière de voir à leur sujet et au sujet des habitants. Toute sa correspondance de cette époque reflétant fidèlement les pensées qui l'animaient alors, les craintes qu'il concevait, les difficultés qu'il éprouvait, Akins a été bien aise de la recueillir religieusement: elle servait si bien son objet. Il est vrai qu'il s'y glisse quelques propos favorables aux Acadiens. Mais cela était perdu et comme noyé dans l'ensemble... D'autre part, publier les documents concernant la période de la guerre, c'eût été apprendre au grand public que les Acadiens étaient demeurés fidèles à leur serment, dans les conjonctures les plus critiques.. Or, le compilateur ne pouvait pas se permettre de faire une révélation si contraire à ses vues : voilà pourquoi il a sauté prestement par-dessus trois années chargées des incidents les plus caractéristiques. C'était si bien là son intention qu 'il a trouvé le moyen, à la page 157 de son indigeste volume, de reproduire en note une letre de MM. de Beauharnois et Hocquart au ministre de Maurepas, dans laquelle ces messieurs faisaient part à ce dernier des espérances que leur donnait un appui possible de la part des Acadiens. Des espérances! Mais tout le monde en a! Et quel mal y avait-il pour M. de Beauharnois à en nourrir? Ne lui était-il pas loisible de croire que les Acadiens prendraient les armes contre les Anglais? Les espérances dont il se berçait n'ont pourtant pas eu de réalisation; elles n'ont pas influé sur l'attitude des Acadiens, laquelle fut loyale. Quel service Akins rendait-il à l'histoire en exhumant un document qui expose l'état d'âme du gouverneur du Cana-
da ? N 'eut-il pas mieux valu cent fois donner les pièces exposant les faits tels qu'ils se sont passés que d'imprimer une lettre qui n'a, dans l'espèce, aucune importance? Ce n'est pas sur les calculs ni les conjectures de celui-ci ou de celui-là que l'on bâtit l'histoire, mais sur le réel. Aux yeux du compilateur, le document en question émettait des doutes sérieux sur la fidélité des Acadiens envers le gouvernement anglais et donnait comme général leur désir de retourner à la France. C'est là l'unique raison pour laquelle il lui a donné une place dans son travail ^^
Comme le prouvent surabondamment les citations ci-dessus transcrites, les craintes des Anglais aussi bien que les espérances des Français ne reposaient sur aucun fondement sérieux. La guerre avait soumis la loyauté acadienne à une épreuve telle que l'on pouvait en tirer la mesure de ce que ce peuple donnerait, s 'il était traité avec équité : « Quand nous considérons tout ce qui s'est passé, a dit B. Murdoch, dans une sorte de résumé des événements, nous voyons plus clai-
25. Charles, marquis de Beauharnois, succéda à M. de Vaudreuil comme gouverneur du Canada, en 1726. Envoya une expédition contre les Outagamis en 1728; s'opposa aux empiétements des Anglais dans la région des grands Lacs; interdit en 1728 toute intervention du conseil supérieur dans les affaires du clergé. D'où conflit qui se termina par le rappel de l'intendant Dupuy. En 1731, il envoya La Vérendrye à la découverte du N.-O. et de la mer de l'Ouest. Dès 1734, il exposait au ministre les mesures à prendre pour la défense du Canada. En 1740, il fit mettre les forts de Chambly, de St-Frédéric et de Niagara en état de défense. Il fut rappelé en France en 1746. Sous son administration eut lieu la découverte des Montagnes Rocheuses, en 1743. — Gilles Gocquart remplaça en 1729 M. d'Aigremont, mais n'eut le titre d'Intendant qu'en 1731. Il régla les poids et mesures, et travailla activement au développement de la colonie, n fut remplacé par Bigot en 1748. — La lettre dont U est ici question est datée de Québec, 12 septembre 1745; Akins n'en donne qu'un assez court fragment ; B. Murdoch la reproduit beaucoup plus au long, au Tome II de son Hist. of N. S., Appendix to cji. VI, p. 79 et seq. — Cette lettre est tirée du vol. X des Nev} Torlc Documents (Dr O'Callaghan's), pp. 4, 5.
rement comment il se fait que la petite armée de Louisbourg, tandis que considérablement grossie par les guerriers micmacs, à qui l'on avait toujours laissé croire que le Eoi de France n'avait jamais cédé leurs droits territoriaux, n'a pas reçu d'assistance effective de la part des Acadiens. Bien qu'une partie des habitants de Beaubassin fut demeurée an tipathique au régime anglais, dans les cantons de Cobequid, Piziquid, Grrand-Pré, et autres, aussi bien que le long de la rivière Annapolis, un très petit nombre de personnes furent soupçonnées de vouloir prêter main-forte à l'invasion; et Duvivier reçut aussi peu d'aide de la part des Acadiens après qu'il eût traversé l'Avon (Piziquid), que, l'année suivante, le prince Charles Stewart devait en recevoir peu, après avoir franchi la Tweed. Les lettres du gouverneur Mascarène ont montré pleinement combien, à cette époque, les missionnaires ou les populations étaient loin de donner aucun secours efificace aux forces envahissantes ^®. » Dans sa lettre à , datée de Port-Royal, 15 mars 1745, Mascarène a pu dire : « Les habitants français se sont en général bien conduits, encore qu'il n'y eût rien de surprenant à ce que l'ennemi comptât de ses créatures parmi eux-^)) Et dans sa communication au « cher Ladeveze », que nous avons reproduite plus haut^^ il fixe à une vingtaine le nombre de ceux que les Français rallièrent à leur cause. Nous croyons que ce rapport contient l'exacte vérité, attendu qu'il est de tout point conforme aux données de source française. Douze de ces Acadiens furent arrêtés sur les dénonciations de leurs