RAPPORT SUR L'HERBIER DE M. LE DOCTEUR E. COSSON
Depuis que les collections de Ph. Barker-Webb ont été léguées par lui au Musée grand-ducal de Florence ; que M. le comte Jaubert a fait transporter les siennes dans son domaine du Berry, et que l'herbier de M. J. Gay, soustrait par la mort de notre si regretté confrère aux investigations des botanistes, attend que ses héritiers trouvent un acquéreur , les seules collections particulières importantes que l'on puisse étudier à Paris sont, aprè^ celles de M. François Delesserty celles deM. le comte Albert de Franqueville et celles de M. Cosson.
L'absence de M. le comte A. de Franqueville empêchait une visite qu'il eût été le premier à solliciter du Congrès ; on aurait admiré chez lui l'importance d'un herbier qui contient presque tous les exsiccata distribués depuis vingt ans, et qui , très-riche en plantes françaises, s'est accru considérablement par l'acquisition des herbiers d'A. Richard et de Steudel. L'importance de ces collections est d'autant plus grande que M. de Franqueville, ne s'occupant luimême d'aucune monographie générale, se fait un point d'honneur de communiquer ou d'envoyer ses plantes aux monographes français ou étrangers, et qu'il en résulte pour lui la possession de types précieux et authentiques.
Chez M. Cosson, le Congrès devait trouver un herbier fort étendu également, moins général, mais doué d'un intérêt plus spécial, tant à cause des nombreux travaux auquels il a servi de base et dont il contient les types, que par le soin avec lequel il est journellement déterminé par M. Cosson et classé par son ami et conservateur M. L. Kralik.
Les collections de M. Cosson se composent d'une bibliothèque botanique comprenant les ouvrages généraux et la plupart des
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publications sur la flore de l'Europe, sur celle du bassin méditerranéen et sur celle de F Amérique du Nord, d'un herbier général, d un herbier spécial des environs de Paris, d'un herbier spécial d'Abyssinie et d'un herbier du Cap en voie de formation.
L'herbier général se compose de plus de 1 200 paquets et renferme environ 50000 espèces. — Les fascicules placés dans des casiers sont serrés entre des cartons uniformes maintenus par une seule courroie. — Les genres et les espèces sont classés d'après le Prodromus de De CandoUe , et d'après des monographies ou les ouvrages les plus récents pour les familles qui n'ont pas été traitées dans le Prodrome. — Les familles et les genres sont indiqués par des étiquettes saillantes portant, pour faciliter les recherches, l'indication des numéros d'ordre et, de plus, celle du volume et de la pagination des ouvrages adoptés pour la classification. — A chaque espèce est attribuée une feuille double de papier fort et collé formant chemise, portant épinglée à son angle antérieur et inférieur une étiquette donnant le numéro d'ordre de l'espèce, son nom, ses principaux synonymes et les régions d'où proviennent les échantillons. Une chemise spéciale est attribuée aux plantes originaires de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie, qui sont plus particulièrement l'objet des études actuelles de M. Cessons les chemises des espèces de cette flore sont munies d'une étiquette bleue qui permet d'extraire facilement l'herbier algérien. — Les genres et les espèces non décrits dans les ouvrages suivis pour le classement sont rangés alphabétiquement en tète de leurs familles ou de leurs genres. — Les genres très-nombreux en espèces sont subdivisés par des étiquettes de couleur, indiquant les sections du genre et les numéros des espèces qu'elles comprennent. Pour ces grands genres, tels que les AstragaluSy les Senecio^ les Panicum^ etc., les espèces récemment décrites sont rangées alphabétiquement en tête de leurs sections.
Les paquets de l'herbier sont superposés en lignes verticales qui se suivent de gauche à droite. Cette disposition et les indications portées sur les étiquettes saillantes permettent d'arriver, avec la plus grande célérité, aux genres et aux espèces objets d'une recherche, car il suffit de se repérer, pour cette recherche, sur la numération du Prodromus ou des autres ouvrages classiques. Ainsi le Nomenclator botanicus de Steudel, Y Index de Buek et les tables de YEnumeraiio de Kunth servent de véritable répertoire pour l'herbier.
Tous les échantillons de l'herbier ont été passés à la solution alcoolique de sublimé corrosif. Ils sont fixés sur des feuilles simples de papier blanc, au moyen de bandelettes de papier gommé, attachées chacune sur la feuille par une épingle; les étiquettes sont fixées aussi au moyen d'une épingle au-dessous des échantillons auxquels elles se rapportent. Cet arrangement, par lequel on a pu grouper souvent sur une même feuille des échantillons de diverses provenances et condenser ainsi l'herbier, permet de passer rapidement en revue tous les échantillons d'une espèce, et de les exaininer sur leurs deux faces sans aucune chance de confusion. Les fleurs et les parties de fleurs, les graines et les fruits détachés sont conservés dans des sachets de papier mince et souple , faciles à ouvrir, et collés à côté de l'échantillon dont ils proviennent.
Les plantes destinées à entrer dans l'herbier sont, aussitôt après leur empoisonnement, classées par familles et par genres, et forment un herbier provisoire intercalaire muni d'étiquettes génériques, et reproduisant exactement le cadre et la numération de l'herbier luimême.
L'herbier général renferme des espèces de toutes les parties du monde, et en nombre suflisant pour représenter la série des familles et des genres; mais son intérêt scientifique consiste surtout dans sa richesse pour l'hémisphère boréal. — Les espèces des flores de l'Europe, de l'Asie tempérée, de l'Afrique septentrionale, de l'Amérique du Nord y sont généralement représentées par de nombreux échantillons. On y trouve plus particulièrement d'importants documents sur la végétation du nord de l'Europe, de l'Europe centrale, de toutes les contrées du bassin méditerranéen, tant européennes qu'asiatiques et africaines, et des États-Unis. L'herbier offre, en outre, la plupart des exsiccata formés dans les pays ayant des affinités avec la flore du bassin méditerranéen ou avec la flore désertique de l'Afrique, tels que la Perse, l'Arabie, le littoral de la Mer-Rouge, l'Egypte, l'Ethiopie, les Açores, Madère, les Canaries, etc. — La flore des anciens États barbaresques, objet des travaux actuels de M. Cosson, est naturellement représentée très-largement dans son herbier, tant par les résultats de ses voyages en Algérie que par les nombreuses communications des botanistes algériens. Pour les États de Maroc et de Tunis, l'herbier renferme à peu près l'ensemble des espèces qui y ont été jusqu'ici constatées.
La région équatoriale ne figure guère dans l'herbier qu'au point de vue de la représentation des principaux types génériques.
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Parmi les contrées ne rentrant pas dans le cadre spécial de l'herbier, et dont cependant M. Cosson possède un assez grand nombre d'espèces, nous pouvons citer l'Inde, la Chine, le Japon, l'Abyssinîe (à laquelle, comme nous l'avons déjà dit, est consacré un herbier spécial), le Sénégal, le Cap, l'Australie.
M. le comte A. de Franqueville s'est fait tm plaisir d'offrir libéralement à son ami M. Cosson, la plupart des plantes qu'il possédait en double dans son magnifique herbier général, qui renferme, comme le savent tous les botanistes, presque toutes les collections classiques et presque tous les essiccata. M. Cosson lui doit, entre autres collections de première valeur, la série complète des plantes recueillies par Quartin-Dillon et Petit en Abyssinie.
M. de Tchihatchef, avant de disposer de son herbier en faveur de la Société botanique, a généreusement offert à M. Cosson toutes les plantes qu'il avait recueillies dans l'Altaï et l' Asie-Mineure, plantes qui, ayant été déterminées par MM. C- A. Meyer, Fischer et Boissier, sont autant de types précieux.
Plusieiu^ collections intéressantes ont été acquises par M. Cosson lors de la vente des plantes non intercalées laissées par M. J. Gay .
L'herbier de M. Maille, réparti en collections après la mort de ce botaniste, a fourni également l'occasion de combler d'importantes lacunes, et c'est à cet herbier que M. Cosson doit, entre autres, la collection classique d'Aucher-Éloy.
L'herbier de M. Cosson vient de recevoir un accroissement considérable, surtout pour les flores exotiques, par l'adjonction d'une grande partie de l'herbier du regrettable M. Maire. En 1866, M. Maire, en raison de son grand âge, ne pouvant plus s'occuper de botanique, mais désirant néanmoins que son herbier continuât à profiter à la science, en a fait généreusement don à son ami M. E. Cosson. M. Cosson s'est réservé des échantillons des plantes les plus rares des environs de Paris, extraites de l'herbier spécial consacré à la flore de Paris par M. Maire, quelques plantes intéressantes de France et d'Europe ; pour l'Asie, des plantes de la flore des Indes et de Java récoltées par M. Bélanger, des plantes de Sibérie de divers collecteurs; pour l'Afrique, les plantes du Sénégal de MM. Le Prieur et Perrottet, du Cap de Drège etEcklon, de Sieber et de MM. Verreaux, de l'île Maurice de Sieber et de Bélanger, de Bourbon de Goudot et de M. Perrottet, de Madagascar de Goudot; pour l'Amérique du Nord, les plantes du Canada, des États-Unis et du
Mexique acquises de Léman et de Schleicher, de Porto-Rico de Berlandier, de Saint-Domingue et de la Guadeloupe acquises de Léman et de Schleicher, de la Guyane de MM. Perrottet et Le Prieur , les plantes de ce dernier pays et de la Colombie acquises de Léman et de Schleicher, du Pérou et de la Patagonie acquises des mêmes botanistes, les plantes du Brésil de Blanchet et de Claussen, les plantes du Chili de Bertero ; pour la Nouvelle-Hollande, les plantes de LaBillardière et de Sieber ; les plantes des îles Sandwich de Gaudichaud; des lies Mariannes de M. Perrottet; des îles Philippines de divers collecteurs; de la Nouvelle-Calédonie de La Billardière, etc. — L'herbier de M. Maire a fourni en outre plusieurs exsiccata^ tels que celui d'Autriche de Sieber; une partie de celui de l'Allemagne de M. Reichenbach père ; celui de Suisse de Seringe ; une partie de ceux du Cap, de Maurice et de la Nouvelle-Hollande de Sieber, etc. Les collections de M. Cosson doivent encore à l'herbier de M. Maire une nombreuse série de plantes cultivées au Jardin de Berlin, préparées et étiquetées avec le plus grand soin par M. de Schœnefeld et comprenant de précieux types des espèces décrites par Kunth dans ses grands ouvrages, une autre série encore plus nombreuse de plantes recueillies par M. Maire lui-même dans les jardins botaniques de Paris, d'Avignon, de Montpellier, etc., ainsi qu'un grand nombre d'espèces de diverses provenances offertes à M. Maire par le Muséum d'histoire naturelle et par M. Delessert.
Pour faire mieux apprécier l'importance scientifique de l'herbier phanérogamique de M. Cosson, nous terminerons cette note par rénumération suivante des principales collections qu'il renferme, mentionnées par ordre géographique avec les noms des botanistes auxquels elles sont dues.