OBSERVATION IV
Berliner Klinische Wæchenschrift — Albert Busscher 1880. Traduction, thèse de Bassot.
Il s’agit d'un empoisonnement causé par l’aconitine française délivrée en place d'aconitine allemande.
Un médecin, le docteur Meyer, avait prescrit à un malade de prendre toutes les heures de 20 à 60 gouttes d’une solution de nitrate d'aconitine à deux décigrammes pour cent d’eau. Une première dose de cinq gouttes du mélange détermine un sentiment d'astriction et de brûlure s'étendant de la bouche à l'estomac, et une impression de froid intense. Deux heures plus tard, une deuxième dose de vingt gouttes, outre les phénomènes ci-dessus indiqués, occasionne une angoisse mortelle, de l’anxiété précordiale, une inspiration gêénée et bruyante, une lassitude extrême, des sueurs visqueuses et froides, des vertiges, avec perte dela vue, de l’ouïe et du goût, enfin de l'anurie et des convulsions. Des vomissements spontanés amenèrent la rémission de tous ces
to —
symptômes. Dans le cours de 48 heures, le patient absorbe ainsi par doses fractionnées 92 décimilligrammes de nitrate d’aconitine. Chaque ingestion est suivie des mêmes troubles, qui se modèrent toujours à la suite de vomissements spontanés ou provoqués.
La femme du malade se rend auprès du D' Mever pour lui rendre compte des mauvais effets de la médication, Celui-ci, persuadé de l’innocuïté de son ordonnance, avale d’un coup 50 à 60 gouttes de la solution. Les effets toxiques commencèrent à se manifester au bout d’un quart d’heure. Le D' Tresling, appelé, trouva le docteur Meyer, pâle le pouls petit, irrégulier, mais non accéléré, la peau froide, les pupilles rétrécies ; il existait une sensation de brûlure dans la bouche, du resserrement de la gorge. Il accusait de de l’anxiété précordiale, de la lourdeur et de la faiblesse des membres, surtout des jambes. Les pupilles se dilatèrent subitement et la vision fut aboliè, maiselle se rétablit quand les pupilles furent de nouveau rétrécies. L’excitation du pharynx amena des vomissements qui se produisirent ensuite spoutanément ; les matières vomies consistaient en débris alimentaires colorés en rouge. Bientôt apparurent, en même temps qu’une vive congestion de la tête, les premières convulsions et une respiration ronflante, puis ilse plaignit de surdité et de bourdonnements siégant dans l'une et l’autre oreille alternativement. Après une injection souscutanée d’éther,les pupilles se dilatèrent de nouveau et la vision fut de nouveau abolie. Puis de nouveau des vomissements et des convulsions violentes et prolongées. Une deuxième injection d’éther fut faite, mais le malade ne put être rappelé à la connaissance ; les pupilles élargies ne réagissaient plus à la lumière. La respiration était ralentie et laborieuse ; malgré l’emploi de l'électricité, elle devint de plus en plus difficile, le cœur s’affaiblit graduellement et le Dr Meyer mourut cinq heures après l’ingestion du poison.
A l’autopsie on constata une grande pâleur de la peau et des muscles, tandis que les organes internes étaient fortement congestionnés. Les intestins notamment étaient très hyperémiés, sauf le colon et le rectum qui étaient anémiés, ainsi que la vessie. Les poumons, adhérents au thorax
étaient très congestionnés ; ils renfermaient des tubercules anciens et récents et une petite caverne. Le cœur était en diastole; les cavités droites renfermaient un peu de sang liquide ; les vaisseaux des méninges étaient distendus, en certains points on remarquait des exsudats dans l’arachnoïde Dans les ventricules, se trouvait de la sérosité sanguinolente, et sur les plexus choroïdes, un exsudat sanglant. Le sang était partout liquide et d'un rouge cerise clair.
Plus rarement encore l’aconitine à été employée dans un but de suicide. Nous n’en avons trouvé aucune observation dans les journaux médicaux français. Tout récemment dans une affaire qui fit beaucoup de bruit, la rumeur publique accusa un homme influent compromis, de s’être empoisonné en absorbant de l’aconitine afin d'échapper à la cour d’assises. Nous verrons plus loin, au chapitre dans lequel nous nous occuperons de la recherche du poison, les conclusions des rapports médico-légaux de MM. Brouardel, Richardière et Ogier et de MM. Schützenberger, Brouardel, Richardière, Ogier et Villiers, à ce sujet.
Nous devons à l’obligeance de M. le professeur Lacassagne le rapport suivant, encore inédit, sur un cas d’empoisonnemnent suicide par l’aconitine.
Empoisonnement-suicide par l'acontitine.
Rapport de M. A. Lacassagne.
Sur la réquisition de M. Casanova, commissaire de police, en date du 7 novembre 1892, j'ai procédé le même jour en mon laboratoire, à l’autopsie dela nommée C..., âgée de