‹ Aconits et Aconitines: ToxicologieChapitre 17 sur 35 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

(Compte rendu d'une communication de M. Vibert à la société de médecine légale; séance du 14 mars 1892. Mercredi-médical 23 mars 1892).

Un malade s'étant adressé à un pharmacien pour une consultation médicale, le pharmacien formula le diagnostic anémie, et vendit à son client, séance tenante, des pilules de fer et une bouteille de vin de quinquina. Le malade rentré chez luise mit à table, et prit, avant de commencer le

potage, un petit verre à liqueur de vin de quinquina. Cinq minutes après, il ressentit une chaleur incommodante dans la bouche et des picotements très prononcés dans la langue ; en même temps il éprouvait dans la tête une sensation de gonflement. Le malaise allait en augmentant, sans que cependant le malade fut pris de délire, de perte de connaissance ou de diarrhée ; c’est seulement vers 8 heures du soir que le malade a eu le premier vomissement, suivi de douze autres jusqu’à trois heures du matin, moment où il se sentit soulagé. Le lendemain le malaise s'était dissipé et la santé du sujet reprit son cours normal.

Quelques jours après, le malade fit cadeau de la bouteille de vin de quinquina à sa belle-mère, phtisique au troisième degré. Après avoir pris un petit verre de ce vin, elle éprouva un grand malaise avec refroidissement intense des extrémités. Elle se remit cependant le lendemain et ne toucha plus au cadeau de son gendre. Elle mourut peu de temps après des progrès de sa phtisie pulmonaire.

Les pérégrinations de la bouteille de vin de quinquina n'étaient pas finies. La femme de ménage qui soignait la belle-mère emporta le vin tonique sous prétexte d’en donner à un de ses petits-enfants. Ce n'était qu'un prétexte; le jour même, elle le servit à titre d’apéritif à trois personnes de sa connaissance ; une jeune fille de 20 ans et deux hommes." La dame elle-même après avoir pris un petit verre a éprouvé une heure après un grand malaise. La jeune fille a ressenti un violent picotement dans la langue et une vive brûlure aux lèvres. Ces symptômes se sont dissipés en une heure et ne sachant à quoi les attribuer elle prit une seconde dose de quinquina. À deux heures du matin, elle a ressenti la même brûlure, le même picotement, et en plus un engourdissement avec sensation de gonflement dans la tête. Un des voisins qui a bu le même vin a éprouvé à peu près les mêmes symptômes ; lui aussi a pris une seconde dose, et en rentrant chez lui il a été pris d’un engourdissement général suivi de mort presque subite. L'autre homme a été pris, une demi-heure après, d’un engourdissement, d’un refroidissement des extrémités ; à 10 heures du soir il tomba dans le collapsus et à 11 heures, il était mort.

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En résumé ce vin de quinquina a empoisonné six personnes dont trois sont mortes. L’expertise médicolégale devait démontrer successivement que le vin incriminé était un poison et que le poison n’était autre que l’aconitine. L’expérimentation sur les animaux a permis de constater ces deux faits essentiels. À ce propos M. Vibert rappelle la réaction physiologique indiquée par M. Laborde qui a étudié le tracé des pulsations cardiaques de la grenouille sous l’influence de l’aconitine cristallisée. Ce tracé indique deux périodes bien distinctes, la première. pendant laquelle les battements sont très petits et irréguliers ; la seconde, pendant laquelle, les pulsations sont plus amples, plus régulières, M. Vibert à pu constater l'existence du même tracé sur le cœur des animaux intoxiqués par l’aconitine. Cependant il fait remarquer qu’en opérant avec le vin de Malaga pur, dépourvu de toute trace d’aconit, ika obtenu le même tracé, d’où il conclut qu’il est impossible d’attacher à la réaction physiologique de M. Laborde une importance exclusive en médecine lévale.

Les conclusions de l'expertise sont nettes : 1° Les six personnes avaient été manifestement empoisonnées par le vin donné par le pharmacien pour un vin de quinquina : 2° Les symptômes observés chez toutes ces personnes furent les mêmes troubles de la sensibilité consistant dans cette sensation de gonflement de la tête, d'engourdissement, vomissements, picotements et brûlures aux lèvres et à la langue, fourmillements. Notons aussi l'absence de certains signes, qui a son importance en diagnostic toxicologique ; en effet, (ous ces sujets n’avaient nl convulsions, ni perte de connaissance : 3° L’explication de

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