‹ Acte général des visites canoniques faites dans le vicariat de Saint Albert du mois de juin à fin novembre 1883Chapitre 11 sur 20 · J. FABRE, 0. M. I · texte numérisé non relu

J. FABRE, 0. M. I

Sup. Gén.

Ce règlement, bien compris et observé, mettra de l'ordre et de l'entente dans les relations d'affaires, préviendra bien des mécontentements et des malentendus, et empêchera que certaines notes ne soient acquittées deux fois, comme cela s'est vu.

Tenez particulièrement aux articles 3, 4 et 5. L'administration vicariale y tiendra de son côté. Notez aussi l'article 7 , et n'entreprenez aucune construction de quelque importance sans l'assentiment écrit du Révérendissime Vicaire.

Les démarches demandées par l'article G ont eu le succès désirable. Les comptes de toutes les missions peuvent être réglés à Edmonton. Raison de plus de faire parvenir ces comptes au Procureur Vicarial pour qu'il puisse les contrôler et au besoin les rectifier.

Chaque mission envoie tous les ans au Procureur Vicarial la liste des efi^ets dont elle a besoin pour l'année suivante. Le Procureur signe cette liste jusqu'à concurrence des deux tiers de l'allocation faite à la mission, le dernier tiers étant réservé pour les dépenses éventuelles.

Le Procureur Vicarial paie lui-même le montant de l'achat et du transport dé ces marchandises. Les autres Pères doivent refuser tout paiement qui leur serait demandé, et renvoyer au Procureur. Autrement on s'expose à payer deux fois.

Quant aux dépenses faites dans l'intérieur des terres, on ne doit jamais les payer que d'après une facture

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détaillée. Ces factures, ou copies de factures, sont envoyées au Procureur Vicarial qui les acquitte lui-même, ou qui envoie des chèques pour les acquitter, mais seulement sur le vu des dites factures.

11 arrive assez souvent que des Pères lancent des ordres payables à la demande soit de la Compagnie, soit d'autres commerçants, sans facture aucune, en sorte qu'il est impossible de contrôler les comptes ; on ne sait sur quoi ils portent. Ils peuvent fort bien porter sur des objets déjà payés, sur des transports déjà faits. Il faut absolument les factures.

A la réception de leurs pièces, chaque été, les Supérieurs de district et les Directeurs de résidence doivent bien se rendre compte de tout ce qu'ils reçoivent, et voir si l'envoi correspond exactement à ce qui leur est annoncé dans leur état de charge. S'il manque quelque chose, bien prendre le numéro et le poids de la pièce et en avertir au plus tôt le Procureur. Ils doivent également IJavertir au plus vite lors même que tout est arrivé en bon ordre. Le Procureur attend ces informations pour payer les comptes.

En résumé : /. A pari le Révérendissime Vicaire et ses Comulteurs ordinaires, le P. Procureur Vicarial seul a le droit de signer des chèques. 2. Le Procureur Vicarial j^ie lotis les comptes que les Supérieurs de district oîc les Directeurs de résidence ne paient pas eux-mêmes directement avec leurs ressources locales. Mais le Procureur ne paie les comptes qu'autant qu'ils sont accompagnés de factures. 3. Le P. Procureur de S. Boni face ne p%ie que les commissions qu'il fait directement sur Tordre de l'administration vicariale.

Quant à l'ordre dans la comptabilité, il est loin d'exister partout. Des feuilles volantes ou des cahiers non reliés, commencés par les deux bouts, écrits au crayon et à la plume, surchargés de ratures, rédigés d'une manière incompréhensible et souvent illisible ; tel est l'état des

comptes que nous avons eu trop souvent le regret de constater. Et nous ne signalons que la défectuosité matérielle.

Des règlements de comptabilité vont être adressés à toutes les maisons et résidences du Vicariat. Ils devront être suivis de point en point, et être attachés ou copiés en tète du livre de compte.

Les communications du Procureur Vicariat font loi, non qu'il ait autorité par lui-même, mais parce qu'il agit au nom et par l'autorité du Vicaire de Mission.

Toute valeur, quelle qu'elle soit, argent ou objets en nature, reçue ou donnée en paiement, doit figurer sur les comptes, aux recettes ou aux dépenses.

La caisse noire est le tombeau de la comptabilité et aussi de la pauvreté et de la régularité religieuse. A quoi bon, en effet, une comptabilité? A quoi bon les vœux de pauvreté et d'obéissance? A quoi bon les minutieuses prescriptions de la Règle, si, à côté des livres qu'on montre et des sommes dont on dispose ouvertement, il y a les livres secrets et les sommes clandestines ?(Acta Gap. 1867 de voto paup. art. 42.)

Toutes les opérations financières, absolument toutes, doivent entrer dans la comptabilité ; et la comptabilité doit être unique dans chaque maison et soumise au contrôle des Supérieurs. Ni directement, ni indirectement les Supérieurs de district et les Directeurs de résidence ne pourront faire des emprunts sans y être autorisés. Et quand ils y seront autorisés, ils emprunteront de préférence au Vicariat ou à la Congrégation. Ils paieront exactement les intérêts à 5 *^/o, et s'efforceront d'amortir le capital le plus tôt possible.

Il est très désirable que le Vicariat ait sa caisse de réserve, et la Congrégation la sienne. Ainsi le veut la prudence; ainsi l'ont voulu les Chapitres Généraux. Loin de le trouver mauvais, nos Pères y verront une providence secourable pour eux.

LES FONnATIONS

Afin de maintenir et de fortifier parmi nous l'esprit de communauté, nous exprimons le vœu que chaque mission ou résidence puisse être pourvue de deux Pères au moins et d'un Frère convers. Nous savons que ce vœu n'est pas réalisable actuellement ; mais nous espérons qu'il le sera plus tard, à mesure que le pays se transformera par le groupement des populations indigènes, et par l'arrivée d'une population nouvelle. Nous l'émettons en prévision de ce nouvel état de choses, et pour bien marquer l'esprit de la Congrégation, lequel est essentiellement un esprit de famille et de vie commune. Il faut que nous puissions dire en Europe que cet esprit règne effectivement dans nos missions du Nord-Ouest, pour faire tomber l'objection tirée de l'isolement des missionnaires, et pour justifier la préférence qu'on d(mne souvent à notre Congrégation, parce qu'on espère y trouver cet avantage et cette garantie.

Les fondations et frais de premier établissement sont à la charge de l'Evêque, soit que l'établissement lui reste, soit qu'il passe aux Oblats. On pourra néanmoins, pour aider cà ces créations nouvelles, faire concourir le fonds de réserve, s'il y en a, des autres établissements, en suivant la loi énoncée plus haut, de faire servir les fonds d'une catégorie pour les établissements de cette même catégorie.

Si un emprunt à la caisse du viaticum était nécessaire, en règle générale ce serait à l'Evêque de la faire pour compte de tel ou tel établissement.

Si un emprunt direct à la caisse du viaMcum par un établissement de l'une ou de l'autre catégorie devait être consenti, ce ne serait que dans le cas où l'établissement serait parfaitement solvable.

Dans tous les cas l'autorisation du Supérieur Général est nécessaire pour contracter un emprunt à la caisse du tiaticum.

A propos de fondations, disons un mot des constructions. Nous avons déjà émis un regret relatif à l'insuffisance d'un trop grand nombre de vos maisons. Le missionnaire n'3^ trouve pas un réduit où il puisse se retirer, et il se voit livré au va et vient des gens du dehors, au grand détriment de sa liberté et de son temps, et par suite de son instruction et de sa piété. Cette disposition vicieuse tient en partie, croyons-nous, à ce que la construction a été trop laissée à l'initiative privée.

Aucune maison ni église ne devra désormais se construire sans la surveillance et le contrôle de l'administration vicariale. La question viendra en premier lieu devant le conseil local ou de district, qui examinera les plans et |

devis présentés, les voies et moyens proposés, délibérera ^

et prendra sa résolution. Puis viendra le recours à l'auto- j

rite vicariale qui délibérera à son tour et donnera sa décision. (Cap. Gen. 1873, pag. oo, animad. ii.)

Nous pensons que sans dépenser beaucoup plus on peut se loger beaucoup mieux. Nous pensons surtout que le temps est venu de n'adopter que des plans d'église qui conviennent aux temps nouveaux et témoignent d'un certain goût.

Nous croyons utile de toucher ici à trois questions qui intéressent au plus haut point l'avenir du vicariat et du diocèse : les Collèges, les Ecoles industrielles, les Etablissements agricoles,

l*' Les Collèges. — Notre Vénéré Fondateur en pose le principe dans son instruction pour les missions étrangères, (pag. 179.) La Congrégation doit considérer un établissement de ce genre comme le complément nécessaire de son apostolat dans ce pays. Le moment n'est peut-être pas encore venu d'entrer dans la voie de l'exécution. Mais il convient d'en préparer les moyens au double point de vue des ressources et du personnel. Si la population continue à se développer, surtout au profit de l'élément anglais et de l'élément franco-canadien, on sera biencôt dans la nécessité de se mettre à l'œuvre. Nous envisageons cet avenir avec confiance, persuadé que le

dévouement qui o tiré ces vastes régions de la barbarie et de l'infidélité pour les conduire à la civilisation et à Jésus-Christ, ne réussira pas moins dans la direction de la jeunesse et dans le grand art de l'enseignement. On fera bien de prévoir l'emplacement du collège et d'en dresser le plan. Ce plan pourra être exécuté par parties, au fur et à mesure des besoins. Mais il importe qu'on obéisse à une vue d'ensemble, qu'on ne se ruine pas en provisoire, et qu'à la fin on se trouve en possession d'un établissement bien conçu et répondant à la triple exigence des études, de la discipline et de l'hygiène.

2^ Les Ecoles industrielles. — Elles ont pour but de hâter la transformation sociale des sauvages par l'éducation professionnelle donnée à leurs enfants. Le gouvernement en a pris l'initiative et se charge de toutes les dépenses. Trois écoles industrielles sont maintenant en voie d'exécution dans le Nord-Ouest, dont une confiée aux protestants, à Battleford, et les deux autres placées sous une direction catholique, à Qu'Appelle et à Calgary. Cette dernière a été remise à la sollicitude de ^["^ Grandin qui a chargé le P. Lacombe de l'organiser. Ce bon Père en a choisi l'emplacement, et il se propose de l'inaugurer dès le printemps prochain. Nous considérons cette création comme extrêmement importante, non seulement au point de vue que se propose le gouvernement, mais encore et surtout au point de vue de l'évangélisation des Pieds- Noirs. Il y aura là en outre un précédent qui. s'il est couronné de succès, nous encouragera à fonder nous-mêmes, à nos risques et périls, d'autres écoles industrielles pour en faire de puissants foyers d'influence chrétienne et de prospérité sociale. Le Vicariat est donc admirablement fondé à s'imposer tous les sacrifices nécessaires pour assurer la réussite d'une telle entreprise ; d'autant mieux que, placés sous le contrôle du gouvernement et sous le regard jaloux du parti protestant, l'honneur de l'Eglise s'y trouve engagé et demande que nous réussissions à tout prix. Aussi attendons-nous de ceux des nôti'es qui \ seront employés, Pères et Frères convers, le plus paiioit dévoue-

ment, l'esprit de discipline, le zèle patient, la prudence, le le tact et la subordination la plus religieuse.

3° Les Etablissements agricoles. — Notre Vénéré Fondateur les recommande (Reg. pag. 179) comme un puissant moyen d'évangélisation et d'influence apostolique. Il veut que nos missionnaires fassent tout en leur pouvoir pour amener les tribu-s nomades à abandonner leur vie errante, à se bâtir des maisons, à cultiver la terre et à apprendre des métiers. Il compte beaucoup pour cela sur nos Frères convers, et il désire qu'on puisse en former au moins quelques-uns aux arts mécaniques, pour agir sur les indigènes par l'exemple, et pour les initier à un genre de vie plus favorable à leur bien-être temporel aussi bien qu'aux pratiques de la vie chrétienne.

Le gouvernement est entré dans cette voie par la création des réserves et des fermes des sauvages. Mais il faut bien le reconnaître, cette initiative profite presque uniquement à l'influence et à la propagande protestante. C'est ce qui nous fait vivement regretter que nous ne puissions pas, par défaut de ressources, créer nous-mêmes des établissements agricoles dans nos différents districts. Vu le haut prix de la main-d'œuvre, ces établissements ne sont possibles qu'avec des Frères convers. Et malheureusement ces précieux auxiliaires sont trop peu nombreux. Ce qu'ils font à S. Albert donne une idée de ce qu'ils pourraient faire ailleurs. La ferme de S. Albert, sous la direction intelligente du R. P. Leduc, s'est mise au premier rang de tous les établissements de ce genre dans ce pays. Elle a fait progresser l'agriculture en stimulant l'émulation des habitants par le bel état de son exploitation et l'importance de ses produits. Elle est devenue une excellente école de travail pour les enfants de l'orphelinat qui acquièrent là le goût et les moyens de gagner leur vie plus tard par la culture de la terre. Elle fournit enfin des ressources suffisantes pour faire vivre le nombreux personnel attaché à la mission de S. Albert. Ce n'est pas sans une vive satisfaction que nous avons constaté ce résultat. Oui, avec les seuls produits de la ferme.

la mission de S. Albert se suffit à peu près à elle-même. Cela permet de reporter sur les autres missions toute l'allocation de la propagation de la foi. Vous trouverez sans doute comme nous que l'emploi des Frères qui sont à S. Albert est largement justifié, et vous ne serez plus tentés de penser que S. Albert est un gouffre où s'engloutissent les ressources du Vicariat. Plut à Dieu, penserezvous avec plus de justice, que nous eussions assez de Frères pour créer plusieurs fermes semblables. Ce serait à la fois pour la mission un grand honneur qu'un tel exemple dans un pays qui ne peut vivre que par Tagriculture, et un puissant moyen de diminuer les soucis du temporel.

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