‹ Accoucheurs et sages-femmes célèbresChapitre 21 sur 42 · TRAVAUX SCIENTIFIQUES ET PUBLICATIONS · texte numérisé non relu

TRAVAUX SCIENTIFIQUES ET PUBLICATIONS

Piédacteur pendant cinq ans à la Gazette des Ilôpitauœ (1842 à 1847).

Dans le grand Dictionnaire cncyclopèdltiue des sciences médicales : Articles «Accouchements. Phénomènesmécaniques, Chloroforme, Céphalotbipsie».

Le livre « Travaux d'obstétrique et de gynécologie » résume en partie les publications du Professeur, La 2^ édition est parue.

1" Loi générale du mécanisme de tous les accouchements, adoptée i>ar les accoucheurs contemporains. — Accommodation.

2° CÉPHALOTRIPSIE RÉPÉTÉE SANS TRACTIONS, procédé pour accoucher les femmes dans les rétrécissements extrêmes.

(Huit succès sur dix bassins "a opcration césarieunc.)

3'^ Lois de l'application du chloroforme a l'obstétrique. 40 Les difficultés du diagnostic de la grossesse.

5" démonstration de l'erreur des médecins jusqu a nos jours, sur le rôle de l'homme dans la stérilité.

Stéphane Tarnier était, en 1868, d'après Jouliii <( un grand et beau garçon imberbe, qui, s'il n'avait pas les attributs de la toute-puissance au menton, les portait dans son cerveau ». Tarnier, en effet, possède de grandes qualités professorales et, malgré un vice de prononciation, peu accusé il est vrai, il sait être éloquent à ses heures.

Malheureusement ses multiples fonctions et sa trop nombreuse clientèle absorbent tous ses instants et l'empêchent d'achever rapidement son Traité d'accouchements, dont le premier fascicule parut en 1878. Ce sera, certes, l'accouchement le plus laborieux que Tarnier aura fait de sa vie.

Au début de sa carrière, moins absorbé par la clientèle, il lui fut facile de satisfaire MM. les éditeurs. LeD"" Labarthe (I) raconte ce qui suit, au sujet d'un mémoire que Tarnier composa, en 1858, sur la fièvre puerpérale : « Nouveau docteur, riche de science, mais pauvre d'argent, M. Tarnier ne pouvait faire imprimer son travail à ses frais. Il prit alors son manuscrit sous le bras et se mit à courir les éditeurs. Refusé avec empressement, mais, je dois le dire, avec toutes les formes, il allait enfin y renoncer, lorsqu'il se décida à entrer chez M. B..., éditeur bien connu. Comme ses confrères, M. B... reçut très poliment M. Tarnier, et après a/^oir parcouru son manuscrit :

— Monsieur, votre travail est bien, très bien même ; il faut pubher cela. Nous l'éditerons... à vos frais ! ! !

— Monsieur, je ne puis à ces conditions...

— Mon Dieu, monsieur, j'en suis fcàché.

6» Découverte des fausses routes VAGINALES absolument ignorées et confirmées depuis par nombre de confrères.

7" Pratique de l'embryotomie avec un simple fil de fouet (a suscité beaucoup d'incrédulité, admis partout aujourd'hui).

8" Des rétrécissements du bassin.

9» Des obstacles a la fécondation dans l'espèce humaine.

lO» Une variété rare de spermatozoïdes chez l'homme.

Il» Invention d'un grand nombre d'instruments, dont la pluplart sont entrés aujourd'hui dans la pratique : forceps brisés, céphalotribe, nouveau trocart. sondes utérines et vésicales aseptiques, curette à indicateur, porte-cordon, portecaustiques utéi'ins, pinces, cranio-clast, etc.

12» Nombreuses observations d'obstétrique et de gynécologie publiées dans les Annales, dont il est le principal fondateur.

13" Fondateur aussi et premier Président de la Société iV obstétrique et de fjynécoloffie de Paris.

li° Application rigoureuse de la méthode antiseptique à VHôpital d'accouchements et de t/f/nécol(i(jie de la Faculté, où cette métliode était inconnue.

(1) Les médecins coiitempor((iiis.

— Cependant, ce n'est pas une mauvaise affaire, il traite une question à l'ordre du jour. ..

— C'est vrai, mais il y a déjà deux mémoires sur le même sujet qui vont paraître et qui sont annoncés... l'un de M. L... et l'autre de M. Tarnier...

— Mais, mon Dieu, mon cher monsieur, c'est moi qui suis M. Tarnier...

— Donnez-vous donc la peine de vous asseoir !...

Et le livre parut... Et vous devinez qui fit les frais de la publication. »

C'est dans ce travail que Tarnier démontre, le premier, la contagiosité de la fièvre puerpérale. Pour combattre plus sûrement cette maladie, il s'est improvisé architecte : d'après ses plans, on a construit à la Maternité des pavillons d'isolement ; de plus, il veille à l'application rigoureuse de la méthode aseptique : « Toute personne, dit-il, qui entre dans la salle d'accouchements, trouve, près de la porte, un lavabo, dans lequel elle doit se laver et se brosser les mains, avec le soin le plus minutieux. Il n'y a, à cet égard, aucune exception. Ensuite, elle passe à plusieurs reprises ses mains dans une solution de Van Swieten (solution de sublimé au millième). Les mains alors peuvent être considérées comme indemnes de tout agent d'infection ».

Tarnier est ainsi parvenu à chasser presque entièrement la fièvre puerpérale.

On voit que Tarnier est un esprit scrupuleux ; ce scrupule il le porte dans les inventions mécaniques, souvent fort ingénieuses, dont, sans cesse comme sans fatigue, il enrichit l'arsenal obstétrical (fig. 117 à 125). Mais, quand on parle de ses inventions, il est bon de spécifier quelle est l'édition ; beaucoup de ses instruments ressemblent à ce fameux couteau de Jeannot, dont on avait successivement remplacé la lame, puis le manche. Tarnier toujours polit et repolit. Ainsi son forceps à aiguille en est à sa cinquième ou sixième modification ; on ne reconnaît plus rien de l'instrument primitif.

Ce forceps est destiné à opérer des tractions suivant les axes du bassin ; il a donné lieu à une vive polémique entre Tarnier et Pajot. Ce dernier lui disait, avec son esprit halntuel : « Je vous l'accorde, votre forceps n'a pas les défectuosités du forceps usuel. Il a les défauts contraires. Pas plus que l'autre, en tirant seulement sur les manches, il ne peut suivre l'axe mathématique. De plus, il est moins facile que l'autre à introduire pour un homme

supposé ignorant des directions. Maintenant pourrait-on accoucher des femmes avec votre instrument ? Autant qu'on voudra. On peut accoucher les femmes avec tout, même avec des pincettes, ce qui n'est pas une raison pour le tenter. Si l'on arrivait à fonder un prix, seulement d'un million^, à l'auteur de vingt for-

FlG. 116. — Taruicr.

ceps différents, avec lesquels on accouchera des femmes, je me fais fort de le gagner. Par malheur, il me faudrait le partager entre les léniceps, rétroceps, latéroceps, antéroceps, postéroceps, rectoceps, curvoceps et les autres bétoceps que je pourrais imaginer moi aussi. »

Et il conclut : « Laissez-moi vous pousser un dernier argument contre votre forceps.

a La belle humeur est saine, si elle n'est pas savante. Elle

Fk;. 117, — Dilatateur iitdrin de Taruier.

KKl. ILS. — Forceps ilu Taruier.

exclut toute idée de fiel. D'ailleurs le rire est bien français. L'âne, de tous les animaux est le seul toujours grave.

« Si vous vous en relevez !

« Je vous serre affectueusement la main ».

L'imagination infatigable de Tarnier lui a fait considérer les

FiG. 124. — Appareil de Tarnier pour le gavage des nouveau-nés.

FiG. 125. — Couvcu.-e de Tarnier.

enfants chétifs comme de véritables gallinacés ; il les gave, les élève dans des couveuses spéciales et opère ainsi de nombreuses résurrections.

Comme tout homme de valeur, Tarnier a rencontré beaucoup d'envieux sur son chemin ; ce qui justifie une fois de plus ce proverbe arabe : « On mesure la hauteur d'une tour à son ombre et le mérite des hommes au nombre des envieux ».

A. Pinard est un heureux mortel qui a dû naître coiffé. Tous les bonheurs et tous les honneurs lui sont échus en partage. La devise : Aut César aut nihil, semble avoir été faite pour lui et rien que pour lui. Décoré en 1870, pendant le siège, il est aujourd'hui l'un des plus jeunes professeurs de la Faculté. Il a, avec Pajot, plus d'un point de ressemblance : môme prestance, même faconde, même habileté opératoire et même tempérament professoral. Comme son maître, il montre une certaine originalité dans le choix des expressions : ainsi il fait du cancer un cadavre cliaud; les fibres de l'utérus qui, après la délivrance, enserrent et compriment, en se rétractant, les sinus utérins, sont pour lui des milliers de ligatures vivantes ; la ligne blanche devient la ligne noire de la grossesse. De même que Pajot, il a l'esprit quelque peu frondeur et caustique ; ne vous fiez donc pas à son sourire : ce n'est pas le rire jovial de Rabelais, ni le rictus sarcastique de Méphisto, c'est le sourire railleur et dédaigneux de Voltaire.

Son principal mérite est d'avoir vulgarisé, avec sa méthode et sa clarté habituelles, les travaux de Matteï, de Wigand, de Doutrepont et de Flamant sur le palper abdominal (1). Il a acquis dan* ce mode d'exploration une dextérité de main qui lui permet de faire les diagnostics les plus étonnants : une grossesse trigémellaire, par exemple. C'est un véritable virtuose du palper.

Bien que fervent adepte des découvertes modernes et propagateur enthousiaste des idées nouvelles, il n'a garde, à l'exemple de quelques tocologues en herbe, do traiter ses maîtres de « vieilles barbes » ou de « vieilles perruques ». Il professe, au contraire, pour eux la plus sincère admiration et le plus grand respect. Cependant, un léger nuage s'est élevé entre lui et Pajot, au sujet de la fondation d'une Société d'obstétrique, que celui-ci désirait ouvrir à tout praticien qui s'était occupé, même incidemm.ent, de gynécologie ; Pinard voulait, avec Tarnier, réserver l'accès de la

(1) Vincent Malacarne, de l'Université de Pavie, considérait le palper comme la partie la plus essentielle de l'obstétrique, « La cxplorazlonc proijontn corne fondanwnto (hiV arte ohutctrica. »

Société aux seuls accoucheurs dignes de ce nom ; il fut obligé de se séparer de son maître et refusa de faire partie de cette Société. Inde irœ. Mais quel est celui qui n'a pas un peu mordu le sein de sa nourrice ?

BuDiN joint la patience de la taupe à l'activité de la fourmi. C'est un véritable bénédictin qui fuit le monde et lui préfère son cabinet de travail. Quoique jeune dans la carrière, son bagage scientifique est déjà volumieux et renferme des travaux d'une

FiG. 12G. — l'iiiiird.

réelle valeur. Il tient la corde parmi les accoucheurs de la nouvelle génération et par son savoir et son érudition. Tarnier ne pouvait faire un meilleur choix, en se l'attachant comme collaborateur après la mort de Chantreuil.

Il ne cherche pas à briller mais à convaincre ; Budin n'est certainement pas de l'école de Bridoison qui mettait la fo-orme avant

ACCOUCHElTKS ET SAGES-FEJISIE3 CELÈBREa.

tout ; il est essentiellement positif, raisonne et réfléchit mûrement ce qu'il entreprend ; il ne s'e?7iba^/e jamais pour une idée ou une méthode, que ses collègues préconisent avec ardeur et abandonnent bientôt ; aussi ne publie-t-il qu'à bon escient, le résultat de ses recherches, après un examen méticuleux et des expériences répétées. Il n'agit d'ailleurs pas autrement si lui-même est le sujet à étudier ; ainsi, il fut atteint d'une affection du foie, d'un diagnostic difficile et qui pouvait nécessiter la laparotomie, c'est-à-dire l'ouverture du ventre. Il se donna la peine de rechercher et de comparer les statistiques de tous les chirurgiens français ou étrangers qui avaient pratiqué cette opération et confia à Lawson Tait, qui avait obtenu les plus nombreux succès, le périlleux honneur de lui ouvrir le flanc droit. Mais au lieu de tomber sur un abcès du foie, comme l'autorité britannique s'y attendait, elle rencontra un kyste hydatique dont elle fit l'ablation. Avant de courir cet aléa, Budin mit ses œuvres en ordre et les publia comme une sorte de testament scientifique.

Au contraire de son émule Pinard toujours souriant, sa figure est empreinte d'une sombre mélancolie ; il ressemble à ceux qui, étant sortis de l'antre de Trophonius, conservaient, pendant le reste de leur vie, une vive impression de découragement et de tristesse ; il a, selon l'expression lugubre de Miirger, la physionomie d'un croque-mort qui s'enterre lui-même.

Budin est atteint d'une myopie prononcée ; mais s'il a de mauvais yeux, en revanche ses doigts ont la vue longue et c'est là le principal pour un accoucheur.

Le D"" Eugène Verrier (1), ancien horloger comme Deventer, actuellement médecin consultant des eaux deNéris en été, anthropologisle par goût, orthopédiste à ses heures, poète dans ses moments perdus, le plus souvent tocologue (2), il a toutes les originaUtés (3), tous les esprits et tous les savoirs, mais il lui manque l'esprit de suite et le savoir-faire. Et pourtant quelle mine il avait dans les mains s'il eut su l'exploiter. Un accoucheur qui, dans ses Conseils aux mères, s'étend longuement sur la prière ! Un ortho-

(1) (( On ne connaît i)as de portrait de M. Verrier, dit Joulin, ceux (lui l'ont vu dans la chaire du grand amphithéiUre, au moment du concours, se souviennent encore de ses luxiu-iants favoris noirs, de ses lunettes et de son front déplumé ; le tout planté sur un corps grand et sec, mais encore plein de vigueur et d'énergie ». Nous reproduisons ci-contre, avec l'autorisation du D'' Verrier, le portrait qui a paru dans Le Petit médecin des fandlles.

(2) Son ^lannel 2ii'a tique de Vart des aeeouclienients en est à sa cinquième édition.

(3) En tête de sa thèse d'agrégation, on remarque une dédicace à ses quatre garçons.

doxe qui eut l'idée transcendante d'inventer l'entonnoir, d'autres disent la pipe à baptêmes intra-utérins (fig. 128). Comment tout le noble faubourg ne lui a-t-il pas ouvert ses bras ou plutôt ses jambes ? Cet instrument a pourtant fait assez de bruit ; il a donné lieu à une polémique des plus vives qui faillit même faire couler le sang. Voir pour plus de détails : Un épisode du baptême en obstétrique, publié à Monaco, en 1876.

Fig. 127. — E. Verrier.

Cette brochure anonyme nous fournit des documents curieux que nous nous empressons de sortir de l'oubli :

Quelques personnes, exagérant la portée du baptême par l'accoucheur, avaient demandé à Verrier de vouloir bien ondoyer leurs enfants. Voici une lettre curieuse à ce sujet. Nous en avons conservé l'orthographe. Il est inutile d'ajouter que Verrier renvoya sa correspondante à qui de droit.

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