PRÉSIDENCE DE M. DO MORTIER, VICE-PRÉSIDENT
M. Du Mortier exprime au Congrès combien il est fier de présider une réunion aussi nombreuse, composée de savants autorisés, appelés à donner leur avis sur les questions importantes qui vont leur être soumises.
M. le Président explique ensuite au Congrès que la commission nommée dans la première séance a terminé ses travaux, et nommé pour son rapporteur M. de Candolle.
M. de Candolle donne lecture du rapport suivant :
Messieurs,
Vous avez renvoyé à une Commission le recueil des Lois de la Nomenclature botanique dont j'ai eu Fhonneur de vous présenter le projet (1).
Cette Commission, qui s'est livrée à un travail attentif, article par article, dans quatre séances distinctes, était composée de MM. Du Mortier, Weddell, Cosson, J.-E. Planchon, Eichler, Bureau et de Candolle, c'est-à-dire de botanistes appartenant à la France, à l'Angleterre, à l'Allemagne, à la Belgique et à la Suisse, et pouvant ainsi représenter les tendances et les habitudes des descripteurs de divers pays (2).
Nous avons eu la satisfaction de nous trouver d'accord sur la grande majorité des articles, et, ce qui est plus important, sur les principes fondamentaux en pareille matière, notamment sur la loi
(1) Lois delà Nomenclature botaniquethr, in-8^, Ceaève, 1867, contenant une introduction historique, les lois pro,>os6es et un commentaire dôlaillô. Dans co moment (novembre 1867), M. de Candoll.' publie une nouvelle édition de cette brachure, modt&éd d'après les décisions du Coafgvès. Elle parait en français (chez J.-B. Bailtière et fils» à Paris), en allemand (chez Georg, à Bàle et Genève), et en anglais (chez Lovefl Reere et C'«, à Londres). {Note ajoutée pendant V impression.)
(2) H. Itoreau et Aadcfjson a /aient été dciign is pour être membres do 1j commission; on les avait crus arrivés à Paris, miihoureuseno.it ils ne le sont pas encore, ce qui nous a prifés de leur concours.
CONGMÉS BOT. 12
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de priorité, qui est la base la plus solide de toute nomenclature. Lorsqu'il s'est manifesté parmi nous une dilférftce d'opinion, nous avons cru que la meilleure solution était, en général, de préciser moins et de laisser plus de liberté à chaque aut«ur. On peut espérer, en effet, que la marche de la science et la pratique amèneront tels ou tels usages, telles ou telles règles, dont la néceÉité n'est pas évidente aujourd'hui, du moins pour tout le monde. Comme il ne peut pas être question dans les sciences d'obliger qui que ce soit à adopter une certaine méthode, la liberté des opinions doit toujours être respectée, et il vaut mieux laisser un peu de vague dans certaines dispositions que d'insister sur des règles contestées.
La Commission a pensé, comme le rédacteur du projet, qu'il fallait exposer clairement les usages suivis par les botanistes, plutôt que de proposer des innovations qui ne seraient peut-être pas adoptées. De là certaines lacunes ou défectuosités apparentes dans le projet. Par exemple, nous avons reconnu que l'assimilation faite par les botanistes des mots ordre et famille^ les prive d'un moyen usité en zoologie pour établir un degré de plus dans la hiérarchie des groupes. Si le mot ordre, dans la plupart des ouvrages de botanique, exprimait un groupe supérieur aux familles, notre nomenclature serait plus en harmonie avec celle des zoologistes, et nous n'aurions pas besoin d'introduire un nom nouveau tel que cohorte; mais il nous a paru que l'usage de traduire famille par ordo est trop ancien, trop général en France et en Allemagne, trop établi dans les livres, pour qu'on puisse s'en éloigner maintenant. Il y a des usages qui s'imposent par leur ancienneté et leur généralité. S'ils ne sont pas toujours parfaitement logiques, ils ont au moins l'avantage d'être compris par tout le monde.
A l'occasion de chaque article, nous indiquerons si la Commission Ta accepté tel quel ou si elle vous propose un amendement.
La discussion amènera sans doute des amendements. EUe pourra être terminée par un vote d'ensemble, portant simplement que l'assemblée recommande le recueil tel qu'elle l'a amendé comme la meilleure direction à suivre dans la nomenclature botanique.
L'assemblée passe à l'examen des articles. M. le rapporteur en donne successivement lecture, ainsi que des amendements proposés par la Commission ; après quoi la discussion est ouverte et ils sont mis aux voix par M* le Président.
L'article i est adopté sans discussion (l).
Art. 2. — Les règles de la nomenclature ne peuvent être ni arbitraires ni imposées. Elles doivent être basées sur des motifs assez clairs et assez forts pour que chacun les comprenne et les accepte.
La commission propose de remplacer les deux derniers mots par :
soit disposé à les accepter.
Cette modification est adoptée.
Art. 3, § 3. — Les autres considérations^ telles que la correction grammaticale absolue, la régularité ou l'euphonie des noms, un usage plus ou moins répandu, les égards pour des personnes, etc., sont relativement accessoires.
La commission propose l'addition suivante :
Les égards pour des personnes, etc. , malgré leur importance incontestable y sont relativement accessoires.
Cette modification est adoptée.
Art. 6. — Les noms scientifiques sont en langue latine. Quand on les tire d*une autre langue, ils prennent des désinences latines. Si on les traduit dans une langue moderne, on cherche à leur conserver le plus possible une ressemblance avec Ici nomf originaux latins.
La commission propose la modification suivante :
Les noms scientifiques sont en langue latine. Quand on les tire d*une autre langue, ils prennent des désinences latines, d moins d'exceptions consacrées par l'usage^ etc.
M. le professeur Karl Koch (2) présente les observations suivantes :
En général, on aime à donner aux plantes des noms grecs avec des désinences latines. Je préfère toujours qu'on les tire de la langue grecque, parce quils sont alors plus euphoniques. Les Romains eux-mêmes nous ont donné l'exemple à cet égard, et ont préféré
(1) Pour abréger le texte de celte discussion, on a cru convenable de ne pas y rapporter celui des articles qui ont été adoptés sans modifications, et qu'on trouvera plus iotn dans les Lois de la NomencUuure,
(2) H. le professeur Koch avait proposé, à Londres, qu'un congrès s'occupUt des questions de nomenclature. Cette circonstance le désignait naturellement pour être membre de la Commission, mais, au moment de la nomination de cette Commission, M. Koch n'était pas encore arrivé à Paris.
tirer de la langue hellénique les dénominations nouvelles dont ils avaient besoin.
M. P. Sagot demande s'il est bon d'ajouter des désinences latines à des noms indigènes tels qu'en fournissent les îles de rOcéanie pour former des noms spécifiques.
M. do CandoUe répond qu'en rédigeant l'article 6 il a surtout songé aux dénominations génériques, et que d'ailleurs ce point sera mieux discuté au sujet de l'article 28.
La modification proposée par la commission est adoptée.
Art. 8. — Tout individu végétal apparlient à une espèce (5 j9^6s), toute espèce à un genre (genus), tout genre à une famille (orcfo, familia), toute famille à une cohorte {cohors)t toute cohorte à une classe (clouis).
M. Cosson demande que Ton rejette complètement le mot familia^ qui, à cause de son véritable sens latin, devrait, dans les associations de groupes, être placé au-dessous de iribm^ comme l'a fait M. Sch imper.
On décide cependant de conserver ce mot, comme étant le corrélatif latin d'un terme généralement usité, surtout en français et en allemand.
Art. 10. — Enfin, comme la complication des faits conduit souvent à distinguer des groui»es intermédiaires plus nombreux, on peut créer par le moyen de la syllabe sous (SI16), miie avant un nom de groupe, des subdivisions de ce groupe, de telle manière que sous-famille (iMhordo) exprime un groupe entre une famille et une tribu, sous-lribu (tubtribuî) , un groupe entre une tribu et un genre, etc. L'ensemble des groupes subordonnés peut ainsi s^élcver, pour les plantes spontanées seulement , jusqu'à 18 degrés dans Tordre suivant :
Regnum vegetabile.
Ciassis.
Subclassis.
Cohors.
Subcohors.
Ordo (gallice : Famille.)
Subordo (galU : Sous-famillô») Tribus.
Subtribus.
Genus.
Subgenus.
Sectin.
Subseclio.
Species.
Subspecies (vel Proies, gall. : Race), Varietas.
Subvarietas.
Variatio.
Subvariatio.
Planta.
La commission propose d'ajouter, après regmim vegetabile^ deux degrés de plus, sous les noms de divisio et mbdivisio; et de modifler en conséquence la fin du paragraphe, en écrivant : jusqu'à 20 degrés dans Tordre suivant.
M. J.-E. Planchon et de Schœnefeld font observer que le règne végétal n'étant qu'une des deux parties du règne organique, il conviendrait peut-être de dire subregnum vegetabile.
M. de CandoUe développe l'amendement proposé par la commission, en faisant remarquer que dans le tableau les degrés supérieurs ne sont pas assez nombreux pour répondre aux groupes généralement admis. La Commission, dit-il, a cherché un mot latin correspondant au mot français embranchement, employé par les zoologistes. Elle n'en a pas trouvé de meilleur que divisio^ duquel on peut tirer aisément subdivisio pour l'indication d'un degré inférieur.
La modification proposée par la Commission est adoptée.
Une grande discussion s'engage sur la convenance de nommer, à l'exemple d'Endlicher, cohors, le groupe superposé aux familles et appelé par Lindley alliance. Plusieurs membres proposent de donner à ce groupe le nom d'ordo^ réservant celui de familia pour le groupe nommé ordo dans le projet.
M. de Candolle dit, que s'il a préféré le mot cohors^ et si la majorité de la Commission a partagé son opinion, c'est : 1** parce que le mot ordo a été pris généralement, par les botanistes, comme l'équivalent latin du mot français famille et, 2° à cause de l'usage introduit par plusieurs auteurs d'appeler d'un nom nouveau tel que cohors, alliayice^ etc., les associations de familles.
M. Du Mortier et M. J.-E. Planchon font leurs réserves sur la convenance d'adopter le mot cohors.
M. Du Mortier demande à l'Assemblée l'autorisation d'exprimer son avis, au moyen d'une note écrite, sur Turticle en discussion, qui lui paraît un des plus graves du projet puisqu'il touche à une question de classification.
L*idée des familles des plantes appartient, dit-il, à recelé française, et c'est son plus beau titre de gloire; c'est Magnol, c'est Adan-
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182 CONGRÈS INTERIfATIONAL DE BOTANIQUE.
son, qui les premiers ODt employé ce mot pour désigner les groupes form^ de plantes-sœurs. Linné, au contraire, dans la formation de ses essais de clasûfication naturelle, se servit du mot d'ordre qui, dans son système sexuel, représentait le second degré de classification.
Cet exemple fut suivi par Bernard de Jussieu et par son neveu, dans un immortel ouvrage, le Gênera plantarnm^ où toujours le mot à*ordre formait une subdivision des classes. Antoine-Laurent de Jussieu répartissait le règne végétal en quinze classes, comprenant cent ordres.
Par là, il avait réalisé ce point que Linné regardait comme inexécutable, la classification naturelle du règne végétal, et mérité le titre de magnus Apollo de la botanique promis par Linné à celui qui découvrirait le système des familles naturelles.
Malheureusement l'insertion des étamines constituait une base souvent vicieuse et prêtant à de nombreuses exceptions, surtout dans les Monocotylées et dans les Apétales. Au lieu de chercher une base systématique nouvelle, propre à améliorer la synthèse végétale, Robert Brown entreprit une révolution suivant moi bien malheureuse, en anéantissant les classes, c'est-à-dire la synthèse de la botanique. Pour lui, il n'y eut plus que des familles. Là est l'origine de la confusion qui a régné dans la botanique depuis cette époque, car une science sans synthèse est un corps sans âme.
A partir de ce moment, on voit se former deux courants, le courant français et le courant germanique. Dans l'école française. De CandoUe, Loîseleur, Ach. Richard, etc., cherchent à ramener la science à la synthèse, par l'étude des organes floraux, tandis qu'en Suède, en Allemagne et en Angleterre, une direction nouvelle est imprimée, consistant à former les classes non plus au moyen de la fleur, mais en les basant sur les organes endospermiques.
Batsch est le premier qui entreprit de former ces groupes dans sa Tabula affinitatum regni vegetabilis ; après lui vint Agardh dans ses Aphorismi botanici et ses Classes plantarum^ puis Reichenbach dans son Conspectics regni vegetabilis^ Bartling dans ses Ordines plantarum^ Lindley, Martius, Endlicher, etc. , etc. Pour les uns, ces groupes substitués aux classes de Jussieu prennent le nom de classes, pour les autres, celui d'alliance ou de cohorte. Mais ce qui est commun à tous, c*est la suppression de l'unité scientifique et par là de la synthèse, puis la substitution des caractères endospermiques aux caractères floraux.
Est-ce là un progrès 7 dans mon opinion c'est un regrettable recul. En eflfet» l'étude approfondie des graines démontre que celles-ci contiennent cent fois plus d'exceptions que les organes floraux. Ajoutez à cela la difficulté que présente l'étude des petites graines, étude presque rebutante pour celui qui veut étudier la botanique, et vous serez en droit de vous demander si, en voulant être trop savant, on n'est pas devenu erroné et obscur ; si l'on n'arrive pas par là à substituer à une science aimable, une science ingrate et d'une extrême difficulté pratique. L'avenir de la science n'est pas là; il consiste à rechercher une base de classification meilleure que l'insertion des étamines, de manière à reconstituer la synthèse végétale qui aujourd'hui fait complètement défaut. Bien évidemment, les propositions soumises au Congrès ne peuvent avoir pour but d'enchaîner la science sur une matière aussi importante. Chacun donc sera libre d'employer toutes les divisions indiquées, ou d'en abandonner quelques-unes.
Mais doit-on supprimer le mot de famille (familia) comme le propose la majorité de la Commission ? Il m'est impossible de partager cet avis. D'une part, le nom de plantes-sœurs est tellement heureux, tellement poétique ; il représente si bien l'association naturelle, que créé par l'école française, il a été admis par le monde entier, sinon dans les textes descriptiis, du moins dans les textes narratifs de tous les auteurs.
Le mot d'ordre, dont la plupart des écrivains se servent en latin pour indiquer les familles des plantes, représente d'aillem-s une idée fausse, puisque, sauf les monotypes, ces ordres n'ont plus rien de commun avec ceux de Jussieu.
Les ordres de Jussieu, ce sont les cohortes de l'école germanique, les alliances de l'école anglaise, et pour ces écoles les ordres sont presque toujours les tribus ou les subdivisions des ordres de Jussieu. 11 serait donc logique de réserver le mot d' « ordre » à ces dernières divisions, et d'appliquer celui de « famille » aux subdivisions des ordres de Jussieu.
Notre savant confrère M. J.-E. Planchon a fait remarquer avec raison à la Commission qu'en agissant de la sorte on aurait l'avantage d'adopter en botanique la même marche qu'en zoologie.
En résumé, le mot de « famille » , qui est la poésie de la science, ne me paraît pas devoir être supprimé de notre programme. Le progrès de la science ne consiste pas dans les chaînes, mais dans la
iSi C0N6BÈS INTEnNATIONAL DE BOTANIQUE.
liberté. Laissons à chacun le droit de se servir, du mot si poétique de familles de plantes ; pour moi, je vous assure que je ne saurais me décider à le sacrifier.
M. J.-E. Planchon présente les observations suivantes :
A l'occasion du mot alliance^ proposé par feu le docteur Lindiey pour désigner certains groupes de familles végétales, il exprime le regret de voir se perpétuer, entre les zoologistes et les botanistes, une discordance sur la valeur des mots ordre et famille, Ordo, pour les botanistes actuels, est à peu près exactement la traduction latine du français famille. Pour les zoologistes qui suivent plus ou moins Cuvier, ordre est un groupe de familles. Comment faire cesser ce désaccord entre deux branches parfaitement parallèles de l'histoire naturelle? Peut-être en adoptant en botanique le mot ordre (et de forme latine ordo) dans le même sens que les zoologistes, c'est-à-dire comme un degré hiérarchique supérieur à nos familles végétales actuelles. Adopter ce mot ordre (comme équivalent d'alliance) serait peut-être revenir ou à peu près au sens qu'il a sous sa forme latine dans le Gênera d'Antoine-Laurent de Jussieu. En effet, par suite du travail de subdivision qui s'est fait dans les anciennes coupes de Jussieu, les ordims de F illustre auteur sont devenus, pour la plupart, des groupes de familles et non plus des familles simples. Il n'y aurait donc pas autant d'inconvénient qu'il le semble à prendre le mot ordo pour désigner l'association de familles végétales que Lindiey appelle alliances, Endlicher et H. Ad. Brongniart classes.
En tout cas, il y aurait avantage h, s'entendre pour que les groupes à peu près équivalents en zoologie et en botanique fussent désignés par les mêmes noms. Prolonger les malentendus à cet égard entre des sciences connexes, c'est méconnaître la loi d'unité de la création et se condamner sciemment à des fautes de logique.
M. Duchartre appuie Topinion de la majorité de la Commission : il fait observer qu'il faut s'écarter le moins possible des usages profondément enracinés, et qu'il y aurait un grand inconvénient à changer le sens universellement admis en botanique du mol ordo.
M. J.-E. Planchon répond que Tobjection de la majorité ne repose guère que sur Thabitude prise, et que si Ton s'était arrêté à une objection de cette nature, la France, on peut dire l'Europe, n'aurait pas le système des poids et mesures.
La rédaction proposée par la Commission est adoptée en ce qui concerne les degrés désignés par cohors, subcohors, ordo et mbordo; elle autorise la faculté d'employer les mots famille et som-famille.
On agite l'idée d'exprimer d'une manière plus saillante les noms de certains groupes plus généralement usités, en particulier le mot species. Comme il faudrait, à ce point de vue, établir une gradation typographique compliquée du haut en bas du tableau, cette idée n'est pas prise en considération.
M. Kirschleger présente les observations suivantes :
Il dit qu'au-dessous de l'espèce il n'y a pas de gradation, dans la nature, entre la race, la variété et la variation. Il insiste sur la différence de valeur qu'il trouve, dans le tableau que Ton discute, entre les quatre avant-derniers termes et les autres; il trouve un défaut de logique dans Tassimilation qui les met tous au môme rang. C'est l'espèce, dit-il, qui est le véritable soldat de l'armée végétale. Dans les formes qui en dépendent, ce n'est que l'uniforme qui change.
M. J.-E. Planchon répond qu'il est de pratique constante, depuis Linné, d'admettre des variétés en botanique; que la Théorie élémentaire a fixé le sens des termes qui sont en discussion, termes qui sont usités tous les jours, et qu'il est nécessaire de classer entre eux.
M. Karl Koch présente les observations suivantes :
n dit que, dans un type spécifique, la sons-espèce consiste, pour lui, en ce que la forme se perpétue généralement par le semis ; la variété, en ce qu'elle se perpétue environ dans la moitié des cas, et les variations, en ce qu'aucune plante semée ne reste constante, et que la conservation de la forme n'est possible que par les boutures (Poiriers et Pommiers). Il ajoute que l'art horticole peut pai-venir à faire une variété d'une variation, une sous^espèce d'une variété, et
180 GOlfORiS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE.
même une espèce d*mie sous-espèce, si Ton veut adopter les idées de M. Gh. Parwin, qui ne sont pas les siennes.
M. Kanitz propose de substituer, à la place des mots de varietas et de variatio^ ceux de lusus et de forma.
M. de Caudolle explique le but qu'il s'est proposé en construisant ce tableau; ce n'est pas de définir, rien n'est plus difficile en particulier pour le mot espèce. Il a voulu indiquer la hiérarchie des noms, sur laquelle on peut facilement tomber d'accord.
M. de Parseval-Grand maison se plaint de l'importance que l'on accorde aux variétés, qui sont souvent, dit-il, une affaire de mode plutôt qu'un sujet d'étude scientifique.
M. Duchartre dit qu'il faut tenir compte des espèces cultivées à l'égard desquelles il reconnaît que les difficultés de la nomenclature sont considérables ; mais ce n'est pas, dit-il, parce qu'il y a de telles difficultés que l'on doit se refuser à mettre de l'ordre dans la multiplicité des formes qui apparaissent tous les jours.
M. Ed. Morren présente les observations suivantes :
Il dit qu'on peut varier d'opinion sur la considération que Ton doit accorder aux races, aux variétés et aux variations, mais qu'on ne saurait les supprimer puisqu'elles existent dans la nature. Un orateur a déploré cette existence ; mais quant à lui, au contraire, il attache une véritable importance à toutes les modifications que les espèces éprouvent dans les jardins, et il pense que l'étude de ces variations a contribué à élucider diverses questions de morphologie, et qu'elle peut même conduire à la véritable connaissance de Fespèce. D'après lui, aucune variation horticole ne doit être dédaignée.
Dansun autre ordre d'idées, il estime que les dix-huit degrés établis dans la classification végétale n'ont pas tous la même importance : il lui semble que l'espèce, le genre, la famille et la classe représentent des groupes naturels, tandis que les autres divisions du tableau représentent toutes des idées variables et plus ou moins artificielles.
M. Balansa fait observer que, dans la description des Graminées de l'Algérie faite par M. Cosson, il n'est question, ni de variatio ni de subvariatio; il pense, en conséquence, que ces termes n'ont que très-peu d'importance.
DISCUSSION DES LOIS Dfi LA NOMENCLATURE. 187
M. GossoD demande qu'on mette aux voix la suppression des mots variatio et mbvariatio.
Cette suppression n'est pas adoptée, et Tarticle 10 est adopté tel que le propose la Commission.
Abt. Id. — Les modifications des espèces cultivées doivent être rattachées, autant que possible, aux espèces spontanées dont elles dérivent.
A cet effet, les plus importantes de ces modifications sont assimilées à des sous-espèces {sxihq>ec\ei)^ et quand on est certain de leur hérédité constante par graines, elles se nomment races (proies).
Les modifications de second ordre prennent le nom de variétés, et si Ton est certain de leur hérédité à peu près constante par graines, elles se nomment sous-races (suh^ proies).
Les modifications moins importantes, comparables aux sous- variétés, variations, sousvariations, des espèces spontanées, sont indiquées d'après leur origine (lorsqu'elle est connue), de la manière suivante : 1° salus (semis ; seedling^ en anglais ; Sœmling, en allemand), pour une forme provenant de graines ; 2° mistus (métis ; en anglais blending ; en allemand Blendling)^ pour une forme provenant de fécondation croisée dans l'espèce; 3° lusus (sport), pour une forme née d'un bourgeon, tubercule ou autre organe et propagée par division.
La Commission propose la rédaction suivante pour le quatrième paragraphe de cet article :
Les modifications moins importantes, pouvant être comparées aux sous-variétés, variations, sous-variations des espèces spontanées, sont indiquées d'après leur origine (lorsqu'elle est connue), de la manière suivante : 1° satus (semis; seedling, en anglais; Sœmling^ en allemand), pour une forme provenant de graines; 2° mistiis (métis; .en anglais blending; en ail. Blendling)^ pour une forme provenant de fécondation croisée dans l'espèce ; 3° lustis (en angl. sports en ail. Spielart) , pour une forme née d'un bourgeon, tubercule ou autre organe et propagée par division.
M. Kirschleger demande ce que signifie proies. Il préférerait l'emploi du mot stirps.
M. de Candolle répond que le mot stirps n'a pas un sens aussi clair que celui de proies^ lequel se rattache à beaucoup de mots usuels, tels que prolifique, prolétaire.
M. Ramond rappelle que de simples sous-variations, par exemple la forme à fleurs blanches du Digiialis purpurea^ se perpétuent fort bien par graines. Il craint que la définition donnée dans le deuxième paragraphe de l'article H n'induise en erreur les phytographes, et ne les conduise à appeler races de simples sous-variations.
L'article là est adopté avec la modification proposée par la Commission.
Art. 15. — Chaque groupe naturel de végétaux ne peut porter dans la sdeoee qu^une seule désignation valable, savoir la première qui lui ait été donnée en botanique, par Linné ou depuis Linné» et qui soit conforme aux règles essentielles de la nomenclature.
La Commission propose de modifier cet article de la manière suivante :
Chaque groupe naturel de végétaux ne peut porter dans la science qu'une seule désignation valable, savoir la plus ancienne, adoptée par Linné, ou donnée par lui ou après lui, à la condition qu'elle soit conforme aux règles essentielles de la nomenclature.
Cette proposition est adoptée.
Art. 16. — Nul ne doit changer un nom ou une combinaison de noms sans des motilii graves, fondés sur une connaissance plus approfondie des faits, ou sur la nécessité d*abandonner une nomenclature contraire aux règles essentielles (art. 3, i^' alinéa, 4, 11, 15, etc., voyez section 6).
M. Eug. Fournier présente les observations suivantes :
11 a semblé à de bons esprits que l'œuvre que poursuit actuellement le Congrès n'était pas nécessaire. Pour ma part, je suis convaincu qu'elle répond à un besoin général, qu'elle est réclamée par l'état de la science. Je ne saurais mieux le prouver qu'en feuilletant devant vous, messieurs, un ouvrage paru il y a quelques seuiaines à peine, une Flore d'un département français (1), dont l'auteur, s'inspirant de motifs respectables, a cru devoir changer la plupart des noms généralement usités. En ouvrant son livre, on se croit transporté dans un monde végétal complètement nouveau.
M. Fournier cite plusieurs des nouveaux noms créés par Fauteur, dont la méthode est généralement désapprouvée par les membres présents. M. Fournier ajoute que, cependant, sur certains points. Fauteur de ce livre est d'accord avec le projet soumis au Congrès, dans quelques-unes des nombreuses réformes qu'il propose.
L'article 16 est adopté.
(1) Flore du département ies Hautes-Pyrénéef, par M. Tabbé Dulac.
Art. 18. — Les noms de classes et sous-classes se tirent d*un des principaux caractères, etc.
Par suite de la décision votée sur Tarticle 10, la Commission propose l'addition suivante :
Les noms de divisions et sous-divisions, de classes et sousclasses, etc.
Cette addition est proposée aussi dans le titre du paragraphe. I^s propositions de la Commission sont adoptées.
Art. 20. — Les cohortes sont désignées par le nom d*unc de leurs principales familles, avec la désinence aies.
La Commission propose la rédaction suivante :
Les cohortes sont désignées de préférence par le nom d'une de leurs principales familles, et autant que possible avec une désinence uniforme.
Art. 22. — L'usage justifie les exceptions suivantes :
i^ Lorsque le genre d'où le nom de famille est tiré se termine en latin par tas ou i^ (génitif icis ou idis, ou t5ct5\ la désinence iceœ, ou ideœ, ou ineœ est admise (Salicinese, de Salix ; BerberidesD, de Berberis; Tamariscineœ, de Tamarix), etc.
M. de Schœnefeld fait remarquer que Ton doit dire : Tamaricineœ, du génitif Tamaricis, bien que Texpression de TamariscinecBy rapportée par M. de Candolle, ait généralement cours dans les ouvrages descriptifs.
Cette rectification est adoptée.
Art. 23. — Les noms de sous-familles (suhordinez) sont tirés du nom d'un des genres qui se trouvent dans lo groupe avec la désinence eu eœ ou incœ.
La Commission propose la rédaction suivante :
Les noms de sous-familles (subordines, subfamiliœ) sont tirés du nom d*un des genres qui se trouvent dans le groupe, avec la désinence en eœ.
Cette modification est adoptée, conformément au vole émis déjà sur l'article 8.
Art 24. — Les noms de tribus et sous-tribus se tirent du nom d'un des genres qui en font partie, avec la désinence eœ (Roseœ, de Rosa).
190 CONGRÈS INTERlfATIONÀL DE BOTANIQUE.
La Commission propose la rédaction suivante :
Les noms de tribus et sous-tribus se tirent du nom d'un des genres qui en font partie, avec la désinence eœ ou ineœ.
Cette rédaction est adoptée.
Art. 25. — Les genres, sous-genres et sections reçoivent des noms, ordinairement substantifs, qui sont pour chacun d'eux comme nos noms propres de famille.
Ces noms peuvent être tirés d'une source quelconque et même être composés d'une manière tout à fiiit arbitraire, sous la réserve des conditions indiquées plus loin.
M. Karl Koch présente les observations suivantes :
11 blâme la formation arbitraire des noms dérivés par anagramme d'un nom générique ancien, comme Gifola^ Oglifa^ Lifago^ tirés de Filago. Il ajoute qu'il n'est pas nécessaire de tirer le nom d'une qualité du genre, parce qu'avec Taccroissement des matériaux et le progrès de la science, il peut arriver que cette qualité cesse d'appartenir à toutes les espèces du genre. Il cite comme exemple de ce fait le genre Ijxgenaria nommé ainsi à cause de ses fruits lagéniformes, et dont une espèce a été créée dernièrement par M. Naudin sous le nom de L. sphœrocarpa.
L'article 25 est adopté.
Art. 27. — Lorsqu'un nom de genre, sous-genre ou section est tiré d*un nom d'homme, on le constitue de la manière suivante :
Le nom, dégagé de tout titre et de toute particule préliminaire accessoire, est terminé en a ou la.
Les syllabes qui ne sont pas modifiées par cette désinence, conservent leur orthographe exacte, même avec les lettres ou diphthongues usitées dans certaines langues et qui ne Tétaient pas en latin Cependant les â, ô, Ci, des langues germaniques, deviennent des m, œ, u ; les é et les è de la langue française deviennent des e.
M. Karl Koch partage Topinion exprimée dans ce paragraphe par M. de Candolle.
Mais il ne voudrait pas qu'on arguât de ce sentiment pour changer certains noms donnés jadis par les maîtres de la science, et qui ne cadrent pas avec cette règle, par exemple, Furcrœa^ de Fourcroy, Goodeniaj de Goodenough, Moîitagfiea^ de Montaflo. C'est pour moi, dit-il, une loi de ne point changer un nom donné par un botaniste, même quand il a été mal formé. Il faudrait à ce compte changer beaucoup des noms de Robert Brown, auquel les langues anciennes n'étaient pas très-familières. M. Koch n'admet ces rectifica-
DISCUSSION DES LOIS DE LA NOMENCLATURE. l9l
tîons que pour les cas où il y a une faute d'impression évidente dans l'ouvrage primitif, ce qui est le cas pour le genre de Fumariacées Dicentra^ dont l'auteur dit positivement qu'il le nomme ainsi parce qu'il y voit deux éperons (en grec xrvrpa) , et qui a été imprimé par erreur Diclytra^ ce qui ne signifie rien. Aussi a-t-on rectifié en Dielytra, sans se donner la peine de faire des recherches dans l'ouvrage original.
M. Eug. Fournier dit :
Que c'est une question fort délicate que celle de la latinisation des noms. Dans l'un des exemples cités par M. Koch, Montagnea a certainement été ainsi écrit en latin pour rendre la prononciation de l'n espagnol ; mais cela est impossible, puisque gn est dur en latin, comme dans Sphagnum. 11 faudrait écrire, pour se rapprocher de la prononciation originale, Montanja^ en se rappelant que le j est une semi-voyelle en latin, comme aujourd'hui encore en allemand. Mais chaque botaniste prononcera généralement le mot latin comme il prononce sa langue maternelle, de sorte qu'il vaut mieux revenir à la règle simple posée par M. de CandoUe, Ainsi, si Ton changeait le n espagnol en yy, le nh portugais qui équivaut au n dans la prononciation, devrait suivre la même règle. On arriverait ainsi à altérer si bien les noms propres modernes qu'ils ne seraient plus reconnaissables sous leur forme latine.
M. de Schœnefeld fait observer que Vil de la langue allemande devrait, en latin, devenir w, le tréma placé sur Tû étant, dans la langue allemande, la trace d'un ancien e.
M. Eichler, M. Koch et plusieurs botanistes allemands approuvent cette observation, et font remarquer que les Allemands suivent ordinairement, dans leurs publications latines, la règle indiquée par M. de Schœnefeld.
M. Eug. Fournier dit que cette règle est suivie, depuis longtemps, dans rimpression du Bulletin de la Société botanique ae France.
Tout en en maintenant l'opportunité, il dit qu'elle donne lieu à quelques inconvénients. Ceux des membres de la Société qui ne connaissent pas la valeur de l'a allemand s'obstinent toujours sur les épreuves qui leur sont communiquées à supprimer Ve additionnel^
que le secrétariat rétablit toujours, par exemple quand on latinise le mot MûUer.
M. de CandoUe propose de se ranger à ropinion de messieurs les botanistes allemands, et d'insérer dans Tarticle en discussion que ïil des langues germaniques se traduit par ne en latin.
Cette proposition est adoptée.
Art. 28. — Les botauistes qui ont à publier des noms de genre font preuve de discernement et de goût s^ils ont égard aux recommandations suivantes :
La Commission propose d'ajouter à ces recommandations ;
10* Éviter de faire choix de noms qui existent en zoologie.
Cette proposition est adoptée.
La Commission propose d'ajouter, après l'article 32, un article ainsi conçu :
Art. 33. — Les noms d'hommes employés comme noms spécifiques ont la forme du génitif du nom ou d'un adjectif dérivé {Clusii ou Clmiana). La première forme s'emploie quand l'espèce a été décrite ou distinguée par le botaniste dont elle prend le nom, la seconde forme, dans les autres cas. Quelle que soit la forme adoptée, tout nom spécifique tiré d'un nom d'homme commence par une grande lettre.
Cet article est adopté par le Congrès.
En conséquence, Tarlicle 33 du projet devient l'article 34, et ainsi de suite. Seulement, pour obvier à l'inconvénient de changer tous les numéros subséquents, on décide de réunir en un seul article les articles 87 et 38 du projet.
Art. 35 (du projet). — d<> Éviter, dans le même genre, les noms trop semblables de forme ou de sens, ceux surtout qui ne diffèrent que par les dernières lettres.
La Commission propose le rejet des mots ou de sens.
M. de Schœnefeld soutient qu'il faut conserver ces mots. licite, à l'appui de son opinion, les termes parfaitement synonymes de Fumaria parviflora et F. mkrantha^ dont la coexistence jette de la confusion dans l'espritquand on emploie l'un deux.
La proposition de la Commission est adoptée.
Googk
Abt. 35. — 7^ Ne pas dédier une espèce à quelqu'un qui ne Ta pas découverte, ni décrite, ni figurée, ni étudiée en aucune manière.
La Commission propose la rédaction suivante :
Ne pas nommer une espèce d'après quelqu'un qui ne l'a ni découverte, ni décrite, ni figurée, ni étudiée en aucune manière. ^
Cette rédaction est adoptée.
M. Ed. Bureau demande un article additionnel. Il fait valoir l'inconvénient des désignations génériques composées de deux mots; il cite comme exemple les noms suivants : Bignoma imperatons Maximiliani^ Abies reginœ Amaliœ. Il ajoute que Linné dans son Philosophia botanica, a recommandé d'éviter de pareils noms, bien qu'il en ait lui-même formé de semblables.
M. Eug. Fournier fait observer qu'un fait analogue s'est malheureusement rencontré aussi dans la formation d'un nom de genre {Maria Antonia Pari.).
On convient d'ajouter, à l'article 35 du projet, un paragraphe additionnel ainsi conçu :
S** Éviter les noms spécifiques composés de deux mots.
M. Otto Kuntze voudrait qu'on écartât, par un paragraphe additionnel, les noms dans lesquels le sens du nom spécifique forme un pléonasme à côté de celui du nom générique.
M. de Candolîe répond qu'il importe de changer le moins possible les noms généralement admis et consacrés par l'usage pléonasme ou non, dit-il, il y a toujours une désignation.
M. Du Mortier dit que, d'un autre côté, une école nouvelle, pour montrer qu'elle ne redoute pas le pléonasme, a innové, d'une manière fâcheuse, en nommant Spiranthes spiralis Asch. XGphrys spiralis L. {Spiranthe.^ aulumnalis Rich.), Viscaria mcosa{G\\') Asch., le Viscaria purpureaWimm. (Lychnis vis-cosa Gil.). Il se joint à M. de CandoUe pour regretter et blâmer les changements introduits dans la nomenclature sans nécessité absolue.
M. de CandoUe dit qu'il a suivi autrefois le précepte qu'il donne eu conservant , dans sa Monographie des Campanulacées^
COKCRÉS BOT. 13
IdA CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE.
le Specularia Spéculum^ à cause du nom ancien de Campanula Spéculum L.
M. de Schœnefeld cite des noms formant pléonasme de sens, qui sont admis pai' tout le monde sans contestation, tels que : Ardiostaphylos Uva Ursi.
M. de Candolle dit qu'il ressort de cette discussion T utilité d'ajouter, à l'article 35, un nouveau paragraphe additionnel ainsi conçu :
9** Éviter les noms qui forment pléonasme avec le nom du genre.
L'addition de ce paragraphe est adoptée.
M, Eichler voudrait que l'on indiquât, dans un autre paragraphe additionnel, la nécessité d'employer, dans les adjectifs terminés en folius, floms, etc., un i pour voyelle de liaison entre le nom de plante qui commence ce terme composé et sa terminaison. On écrirait ainsi : gesnerifoUus^ hederifolius. Ecrire hederœfolius, gesnerœfolim^ comme on le fait très-souvent, c'est commettre une faute, parce que les Latins, dans la composition des mots, n'employaient comme voyelle de liaison que la voyelle 2, quelle que fût la déclinaison du premier de» mots reliés par cette synthèse de langage.
M. de Schœnefeld appuie cette observation, et fait remarquer que l'orthographe proposée par M. Eichler est adoptée depuis longtemps dans l'impression du Bulletin de la Société botanique de France.
M. de Candolle fait observer que c*est là une question de latinité et de grammaire plutôt que de nomenclature. D y aurait, dit-il, une foule de recommandations analogues à faire si l'on voulait prévenir les fautes de latin et de grec qui échappent ou peuvent échapper aux auteurs.
Art. 36 (du projet). — Les hybrides d'origine certaine sont désignés par le nom de genre, auquel on ajoute une combinaison des noms spécifiques des deux espèces dont ils proviennen>, îe nom de Tespèce-mère étant rois le premier avec la terminaison t ou o, et celui de respèce qui a fourni le pollen venant ensuite, avec un trait d'union entre les deux {Amaryllis viltato-regincB).
Les hybrides d'origine douteuse se nomment comme des espèces. On les distingue par Tabsence de numéro d'ordre et par le signe X précédant le nom de genre (X i><Uix capreola Kern.).
Une longue discussion s'engage sur ce paragraphe.
Les membres qui y prennent part reconnaissent tous T utilité de désigner, par le nom de leurs parents, les hybrides dont la filiation est indubitablement reconnue.
M. Eug. Fournier rappelle qu'aujourd'hui encore des monographes fort estimés imposent un nom spécifique simple aux hybrides les plus authentiques, comme par exemple le fait M. Andersson dans sa récente monographie du genre Salix.
M. Kii'schleger affirme qu'il faut rejeter ad calcem generis les hybrides connus.
M. Germain de Saint-Pierre fait remarquer que ce sont des formations éphémères, transitoires et qui, par conséquent, ne . méritent point un nom spécifique.
M. C. Personnat objecte que certains hybrides vivaces se conservent longtemps par un mode de reproduction asexuel.
M. J.-E. Planchon cite comme exemple d'hybride authentique le Cistus Ledon L. {C. monspeliemi-laurifolius Planchon) à anthères stériles, que M. Bornet a reproduit artificiellement , et XjEgilops triticoides [Triticum vulgan-ovatum Godron).
D'autre part, les membres du Congrès sont généralement d'accord de conserver la nomenclature ordinaire pour les hybrides douteux.
Sur la question de savoir si c'est le nom de la mère, comme le propase le projet, ou celui du père qu'il faut placer le premier dans la formation du nom composé de l'hybride, la Commissiotï a été d'un avis contraire à celui de l'auteur du projet, qu'elle propose de modifier comme il suit :
Les hybrides d'une origine démontrée, par voie d'expérience, sont désignés par le nom de genre, auquel on ajoute ime combinaison des noms spécifiques des deux espèces dont ils proviennent, le nom de Fespèce qui a fourni le pollen étant mis le premier, avec la terminaison i ou 0, et celui de Tespèce qui a fourni l'ovule venant ensuite, avec un trait d'union entre les deux [Amaryllis vittatoreginœ pour Y Amaryllis provenant de Y Amaryllis reginœ fécondé par 1*^4 . vittata).
MM. Germain de Saint-Pierre et Lestiboudois défendent la rédaction primitive.
M. Germain de Saint-Pierre soutient que le nom de la mère doit tre placé le premier des deux, parce que la maternité est plus facile à constater que la paternité; et aussi parce que, dans les plantes hybrides, les attributs essentiels du sexe femelle, les ovules, tendent à se maintenir, tandis que les attributs essentiels du sexe mâle, les granules polliniques, tendent à disparaître. — Du reste Tinfluence de la mère et celle du père peuvent être soit égales, soit inégales sur le produit. — Ûabsence de pollen chez Thybride obligeant à le féconder par un mâle normal, la descendance tend à retourner au mâle.
M. Lestiboudois dit que Topinion de M. Germain de Saint- Pierre lui paraît la vraie, et que, s'il en est ainsi, pour tout esprit français, le nom du père, étant le terme modificateur, doit être placé en second.
M. J.-E. Planchon fait observer qu'il s'agit ici de parler latin, et qu'en latin l'inversion est la règle. Il ajoute que, quand même la question serait indifférente, on devrait s'en rapporter, pour la juger, à la loi d'antériorité et, par conséquent, à la nomenclature établie par Schiede, c'est-à-dire à la rédaction modifiée par la Commission.
M. Kirschleger fait observer que Schiede ne connaissait pas toujours le mâle et la femelle, et qu'il est bien difficile de les distinguer dans les hybridations naturelles. 11 ajoute que, cependant, dans ses travaux, il s'est fait une loi de placer toujours le nom du mâle le premier, avec une terminaison masculine, et que cet usage est suivi par tous les phytographes de la région rhénane.
M. Otto Kuntze présente quelques observations (1).
M. J.-E. Planchon ajoute que M. Éd. Bornet, qui assiste à la séance, place également le nom du mâle le premier, que M. Godron a fait de même, et qu'il faut se ranger en cette matière à l'usage général.
M. de CandoUe persiste à croire qu'il serait plus logique de
(1) Le sccrélaire chargé de la rédaction des Actes du Congrès^ qui a vivement engagé tous les membres à lui remettre une note bur leurs opinions, regrette de n'avoir pu toujours, en l*abflence de ce document, reproduire la discussion.
placer le nom de la plante-mère en premier, comme le faisait Gaerlner fils dans son ouvrage classique sur les hybrides, mais il reconnaît que T usage contraire a prévalu, et il est d'avis que dans une affaire en grande partie de convention, il vaut mieux suivre T usage.
Après plusieurs autres observations, Tarticle 36 est adopté avec la modification proposée par la Commission.
Art. 39. — Les métis d'une origine certaine sont désignés par une combinaison des deux noms de sous>espèces, variétés, sous-variétés, etc., qui leur ont donne naissance, en observant les mêmes règles que pour les noms d'hybrides.
Plusieurs membres contestent l'opportunité de cet article.
M. de CandoUe fait observer qu'il sera, dans la pratique, d'une application très-rare, puisque dans les plantes hybrides ou métis on sait très-rarement par expérience de quel pied est venu le pollen.
Cet article est adopté.
Art. AO. — Dans les plantes cultivées, les semis, les métis d'origine obscure et les tports reçoivent des noms de fantaisie, en langue vulgaire, aussi différents que possible des noms latins d'espèces ou de variétés, etc.
Plusieurs membres contestent l'utilité de fixer la nomenclature des formes horticoles, a cause de leur peu d'importance taxonomique et de leur peu de constance.
M. de CandoUe insiste sur l'intérêt qu'éprouve la science à fixer cette nomenclature, parce qu'elle tire des formes horticoles des conséquences importantes pour beaucoup de théories d'un ordre supérieur.
M. Kirschleger s'élève contre la foule de dénominations personnelles qui envahit la nomenclature horticole.
M. H. Vilmorin fait observer qu'en créant ces noms, les horticulteurs suivent précisément le conseil qui leur est donné pour éviter la confusion naissant de l'application de termes latins, en apparence spécifiques, à de simples variétés.
L'article 40 est adopté.
Art. d2. — La publication résulte de la vente ou de la distribution, dans le public, d'imprimés, de planches, d'autographies ou seulement d'étiquettes accompagnant des échantillons d'herbier.
La Commission propose de modiBcr ce paragraphe de la manière suivante :
La publication résulte de la vente ou de la distribution, dans le public, d'imprimés, de planches ou d'autographies. Elle résulte aussi de la mise en vente ou de la distribution aux principales collections publiques d'échantillons numérotés, nommés et accompagnés d'étiquettes imprimées ou autographiées, portant la date de la mise en vente ou de la distribution.
M. Karl Koch présente les observations suivantes :
La publication ou la distribution d'échantillons d'herbier accompagnés seulement d'étiquettes n'est pas réellement une publication scientifique, et je ne puis consentir à lui en reconnaître le caractère. '
M. le rapporteur fait remarquer que les modifications proposées par la Commission parent aux inconvénients redoutés, avec raison, par M. Koch.
L'article 42 est adopté avec la modification proposée par la Commission.
Art. A3. — Un« communication dans une séance publique, des noms mis dans des collections ou des jardins ouverts au public, ne constitue pas une publication.
M. Karl Koch soutient l'article.
Il fait valoir l'inconvénient grave des dénominations proposées à la légère par les horticulteurs, qui augmenterait si on leur reconnaissait un caractère scientifique. Au printemps, dit-il, on a pu voir à l'exposition horticole l'Érable du Japon présenté sous six noms différents, tous nouveaux. On a déjà bien assez de synonymes sans chercher à en augmenter le nombre. J'ai déjà traité cette question l'année dernière au Congrès de Londres, avec quelques détails (1).
Un débat animé s'engage sur le sens dans lequel doit être pris le mot communication.
M. Lestiboudois dit que les communications faites à l'Académie
(1) Voyez le mémoire de M. Koch, Einige die Systsmalik betreffende Vorschlmge^ in Report ofthe international horticultural exhibition and botanical congresSt p. 188.
des sciences qui, généralement, ne sont pas publiées in extenso dans les Comptes rendus^ et qui demeurent aux archives de TAcadémie, constituent«un mode de publicité dont Tarticle 43 conteste à tort la valeur.
M. de CandoUe fait observer que beaucoup de Sociétés n'ont pas des bureaux aussi bien organisés que TAcadémie des sciences de Paris; que pour plusieurs il est difficile de constater ce qui a été dit ou lu, les auteurs pouvant modifier leurs communications après une séance ; et qu'il s'agit seulement de noms proposés, le titre du chapitre où est placé cet article étant intitulé : De la publication des noms.
M. Beautemps-Beaupré propose de modifier de la manière suivante l'article 43 :
. . . Une communication faite verbalement dans une séance publique , ou l'insertion de noms mis dans des collections, etc.
La Commission propose de modifier ainsi Tarticle :
Une communication de noms nouveaux faite dans une séance publique, etc.
Cette proposition est adoptée.
Art. A6. — Une espèce annoncée dans un ouvrage sous des noms générique et spéciflque, n^ais sans aucun renseignement, ne peut être considérée comme publiée. Il en est de même d'un genre annoncé sans aucune indication, pas même en disant de quelles espèces d'un auire genre on le compose. Si plus lard l'auteur ou une autre personne font connaître publiquement ce que signifiait le nom, la date de cette seconde publication est la seule qui compte.
M. Éd. Bureau insiste sur l'utilité que présente cet article.
n cite à l'appui de son opinion un travail de M. Miers, publié dans le Jottmal de la Société d' horticxdture de Londres, dans lequel ce savant a créé un grand nombre de Bignoniacées nouvelles, sans en indiquer les caractères. Si M. Miers n'avait pas eu Tobligeance de lui envoyer les échantillons-types de ses travaux, M. Bureau n'aurait pu savoir à quelles espèces se rapportaient les noms de l'auteur anglais, qu'il s'est fait un devoir de conseiTer.
Après une discussion à laquelle prennent part MM. Balansa,
Pomel, Tabbé Ravaio, Kirschleger et Eichler, on décide de modifier cet article de la manière suivante :
Une espèce annoncée dans un ouvrage sous des noms génériques et spécifiques, mais sans aucun renseignement sur les caractères, ne peut être considérée comme publiée. Il en est de même d'un genre annoncé sans être caractérisé.
Abt. A7. — Les botanistes feront bien d'avoir égard aux recommandations suivantes :
1^ Indiquer exactement la date de la publication de leurs ouvrages ou Cractions d*ou* vrages, et celle de la distribution de plantes nommées.
2* Ne pas publier un nom sans indiquer clairement si c'est un nom de famille ou de tribu, de genre ou de section, d'espèce ou de variété, en un mot sans indiquer une opinion sur la nature du groupe auquel ils donnent le nom.
3* Éviter de publier ou de mentionner dans leurs publications des noms inédUs qu'ils n'acceptent pas, surtout si les personnes qui ont fait ces noms n*en ont pas autorisé formellement la publication.
Pour le premier paragraphe, la Commission propose la rédaction suivante :
1* Indiquer exactement la date de la publication de leurs ouvrages ou fractions d'ouvrages, et celle de la mise en vente ou de la distribution de plantes nommées et numérotées.
M. de Candolle fait observer que cette modification est proposée pour mettre ce paragraphe en harmonie avec la nouvelle rédaction adoptée pour Tarlicle 42.
A propos du troisième paragraphe, M. Eug. Fournier en fait valoir la justesse.
Il dit que si Ton se croyait obligé d'accepter les noms inédits imposés par les voyageurs à leurs plantes, on encombrerait la science de notions erronées. II cite à l'appui de son opinion une collection fort importante qui vient d'être rapportée en France par le voyageur de l'expédition scientifique du Mexique, et dont les étiquettes portent souvent des noms erronés quant au genre et parfois quant à la famille. Il ajoute que souvent le voyageur n'accorde lui-même que peu d'importance à ces noms, qu'il invente provisoirement pour se faciliter la rédaction d'un cahier de notes qui restent généralement inédites. Cependant il ajoute que quand ces noms inédits sont scientifiques et consacrent une nouveauté réelle, il croit nécessaire de les conserver avec le nom de l'auteur qui les a créés. Il a déjà suivi cette règle pour les noms donnés par Boivîn à des Albizziade
TAfrique australe ; il compte la suivre encore dans une énumération des Fougères brésiliennes qu'il prépare, et où il tiendra à conserver les noms inédits âe Saint-Hilaire, qui sont accompagnés, dans rherbier de ce voyageur, de longues et authentiques descriptions. D croit utile, dans tous les cas, de mentionner des noms inédits donnés par des voyageurs, quand ces noms se trouvent dans plusieurs grands herbiers, quand même ils seraient simplement manuscrits, et qu'on ne les accepterait pas.
L'article 47 est adopté avec la modification proposée par la Commission.
Akt. A8. — Pour être exact et complet dans l'indication du nom ou des noms d'un groupe quelconque, il faut citer l'auteur qui a publié le premier !e nom ou la combinaison de noms dont il s'agit.
Un long débat s'engage sur la question de savoir si Ton doit après une combinaison de deux noms, Tun générique, Tautre spécifique, citer Tauteur qui a fait cette combinaison ou celui qui a fait antérieurement Tespèce.
M. Kirschleger soutient que c'est commettre une injustice flagrante que d'attribuer, par exemple, à R. Brown le Matthiola iristis^ qui est une plante connue antérieurement de Linné.
M. Lestiboudois dit :
Que pour décider la question qui occupe le Congrès, il faut établir nettement ce qu'on prétend énoncer en faisant suivre la dénomination binaire d'une plante du nom d'un auteur. Pour tout botaniste, cette citation n'indique qu'une chose, c'est que l'association du nom générique et du nom spécifique, en un mot, l'appellation complète de la plante appartient à l'auteur cité. Elle n'indique pas qu'il a créé et défini le genre, ni qu'il a découvert l'espèce, elle dit seulement que le premier il a imposé à la plante dont il s'agit cette dénomination complexe suivie de son nom. Si Ton veut qu'une simple citation signifie autre chose, on tombe dans des difficultés inextricables, on arrive à une confusion inévitable , et cela sans nécessité.
11 est bien facile, en effet, par la synonymie, de faire savoir si l'espèce appartient à l'auteur cité, ou si elle ne lui appartient pas : lorsque après le nom ù^ Matthiola tristis^. Br., on ajoute Cheiranthus tristis L., on montre bien que l'espèce n'appartient pas à R, Brown, et qu'elle était connue de Linné. 11 se pourrait même que
la formation du genre ne fût pas due à l'auteur cité, qu'il y eût seulement introduit une espèce connue qu'on avait omis d'y placer, ou même qui avait été inscrite sous un autre nom; on le feraût comprendre en faisant suivre la description du genre du nom de l'auteur qui l'a fondé, ou en mentionnant dans la synonymie les différents noms imposés à l'espèce. On ne conmiettrait ainsi d'injustice envers personne, et l'on serait clair pour tout le monde. Vouloir, au contraire, attribuer à l'inscription d'un nom d'auteur un sens extrêmement compliqué, c'est cesser d'être intelligible.
Plusieurs membres, répondant à M. Kirschleger, font observer que toute injustice disparaît quand on ajoute à Matthiola tmtis'R. Br. Cheiranthus tristis L.; qu'il faudrait, à son compte, attribuer souvent l'espèce non à Linné, mais àClusius, ou plutôt à Lobel et à Dalechamp, qui ont employé les dénominations binaires, et que, dans tout cas, c'est un mensonge flagrant que d'attribuer à Linné le démembrement générique créé par R. Brown sous le nom de Matthiola, que peut-être il n'aurait pas accepté.
M. Eichler répond qu'on ne commet aucun mensonge scientifique quand on a soin de placer le nom de Linné entre deux parenthèses, avant celui de R. Brown [Matthiola tristis (L.) R. Br.), et que, par cette méthode, on garantit scrupuleusement les lois de Tantériorité.
M. Balansa approuve la rédaction de l'article 48. Il serait irrationnel en effet, dit-il, de continuer à attribuer à un auteur une espèce mise plus tard dans un genre que ce même auteur n'adopterait pas.
M. Éd. Morren dit qu'on se préoccupe de la vérité historique aux dépens de la clarté de la nomenclature.
M. de Schœnefeld rappelle qu'il est Tauteur de l'article inséré au Bulletin de la Société botanique (t. VII, p. ftt^S), au nom de la Commission du Bulletin, dont il faisait partie à cette époque comme secrétaire de la Société. Il demande à M. Kirschleger comment celui-ci nommerait, suivant sa méthode, le Conyza squarrosa DC. (Inula Conyza L.)?
DISGTJSaiON DES LOTS EE LA NOMENCLATURE. 203
M. Kirschleger reconnaît que, dans ce cas, il serait obligé de suivre la notation ordinaire.
M. J.~E. Planchon demande à M. Kirschleger si, dans ses herborisations, il indique aux élèves qui les suivent, deux noms d'auteur pour une seule plante.
M. Kirschleger répond qu'il ne croit pas nécessaire d'indiquer des noms d'auteur dans une herborisation.
M. de CandoUe se réfère, pour l'article en discussion, aux motifs très-développés qu'il a insérés dans son Commentaire.
L'article l\S est adopté à la majorité, contre deux voix de minorité.
Art. A9. — Un chang;ement de caractères constitutifs ou de circonscription dans un groupe n'autorise pas à citer un autre auteur que celui ayant publié le premier le nom ou la combinaison de noms.
Quand les changements ont été considérables, on ajoute 4 la citation de rauteur primitif : mutalis charact.^ ou pro parle, ou excl, gen., excl. sp., excl, var\^ ou telle autre indication abrégée, selon la nature des changements survenus et du groupe dont il s'agit.
M. Koch dit qu'il n'adhère pas à la rédaction de cet article.
A mon sens, dit-il, il n'importe de placer le nom de l'auteur après celui de la plante que quand celui-ci a été donné à plusieurs plantes divferses. Il arrive fréquemment que les divers auteurs conçoivent différemment l'étendue d'un genre ou d'un type spécifique. 11 est donc nécessaire' au lecteur de savoir comment est conçu le genre dont il lit Fétude, et par conséquent à l'auteur de citer le botaniste dont il adopte l'opinion, au moins entre parenthèses. Par exemple, il m'est impossible d'écrire Arum L., puisque Linné a compris le genre Arum tout autrement que ne le comprennent M. Schott et beaucoup de botanistes modernes ; je lui donne même une étendue différente, plus large que ne le fait M. Schott. Ce n'est pas aider le lecteur que d'ajouter L. emend, ; on n'apprend rien par là sur la nature de la modification qu'on fait subir à la diagnose Linnéenne. Il faut dire au moins Arum Schott, K. Koch auct. Autre exemple : Linné a fait im Fraxinus americana, mais il a confondu sous ce nom trois ou quatre espèces. Il me faut donc éviter tout à fait de citer Linné pour cette espèce, et j'écrirai Fraxinus americarui Lam. Si je disais Fr. americaim L. emend., je n'apprendrais pas au lecteur quelle espèce je prétends désigner, du Fr. juglandifolia^ du
Fr. pubescens^ ou du Fr. platycarpa. Pour le genre Bibes, Linné a fait dans une seule espèce trois variétés, décrites aujourd'hui comme de vraies espèces. Impossible par conséquent de le citer, avec telle particule modificatrice qu'on voudra, sans introduire la confusion.
M. de Candolle rappelle ce qu'il a dit dans son commentaire sur rinconvénient d'avoir dans les livres autant de noms, en apparence différents, qu'il existerait d'auteurs ayant compris un genre ou une espèce un peu autrement que leurs prédécesseurs. La désignation de l'auteur perdrait alors son principal avantage, qui est d'indiquer immédiatement le cas où l'on a fait deux genres sous le même nom dans deux familles différentes, ou deux espèces absolument différentes dans le môme genre.
L'article /i9 est adopté.
Akt. 51. — Lorsqu'un nom existant est appliqué à un groupe qui devient d*un ordre supérieur ou inférieur à ce qu*ii était auparavant, le changement opéré équivaut k la création d'un nouveau groupe, et rauteur à citer est celui qui a fait le changement.
M. Eichler fait remarquer que cet article consacre une injustice, celle d'attribuer à un monographe qui ne fait qu'élever à un rang supérieur les groupes proposés par un prédécesseur, sans autre changement essentiel, la gloire d'avoir connu et dénommé ces groupes. 11 serait possible, dit-il, qu'en agissant ainsi, on attribuât à un monographe le mérite d'avoir flxé la science au sujet d'une plante qu'il ne connaissait que de nom.
M. de Candolle répond que si Tauteur venu en second trouve la règle trop dure, il lui sera loisible de l'atténuer par l'emploi d'une parenthèse, ou par l'addition d'une synonymie ordinaire expliquant les faits.
M. Du Mortier ajoute que si le monographe qui a le plus à perdre, pour l'avenir, dans l'adoption d'une telle règle, demande lui-même cette adoption, on aurait mauvaise grâce à le réfuter.
L'article 51 est adopté.
Art. 56. — Lorsqu'on divise une espèce en deux ou plusieurs espèces, la forme qui avait le plus anciennement le nom est celle qui le conserve.
M. Balansa fait observer que cette règle est inapplicable dans certains cas où un ancien type est divisé en deux d'égale valeur et dérivant également tous deux du premier. Par exemple, quand le Quercus Robnr L. a été dédoublé par Ehrhart en Ô. sessiliflora et Q. pedunculata, aucun de ces derniers ne pouvait garder le nom de Q. liobur.
M. Du Mortier dit qu'il en est de même de certaines Roses. Le Rosa villosaL. comprenait, dit-il, toutes les roses tomenteuses. Il ajoute que l'appellation de liobur a été appliquée d'une manière variable, après la division du type Linnéen, tantôt au Q. pedunculata^ tantôt au Q. sessiliflora.
M. de Candolle reconnaît la justesse de cette observation, et propose de rédiger l'article 56 avec la modification suivante :
Lorsqu'on divise une espèce en deux ou plusieurs espèces, si Tune des formes a été plus anciennement distinguée, le nom lui "est conservé.
Cette rectification est adoptée.
M. Kanitz dit : Dans la pratique, cette décision peut être difficile à appliquer, s'il existe un mélange dans l'herbier de l'auteur du premier type spécifique. Il cite Therbier de Kitaïbel, dans lequel se trouve un Fumariaprekerisilis Kit qui ne correspond pas pour tous les échantillons à la description publiée par Kitaïbel.
M. Eichler soutient que la confusion opérée dans l'herbier ne peut pas être prise en considération, et que la publication seule peut faire loi.
Art. 58. — Lorsqu'un genre devient subdivision de genre ou que le contraire arrive iorsqu^une espècj devient subdivision d'espèce ou vice versd, les noms qui leur étaient propres subsistent pourvu qu'il n'en résulte, pas deux genres du môme nom dans le règne végétal, deux subdivisions do genre ou deux espèces du môme nom dans le môme genre, ou deux subdivisions du môme nom dans la môme espèce.
La Commission propose de modifier cet article de la manière suivante :
Lorsqu'une tribu devient famille, qu'un sous-genre ou une section devient genre, qu'une subdivision d'espèce devient espèce, ou que
des changements ont lieu dans le sens inverse, les noms anciens des groupes subsistent pourvu qu'il n'en résulte pas, etc.
La proposition de la Commission est adoptée.
Art. CO. — Chacun doit se refuser à admettre un nom dans les cas suivants :
1^ Quand ce nom est appliqué dans le règne végétal à un groupe nommé antérieurement d'un nom valable ;
2^ Quand il forme double emploi dans les noms de classes ou de genres, ou dans les subdivisions ou espèces du même genre, ou dans les subdivisions de la même espèce;
3° Quand il exprime un caraclère ou un attribut positivement faux dans la totalité du groupe en question, ou seulement dans la majorité des éléments qui le composent ;
à° Quand il est formé par la combinaison de deux langues (exemple : eu mis avant un mot latin, sub avant un motgrnc, oides, opsis, appliqués à un mot latin, etc.) ;
50 Quand il est contraire aux articles delà section 5.
A propos du troisième paragraphe, M. Kanitz fait observer comme exemple que la majeure partie des variétés de VUrtica dioica étant monoïque, il convient de supprimer ce nom, qu'il propose de remplacer par celui d'i/. major.
M. de Candolle fait observer que, pour ce cas, il lui paraît préférable de conserver un nom consacré par Tusagc, attendu qu'il subsiste dans les espèces des formes dioïques.
M. Weddell ajoute que le nom AU. major ne vaudrait guère mieux que celui d' U. dioica.
A propos du quatrième paragraphe, M. de Schœnefeld fait remarquer que cette interdiction ferait supprimer des noms consacrés par T usage, tels que : Anémone ranuncidoides.
La Commission propose de modifier ce paragraphe en le réduisant au principe général sous cette forme :
4° Quand il est formé par la combinaison de deux langues.
Celte modification est adoptée.
Art. C7. — Les botanistes emploient dans les langues modernes les noms scientifiques latins ou ceux qui en dérivent immédiatement, de préférence aux noms o'une autre matière ou d'une autre origine. Ils évitent de se servir de ces derniers noms, à moins qu'ils ne soient très-clairs et très-usuels.
M. Duchartre fait observer que les noms latins deviennent indéclinables en français.
M. de Schœnefeld dit que cela dépend des langues qui les emploient; qu'en allemand, ces noms se déclinent et prennent la marque du pluriel latin.
M. Germain de Saint-Pierre propose de formuler un article additionnel portant qu'en français les noms latins de plantes sont invariables.
M. de CandoUe répond que Fusage spécial de chaque langue doit régler ces détails.
Quand j'ai rédigé mon projet, dit-il, je me proposais de consulter des littérateurs et des botanistes de divers pays pour formuler des règles propres à chaque langue, relativement aux noms latins introduits dans les langues vulgaires. Le temps m'a manqué, et il faut convenir que cette recherche aurait soulevé bien des questions. Je me suis borné aux recommandations, applicables dans toutes les langues, dans un intérêt scientifique.
Il y a environ quarante ans, mon père avait été frappé de la discordance qui régnait au sujet des nums botaniques dans la langue française; il en écrivit à Raynouard, qui saisit de cette question l'Académie française, mais celle-ci n'a jamais statué. Il y a sous ce rapport anarchie dans le Dictionnaire de l'Académie ; tantôt les noms latins sont invariables, tantôt ils reçoivent la marque du pluriel français. Les dictionnaires de Bescherelle et de Littré, à ce point de vue, sont souvent en désaccord avec le Dictionnaire de l'Académie. Si celle-ci n'a pas voulu trancher la question, c'est encore moins à nous de le faire.
L'article 67 est adopté ainsi que Tarticle 68.
Tous les articles du projet ayant été successivement examinés, M. le Président met aux voix, par assis et levé, l'adoption de Tensemble du projet.
L'assemblée tout entière se lève, à Texception d'un seul membre.
M. le Président dit :
En conséquence, au nom du Congrès international de botanique, je déclare adopté le code des Lois de la Nomenclature^ qui sera publié tel qu'il a été adopté par l'assemblée dans les Actes du Congrès.
M. le rapporteur donne alors lecture des lignes qui suivent, proposées par la Commission :
Les botanistes réunis à Paris, en Congrès international, au mois d'août 1867, ayant pris connaissance du recueil des Lois de la Nomenclature botanique rédigé par M. Alphonse de CandoUe ;
Sur le rapport d'une Commission nommée par eux;
A)Têtent :
De recommander ce recueil, tel qu'il a été adopté par l'assemblée, comme le meilleur guide à suivre pour la nomenclature botanique.
La lecture de cette résolution est accueillie par les applaudissements unanimes et répétés des membres du Congrès.