CHAPITRE I
Historique. - Pharmacologie. — Botanique Chimie.
Historique. — On est d'accord aujourd'hui pour admettre que dans l’antiquité ce sont les médecins de l’Inde qui ont les premiers observé les propriétés de l’aconit si toxique de leur pays. Il y porte le nom de visha, poison, ou stivisha, poison par excellence, poison très fort.
Les médecins arabes du moyen âge adoptèrent ce nom et c’est d’eux qu’il nous a été transmis légèrement transformé, tel qu’il existe encore au Codex français Bish ou Bisch.
Les Grecs et les Romains connaissaient et utilisaient l’aconit qu’ils appelaient Aconitum probablement de év axévaus & dans les cailloux » plante poussant dans les cailloux. Ils la retiraient d’Héraclée, ville du Pont, près de laquelle se trouvait la caverne par où Hercule était
= ee
descendu aux Enfers. Ils lui attribuaient une origine fabuleuse et leurs poètes affirmaient qu’elle était sortie de l’écume de Cerbère lorsque Hercule pour l’arracher des Enfers lui serra fortement la gorge.
Selon Théophraste, le nom d’Axovwrov viendrait d’Aconit ville de Bithynie où cette plante est très abondante. Ovide chante l’aconit comme un poison redoutable :
Lurida terribiles miscent aconila novercæ.
et le met au nombre des poisons de Médée.
Hujus in exitium miscet Medea quod olim Attribuil secum scythicis aconitum ab oris.
On punissait de mort avec l’aconit comme avec la ciguë chez plusieurs nations anciennes et nos pères les Gaulois imprégnaient du suc de ses racines les fers de leurs flèches pour assurer la mort de ceux qui en étaient blessés. Il est probable cependant que sous le nom d’aconit les anciens confondaient plusieurs plantes malfaisantes, telles que renoncules, delphinium, etc., etc.
Dans le glossaire de Wilhelm de Placentia (xur° siècle) on lit : « Napellus venenum perniciosum ».
Une ordonnance vénitienne de 1410 sur la vente des poisons cite l’aconit, l’arsenic, le sublimé,
Bien que déjà au x° siècle The physician of Midioay mentionne que chaque médecin doit récolter la plante salutaire d’aconit, elle fut peu utilisée pendant le moyen âge et même les indications des pères de la Botanique, Valérius, Cordus, Gesner, Tragus, sont peu claires. Dodonœus (1538) donne une bonne figure de la plante et de la racine, supérieure à celle de Matthiolus (1565).
= pes
La racine d’aconit existait dans une pharmacie de Strasbourg en 1644, .mais il n’en est pas fait mention dans les traités de pharmacie allemande de l’époque, pas même dans la pharmacopée de Schrœæder. Elle ne figure pas dans le traité des « Drogues et épiceries » et d’autres médicaments recueillis en Inde et en Amérique, par Antoine Colin 1619, ni dans la paraphase du Codex lyonnais par Bauderon 1608, 2° édition 1627, ni dans l’édition de 1683.
Enfin dans l’édition de 1693, par François de Verny de Montpellier, on trouve les Radices Lycoctonti, — lutei Lupariæ, Tragi (Bauh. Il).
L’aconit n’est pas mentionné dans le grand dispensaire médicinal de Louis de Serres, 1624 ; ni dans la Pharmacopée de Lazare Meissonnier, de Lyon, 1658 ; ni dans la Pharmacopée de Charas (Moyse) 1717.
Enfin en 1778, il apparaît dans la Pharmacopée de Lyon par Vitet : à la classe des assoupissants, il parle de l’aconitum anthora et de IA. Napellus employés sous forme d’extrait, signale le danger des hautes doses et expose les symptômes de l’empoisonnement.
Il est à remarquer que la grande Pharmacopée du Collève royal des médecins de Londres, dans la 2* édition française parue vers la même époque, 1771, n’en parle pas.
C’est de 1762 que date l’histoire médicale de l’aconit : le médecin viennois, Antoine Storck, fit paraître son libellus, quo demunstratur stramonium, hyoscyamus, aconilum esse remedia..…., maxime salutifera. (Vindobona 1762). Il utilisait les feuilles, non les racines de l’aconit cammarum, c’est du moins l'avis
en
général aujourd’hui, car cet À. cammarum est le plus connu dans la région de Vienne. Dès lors on trouve l’aconit dans les tarifs des pharmaciens du xvur' siècle. Plus de vingt ans après cependant dans son travail, apparatus medicaminum 1784, Storch Murray disait encore de l’aconit, « nondum quidem medicaminum numerum auxit. »
Botanique. — Synonymie. Aconitum Napellus, L. et Pharmacop. omn. — Aconitum Koælleanum, Rechb. —— À. Pyramidale. W. et Grab. — A. Tauricum Wauiff. A. Variabile, Hayne. — A. Vulgare, DC. — A. cæœruleus vel napellus. C. Bauh. — Aconit napel ou bleu. Char de Vénus. Casque de Jupiter. — Napel.
L’aconit est une herbe vivace à aire fort étendue, vivant surtout dans les régions montagneuses de l’hémisphère nord; il habite de préférence, et par colonie, dans les endroits pierreux et humides, descendant d’une part assez bas dans les vallées, et d'autre part s’élevant dans les montagnes jusqu’au dessus de la zone des arbres; ainsi dans nos Alpes, l’aconit atteint l’altitude de 2300 mètres; dans les Alpes de Sajan de la Sibérie, 2700 mètres, et dans l'Himalaya. 5000 mètres. Il est très commun dans toute la chaîne des Alpes, dans les montagnes jurassiques, dans les Vosges depuis Giromagny jusqu’au Lacs blanc et noir, dans le Jura de Sundgan supérieur, où déjà Mappus et Bauhin le signalèrent (A. cœruleus vel Napellus). On sait de quelle faveur jouit parmi les médecins l’aconit dit des Vosges. Dans la Bourgogne, il est signalé (1) à Arc-sur-Tille, à Orgueux, à Messigni.
(4) Flore de Bourgogne.
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Dans la région du Lyonnais, qui nous intéresse plus particulièrement, on le trouve deci delà sur les hautes montagnes; dans le Rhône, sur le haut Beaujolais; dans la Loire, à Pierre-sur-Haute, et il abonde surtout sur le mont Pilat, qui approvisionne la droguerie lyonnaise: dans l’Aïn, sur les bords de l’Albarine, à Hauteville, au Colombier du Bugey; sur les bords de l’Ain, au pont de Chazey, à la Gourade, près de la Faucille.
Dans l'Isère, on le trouve en assez grande quantité ans le massif de la Grande-Chartreuse, au pied du Grand- Som et entre Vallanbrey et le Collet, enfin à Belledonne. Dans les Hautes-Alpes, à Rabou près de Gap; dans la forêt de Boscodon, près d’'Embrun; au Lautaret, à Risoul près Guillestre. Dans la Savoie, à Beaufort; dans la Haute-Savoie, dans les vallées du Reposoir et de Sixt; à Mery, Semnoz, Cornettes de Bise; sur le Mont des Granges; dans le col de la Golère.
En Allemagne et en Autriche, on le trouve aussi sur la plupart des hautes montagnes, jusqu’à Siebenburger en Danemarck; il manque en Angleterre à l’état spontané, de même que dans les régions situées tout-à-fait au sud de l'Europe.
Il existe dans l’ouest des Etats-Unis, en Sibérie et dans tout le reste de l’Asie ainsi que nous l'avons déjà dit, mais n’a pas été signalé en Afrique ni en Australie. Ajoutons enfin que c’est une plante ornementale commune dans tous les jardins, et bien que certains pharmacologistes prétendent que l’Aconit cultivé soit dépourvu de vertus,en Angleterre on n’en emploie pas d’autre que celui des cultures de Foxton et de Cambridgeshire. De même en Chine, on utilise celui qu’on cultivedans la province de | Sze-Tschuen. 2
L'Aconit napel est pour les profanes une plante très facile à reconnaître à son port, à ses feuilles très segmentées, glabres, luisantes et comme vernissées, et surtout à ses belles fleurs disposées en grappes dressées; elles sont d’un beau bleu et affectent la forme curieuse d’un casque. Qu'on les ouvre, on est frappé par la vue de deux petits organes comparés par le vulgaire soit à deux pigeons d’où le nom de char de Vénus, soit à de petits sabots, ou encore à de petits bonnets phrygiens. Tout cela est bien particulier, et on ne peut s’y tromper. Muis tout cela appartient à de nombreuses variétés d’Aconit, voire même à des espèces d’Aconit, comme A. Cammarum et A. Corythœæolon, Rchb.
Nous ne pouvons dans ce travail que signaler ces interressantes variétés dont l’étude chimique n’est qu’ébauchée, malgré l'intérêt qui s’y attache. Nous savons par les travaux plus faciles faits sur les Ipécacuanhas, les Quinquinas, etc., combien la plus petite modification en tant que simple variélé d'une plante influe non seulement sur la quantité des principes immédiats qu’elle contient, mais encore sur leur qualité et même sur leur espèce. Nos arbres fruitiers nous en donnent des exemples: poires, pommes, prunes, raisins. À des changements de forme, Vaspect, de saveur, d’odeur, correspondent dans ces variétés des transformations complètes de certains principes, par addition ou changement de radicaux alcooliques par exemple, ou même il y a des modifications profondes par l’apparition de principes nouveaux et la disparition des anciens.
Des faits assez nombreux permettent de croire que l’on aurait de grandes surprises en étudiant les variétés
d’aconit, faits déjà signalés dès le commencement de ce siècle, dont l’explication demande impérieusement des travaux dans cette voie. Nous ne pourrions sans sortir des limites assignées à ce travail, nous appesantir sur les caractères distinctifs de tous les genres et variétés d’aconit d'Europe; nous nous contenterons de les signaler en une courte nomenclature, en renvoyant aux auteurs spéciaux ; mais nous étudierons avec soin l’aconit napel commun de nos Alpes, celui du Codex.
M. N. Baillon rattache les aconits au genre Delphinium qu’il divise en deux sections :
Section À. des Lycoctonum Section B. des Aconitum
La section B. des aconitum se subdivise à son tour en trois sous-sections, qui sont :
1° Napellus.
Aconitum { 2° Anthora.
3° Cammarum.
Reichenbach a fait une étude complète des aconits avec de magnifiques planches auxquelles nous ne pouvons que renvoyer ceux qui se trouveralent aux prises avec ces difficultés. Il en a donné la classification suivante que nous transcrivons 2n-eælenso.
I Lycoctonum, Radix ramosa, folia palmata, perianthii decidui cassis elongata.
ACONITUM PYRENAICUM LINN. ET LAM. Adduntur nectaria gracilia.
ACONITUM MYoCTONUM RCHB. Adduntur genitalia cum nectariis, nectarium auctum et unguiculi pars, fructus et semen.
ACONITUM THELYPHONUM RCHB. Additur floris utraque varietas,
nectariis cassidem aecquantibus et casside brevioribus, fructus et semen.
ACONITUM VULPARIA RCHB.
a, Phthora: cassis angustior,rubicunda: À. rubicundum FIsCH. B. Cynoctonum : cassis amplior lutea.
y. Tragoctonum. Forma alpina praecedentis, racemo stricto
pyram.dali, pedunculis declinato-adcendentibus, casside ampla.
b, ACONITUM RANUNCULIFOLIUM ROHB. Calcare spirali, casside
clavata prona, foliorum partitionibus curvato-rhombeis linearilaciniatis squarroso-multifidis.
Habitat in alpibus Tyrolensibus, in monte Schlehren : FNK, Species maxime memorabilis, quum sola sit europaea foliis spe-
cerum sibiricarum praedita, quibuscum etiam quoad flores cognata est.
II Cammarum : radix tuberosa, folia pedata, fructus 5 partiti, juniores erecti.
a. nectaria erecta.
ACONITUM VARIEGATUM L. Casside inflata, textura omnium par-
tium duriore hanc speciem observatores ab affinibus facile distinguunt.
Var leucanthum cujus flos ibidem repraesentatur et forma humilior, cuius rotrum non reflectitur.
ACONITUM ROSTRATUM BERNH. Distinguitur casside compressa»
rostro elongato. Tola planta gacilis est, eius folia tenuia, ealcar capitatum,
Var. A. album A1T.tantum flore albo differt.
ACONITUM CAMMARUM JACQ.
Cassis erecta, subcompressa, calcar uncinatum. a. Gracile: cassis angustior, altior.
ax, Galcar semicircularo : nasutum : FIsCuH.
66. calcar semicirculs brevior: gracile genuinum, altiguleatum ‘ HAYNE.
. judenbergense CLUS. Cassis amplior hians.
ax humilior : Pseudo-Cammarum.